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Mise en place du Groupement d’Intervention Régional Concurrence en Guadeloupe


Le mardi 26 janvier 2010 en Guadeloupe

Le préfet a procédé, ce mardi 26 janvier 2006, à l’installation du Groupement d’Intervention Régional Concurrence de la Guadeloupe. Plusieurs actions prioritaires pour l’année 2010 ont été décidées permettant au GIR Concurrence d’être immédiatement opérationnel.

Le Conseil Interministériel de l’Outre-Mer, présidé par le Chef de l’Etat le 6 novembre 2009, a décidé la création de GIR Concurrence pour répondre à l’attente exprimée par nos concitoyens sur le niveau des prix des produits de grande consommation.

Le GIR Concurrence a pour objectif d’accroître la vigilance de l’État sur les distorsions de concurrence et les mécanismes de formation des prix sur des marchés où le nombre d’acteurs est réduit.

Il renforce l’efficacité des services de l’État compétents en matière économique en croisant leurs sources d’informations et en associant leurs capacités d’expertise respectives afin de détecter tout dysfonctionnement de la concurrence. Ainsi le service des douanes apportera ses connaissances sur les produits importés et les services financiers sur la constitution des groupes et les données fiscales.

Il est placé sous l’autorité hiérarchique du Préfet de région et est dirigé par M. David TIBILAN, directeur départemental de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

Il est composé d’agents de la DDCCRF ainsi que de correspondants désignés nominativement par la Direction régionale des finances publiques (services fiscaux) et la Direction des douanes et des droits indirects. Le GIR Concurrence peut solliciter, en tant que de besoin, la participation d’agents des services vétérinaires et de l’inspection du travail.

Le GIR Concurrence procède à des études sectorielles et programme des enquêtes ciblées en matière de lutte contre les pratiques anticoncurrentielles à partir des informations ainsi recueillies. Il participe également à la recherche de pratiques commerciales restrictives de concurrence.

Lors de la réunion du mardi 26, le préfet et les membres du GIR Concurrence ont décidé de trois enquêtes prioritaires pour l’année 2010 :

  • sur les pratiques commerciales dans la grande distribution,
  • sur la formation des prix des produits importés ;
  • sur les délais de paiement entre professionnels .

Les voeux du Préfet de la Guadeloupe pour l’année 2010

Chères guadeloupéennes,

Chers guadeloupéens,

C’est avec grand plaisir, qu’en ma qualité de préfet récemment nommé dans ce beau département, je vous adresse mes vœux de santé et de réussite pour cette nouvelle année 2010.

2009, l’année qui s’achève, c’est vrai, n’aura pas été facile pour vous. Des grèves et des manifestations, sans doute parmi les plus dures que la Guadeloupe ait connues, ont gravement perturbé votre vie quotidienne et bloqué l’économie. Du coup, la production de l’île a diminué de manière notable alors que le nombre de chômeurs, lui, a augmenté. Il est évident que seul un climat social apaisé rendra possible le retour de la croissance et des beaux jours.

L’Etat, en ce qui le concerne, tiendra les engagements qu’il a contractés, en dépit des critiques systématiques et bien injustes, dont il est la cible. Il assurera de manière stricte le maintien de l’ordre public et luttera contre l’insécurité sous toutes ses formes, tout en s’efforçant de réduire les inégalités sociales et de soutenir les entreprises qui créent ou sauvegardent des emplois.

Mais l’année 2009, par d’autres côtés, est porteuse d’espoirs. Elle n’a pas été seulement marquée par des évènements sociaux, hélas émaillées d’actes de violence inacceptables. Elle fut aussi, n’en déplaise aux cassandres de tout bord, celle de l’écoute et du dialogue. Les Etats généraux de l’Outre-Mer ou le déplacement en Guadeloupe du Président de la République sont là pour en témoigner.

De ces multiples échanges sont nés en effet de nouveaux instruments. Une autre stratégie a été proposée. A titre d’exemple, on peut citer le développement endogène ainsi que la création du pôle d’excellence médical, c’est-à-dire la mise en place d’un cursus complet d’études de médecine à l’Université Antilles Guyane. On peut également rappeler la volonté d’intégrer plus largement les Antilles françaises dans leur environnement caribéen, grâce à la suppression des visas de court séjour pour les ressortissants de nombreuses îles des Caraïbes et grâce aux pouvoirs accrus dans le domaine de la coopé, désormais conférés aux présidents des Régions des Départements d’Outre-Mer.

Le nouvel an qui s’annonce sera donc en priorité celui de la mise en application des mesures décidées à la suite des Etats Généraux de l’Outre-Mer. Mais l’esprit d’ouverture et la démarche d’écoute continueront à prévaloir. Les services placés sous mon autorité et moi-même ne refuseront jamais le dialogue à ceux dont l’action respecte les lois de la République, quelles que puissent être par ailleurs leurs convictions. En outre, en cette année marquée par d’importantes échéances électorales (celles du renouvellement du conseil régional), l’Etat ne se départira pas de sa neutralité. Il garantira, c’est son devoir, le caractère démocratique de la campagne.

A cela, je me permets d’ajouter quelques priorités me tenant plus personnellement à coeur :

D’abord l’amélioration de la gestion des déchets et du traitement des eaux (usées et potables). Aucun développement économique, en particulier touristique, aucun progrès social ne saurait prospérer sur un territoire où pourraient se poser de graves problèmes d’insalubrité.

Ensuite, je suis consterné par le nombre de personnes qui trouvent chaque année la mort sur les routes de Guadeloupe, notamment les jeunes. Dès à présent, et en concertation étroite avec les services de sécurité, mon cabinet s’efforce d’élaborer un plan drastique, à la fois préventif et répressif, susceptible d’enrayer l’hécatombe. Je sais, hélas, que cette bataille n’est pas gagnée d’avance !

Enfin, bien sûr, la Guadeloupe, au-delà des difficultés conjoncturelles qu’il lui faut surmonter, doit se projeter vers l’avenir, songer à un autre type de développement, durable si possible. Une attention particulière sera donc portée par les services de l’Etat à la promotion des énergies renouvelables.

