Archives de: union européenne

Colloque pour mieux comprendre les enjeux pour l’avenir de nos territoires : Guy Carcassonne et Ferdinand Mélin-Soucramanien invités par Patrick Karam

Hier, se tenait, salle Colbert à l’Assemblée Nationale, un « colloque pour mieux comprendre les enjeux pour l’avenir de nos territoires » organisé par Patrick Karam dans le cadre de sa mission de Délégué Interministériel pour l’Egalité des Chances des Français d’Outre-mer, en partenariat avec Nicole Brisol, présidente de l’association la Voix de l’Outre-mer et Maire Adjoint délégué au Développement Durable de la ville de Montesson (92). Guy Carcassonne et Ferdinand Mélin-Soucramanien étaient invités.

La manifestation commença par une annonce de M. Karam nous informant de son intention de consulter les ultra-marins de France sur le net (ce que nous ne manquerons pas de suivre).

Puis, la parole fut donnée à M. Guy Carcassonne. J’ai tenté de retranscrire l’essentiel des ses propos le plus fidèlement possible et m’excuse d’avance pour une éventuelle erreur :

« Mes propos seront assez frustrants [...] Je peux vous apporter des éclaircissements mais pas de certitudes. [...] Les textes seront adoptés ultérieurement, nous ne pouvons faire que des conjectures.

Expliquons donc la logique :

Ce n’est pas le loto, il n’y a pas un bon et un mauvais numéro. Sinon, le mauvais aurait été supprimé. [...] Il est important de dissocier cette question d’une querelle « théologique ». [...] Les deux positions sont défendables, elles supposent chacune un « pari raisonné » sur l’avenir des DOM. Il est déjà suffisamment difficile de faire ces paris raisonnés pour éviter les querelles. [...]

La constitution invite d’ailleurs à la prudence. [...] Il n’y a pas de fossé entre les deux. [...] On peut être dans le 73 avec des éléments de 74 et inversement.

Article 73 :

Il est connu, on vite dedans depuis 1946 : adaptation législative (et non identité NDLR). La caractéristique régionale et département l’emporte sur la caractéristique ultramarine. Il n’y a pas de différence entre la Martinique et la Corrèze.

Il y a possibilités d’adaptation par rapport aux spécificités géographiques dans une marge limitée.

De plus la réforme 2003 a modifié le 73 :

Les collectivités peuvent demander des habilitations sur certains domaines après dialogue avec les autorités nationales. Des évolutions y sont envisageables alors qu’on ne pouvait pas les concevoir avant.

Article 74 :

L’homogénéité supposée des DOM à leur création est aujourd’hui oubliée. L’article 74 a, très justement, oublié l’idée de territoires avec un statut unique pour des statuts adaptés.

Il n’y a pas identité de solutions entre la Polynésie et St Pierre Et Miquelon.

Il y a spécialité législative (et non spécificité NDLR).

Il y a deux  conséquences :

  • Les lois votées nationalement ne s’appliquent pas de plein droit. Il y a des conditions et adaptations.
  • Sur certains domaines, le Parlement renonce à certaines compétences au profit des assemblées territoriales (sorte de délégation législative)

On peut donc adopter des lois locales qui peuvent être très différentes des lois nationales.

La marge d’adaptation est donc infiniment plus grande que pour le 73.

Il faut aussi distinguer deux niveaux de 74 :

  • Spécialité législative
  • Autonomie (degré de délégation plus poussé)

Le statut des collectivités 74 est déterminé par une loi organique. Pour le constitutionnaliste, c’est essentiel. La différence est mince, techniquement, la loi organique se différencie par sa modification plus complexe, il faut par exemple interroger le conseil constitutionnel. Elle n’est pas pour autant immuable.

Maintenant, la vraie question est celle de la rédaction loi organique, le contenu l’emporte sur le contenant.

Pour moi, une collectivité dans le 73 obtenant la maîtrise de nombreux sujets serait très porche d’une collectivité dans le 74 qui ne se serait saisie que de peu de compétences.

Par exemple, Saint-Martin en passant du 73 au 74 « ressemble » à un Saint Martin qui serait resté dans le 73 en se saisissant de compétences fiscales.

Après, le 73 « bute » plus tôt sur le chemin de l’autonomie que le 74.  [...] Le temps estimé ici est entre 6 et 10 ans, il ne s’agit pas de mois.

Il ne faut pas non plus exagérer les craintes sur la non-application des lois nationales dans le cadre du 74. On ne supprimera pas brutalement les acquis sociaux au lendemain du 10 janvier. En revanche, les avancées ultérieures ne seront pas instantanément appliquées.

Les deux articles sont donc tout à fait défendables. [...]

Reste la question de l’ »assemblée unique ».

Je pense que la question de l’ » assemblée unique » en Martinique n’a rien à voir avec la Réforme Balladur. En France, il s’agit d’élire deux assemblées avec un bulletin de vote, en Martinique, il n’y aurait qu’une assemblée et un bulletin de vote. Dans le cas de la réforme Balladur en Martinique, la Région serait comme absorbée par le Département. [...] Le projet Assemblée Unique en Martinique donnerait naissance à une nouvelle collectivité d’un type inédit. »

La parole fut ensuite donnée à Ferdinand Mélin-Soucramanien :

« Avant tout, je rappelle l’avis du Conseil d’état en 2002 qui tire à vue sur la piètre rédaction des articles 73 et 74 avant la réforme de 2003. [...]

