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KONFÉRANS ENTEWNASYONAL LAPWENT 20-21 OKTOB 2009

lkp_tvCollectif du 5 Février

KONFÉRANS ENTEWNASYONAL LAPWENT 20-21 OKTOB 2009

DÉCLARATION SOLENNELLE

Considérant que la situation économique et sociale actuelle existant en Guyane, Martinique et Guadeloupe résulte de la pérennisation du modèle de l’économie de plantation,

Considérant que cette économie s’appuie sur des rentes de situation de monopoles, des abus de positions dominantes qui génèrent des injustices,

Considérant que ces injustices touchent aussi bien les travailleurs, que les acteurs économiques endogènes,

Considérant que ce sont autant d’obstacles au développement économique endogène et à l’épanouissement social,

Les organisations de masse et les organisations anticolonialsites et anti-capitalistes de Guyane, Martinique et Guadeloupe, respectivement le Front pour l’avenir de la Guyane (FPAG), Kolektif 5 Févriyé (K5F) et Liyannaj Kont Pwofitasyon, réunies les 20 et 21 octobre 2009 en Conférence Internationale, an Bik a Mityalité, Lapwent Gwadloup, déclarent :

Yonn : les travailleurs et les peuples des dernières colonies de la France dans la Caraïbe ont eu raison de s’organiser en collectif, de liyanné les expériences respectives des organisations qui les composent et de se constituer en nouvelles forces à dimension populaire et de masse, diverses tant du fait de leurs pratiques que de leurs orientations stratégiques.

Dé : Ces nouvelles organisations représentent dans la période historique actuelle de vrais espoirs pour les travailleurs et les peuples, de vrais outils pour avancer vers plus de liberté, plus de démocratie et de justice dans ces sociétés.

Twa : La lutte pour la défense des intérêts des travailleurs, plus largement du peuple, et singulièrement de la jeunesse, le combat contre toutes les Pwofitasyon mené dans ces pays relèvent d’un processus de maturation enclenché depuis l’époque esclavagiste et s’inspirent des grandes luttes sociales menées jusqu’à ce jour.

Kat : Ces combats s’inscrivent également dans un contexte international marqué par les luttes de la classe ouvrière et des peuples contre le capitalisme et ses dégâts de tous ordres sur la planète.

Ola nou yé jodi jou

Nous avons négocié et contracté avec l’Etat français et le patronat des accords d’une portée politique et stratégique fondamentale. Pour la première fois dans l’histoire de nos pays, ce sont les travailleurs et les peuples en mouvement dans la rue qui ont imposé la satisfaction de certaines de leurs revendications.

De la Loi PONS à la LODEOM, aucun des schémas dits de développement, élaborés et débattus avec les élus, n’a permis un quelconque développement, ni la diminution du chômage. Pire, ils ont consacré le mépris, l’exclusion et la négation des peuples de nos pays.

A l’évidence, les mouvements FPAG, K5F et LKP ont établi un nouvel équilibre entre la puissance coloniale, sa représentation locale et les travailleurs et le peuple en mouvement, an konsyans é an balan. La persistance des mouvements en terme de durée, la pertinence de leurs initiatives et l’adhésion populaire dont ils bénéficient, sont significatifs d’un mouvement profond, de nature révolutionnaire et dont l’objectif est d’éradiquer la Pwofitasyon.

Fortes de ce parcours, les organisations de masse soussignées, réunies les 20 et 21 octobre 2009, en Guadeloupe, pour échanger et valider leurs expériences respectives, donner de la dimension à leurs pratiques, organiser la solidarité, notamment contre la répression, assurer la victoire des travailleurs de Guyane, de Martinique et de Guadeloupe et satisfaire leurs plate-formes de revendications.

Les organisations soussignées :

refusent d’ores et déjà que les conclusions des Etats-Généraux du gouvernement français soient la réponse aux revendications et aspirations des travailleurs et des peuples en mouvement,
exigent le respect des accords et la poursuite des négociations,
entérinent ce jour l’installation à Pointe à Pitre du Collectif International de Défense créé le 9 aout 2009 à Corte (Corse),
appellent à la tenue d’une nouvelle conférence au mois de février 2010 en Martinique.
Les organisations soussignées appellent les travailleurs et les peuples :

à populariser leurs idées, à expliquer leur démarche dans les bourgs, les quartiers, les sections, les entreprises et les familles,
à se mobiliser pour les luttes en cours et pour le respect des accords concernant l’augmentation des salaires, la baisse des prix du carburant et des produits de première nécessité, le plan d’urgence pour l’emploi et la formation des jeunes,
à renforcer la mobilisation pour l’augmentation des minima sociaux, le relèvement des pensions de retraite et l’arrêt de la criminalisation de l’action syndicale,
à continuer la lutte pour éradiquer la Pwofitasyon, abolir les privilèges et instaurer de nouveaux rapports économiques et sociaux.
Que les travailleurs de Guyane, de Martinique et de Guadeloupe nourrissent leur éveil et s’organisent pour le triomphe final de leurs luttes pour la liberté et l’émancipation.