Je ne tiens pas à afficher trop d’engagements. Ils nuiraient à la crédibilité de ces vœux 2010. Soyez cependant persuadés que le représentant de l’Etat et l’ensemble de ses services resteront, quoiqu’il advienne, mobilisés pour assurer votre sécurité et préserver une paix sociale à laquelle vous êtes tous en droit d’aspirer.

NDLR : Nous rappellerons simplement à M. Le Préfet que Cassandre, qui était douée d’un véritable don de prophétie, fut frappée de malédiction par Apollon après l’avoir repoussé : il la condamna à ne jamais être crue. Peut-être fallait il choisir une autre référence.

KONFÉRANS ENTEWNASYONAL LAPWENT 20-21 OKTOB 2009

lkp_tvCollectif du 5 Février

KONFÉRANS ENTEWNASYONAL LAPWENT 20-21 OKTOB 2009

DÉCLARATION SOLENNELLE

Considérant que la situation économique et sociale actuelle existant en Guyane, Martinique et Guadeloupe résulte de la pérennisation du modèle de l’économie de plantation,

Considérant que cette économie s’appuie sur des rentes de situation de monopoles, des abus de positions dominantes qui génèrent des injustices,

Considérant que ces injustices touchent aussi bien les travailleurs, que les acteurs économiques endogènes,

Considérant que ce sont autant d’obstacles au développement économique endogène et à l’épanouissement social,

Les organisations de masse et les organisations anticolonialsites et anti-capitalistes de Guyane, Martinique et Guadeloupe, respectivement le Front pour l’avenir de la Guyane (FPAG), Kolektif 5 Févriyé (K5F) et Liyannaj Kont Pwofitasyon, réunies les 20 et 21 octobre 2009 en Conférence Internationale, an Bik a Mityalité, Lapwent Gwadloup, déclarent :

Yonn : les travailleurs et les peuples des dernières colonies de la France dans la Caraïbe ont eu raison de s’organiser en collectif, de liyanné les expériences respectives des organisations qui les composent et de se constituer en nouvelles forces à dimension populaire et de masse, diverses tant du fait de leurs pratiques que de leurs orientations stratégiques.

Dé : Ces nouvelles organisations représentent dans la période historique actuelle de vrais espoirs pour les travailleurs et les peuples, de vrais outils pour avancer vers plus de liberté, plus de démocratie et de justice dans ces sociétés.

Twa : La lutte pour la défense des intérêts des travailleurs, plus largement du peuple, et singulièrement de la jeunesse, le combat contre toutes les Pwofitasyon mené dans ces pays relèvent d’un processus de maturation enclenché depuis l’époque esclavagiste et s’inspirent des grandes luttes sociales menées jusqu’à ce jour.

Kat : Ces combats s’inscrivent également dans un contexte international marqué par les luttes de la classe ouvrière et des peuples contre le capitalisme et ses dégâts de tous ordres sur la planète.

Ola nou yé jodi jou

Nous avons négocié et contracté avec l’Etat français et le patronat des accords d’une portée politique et stratégique fondamentale. Pour la première fois dans l’histoire de nos pays, ce sont les travailleurs et les peuples en mouvement dans la rue qui ont imposé la satisfaction de certaines de leurs revendications.

De la Loi PONS à la LODEOM, aucun des schémas dits de développement, élaborés et débattus avec les élus, n’a permis un quelconque développement, ni la diminution du chômage. Pire, ils ont consacré le mépris, l’exclusion et la négation des peuples de nos pays.

A l’évidence, les mouvements FPAG, K5F et LKP ont établi un nouvel équilibre entre la puissance coloniale, sa représentation locale et les travailleurs et le peuple en mouvement, an konsyans é an balan. La persistance des mouvements en terme de durée, la pertinence de leurs initiatives et l’adhésion populaire dont ils bénéficient, sont significatifs d’un mouvement profond, de nature révolutionnaire et dont l’objectif est d’éradiquer la Pwofitasyon.

Fortes de ce parcours, les organisations de masse soussignées, réunies les 20 et 21 octobre 2009, en Guadeloupe, pour échanger et valider leurs expériences respectives, donner de la dimension à leurs pratiques, organiser la solidarité, notamment contre la répression, assurer la victoire des travailleurs de Guyane, de Martinique et de Guadeloupe et satisfaire leurs plate-formes de revendications.

Les organisations soussignées :

refusent d’ores et déjà que les conclusions des Etats-Généraux du gouvernement français soient la réponse aux revendications et aspirations des travailleurs et des peuples en mouvement,
exigent le respect des accords et la poursuite des négociations,
entérinent ce jour l’installation à Pointe à Pitre du Collectif International de Défense créé le 9 aout 2009 à Corte (Corse),
appellent à la tenue d’une nouvelle conférence au mois de février 2010 en Martinique.
Les organisations soussignées appellent les travailleurs et les peuples :

à populariser leurs idées, à expliquer leur démarche dans les bourgs, les quartiers, les sections, les entreprises et les familles,
à se mobiliser pour les luttes en cours et pour le respect des accords concernant l’augmentation des salaires, la baisse des prix du carburant et des produits de première nécessité, le plan d’urgence pour l’emploi et la formation des jeunes,
à renforcer la mobilisation pour l’augmentation des minima sociaux, le relèvement des pensions de retraite et l’arrêt de la criminalisation de l’action syndicale,
à continuer la lutte pour éradiquer la Pwofitasyon, abolir les privilèges et instaurer de nouveaux rapports économiques et sociaux.
Que les travailleurs de Guyane, de Martinique et de Guadeloupe nourrissent leur éveil et s’organisent pour le triomphe final de leurs luttes pour la liberté et l’émancipation.