On a ici un « Droit de broussaille » : des principes, des exceptions, des exceptions dans l’exceptions (Réunion)

Il faut distinguer 3 blocs d’Outremer :

  • Département-Région d’Outremer (DROM) et Département d’Outremer (DOM)
  • Collectivités d’Outremer (COM), avec ou sans autonomie
  • Le cas particulier de Nouvelle Calédonie (Titre XII – Art 76 de la constitution)

[...] On peut aller dans les deux sens, Mayotte est redevenu un DOM.

Rappelons la procédure de la consultation :

  • Sortir du 73 vers le 74
  • Si non, Assemblée Unique qui pour moi est le choix du simple bon sens

Cette dissociation est justifiée sur le plan juridique pour préserver la loyauté et la sincérité de la consultation. [...]

L’idée de P. Karam est bonne (consultation sur internet NDLR), en particulier parce que les ultramarins doivent déjà justifier d’attaches matérielles et morales en particulier pour les congés bonifiés, ce qui aurait pu servir de critères pour la création du corpus électoral métropolitain.

Je passe sur l’assemblée unique pour parler essentiellement du 74. [...]

Il faut clairement dire qu’on ne sait pas où l’on va tant que l’on n’a pas le texte de la loi organique. Je me demande s’il y a déjà des avant-projets de loi organique. [...]

Je note en particulier la possibilité pour la Collectivité Locale d’adapter la législation pour appliquer la « préférence locale » pour les questions d’emploi, de patrimoine etc. [...] et alerte sur les questions d’accès au droit communautaire. [...]

Rappelonse la limite de l’autonomie

  • Contrôle juridictionnelle : partagé entre conseil constitutionnel et conseil d’état
  • Fixée 18 janvier 1985 (loi Chevènement) par Conseil Constitutionnel : quel que soit la partie du territoire de la République, la protection des droits fondamentaux et des libertés du citoyen est la même (cela s’applique par exemple au RMI au titre de la solidarité nationale)

La vraie question pour moi est celle de la décolonisation. On oppose très souvent la colonisation française par assimilation à la britannique par différenciation. Les décolonisations ont été mises en œuvre dans le même esprit. Ici pour la première fois, la France pose la question de la différenciation. C’est pour lui une évolution pleine de promesse mais aussi dangereuse. [...]« 

Le public a ensuite pu posé des questions :

1-      Si on passe au 74 passe-t-on de RUP à PTOM ?

GC : Ce n’est pas automatique. L’Union Européenne va analyser la loi organique pour voir si elle est compatible avec ses principes fondateurs et décide ensuite. L’article 74 permet de prendre des dispositions en faveur des populations locales. L’Europe peut l’accepter dans une certaine marge. Il ne faut pas atteindre aux libertés d’installation et de circulation par exemple.

2-      Quels changements sur les finances locales ? Pour les levées de taxes, contrôles par la cour des comptes etc… ?

GC : le passage au 74 ne va pas créer par magie de nouvelles ressources. Cette question est en très grande partie indépendante du choix. La seule différence vraiment identifiable est la question du transfert des financement des compétences accordées. Mais, transférer un financement insuffisant s’apparente plus à transférer des problèmes que des solutions.

3-      Quelle est la meilleure solution pour responsabilisation des politiques ?

GC : Aucun texte ne protège de politiques irresponsables.

4-      Comparaison avec St Martin ?

Intervention d’un Sénateur de St Pierre est Miquelon : C’était un TOM puis un DOM et c’est enfin devenu une COM pour des raisons de fiscalité (mi chemin entre TOM et DOM). Ils on tenté de prendre le meilleur des deux sans y arriver. L’article 74 est un bon article si l’on en a une volonté commune, en particulier entre le peuple et et un mileu politique cohérent.

FMS :  ST P&M est un cas particulier en particulier pour la capacité de consensus politique et social, situation très éloignée des Antilles-Guyane. Juridiquement l’aller retour est effectivement possible mais  très long et complexe dans la pratique.

5-      Consultation et pas référendum, quelles différences ?

GC : Le taux de participation est indifférent. Le passage au 74 est subordonnée au « consentement » des populations, qu’il y ait 10 ou 95 % de votants, quelle que soit la réponse.

« Pour conclure, rien à mes yeux ne serait plus désolant qu’un double « non ». En 2003, la Martinique a voté « non » et la situation ne s’est pas améliorée d’elle-même. Si la nouvelle réponse est un double « non », le problème n’est pas réglé, et on repart dans du provisoire. Les vrais problèmes sont économiques et sociaux, les réponses de même et donc « quel investisseur viendrait sur des territoires à l’avenir incertain ? ». Il faut trancher, dans un sens ou dans l’autre. »

Lisez le CR officiel :


Population et développement dans l’Outre-Mer de l’Union européenne

Les îles et territoires lointains liés à l’Union européenne via certains États membres, comme la Martinique, la Guadeloupe, les Canaries ou les Açores, ont-ils des points communs ? Ressemblent-ils à la métropole européenne d’un point de vue démographique ? Jean-Louis Rallu présente ici la diversité des populations de l’Outre-Mer européen et nous en explique les raisons.