Front pour l’avenir de la Guyane :
Albert DARNAL

Kolektif 5 Févriyé :
Philippe PIERRE-CHARLES

Liyannaj Kont Pwofitasyion :
Elie DOMOTA

Lapwent, le 21 octobre 2009

DGCRRF Guadeloupe : FO et Solidaires dénoncent le LKP

SUDFO

Les Abymes le, 14 octobre 2009

COMMUNIQUÉ

Nous soussignés, les agents de l’Unité Départementale de la Guadeloupe de la DGCCRF;

Considérant que depuis le début de l’année, notre service est l’objet d’attaques incessantes et injustifiées de la part de certains responsables du LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon) ;

Considérant que dans leurs attaques, ces responsables reprochent à notre administration de ne pas contrôler les prix des biens, produits et des services ;

Considérant que pour tenter de justifier leurs allégations, les « responsables aux affaires économiques du LKP » veulent recruter « un groupe de 500 personnes chargées de faire pression sur les commerçants pour qu’ils baissent leurs prix de vente » ;

Considérant que le département de la Guadeloupe se trouve dans un état de droit ;

Considérant que les agents de la DGCCRF assurent leurs missions de contrôle dans le respect des lois de la République ;

Considérant que les agents de la DGCCRF exercent leurs pouvoirs dans le respect des lois qui les habilitent ;

Considérant que depuis le 1er décembre 1986, « Les prix des biens, produits et services sont librement déterminés par le jeu de la concurrence « .

Considérant que les agents de la DGCCRF n’ont aucune capacité juridique dans la fixation des prix de vente des biens, produits et services ;

Considérant que le rôle de la DGCCRF est de s’assurer de la protection et de l’information du consommateur sur les prix de vente des biens, produits et services ;

Demandons enfin aux responsables du LKP de respecter le travail des agents de ce service, animés du seul désir de faire appliquer les lois dans l’intérêt majeur des populations de la Guadeloupe ;

Exigeons donc des responsables du LKP de cesser d’induire en erreur les consommateurs guadeloupéens, en leur faisant croire que la DGCCRF est compétente pour fixer les niveaux des prix de vente des biens, produits et services.

P/ Solidaires, P/ Force Ouvrière,

Pierre SOULEZ   Andréa PÉTRO

Elie Domota embarqué dans le convoi politique?

Elie Domota et Michel Monrose lors du meeting du Konvwa pou Réparasyon
Elie Domota et Michel Monrose lors du meeting du Konvwa pou Réparasyon

Elie Domota muré dans un quasi silence depuis la fin du conflit social en Guadeloupe a décidé d’effectuer sa première sortie hors de Guadeloupe en Martinique. Il a répondu à l’appel de Garcin Malsa, maire de Sainte-Anne et président du Mouvement International pour la Réparation (MIR).  Il a rejoint la dernière étape du « Konvwa pou Réparasyon » qui allait de Saint-Pierre au Prêcheur. Il a donc décidé d’apporter son soutien à messieurs Malsa et Monrose (président du Collectif du 5 février). Soutien de poids puisqu’il a été accueilli sous un tonnerre d’applaudissements et par les crépitements des flashes (ce qui contrastait d’ailleurs avec l’accueil plutôt mitigé réservé à ses hôtes).

Chacune de ses phrases, chacune de ses assertions recevait les ovations de quelques 300 personnes massées sur la Place Bertin. Le relatif silence observé depuis deux mois ne lui a en rien fait perdre de son talent oratoire. « On nous a parlé de crime contre l’humanité et de commémoration de l’abolition, mais il faut qu’on nous révèle tout ce qui s’est passé avant et qu’on nous a caché. Parce qu’aujourd’hui, même s’il n’est pas question de parler de repentance, nous demandons réparation pour toute la « pwofitasyon » que nous avons subie. Discutons du principe et nous verrons comment nous nous arrangeons…. C’est essentiel pour nous de connaître ce qui s’est passé pendant l’esclavage mais aussi les abominations commises par les travailleurs. Que ce soit en 1952 et 1967 en Guadeloupe mais également en 1974 en Martinique. Ce que nous voulons c’est la justice, la vérité et la réparation ! »

Le leader du LKP a rejoint vendredi matin la Guadeloupe sans préciser quand il reviendra mais le rendez-vous a déjà été pris avec Michel Monrose qui a souligné qu’il serait présent aux commémorations du 27 mai en Guadeloupe.
Plusieurs questions semblent être soulevées par cette manifestation.