Front pour l’avenir de la Guyane :
Albert DARNAL

Kolektif 5 Févriyé :
Philippe PIERRE-CHARLES

Liyannaj Kont Pwofitasyion :
Elie DOMOTA

Lapwent, le 21 octobre 2009

DGCRRF Guadeloupe : FO et Solidaires dénoncent le LKP

SUDFO

Les Abymes le, 14 octobre 2009

COMMUNIQUÉ

Nous soussignés, les agents de l’Unité Départementale de la Guadeloupe de la DGCCRF;

Considérant que depuis le début de l’année, notre service est l’objet d’attaques incessantes et injustifiées de la part de certains responsables du LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon) ;

Considérant que dans leurs attaques, ces responsables reprochent à notre administration de ne pas contrôler les prix des biens, produits et des services ;

Considérant que pour tenter de justifier leurs allégations, les « responsables aux affaires économiques du LKP » veulent recruter « un groupe de 500 personnes chargées de faire pression sur les commerçants pour qu’ils baissent leurs prix de vente » ;

Considérant que le département de la Guadeloupe se trouve dans un état de droit ;

Considérant que les agents de la DGCCRF assurent leurs missions de contrôle dans le respect des lois de la République ;

Considérant que les agents de la DGCCRF exercent leurs pouvoirs dans le respect des lois qui les habilitent ;

Considérant que depuis le 1er décembre 1986, « Les prix des biens, produits et services sont librement déterminés par le jeu de la concurrence « .

Considérant que les agents de la DGCCRF n’ont aucune capacité juridique dans la fixation des prix de vente des biens, produits et services ;

Considérant que le rôle de la DGCCRF est de s’assurer de la protection et de l’information du consommateur sur les prix de vente des biens, produits et services ;

Demandons enfin aux responsables du LKP de respecter le travail des agents de ce service, animés du seul désir de faire appliquer les lois dans l’intérêt majeur des populations de la Guadeloupe ;

Exigeons donc des responsables du LKP de cesser d’induire en erreur les consommateurs guadeloupéens, en leur faisant croire que la DGCCRF est compétente pour fixer les niveaux des prix de vente des biens, produits et services.

P/ Solidaires, P/ Force Ouvrière,

Pierre SOULEZ   Andréa PÉTRO

La révolution des forces sociales, une alternative politique pour notre devenir

image_1La situation que nous vivons en ce moment est inédite, les mécanismes de gestion de crise échouent jusqu’à présent contre ce mouvement social d’une ampleur incontestée depuis des décennies.

Quelque chose donc de l’ordre d’une brèche intervient par l’exaspération des forces sociales dans le tissu des mécanismes de règlementation jusqu’alors en vigueur.

On peut parler aujourd’hui de véritable « révolution sociale ».

Les situations guadeloupéenne et martiniquaise posent un problème qui nous concerne tous, celui des formes que doivent revêtir la pensée et l’action politique contre la « colonialité » du pouvoir. Non seulement ces revendications sont justes et dignes, elles sont vraies et elles ouvrent une ère nouvelle à la réflexion et à l’action politique lucide et soucieuse du bien-être et de la défense des droits fondamentaux des travailleurs et des citoyens.

On a souvent écrit sur le malaise institutionnel et le mal-être culturel des Antillais mais ne s’est-on pas trompé en voulant les comprendre et les interpréter essentiellement dans des critiques anthropologiques et des critiques politiques à court et à moyen terme.

L’habituelle manière politique de penser en termes de système et de croire que le changement du système peut modifier la « colonialité » du pouvoir, pour pertinente qu’elle soit, ne permet pourtant pas aujourd’hui de comprendre la radicale nouveauté des événements.
On peut l’approuver ou le déplorer mais il est évident que les manifestations ont acquis une pleine autonomie par rapport aux représentations traditionnelles politiques et administratives.
Certes les luttes politiques, syndicales, sociales et culturelles dans nos deux îles sont profondément inscrites dans un cadre et une continuité législative de l’Etat français et maintenant progressivement de l’Europe qui leur donne leur allure. Et cela pourrait-on dire depuis la Révolution haïtienne et la guerre de liberté guadeloupéenne. Mais les Antilles ont hérité d’un débat essentiel qui traverse la société française autant que l’institution européenne et les politiques mondiales.

En Martinique, le Congrès a entériné cette situation en inscrivant la lutte pour l’autonomie dans la binarité des articles 73 et/ou 74, fermant dès lors la porte à toute invention d’un cadre répondant précisément à notre singularité, oblitérant toute possibilité d’une réponse alternative et par là même souscrivant à la dimension coloniale de ce cadre, ce que nous appelons précisément la « colonialité ».

La nouveauté de la mondialisation est de faire précisément émerger le problème de la légitimité de la représentation dans les Etats-nations. A savoir quels fondements accorder à la légitimité politique ? Repose-t-elle sur une conception de la seule souveraineté populaire ou au contraire sur l’impératif du respect des droits fondamentaux des hommes ? Partout dans le monde on voit resurgir des conflits de légitimité entre ceux qui revendiquent le respect des droits de l’homme et du citoyen et ceux qui revendiquent la souveraineté du peuple.
Ce n’est pas outrancier de penser que ce qui est en jeu en Guadeloupe et en Martinique, est bien la question de savoir sur quelle conception de la légitimité on peut asseoir la revendication d’assumer nous-mêmes notre propre destin et la maîtrise de notre devenir historique. Il s’agira bien de concilier d’une part la revendication de l’autonomie morale privée du citoyen et d’autre part de l’autonomie politique.
Ce que nous montrent les forces populaires guadeloupéennes et martiniquaises réside dans cette ouverture insoutenable de la révolution sociale comme solution ou voie ouverte à l’alternative entre la défense des droits privés et la revendication de l’autonomie politique. Aucune politique désormais dans aucune forme institutionnelle ne peut se permettre de faire l’économie d’un dialogue effectif avec les représentants des forces sociales.
La légitimité et l’autorité représentative des élus du Congrès ne sont en aucune façon contestables et ne sauraient l’être, cependant les représentants des pouvoirs n’imaginaient même pas que des paroles sociales, des revendications, des résistances puissent troubler la partition organisée et synchronisée du calendrier de la réforme statutaire et être aussi populaires et légitimes.
L’affirmation du statut d’élu et donc de la légitimité de leur représentativité, ne saurait, à l’évidence suffire, pour mener à bien des politiques dont ils n’ont aucunement présenté les termes à la population. Ce qui apparaît et qui se laisse concevoir comme une autorité de droit risque de se transformer en fait en une confiscation des paroles sociales, de tous les secteurs de notre vie, paroles sociales des citoyens, des syndicalistes, des associations, des petites et moyennes industries et entreprises, etc.