Si vous souhaitez télécharger cet article en PDF, veuillez suivre le lien suivant :

http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/publications/pop_soc/bdd/publication/1461/

Bonne lecture !

Communication scientifique de l’Ined
colette.confortes@ined.fr

Simulation des résultats des élections européennes des 6 et 7 juin 2009 dans la circonscription Outre Mer

outremerPar Jean CRUSOL, professeur, ancien Député Européen
Les chiffres concernant les inscrits et les suffrages exprimés sont des estimations sur la base des élections antérieures. Les scores des listes sont basés sur les résultats antérieurs et l’analyse politique de la circonscription et des sections.

Il s’agit d’une première ébauche qui fera l’objet d’amélioration en fonction de l’évolution de la campagne.


Hypothèses sur les taux de participation.

Globalement dans la circonscription: 28,6% ;

Dans la section Atlantique: 15%

Dans la section Océan Indien : 40%. On suppose une augmentation de la participation par rapport à 2004, du fait de la dynamique statutaire de Mayotte et de la joute entre le PCR et le PS.

Dans la section Pacifique : 35%

Hypothèse sur les scores des listes par section.

La joute entre le PCR et la PS à la Réunion se solde par un rééquilibrage entre ces deux partis, tant dans la section Océan indien que dans la section Atlantique où le PS a le soutien du PPM, et dans la section Pacifique où il est allié à Témaru.

L’UMP connaît un effondrement du à la perte d’une demi douzaine de municipalités depuis 2004 dans la section Océan Indien (dont Saint-Denis de la Réunion), de plusieurs municipalités dans la section Atlantique, de la division entre les leaders de la droite Flosse et Tong Sang, ainsi que de la montée en puissance de l’indépendantiste Témaru allié au PS, dans le Pacifique.

Tableau T1 : simulation des scores dans la circonscription de l’Outremer

Chiffres absolus Pourcentages
S.AT S. OI S.PA TOTAL TOTAL S.AT S.OI S.PA
Inscrits 660 000 580 000 360 000 1 600 000 100% 42% 36% 22%
Suff.Exp. 100 000 232 000 126 000 458 000 100% 22% 50% 28%
L.PCR 12 500 81 200 25 200 118 900 25,9% 2,5% 17,7% 5,5%
L.PS 20 000 69 600 27 720 117 320 25,6% 4,3% 15,1% 6,0%
L.UMP 10 000 39 440 44 100 93540 20,4% 2,1% 8,6% 9,6%
L.VERTS 25 000 13 920 12 600 51 520 11% 5,4% 3,0% 2,7%
L.MODEM 15 000 16 240 15 120 46 450 10,1% 3,2% 3,5% 3,3%
Autres L. 17 500 11 600 12 60 30 360 7% 4,5% 2,1% 0,9%

Répartition des sièges.

Selon le « mémento » publié par le Ministère de l’intérieur (p 5 et suivantes):

« Les trois sièges sont d’abord répartis entre chaque liste à la représentation proportionnelle sur la base du résultat dans l’ensemble de la circonscription

Une fois déterminé le nombre de sièges auxquels chaque liste a droit, il est procédé à la répartition des sièges au sein de chaque liste:

-la liste arrivée en tête obtient son (ses) siège(s) dans la (les) section(s) où elle a obtenu le plus de voix en pourcentage des suffrages exprimés :

-la liste arrivée en deuxième position obtient son siège dans  la section restante où elle a recueilli le plus de voix en pourcentage des suffrages exprimés.

-la liste arrivée en troisième position obtient son siège dans la section restante  (dans l’hypothèse où trois listes auraient chacune droit à un siège)[1] »

Le tableau (T1) précédent a été établi sur la base de la première interprétation car elle est dans la logique d’un mode de scrutin par circonscription :

Classement des listes à l’échelon de la circonscription :

Liste du  PCR, 1er, liste du PS 2e, liste de l’UMP 3e, liste des verts 4e, liste du Modem 5e. Les 6 autres listes obtiennent moins de 10% des voix, chacune.

Les trois premières listes participent à la répartition des sièges

-La liste du PCR est en première position et réalise son meilleur score en pourcentage des suffrages exprimés dans l’Océan Indien (17,7%). Elle obtient le siège de cette section.

-La liste du PS est en seconde position et la section restante où elle recueille le plus de voix en pourcentage des suffrages exprimés est celle du Pacifique (6%). Elle obtient donc le siège de la section Pacifique

-La liste UMP obtient son siège dans la section restante, soit celle de l’Atlantique, où elle réalise (2,1%).

Un résultat bien curieux! La liste du PS qui n’obtient que 6 % des voix dans la section Pacifique obtient le siège de cette section, alors que la liste UMP réalise 9,6% des voix dans cette section.

La liste UMP obtient le siège de la section Atlantique, alors qu’elle est en 6e position (voire encore plus loin !) dans cette section.


[1] Notons que l’expression « pourcentage des suffrages exprimés » pourrait s’entendre de deux manières différentes:

-le pourcentage de chaque liste, dans chaque section, par rapport au total des suffrages exprimés dans la circonscription

-le pourcentage de chaque liste dans chaque section, par rapport aux suffrages exprimés dans cette section.

Circonscription Outremer : fourre tout intercontinental ?

Les 6 et 7 juin prochains, tous les citoyens français seront amenés à s’exprimer dans le cadre des élections européennes.

En ce qui concerne l’Outre Mer, les règles communes de ces élections donnent lieu à un bien curieux quiproquo.

En effet, les Européennes se déroulent tel que cela a été prévu par le traité de Rome de 1957 (article 138), les procédures électorales étant déterminées par chaque Etat, en attendant l’adoption d’une procédure électorale uniforme pour l’ensemble des Etats membres :

  • Le suffrage universel direct
    Depuis 1979, date des premières élections européennes, les députés sont élus, dans chaque Etat membre, au suffrage universel.

  • Le scrutin proportionnel
    Depuis 1999, l’élection se déroule selon le système de la représentation proportionnelle.

    Définition : Chaque parti présente une liste de candidats aux électeurs. Suivant les Etats, il existe quatre systèmes distincts quant au choix laissé aux électeurs sur les candidats de la liste qu’ils souhaitent voir élus : le vote préférentielle vote sur des listes bloquéesle vote avec panachage et le vote unique transférable.

  • Un mandat de 5 ans renouvelable
    Chaque nouvelle élection donne lieu à un renouvellement important de l’hémicycle européen.

  • L’incompatibilité des mandats
    Le mandat d’un député européen est incompatible avec toute autre fonction dans les institutions ou organes communautaires. La qualité de membre du Parlement européen est incompatible avec celle de membre d’un parlement national (le Royaume-Uni et l’Irlande faisaient exception à cette règle pour les élections de 2004). La règle est désormais appliquée dans tous les Etats membres.

 

Regardons cela de plus près.

les huit circonscriptions françaises

Les Antilles, la Guyane, la Réunion et les autres COM font partie de la Circonscription Outre Mer.

En effet, dans le cadre des élections européennes, La France est divisée en huit circonscription régionale par la loi électorale n° 2003-327 du 11 avril 2003.

Ces huit régions sont représentées au Parlement européen au prorata de leur population.

 

Pour concourrir aux européennes, une liste Outre Mer doit donc être présente sur tous les océans. Les élus des différents territoires doivent alors, en théorie, s’allier pour proposer une liste « complète ».

 

Seulement, en 2004, un problème est survenu : la Réunion remporte les 3 sièges du fait de son poids démographique.

Il y avait donc là un évident problème de représentativité, évident même aux yeux de Paris et Bruxelles.

La loi n° 2007-224 du 21 février 2007, portant dispositions statutaires et institutionnelles relatives à l’outre-mer, a donc divisé cette circonscription en trois sections :

« La circonscription outre-mer est constituée de trois sections. Chaque liste présentée dans cette circonscription comporte au moins un candidat par section. [Un] décret [...] répartit les sièges de la circonscription outre-mer entre les trois sections. Les sections sont délimitées comme suit :

  • 1° Section Atlantique : Guadeloupe, Guyane, Martinique, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon ;
  • 2° Section océan Indien : Mayotte, La Réunion ;
  • 3° Section Pacifique : Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna.»

Cependant, tout en corrigeant ce défaut, elle a provoqué un autre aléa :  aujourd’hui une liste minoritaire aux Antilles peut tout de même remporter son siège par le jeu du classement à l’échelle de la circonscription.

A ce stade, le lecteur se pose sûrement la question : « Mais pourquoi ne crée-t-on pas trois circonscriptions dotées chacune d’un siège ? »

Les attentes de la Réunion, des Antilles et de la Guyane ou de la Polynésie ne sont pas uniformes face à l’Europe. Alors pourquoi leur demander de parler d’une seule voix ?

Nous n’avons à ce jour pas de réponse, préférant éviter les poncifs. Mais, il semble que certains de nos élus se posent la même question.

Pour preuve la lettre ci-dessous adressée par Serge LETCHIMY, Député de la Martinique et Maire de Fort de France, Christiane TAUBIRA, Députée de Guyane et Jacques BANGOU, Maire de Pointe à Pitre au Président de la République Nicolas SARKOZY.

 

 

Serge LETCHIMY
Député de la Martinique
Maire de Fort de France
Christiane TAUBIRA 
Députée de Guyane,
Jacques BANGOU, 
Maire de Pointe à Pitre

A

Monsieur Nicolas Sarkozy
Président de la république

Objet : Elections Européennes : mode de scrutin

Monsieur le Président,
Nous élevons la plus vive protestation contre les conditions réservées aux citoyens et aux responsables politiques de la 8e circonscription, la «circonscription outremer», pour les élections au Parlement Européen.