Il ne s’agit pas simplement de consumérisme, il s’agit de quelque chose d’autrement plus grave et important, celle de la vie des hommes et des femmes dans ce pays, des aînés, de l’avenir de leurs enfants.

Que l’on s’inquiète de savoir en Martinique par exemple, si les avantages acquis vont être maintenus dans les projets de développement institutionnel n’est pas une question vaine, relativement secondaire par rapport aux grands enjeux politiques. Il ne s’agit pas de spéculer sur les possibilités d’adaptation des individus engagés dans une vie sociale et économique responsable mais de prendre en compte des revendications radicales qui remettent en cause le confort d’une concertation entre les seuls élus. Une nouvelle donne aujourd’hui est posée clairement. Aucune négociation sur le nouveau statut à envisager ne pourra se faire, dans la précipitation et sans la participation effective du collectif, des syndicats, des associations, du patronat, des collectivités territoriales et de l’Etat.
Car, c’est bien des rapports de production qu’il s’agit de remettre à plat, des textes législatifs qui régissent le monde du travail, les conventions collectives, la fixation des salaires, des prix, la fiscalité, etc.
Cet Etat lui-même a du mal à entendre que les différences, d’ordre politique, culturel, économique et social, puissent s’exprimer tout en revendiquant l’appartenance à un ensemble national. C’était déjà le cas en 1802, en 1946 et maintenant aujourd’hui. Sauf qu’il y a un nouveau contexte mondial tant économique que politique qui force les Etats-nations à se repenser dans des formes plus souples de la négociation, de la décentralisation voire du fédéralisme.

Nous soutenons entièrement les forces sociales démocratiques en Guadeloupe et en Martinique et nous les appelons à redonner du sens à l’action sociale.

Cela veut dire abandonner les stratégies d’un autre temps, d’une autre pensée politique, celle qui a montré ses limites dans le monde bipolaire de l’après-guerre, pour comprendre l’avènement de la « multitude mondiale ». Ce qui veut dire concrètement le respect des avantages sociaux acquis aujourd’hui et demain et la nécessité de replacer l’action sociale au fondement de l’action politique et non le contraire.

La révolution politique que nous souhaitons est aussi une révolution de la politique c’est-à-dire de la gouvernance. Notre mot d’ordre « L’autonomie pour la nation martiniquaise » est l’expression de nos principes dans le respect des droits et des volontés populaires, seule façon d’assumer de notre radicale singularité économique, politique, sociale et culturelle dans le concert mondial.

C’est de la révolution sociale en marche que peut advenir une alternative pour assumer notre devenir historique.

Elisabeth Landi
(9 février 2009)

Elie Domota embarqué dans le convoi politique?

Elie Domota et Michel Monrose lors du meeting du Konvwa pou Réparasyon
Elie Domota et Michel Monrose lors du meeting du Konvwa pou Réparasyon

Elie Domota muré dans un quasi silence depuis la fin du conflit social en Guadeloupe a décidé d’effectuer sa première sortie hors de Guadeloupe en Martinique. Il a répondu à l’appel de Garcin Malsa, maire de Sainte-Anne et président du Mouvement International pour la Réparation (MIR).  Il a rejoint la dernière étape du « Konvwa pou Réparasyon » qui allait de Saint-Pierre au Prêcheur. Il a donc décidé d’apporter son soutien à messieurs Malsa et Monrose (président du Collectif du 5 février). Soutien de poids puisqu’il a été accueilli sous un tonnerre d’applaudissements et par les crépitements des flashes (ce qui contrastait d’ailleurs avec l’accueil plutôt mitigé réservé à ses hôtes).

Chacune de ses phrases, chacune de ses assertions recevait les ovations de quelques 300 personnes massées sur la Place Bertin. Le relatif silence observé depuis deux mois ne lui a en rien fait perdre de son talent oratoire. « On nous a parlé de crime contre l’humanité et de commémoration de l’abolition, mais il faut qu’on nous révèle tout ce qui s’est passé avant et qu’on nous a caché. Parce qu’aujourd’hui, même s’il n’est pas question de parler de repentance, nous demandons réparation pour toute la « pwofitasyon » que nous avons subie. Discutons du principe et nous verrons comment nous nous arrangeons…. C’est essentiel pour nous de connaître ce qui s’est passé pendant l’esclavage mais aussi les abominations commises par les travailleurs. Que ce soit en 1952 et 1967 en Guadeloupe mais également en 1974 en Martinique. Ce que nous voulons c’est la justice, la vérité et la réparation ! »

Le leader du LKP a rejoint vendredi matin la Guadeloupe sans préciser quand il reviendra mais le rendez-vous a déjà été pris avec Michel Monrose qui a souligné qu’il serait présent aux commémorations du 27 mai en Guadeloupe.
Plusieurs questions semblent être soulevées par cette manifestation.

La présence de Domota :
Le leader du LKP est venu soutenir les actions du Konvwa pou Réparasyoin. Si Michel Monrose n’a pas de réel engagement politique, Garcin Malsa est clairement connu pour être le président du MODEMAS, un mouvement d’extrême-gauche tendance indépendantiste. Domota avait dit qu’il ne souhaitait pas s’engager en politique or cette attitude de soutien sans participation (qui rappelle celle des « compagnons de route » du temps du communisme triomphant) est très ambigüe. Domota semble servir de légitimation à l’action du MIR, qui se veut certes au dessus des courants politiques mais ne doit pas faire illusion. Domota pourra-t-il longtemps résister à l’appel des urnes au risque peut-être de perdre de son image d’homme du peuple et pas des appareils politiques ? Quand on regarde l’accueil triomphal qu’il a reçu en Martinique, les sollicitations incessantes dont il fait l’objet (on l’aurait selon ses dires invité aux Etats-Unis) cela nous paraît difficile. D’autant plus que son camarade Alex Lolia a déjà d’une certaine façon franchi le Rubicon en s’affichant clairement au côté d’Olivier Besancenot du Nouveau Parti Anticapitaliste.