D’une part, cette circonscription s’étend sur trois océans. Pour se rendre des Antilles à Wallis et Futuna, il faut effectuer un tour de la terre, soit deux ou trois jours de voyage en avion ! Les contacts sont rares, voire inexistants, entre les parties d’un océan à l’autre. Quant aux problématiques politiques, institutionnelles, économiques, sociales et géostratégiques ils sont très différents d’un territoire à l’autre et de toute manière irréductibles à une quelconque synthèse.

D’autre part, du fait du poids démographique de La Réunion, (et avec tout le respect que nous devons à nos compatriotes de ce département), les territoires des deux autres sections, l’Atlantique et le Pacifique, se retrouvent dans une situation de totale dépendance vis-à-vis de ce département pour la constitution de listes qui aient des chances de remporter l’un des sièges de la circonscription. Comble de l’injustice, voire de l’absurdité, une liste qui obtiendrait un score élevé à La Réunion pourrait se voir attribuer le siège d’une section où elle est minoritaire par le simple jeu du classement des listes sur la base des scores réalisés à l’échelon de la circonscription !

Nous menons depuis les premières heures des élections européennes un combat opiniâtre et difficile pour faire entendre la voix de la justice et de l’égalité pour la reconnaissance dans ce scrutin de l’opinion exprimée sur nos territoires.
Au lendemain des élections européennes de 2004 (où tous les sièges avaient été remportés par les candidats de La Réunion) des propositions législatives visant à éviter que ne se reproduise une telle inégalité avaient été formulées par des parlementaires de nos pays d’outre mer. Ils avaient proposé la création de trois circonscriptions correspondant à chacun des bassins océaniques et bénéficiant d’un siège chacune.

La solution retenue par le Gouvernement s’est réduite à conserver la «circonscription outremer» et à la diviser en trois sections.
Quelle qu’aient été les bonnes intentions de cette réforme le résultat est à nos yeux catastrophique et antidémocratique.
Certes nous n’ignorons pas que la décision du Conseil du 25 juin 2002 et du 23 septembre 2002, en son article 2, recommande qu’en « fonction de leurs spécificités nationales, les Etats membres peuvent constituer des circonscriptions pour l’élection au Parlement européen, ou prévoir d’autres subdivisions électorales, sans porter globalement atteinte au caractère proportionnel du mode de scrutin ».

Mais nous sommes obligés de constater que cette réforme ne résout pas le problème de la représentation démocratique des citoyens de notre circonscription et de leurs diversités d’opinion. Pour cela, il aurait fallu soit faire une exception au suffrage proportionnel pour «l’Outremer» en créant trois circonscriptions à scrutin majoritaire–les termes de la décision du Conseil ne sont pas absolument contraignants–soit attribuer un nombre suffisant de sièges à chacune de ces trois circonscriptions pour pouvoir y organiser un scrutin proportionnel et refléter ainsi l’apport exceptionnel de nos territoires à l’Europe qui va bien au-delà de notre simple poids démographique.

De plus, Monsieur le Président de la République, le 15 avril dernier, au moment précis où les Partis des « Outremers » doivent préparer les élections européennes, sont lancés les Etats Généraux. Il ne s’agit pas, pour nous, ici, d’en contester l’utilité. Mais nous constatons que cela crée une situation particulièrement gênante, et inégalitaire en matière de mobilisation électorale. Ceci, alors que chacun déplore la faible participation de nos électeurs aux élections européennes. Elle n’était que de 26% en 2004 !

Compte tenu de cette situation, il nous parait urgent d’engager des discussions afin que les prochaines élections ne souffrent de ce mode de scrutin, inacceptable en l’état. Et il ne s’agirait pas d’un simple rééquilibrage de modalités électorales, mais de la reconnaissance politique d’un principe incontournable : fonder notre unité républicaine sur le respect et sur l’harmonisation de nos diversités préservées.

C’est le seul moyen hautement démocratique de doter nos instances communautaires de l’investissement, de l’implication, et de la créativité de tous.

Nous vous prions d’agréer monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération.

Pour
Christiane TAUBIRA Députée de Guyane,
Jacques BANGOU, Maire de Pointe à Pitre,

Serge LETCHIMY
Député de la Martinique
Maire de Fort de France

 

Qu’est ce que l’Octroi De Mer ?

douane1L’Octroi de Mer est une taxe indirecte sur les produits importés comme sur les productions locales. C’est un taux qui est fixé par les Conseils régionaux et dont le produit est destiné aux collectivités territoriales.


UNE TAXE SPÉCIFIQUE AUX RÉGIONS DE L’OUTRE MER

UN PEU D’HISTOIRE, LE « DROIT DE POIDS » :

Dans les colonies du XVIIème  siècle la notion de collectivité locale n’existe pas encore et les colonies sont toujours la propriété d’une compagnie, fondée à partir de capitaux privés. La compagnie se substitue alors au pouvoir royal et les colons doivent lui payer à compter de 1637, un droit de 1 % à l’entrée et à la sortie des marchandises.