Réparasyon comment ?
Le Konvwa pou Réparasyon s’inscrit selon ses membres dans un exercice de conscientisation des masses. Cette manifestation, la neuvième du genre fait partie d’un mouvement global, celui des diasporas noires « panafricaines » comme elles se nomment elles-mêmes.  Garcin Malsa dirige la section martiniquaise de Faire prendre conscience aux membres des diasporas noires à travers le monde de l’unicité du crime qui a été commis contre leurs ancêtres. Mais aussi que les descendants des anciens criminels soient conscients de ce que leurs aïeuls ont commis et qui influe toujours sur la situation actuelle du monde et en particuliers des continents africain et américain.« Il est impératif que des personnes de bonne volonté où qu’elles soient exposent toute la vérité et s’assure que les responsables du crime le plus odieux de toute l’histoire humaine, soient tenus responsables de leurs crimes contre l’humanité. Ceux qui comprennent l’histoire, admettront que l’expérience contemporaine des Africains et des Afro-descendants n’en est qu’une continuation du passé » comme le souligne Raushana Karriem de All For Reparations and Emancipation (AFRE) lors de la Conférence qui s’est tenue à Accra au Ghana en 2006.     Un problème se posent que nous Antillais sommes justement les fils des victimes mais aussi de criminels même si nous avons dans la construction de notre identité adopté la posture (et on ne le comprend que trop ) de défendre la victime en effaçant cet ancêtre coupable de notre mémoire collective. Cette dualité est d’ailleurs l’une des sources du malheur identitaire des Antillais. Nous portons le nom que nous ont laissé les colons, nous connaissons si bien l’histoire d’un pays qui a torturé nos ancêtres et nous ignorons tout de cette « mère Afrique » que certains ont rêvé.

Mais au-delà de cette prise de conscience, il y a quand même un autre objectif. On n’emploie pas un mot aussi lourd de conséquence que « réparation » à la légère. Esther Stanford, du Pan Afrikan Reparations Coalition of Europe (PARCOE) l’indique: »Le droit international reconnaît que ceux qui commettent des crimes contre l’humanité doivent faire des réparations, restitution, compensation, payer des dommages ou toute compensation juridique nécessaire. Pourtant les gouvernements, les sociétés et les familles, des États-Unis au Canada, et de toute l’Europe dont la richesse est directement liée à l’esclavage, l’exploitation coloniale et néo-colonial des Africains en tant que propriétés, du passé jusqu’au présent, sont muets  sur la question, et demeurent silencieux jusqu’à ce que nous parvenions à imposer la révélations de la vérité au grand jour. » Or, le problème est là.

Au delà d’une prise de conscience, comment obtenir des réparations quand les coupables ne sont plus de ce monde. Les Etats sont responsables (si l’ont croit en l’immuabilité de l’Etat par delà les gouvernements qui se succèdent). Mais comment par exemple imputer à un Breton que son arrière-arrière arrière- grand-père ait mis le nôtre aux fers. Responsables mais pas coupables.  Viendra-t-on incriminer les Italiens d’aujourd’hui d’être responsables du « génocide » commis par les troupes de Trajan sur les Daces au Ier siècle? Une réparation, si on l’entend stricto sensu, exige une compensation, une restitution. De quelle nature sera-t-elle ? Financière ? Comment faire l’évaluation du malheur subi, comment le quantifier ? On se ferait sûrement taxer de cupides.

De plus, si les puissances occidentales sont toujours promptes à faire la morale aux autres nations du globe comme par exemple pour le génocide arménien commis par l’Empire Ottoman (et non pas la République de Turquie), elles le sont beaucoup moins pour reconnaître leurs torts (le massacre des indiens, la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité…). Et encore moins notre sacro-sainte République française qui rappelons-le a initié sa politique de colonisation au XIXème siècle au nom des valeurs de la Révolution.

En somme, ce Konvwa pou la Réparasyon est peut-être une bonne idée pour ce qui est de la conscientisation de la population antillaise (ce sera peut-être plus dur pour la métropole), une façon de commémorer la souffrance de nos ancêtres mais nous pouvons émettre quelques doutes quant à sa capacité à obtenir des réparations.

« Soutenons les luttes sociales mais défendons les principes démocratiques », par J. Dahomey

Antilles Politique vous invite à lire la pétition lancée par Jacky Dahomey. Ce philosophe Guadeloupéen tente ici de rappeler les éléments essentiels à ne pas négliger dans le climat social et démocratiques tendu que nous connaissons aujourd’hui en Guadeloupe. En effet, les derniers débordements du LKP mettent en lumière des pratiques qui ne correspondent pas au fonctionnement d’une société démocratique, qu’elle soit représentative ou participative.

« Soutenons les luttes sociales mais défendons les principes démocratiques.

Il s’est passé le jeudi 7 mai à Basse-Terre quelque chose de grave que nous, citoyens guadeloupéens, ne pouvons tolérer et qu’il faut éclaircir.

Le président du Conseil Général, Jacques Gillot, avait décidé de réunir en Congrès les élus de la Guadeloupe en invitant aussi de nombreux acteurs de la société civile dont Elie Domota et le LKP. Voulant apparemment tenir compte des critiques souvent adressées aux élus, Monsieur Gillot –du moins telle était son intention clairement exprimée- espérait « donner la parole aux citoyens » les invitant à « construire ensemble un projet guadeloupéen de société », selon les termes même de l’invitation adressée à tous. Il s’agissait, selon le Président du Conseil Général, d’élaborer ensemble une méthode. Il précisait qu’il recherchait là une démocratie plus « participative ».

Quoi qu’on puisse penser de l’opportunité d’un tel congrès, de ses visées politiques voire politiciennes –et nous signataires de cette déclaration ne sommes pas tous d’accord avec l’option politique des présidents Gillot et Lurel- nous tenons à affirmer solennellement que les représentants politiques démocratiquement élus du peuple guadeloupéen ont parfaitement le droit d’élaborer, comme ils l’entendent, leur stratégie politique. Leur refuser ce droit c’est porter atteinte aux libertés démocratiques du peuple guadeloupéen. Or, c’est exactement ce qui s’est passé à Basse-Terre : un acte dont la nature profonde a consisté à refuser aux élus le droit d’exercer leur mandat électif. Mais ce fut subtil. Subtil, car cet acte s’est déguisé pour éviter qu’il ne soit perçu pour ce qu’il est : une atteinte à la démocratie qui s’apparente à une insurrection. Les habits du déguisement ? Un certain usage du temps et de l’ordre : agir avant la tenue du congrès et faire mine de ranger la salle (prétendument occupée symboliquement) pour échapper au soupçon de l’antidémocratisme. Cette occupation tumultueuse avec intimidation du personnel administratif et déplacement de sièges et de matériels nécessaires à l’organisation de la séance excluait de fait les participants. Un débat serein pouvant difficilement être conduit dans de telles conditions, l’annulation du Congrès par le Président du Conseil général s’imposait

Le LKP joue avec le feu sur une poudrière. Envahir le Palais du Conseil Général, lieu emblématique de l’exercice de la démocratie et cela depuis les lendemains de l’abolition de l’esclavage, en affirmant lancer un « avertissement » aux élus, constitue bel et bien une remise en cause de la légitimité électorale. Nous ne pouvons qu’attirer l’attention sur l’ambigüité du terme avertissement : prévention ou menace ?

Les dirigeants du LKP se justifient en déclarant qu’ils sont pèp-la, que c’est la rue qui gouverne et avouent qu’ils veulent remplacer la démocratie représentative par la démocratie directe sous prétexte que la première serait « en panne ». Si en effet le vote n’est pas le tout de la démocratie, il en est le passage obligé, insuffisant certes, mais nécessaire. La question rectrice que nous posons au LKP : de quel droit ? La défense des travailleurs ne doit en aucun cas être attentatoire à la vie de la démocratie. Quand il décide d’envahir le palais du Conseil Général sous prétexte que la démocratie serait en panne, le LKP s’octroie un droit que le peuple souverain ne lui a pas confié. Il s’agit là d’un coup de force. Penser que la démocratie représentative est en panne est une opinion. On peut la partager ou pas. Envahir le palais du Conseil Général est un acte qui appelle une qualification. Commettre l’acte en s’autorisant de sa seule opinion est démocratiquement dangereux. Confondre imprudemment la foule et le peuple, prétendre incarner le peuple sans aucune médiation et sans aucune procédure collectivement élaborée et approuvée, voilà ce qui nous semble gravissime. Le cahier de revendications du LKP n’est pas la Constitution guadeloupéenne.

Beaucoup d’entre-nous avons soutenu les revendications sociales exprimées par le LKP et, aujourd’hui encore, on peut estimer que les revendications des travailleurs sont pour l’essentiel légitimes. Mais, avec ce triste événement de Basse-Terre, on est passé d’une revendication sociale et sociétale soutenue par une majorité de Guadeloupéens à une posture politique du LKP. Cette posture joue avec les principes fondamentaux de la démocratie et nous, citoyens guadeloupéens, soucieux de l’évolution positive de notre pays, quelles que soient les options politiques de chacun d’entre nous, unissons ici nos voix pour déclarer que ce jeu est dangereux. Il constitue une remise en cause voilée de ces principes démocratiques.

Donc, une ferme mise au point s’impose. Elle s’impose d’autant plus que cette remise en cause s’est avancée masquée dans l’hémicycle du palais du Conseil Général. Nous déclarons être profondément attachés aux principes démocratiques devant structurer la vie publique, l’exercice de la citoyenneté, toutes choses pour lesquelles nos ancêtres se sont battus. Seuls ces principes peuvent permettre non seulement un débat constructif et pacifique au sein de la société guadeloupéenne, mais plus important encore, sa propre survie.

Pour nous, la démocratie, c’est aussi bien la possibilité de la liberté d’expression de toutes les opinions, fussent-elles minoritaires, le débat public, la représentation politique exprimée par le vote, ce qu’on appelle la démocratie représentative, que le droit aussi de manifester dans la rue son mécontentement. Mais un pouvoir social manifesté légitimement dans la rue –et quel que soit son succès- s’il peut renforcer positivement les choix politiques des élus, ne peut tenir lieu de pouvoir politique sauf bien sûr quand les conditions d’une vie politique démocratique ne sont pas réunies, ce qui n’est pas le cas dans la Guadeloupe d’aujourd’hui. Autrement, nous entrons dans une logique où l’autorité charismatique du leader ou du groupe l’emporte sur celle de la loi commune.

En conclusion, même si nous reconnaissons le droit qu’a LKP de faire avancer ses revendications, sans doute légitimes, nous condamnons fermement sa double prétention
1- sa prétention à incarner à lui seul le peuple, tout le peuple, et ainsi à parler en son nom
2- sa prétention à détenir un pouvoir directement issu de la rue et ainsi disqualifier la représentation politique. Cette disqualification ayant pour fonction de nier du coup la légitimité par le vote. Cette double prétention est grosse de toutes les dérives y compris celle de nous orienter vers le cycle mortifère de la violence et de la guerre civile ou affrontements graves entre Guadeloupéens. Est-ce l’intérêt de la Guadeloupe ? Assurément, non !

Parce que nous soutenons les luttes sociales tout en étant fermes sur les principes fondamentaux de la démocratie dans notre pays, nous tenions à mettre en lumière ce qui fait la gravité de l’événement de Basse-Terre.

Jacky Dahomey »

 

Pour signer la pétition : http://www.lapetition.be/en-ligne/soutenons-les-luttes-sociales-mais-dfendons-les-principes-dmocratiques-4330.html 

Serge Letchimy répond aux questions d’Antilles Politique

Au lendemain du grand mouvement social antillais, le Député Maire de Fort-de-France répond aux questions d’Antilles Politique.

Les questions :
  • Comment allez-vous depuis les derniers événements ?
  • Quelle est votre version des faits ?
  • Pensez vous que la manifestation des planteurs était une provocation ?
  • Que répondez-vous à ceux qui pensent que les politiques ont été absents pendant le conflit social ?
  • Le politique n’est-il pas en train de perdre le leadership de l’opinion, avec l’émergence d’une personnalité de la société civile comme Domota ?
  • De quelle façon les élus sont impliqués dans les travaux préparatoires?
  • Quel poids auront les avancées obtenues lors des EG ?
  • Le Secrétariat d’Etat à l’Outre mer a parlé d’une nécessaire prise de responsabilité des DOM dans leur développement. Faut il y voir une ’occasion de définir un nouveau modèle de développement local  concerté avec l’UE?
  • Le cadre constitutionnel actuel est assez rigide bien que ce cadre puisse encore évoluer face aux enjeux qui se posent aux territoires ultramarins. Quel modèle préconisez-vous ?