Colbert  (contrôleur général des finances), interpelle dès 1653 Mazarin sur l’importance d’établir un système de commerce colonial. Il réorganise alors les compagnies et leurs finances. En 1670, les autorités perçoivent, sur tous les produits entrant sur les territoires des colonies, un « droit de poids ».  Ce terme est lié à celui de « poids-le-roi », droit levé par le roi sur les marchandises vendues au poids quand elles entraient dans les ports ou dans les villes. Cette taxe représente alors une sorte d’équivalent à l’octroi en vigueur dans les villes de métropole.

Ce droit sera abolit par les révolutionnaires de 1789 qui proclament la liberté des colonies et celle du commerce.

Par la suite, une ordonnance coloniale du 1er mars 1819 fait émerger la notion d’« octroi aux portes de mer » qui va constituer une recette ordinaire dans les budgets des communes de la Martinique. Une ordonnance du 24 décembre 1825 étend ce même type de recette ordinaire à la Guadeloupe. La Réunion connaîtra l’application de ce droit en 1850 et la Guyane en 1878.

Le sénatus-consulte (texte émanant du sénat) du 4 juillet 1866 officialise cet impôt de consommation sur les produits arrivant de la mer en le qualifiant pour la première fois d’« octroi de mer ».

Déjà dans un souci d’autonomie des colonies, le sénatus-consulte du 4 juillet 1866 transfère au conseil général de chacune d’entre elles des compétences auparavant exercées par les gouverneurs et notamment le vote des tarifs d’octroi de mer sur les objets de toute provenance. Les règles d’assiette, de perception et de répartition restent tout de même de la compétence du pouvoir central.

Dans un premier temps, les produits locaux se voient frappés de l’octroi de mer. Cependant, le désaccord des élus locaux, qui ne désirent pas imposer les productions locales, rend difficile l’application de cette dernière mesure, qui sera alors abandonnée en 1957.

Une taxe ambigüe selon les règles de l’union européenne

UNE TAXE D’EFFET ÉQUIVALENT  (TEE)?

L’article 3§1 du Traité Communauté Européenne, énonce : « la communauté est fondé sur une union douanière qui s’étend à l’ensemble des échanges de marchandises et qui comporte l’interdiction entre les Etats membres des droits de douanes à l’importation, à l’exportation et de toutes taxes d’effet équivalent.

L’article 25 précise que : «  les droit de douanes à l’importation et à l’exportation et toutes taxes d’effets équivalent sont interdites entre états membres ».

La définition de cette TEE est à rechercher dans la jurisprudence, notamment dans un arrêt rendu le 01 juillet 1969 :   CJCE, arrêt Commission Vs Italie, affaire 24-68

« Au sens de l’art 25 une charge pécuniaire, fût-elle minime, unilatéralement imposée, quelle  que soit son appellation et sa technique et frappant les marchandises nationales ou étrangères en raison du fait qu’elles franchissent la frontière lorsqu’elle n’est pas un droit de douane proprement dit, constitue une taxe d’effet équivalent, alors même qu’elle ne serait pas perçu au profit de l’État.

Que signifie plus clairement cet arrêt ?  Les points importants sont les suivants :

_ La  nature pécuniaire des TEE : ce sont des entraves pécuniaires dues au versement d’une somme d’argent par les États membres à un autre Etat membre. C’est un droit unilatéralement imposé par la puissance publique.

_ L’origine de la taxe : elle s’apparente à un droit de douane. La taxe doit être prélevée par un État membre, et doit avoir une origine publique. La taxe peut être perçue par l’État lui-même mais aussi par ses collectivités.

_ Et le fait générateur de la taxe est l’événement qui rend la taxe exigible, c’est à dire le franchissement d’une frontière interne à la communauté.

La communauté tient à endiguer  l’apparition de taxes perçues à l’intérieur des États membres dans un marché européen qui se veut unique, et sans entrave douanières.

Mais voila que la France permet à certains de ses départements (Guadeloupe, Guyane, Réunion et Martinique), l’Octroi de mer : une taxe perçue à l’importation sur toutes les marchandises et même celle venant des Etats membres….

Ainsi l’octroi de mer est de prime abord une taxe d’effet équivalent, donc interdite par l’Union Européenne.

L’octroi de mer face à la Cour de Justice Européenne

La Commission des communautés européennes a reçu des plaintes de la part d’opérateurs économiques concernant l’octroi de mer. Une procédure d’infraction a donc été ouverte contre la France en 1984. Elle aboutit à la décision du 22 décembre 1989. Dans cette décision, il est fait mention que pour une autorité nationale, instituer une taxe à la consommation  présente  des difficultés au regard des normes communautaires, à partir du moment où cette taxe discrimine les productions locales ou nationales et les productions communautaires.

Il fallait donc pour la France retranscrire cette décision européenne en droit national.

Ce sera l’objet de la loi du 17 juillet 1992. Cette loi donne donc à l’octroi de mer une base juridique conforme au droit communautaire.

Deux voies différentes s’offraient pour rendre l’octroi de mer compatible avec le droit communautaire et faire cesser les discriminations entre les produits : il fallait soit supprimer purement et simplement la taxe ou bien la banaliser, et alors supprimer la distinction entre les produits importés et les productions locales.

C’est cette seconde option qui a été choisie par les autorités communautaires avec la décision du 22 décembre 1989, et reprise dans la loi du 17 juillet 1992 précitée.