Gran Sanblé Matinik

Suite au mouvement du 5 février, un grand mouvement de démocratie participative s’est créé en Martinique dans l’objectif de coordonner les énergies nées de la crise.

Certains médias le disent outil de tel ou tel parti, nous avons souhaité en savoir plus et nous sommes rendus à leur conférence de presse du 2 avril 2009.

Dès notre arrivée, ce qui frappe, c’est le duo qui nous accueille : d’un côté, Kenjah, anthropologue rasta, de l’autre Jean-Marc Salpétrier, urbaniste à Fort de France, cheveux très court et style plutôt strict.

Apparemment, les différences s’attirent dans ce mouvement, mais pour en savoir plus, posons quelques questions :

· Qu’est « Gran Sanblé Matinik » (GSM) ?

JMS : C’est la parole donnée au peuple. C’est un contenant, un outil de transmission des idées du peuple vers les élus. A court terme, pour les Etats Généraux et à long terme, pour la création d’outils de démocratie participative apartisan.

Derrière le mouvement social, il faut capter le questionnement sociétal. S’il doit y avoir un changement, alors quel changement ? Et comment allons-le préparer ?

Pour le moment, 252 personnes se sont inscrites pour participer à notre action. C’est pour cela que nous faisons aujourd’hui appel aux médias. Plus nous serons nombreux, meilleure sera notre réflexion.

· Quels sont vos rapports avec le Collectif du 5 Février ?

Kenjah : Ils sont bons. Nous nous sommes rapprochés d’eux et sommes en pourparler pour établir des passerelles, en particulier sur les forums socio-professionnels.

· Quel est votre projet ?

JMS : Nous n’avons pas de projet défini, nous sommes plus proches de l’outil de sondage.

Au début, nous avons proposé 19 thèmes mais le public les a trouvés insuffisants. Nous avons donc mis en place les forums communaux pour alimenter les forums thématiques.

· Quelle est votre position par rapport aux Etats Généraux (EG) ?

Kenjah : Pour les EG, nous serons opportunistes et pragmatiques. Le rythme ne peut être imposé de l’extérieur. Nous ferons des propositions à cette occasion mais notre travail se poursuivra après.

· Quels sont vos rapports avec le monde politique ?

JMS : La démarche a été bien accueillie. La plupart des partis martiniquais sont représentés au sein du mouvement.

Notre démarche vise aussi à la réappropriation de la vie politique par le peuple. Il y a aujourd’hui une méfiance vis-à-vis des hommes politiques. Leur présence est souhaitée, y compris au sein des forums communaux

Les conclusions de nos travaux seront diffusés à l’ensemble des politiques sur notre site internet et par tous les médias possibles.

· Votre opinion sur les accords ?

JMS : Gran Samblé Matinik se demande si les accords sont la bonne solution. La réponse sera donnée ultérieurement.

Un des thèmes étudiés est : « Quelle alternative à la pwofitasyon ? »

Afin de permettre à chacun de mener sa réflexion et de s’approprier les projets existants, nous mettons à disposition de tous les documents nécessaires (Agenda 21, SMDE, Accords).

Nous ressentons d’ailleurs une forte demande de vulgarisation, les couches populaires de notre société souhaitent dialoguer avec nos intellectuels.

· N’y a-t-il pas un risque de révéler des contradictions entre les aspirations des différentes couches de notre société ?

Kenjah : C’est justement cela qui est intéressant. Les contradictions révèlent la nécessité du dialogue et du travail commun.

· Y a-t-il des Békés dans GSM ?

JMS : Certains sont venus écouter mais ne se sont pas inscrits.

Nous sommes en contact avec M. De Jaham. Cependant, nous tenons à préciser que nous refusons d’appeler un groupe ethnique en particulier, nous faisons appel à tous les Martiniquais. Sa ki lé vini ka vini.

· Quels sont vos rapports avec la diaspora ?

Kenjah : Nous souhaitons nous rapprocher des associations antillaises en métropole mais les ponts ne sont pas encore établis.

Et là, chez Antilles Politique, on se dit qu’il y a quelque chose à faire.

Notre démarche est très proche, nous rassemblons des auteurs aux points de vue divers dans le but de s’exprimer dans un même lieu et ainsi comparer nos idées, sans a priori.

Alors, on a envie de participer.

Si vous souhaitez rejoindre Gran Sanblé Martinik et créer un groupe de travail dans une ville de métropole, vous pouvez nous contacter, nous ferons remonter vos informations.

Télécharger la Plaquette Gran Sanble Matinik

Interview d’Alex LOLLIA du LKP au meeting NPA du 2 avril

Le 2 Avril, s’est tenu à Montreuil un meeting du NPA auquel était invité Mr Alex LOLLIA dirigeant de la Centrale des Travailleurs Unis (CTU) et du LKP.

Les rédacteurs d’Antilles Politique l’ont rencontré à cette occasion, ils vous livrent aujourd’hui le verbatim de cet entretien.

Vous êtes invités par le NPA à ce meeting, quel sera l’objet de votre intervention ?

Je vais présenter les origines du LKP, ce que nous avons fait exactement pendant les 44 jours de grèves, pourquoi les grèves continuent aujourd’hui et quels sont les perspectives d’avenir pour le le mouvement populaire Guadeloupéen.

Les grèves continuent, des point d’achoppement persistent sur la signature des accords Bino, pensez vous que si des avancées ne sont pas obtenues une mobilisation générale pourrait reprendre ?

Absolument, le MEDEF n’ pas encore signé l’accord Bino. Ce qui oblige les organisations syndicales a négocié les accords branche par branche et parfois entreprise par entreprise le fameux accord Bino. Aujourd’hui tous les patrons se réclament du MEDEF, ce sont des patrons de la 25ème heure, ils se protègent derrière cette soi disant appartenance pour ne pas signer l’accord Bino.

Nous avons réagi au niveau de la CTU en continuant le Mouvement. Lors de la signature des accords le 4 Mars, nous avons bien senti qu’il y aurait eu problème, voilà pourquoi nous avons appelé à poursuivre le mouvement en dépit de la suspension de la grève générale.

Hier encore j’étais au port autonome pour signer un accord. En tout, depuis la suspension de la grève jusqu’à ce jour, la CTU a signé un peu plus de 200 accords, ça avance quand même, mais ce n’est pas facile. Il faut passer par des grèves, des mobilisations très dures, des blocages de locaux, jusqu’à la séquestration, mais nous disons que l’on ne peut pas jouer avec les salariés qui ont mené jusqu’à 50 jours de grève, parfois plus, pour la modification de leur pouvoir d’achat.

Un second problème, le préfet, qui a participé à la négociation entre les partenaires sociaux a écrit une lettre disant que les 100€ versés par l’Etat serait soumis à l’Art 241-1 du code de la Sécurité sociale, ce qui veut dire que ce n’est pas le salaire de base qui est pris en compte mais le salaire global annuel, comprenant toutes les primes. Ce qui écarte un grand nombre de salariés ayant un bas un salaire de cette participation de l’Etat.

Nous avons rien signé avec le préfet, nous avons signé l’accord Bino qui prévoit dans son article 3 que les salaires compris entre le SMIC et 1.4 SMIC bénéficieront d’une augmentation nette de 200 €. Maintenant si le préfet veut rallumer la mèche nous sommes tous disposer à étendre le feu dans la plaine.

Quid des Etats généraux annoncés par N Sarkozy et de l’implication du LKP ? Que peut-on en attendre ?

Ce n’est pas Monsieur Sarkozy qui va déterminer notre agenda. Et d’ailleurs, il faut revenir au sens originel du terme « Etats généraux » qui permettent la définition d’une constitution. Or il s’agit encore une fois pour Mr Sarkozy de discourir sur la situation et non pas d’avancer des propositions réelles concrètes permettant de trouver des solutions aux problèmes qui sont contenus dans la plateforme de revendication du LKP. Nous ne participerons pas à une mystification supplémentaire.

Mais les Etats Généraux ne vous semblent ils pas l’occasion de jeter les bases d’une nouvelle base institutionnelle ou d’aller ver une autonomisation ?

Nous ne sommes pas très institutionnels. Les élus Monsieur Lurel et Mr Gillot et autres Sénateurs et Députés qui sont en place depuis tantôt ont été incapables de faire avancer le dossier.

C’est le mouvement social qui fait avancer les choses donc si on croit que l’on va brider le mouvement social avec des Etats généraux factices, ceux là se trompent lourdement. Il faudrait peut être, me semble-t-il et cela n’engage que moi, organiser un congrès de fondation du peuple le même jour à la même heure que les Etats généraux. Et on verrait très clairement de quel côté penche l’aiguille de la balance.

Est-ce que le LKP ou ses leaders pensent aux échéances électorales ? Et à rentrer dans la vie politique avec des mandats électoraux ?

Peut être que certain le pensent. Mais le LKP n’y pense pas. Je crois plutôt que le LKP doit se maintenir dans ce qu’il est aujourd’hui, un contre pouvoir. Pour éclairer le peuple, l’aider à élever son niveau de conscience l’aider à s’organiser pour combattre toute espèce de Pwofitasyon, même dans le cadre d’une autonomie et surtout dans le cadre d’une indépendance. Il faut toujours un contre pouvoir qui sauvegarde les questions de liberté, les questions démocratiques, les questions d’autonomie des salariés. Il ne faudrait pas que nous ayons un Etat où comme dirait Césaire « Quelques nègres jouaient le blanc » sur le dos des Guadeloupéens et des Martiniquais.

Comment pensez-vous qu’à l’horizon 2012 les entreprises Martiniquaises et Guadeloupéennes puissent supporter les 200€ d’augmentation, puisqu’à un moment donné il y aura un retrait de l’ETAT ?

Lors des évènements, j’ai écouté très attentivement les déclarations des patrons à la radio depuis mon lit d’hôpital, suite à l’agression par les gendarmes sur des barrages. Et je me rappelle qu’ils expliquaient qu’au 8 Février, ils avaient perdu 800 Millions d’€, la grève ayant démarré le 20 janvier. Autrement dit, quand les salariés travaillent, on leur dit qu’on ne peut pas les augmenter, l’économie n’avance pas, il n’y a  pas d’argent. Et quand les salariés ne travaillent pas ils leur disent qu’ils perdent de l’argent. Je crois que les entreprises peuvent supporter parfaitement à l’horizon 2012 les 200€ d’augmentation. Et chose curieuse, ce sont d’abord les plus petites entreprises qui ont signé l’accord. Des patrons sont venus signés l’accord dans notre local. Ces patrons trouvaient parfaitement normal que les employés bénéficient de 50 € venant de leur fonds propres, 50€ venant des Collectivités territoriales et 100€ venant de l’Etat. Ils nous ont indiqué que « l’objectif c’est d’assumer les 200€, nous allons le faire ».

Les plus terribles, ce sont les grands patrons, non parce qu’ils ne peuvent pas le faire, mais parce qu’ils ne veulent pas le faire. En réalité, au-delà de la question de l’argent, il y a une question de rapport de force au niveau du terrain. De quel côté le rapport de force va pencher ? Est-ce que le grand patronat ne va pas perdre de sa superbe dans cette affaire ? Est-ce que les salariés ne seront pas plus hardis dorénavant? C’est ce qui gêne le patronat et non pas les 200€.

Quelles sont vos relations avec le Collectif du 5 Février ? Elles sont de « bonne entente » ou cela va plus loin ?

Je suis Antillais, Je suis Guadeloupéen, et je me sens Martiniquais aussi, je ne fais pas la différence entre la Guadeloupe et la Martinique. D’ailleurs j’ai eu l’occasion d’aller avec Olivier Besancenot en Martinique pour tenir un meeting. Nous avons rencontré nos camarades du collectif du 5 février et nous rencontrons régulièrement, et je crois que c’est la voix que nous devons tracer : une unité des luttes en Guadeloupe et en Martinique et le plus souvent au même moment.

La querelle entre Guadeloupéens et Martiniquais n’a pas d’intérêt. Nous sommes des antillais, des Antillo-Guyanais et nous avons à nous construire dans la Caraïbe ensemble, c’est ce qui me paraît important.