Ainsi, l’article premier de la loi de 1992 indique que les opérations imposables sont désormais tout autant les introductions de marchandises (les importations), que les productions locales.

C’est aussi le retour des conseils régionaux dans la mise en place des exonérations d’octroi de mer pour les productions locales. Ces exonérations se font « selon les besoins économiques des départements ».

Cette loi était prévue pour une durée de dix ans, mais en 2003, le ministre d’époque, Brigitte Girardin, obtient une prolongation d’une année.

Puis, le 17 décembre 2003, la Commission Européenne se prononce en faveur du maintien de ce régime pour une durée de 10 ans  et on abouti alors à la loi en vigueur : Loi relative à l’octroi de mer du 02 juillet 2004. Elle aussi d’une durée de 10 ans. Le régime actuel prendra en principe fin en 2014.

LES CONSÉQUENCES DE L’OCTROI DE MER

UNE TAXE NÉCESSAIRE

La distance qui sépare les collectivités d’outre-mer de la métropole varie de 7.000 kilomètres à 9.000 kilomètres. Cette situation géographique permet à la France d’être présente  sur toute la planète grâce à l’étendue  de sa « zone économique exclusive », 11 millions de km² de domaine maritime. Mais cette situation a un coût pour ces régions, celui du retard en matière de développement économique. Ainsi, le prix moyen dans les DOM reflète à la fois le coût du transport et le coût du stockage, mais pas uniquement cela.

Au coût de l’éloignement se rajoute les contraintes nées de la géographie : les Antilles sont des sujets à de nombreux cyclones, tremblements de terre sur un sol volcanique au relief très divers. Ces spécificités appellent  un surcoût d’équipement. La Guadeloupe, par exemple est un archipel constitué de six groupes d’îles, ce qui demande des équipements particuliers. Ou encore la Guyane est une enclave de 90.000 km² couverte par la forêt équatoriale.

De plus ces régions partagent une zone géographique avec d’autres Etats qui ne sont pas membres de l’union européenne, et avec qui les relations historiques et culturelles pourtant bien fondées, sont méconnues par le système d’échange actuel. Cela se traduit par le manque d’interactions politiques ou économiques avec ces voisins. Conséquence d’un système d’échange  avec la métropole exclusivement.

Ce sont donc des régions soumises à une double influence : l’une vient de leur environnement régional avec un certain impératif de s’y intégrer, l’autre de leur appartenance à la République française et donc à l’Europe.

Brièvement, l’économie se compose essentiellement de l’agriculture avec des productions très spécialisées, notamment la banane, le rhum et le sucre. Pour autant, cette agriculture tournée vers l’exportation, contribue faiblement à la création de valeur ajoutée. Par exemple, si elle représente de loin la première source d’exportation de la Guadeloupe, sa part dans la valeur ajoutée n’y est que de 4 % à peu près. En Martinique elle représente 9,3% de la valeur ajoutée marchande contre 25 % pour la distribution.

Le secteur de la pêche est le deuxième en importance pour la Guadeloupe et le troisième pour la Martinique.

Le tourisme représente un secteur à la fois d’une grande importance (le premier en Guadeloupe), et avec de fortes possibilités de développement. Cependant, si les capacités d’hébergement ont beaucoup augmenté ces dernières années (de plus de 80 % en 11 ans pour la Guadeloupe), le tourisme connaît aujourd’hui une grave crise. Ainsi, en Martinique, la fréquentation touristique a baissé de 3 % par an entre 1998 et 2000. Tout comme la Guadeloupe, qui a connu une forte dégradation du tourisme de croisière.

Comme les échanges sont rendus difficiles avec les pays voisins, et que, de surcroît, ces pays offrent une concurrence fondée sur la faiblesse des salaires, la majorité des échanges s’opère avec la métropole.

  Importations Exportations
Guadeloupe 59,2 % 56,3 %
Martinique 64,8 % 83 %

(Chiffres de l’année 2000)

Face à cette situation de dépendance et de précarité, l’octroi de mer constitue donc un apport essentiel pour les collectivités locales.

70% des recettes de la douane en Martinique sont perçues pour le compte des collectivités locales ; le droit additionnel à l’octroi de mer représente entre 11 et 48 % des recettes fiscales de la région; pour les communes, le poids de l’octroi de mer est encore plus déterminant puisque il représente de 41 à 47 % des recettes fiscales.

Voici ce que représentent en chiffres, les recettes fiscales en euros de l’octroi de mer (pour les produits étrangers et locaux, exprimé en euros)

   

2000

2001

2002

2003

 

Guadeloupe

Externe

115.663.998

120.291.639

132.156.662

134.784.726

 
 

Interne

915.058

792.605

950.175

874.086

 
 

Total

116.579.056

121.084.244

133.106.837

135.658.812

 

Guyane

Externe

65.542.541

76.514.725

77.254.270

76.001.703

 
 

Interne

4.242.153

2.766.179

5.738.330

4.515.268

 
 

Total

69.784.695

79.280.904

82.992.600

80.516.971

 

Martinique

Externe

131.730.872

135.809.683

143.325.948

146.315.873

 
 

Interne

837.166

1.001.700

1.137.754

1.178.273

 
 

Total

132.568.038

136.811.383

144.463.702

147.494.146

 

Réunion

Externe

179.327.988

188.394.232

223.304.920

241.208.792

 
 

Interne

5.043.059

4.273.512

4.379.311

4.524.846

 
 

Total

184.371.047

195.716.525

227.684.231

245.733.638

 

Total général

 

503.302.835

529.844.274

588.247.370

609.383.567

 
 

Les recettes de l’octroi de mer en 2007 étaient  de 193,9 millions d’euros pour la Martinique

Par ailleurs, l’octroi de mer est un moyen de soutenir les entreprises locales grâce à des exonérations totales ou partielles, sous certaines conditions. (Si une entreprise veut acheter du matériel, celui-ci ne sera pas taxé par l’octroi mer, si elle en fait la demande).

Cette taxe parait donc plus que nécessaire vu les conditions précaires de ces régions. Des conditions qui sont dénoncées par les manifestations actuelles.

une taxe qui a beaucoup d'incidence sur le prix de nos denrées

une taxe qui a beaucoup d'incidence sur le prix de nos denrées

L’OCTROI DE MER ET LA CRISE AUX ANTILLES

Il a été démontré le rôle majeur de cette taxe dans la fiscalité des régions d’outre mer. Cette taxe a donc un rôle déterminant à jouer dans la crise actuelle aux Antilles.

Les régions des Antilles ont un produit intérieur brut (PIB) inférieur à 50 % de la moyenne communautaire. Or dans le même temps, les prix sont plus élevés (à peu près 20% de plus qu’en métropole)

De plus l’institut européen de la statistique, EUROSTAT, a dressé récemment (le 16 Février 2009), le taux de chômage par région en Europe.

On peut constater là encore la précarité des régions d’outre mer, qui se situent à l’échelle européenne, parmi les régions les plus  touchées par le chômage : 25% de la population pour la Guadeloupe et 22% pour la Martinique. Et un chômage qui atteint essentiellement les jeunes avec  55% de la population des 15-24 ans en Guadeloupe et 48% en Martinique.

On constate par ailleurs que les autres régions de France n’apparaissent pas dans ce top 12, il y a alors non pas un problème de politique nationale, mais essentiellement un problème de politique pour ces régions d’Outre mer…

Ce ne sont plus les pires chiffres de France, mais les pires chiffres d’Europe !

L’octroi sous l’effet de la crise, nouvelle  ligne de démarcation entre élus martiniquais ?

La part de l’octroi de mer dans les recettes fiscales est déterminante. Rappelons que ce sont les collectivités locales qui touchent cette taxe, et qu’elle s’applique sur presque tous les produits. Il paraît alors intéressant de se demander s’il n’y aurait pas un levier à activer à ce niveau  pour faire baisser certains prix et augmenter ce fameux pouvoir d’achat.

C’est ce qui a été fait. Le président de la région Martinique, Alfred Marie Jeanne a fait savoir qu’il était prêt à revoir l’indexation de l’octroi de mer. Il a annoncé sa volonté de baisser l’octroi de mer de Quatre point !

Mais face à la région, les maires qui touchent une part plutôt importante de cette taxe ont décidé lors d’une réunion tenue au Lamentin, le 15 Février dernier, qu’ils refusaient une modification de cette ressource très importante dans leur budget.

Les élus communaux  se sont arc-boutés pour crier d’une même voix : touche pas à mon octroi de mer !

D’autre part la crise ne révèle t elle pas un «mirage » de l’Article 74 ?

Depuis un moment, le discours de beaucoup d’élus a été de dire que si la Martinique ne se développe pas, c’est essentiellement à cause d’un manque de pouvoir au niveau local. Ainsi, la solution privilégiée a été l’adoption de l’article 74 de la constitution. Mais ce débat ne doit pas occulter la question de l’octroi de mer.

Cette ressource fiscale de quelques centaines de millions d’euros voit son avenir incertain dans le cas d’une modification statutaire ( par l’article 74), or ce changement risque d’ébranler cette taxe déjà juridiquement instable.

Il faudra sûrement conserver une taxation qui permet des recettes aussi avantageuses pour le développement de ces régions, mais il faut s’attendre à une remise en cause de l’octroi de mer sous sa forme actuelle. N’oublions pas que son existence  est en principe limitée…plus que cinq ans !

Bibliographie

_ Site du ministère de l’outre mer ;  et de la préfecture

_ Wikipédia ;

_ Eurostat ;

_ Conférence du 12 mars 2002 sur l’octroi de mer au LGT « les Droits de l’homme » ;

_ Armand Nicolas, « Histoire de la Martinique », Paris l’Harmattan, 1996 ;

_ Rapport n° 443 de M. Henri GOETSCHY, fait au nom de la commission des finances, déposé le 24 juin 1992 ;

_ Dictionnaire économique de la Martinique de 2008

_ Les tableaux, les chiffres et certaines données sont issues des travaux parlementaires du Sénat et de l’assemblée nationale ;