La présence de Domota :
Le leader du LKP est venu soutenir les actions du Konvwa pou Réparasyoin. Si Michel Monrose n’a pas de réel engagement politique, Garcin Malsa est clairement connu pour être le président du MODEMAS, un mouvement d’extrême-gauche tendance indépendantiste. Domota avait dit qu’il ne souhaitait pas s’engager en politique or cette attitude de soutien sans participation (qui rappelle celle des « compagnons de route » du temps du communisme triomphant) est très ambigüe. Domota semble servir de légitimation à l’action du MIR, qui se veut certes au dessus des courants politiques mais ne doit pas faire illusion. Domota pourra-t-il longtemps résister à l’appel des urnes au risque peut-être de perdre de son image d’homme du peuple et pas des appareils politiques ? Quand on regarde l’accueil triomphal qu’il a reçu en Martinique, les sollicitations incessantes dont il fait l’objet (on l’aurait selon ses dires invité aux Etats-Unis) cela nous paraît difficile. D’autant plus que son camarade Alex Lolia a déjà d’une certaine façon franchi le Rubicon en s’affichant clairement au côté d’Olivier Besancenot du Nouveau Parti Anticapitaliste.

Réparasyon comment ?
Le Konvwa pou Réparasyon s’inscrit selon ses membres dans un exercice de conscientisation des masses. Cette manifestation, la neuvième du genre fait partie d’un mouvement global, celui des diasporas noires « panafricaines » comme elles se nomment elles-mêmes.  Garcin Malsa dirige la section martiniquaise de Faire prendre conscience aux membres des diasporas noires à travers le monde de l’unicité du crime qui a été commis contre leurs ancêtres. Mais aussi que les descendants des anciens criminels soient conscients de ce que leurs aïeuls ont commis et qui influe toujours sur la situation actuelle du monde et en particuliers des continents africain et américain.« Il est impératif que des personnes de bonne volonté où qu’elles soient exposent toute la vérité et s’assure que les responsables du crime le plus odieux de toute l’histoire humaine, soient tenus responsables de leurs crimes contre l’humanité. Ceux qui comprennent l’histoire, admettront que l’expérience contemporaine des Africains et des Afro-descendants n’en est qu’une continuation du passé » comme le souligne Raushana Karriem de All For Reparations and Emancipation (AFRE) lors de la Conférence qui s’est tenue à Accra au Ghana en 2006.     Un problème se posent que nous Antillais sommes justement les fils des victimes mais aussi de criminels même si nous avons dans la construction de notre identité adopté la posture (et on ne le comprend que trop ) de défendre la victime en effaçant cet ancêtre coupable de notre mémoire collective. Cette dualité est d’ailleurs l’une des sources du malheur identitaire des Antillais. Nous portons le nom que nous ont laissé les colons, nous connaissons si bien l’histoire d’un pays qui a torturé nos ancêtres et nous ignorons tout de cette « mère Afrique » que certains ont rêvé.

Mais au-delà de cette prise de conscience, il y a quand même un autre objectif. On n’emploie pas un mot aussi lourd de conséquence que « réparation » à la légère. Esther Stanford, du Pan Afrikan Reparations Coalition of Europe (PARCOE) l’indique: »Le droit international reconnaît que ceux qui commettent des crimes contre l’humanité doivent faire des réparations, restitution, compensation, payer des dommages ou toute compensation juridique nécessaire. Pourtant les gouvernements, les sociétés et les familles, des États-Unis au Canada, et de toute l’Europe dont la richesse est directement liée à l’esclavage, l’exploitation coloniale et néo-colonial des Africains en tant que propriétés, du passé jusqu’au présent, sont muets  sur la question, et demeurent silencieux jusqu’à ce que nous parvenions à imposer la révélations de la vérité au grand jour. » Or, le problème est là.

Au delà d’une prise de conscience, comment obtenir des réparations quand les coupables ne sont plus de ce monde. Les Etats sont responsables (si l’ont croit en l’immuabilité de l’Etat par delà les gouvernements qui se succèdent). Mais comment par exemple imputer à un Breton que son arrière-arrière arrière- grand-père ait mis le nôtre aux fers. Responsables mais pas coupables.  Viendra-t-on incriminer les Italiens d’aujourd’hui d’être responsables du « génocide » commis par les troupes de Trajan sur les Daces au Ier siècle? Une réparation, si on l’entend stricto sensu, exige une compensation, une restitution. De quelle nature sera-t-elle ? Financière ? Comment faire l’évaluation du malheur subi, comment le quantifier ? On se ferait sûrement taxer de cupides.

De plus, si les puissances occidentales sont toujours promptes à faire la morale aux autres nations du globe comme par exemple pour le génocide arménien commis par l’Empire Ottoman (et non pas la République de Turquie), elles le sont beaucoup moins pour reconnaître leurs torts (le massacre des indiens, la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité…). Et encore moins notre sacro-sainte République française qui rappelons-le a initié sa politique de colonisation au XIXème siècle au nom des valeurs de la Révolution.

En somme, ce Konvwa pou la Réparasyon est peut-être une bonne idée pour ce qui est de la conscientisation de la population antillaise (ce sera peut-être plus dur pour la métropole), une façon de commémorer la souffrance de nos ancêtres mais nous pouvons émettre quelques doutes quant à sa capacité à obtenir des réparations.

Le LKP serait-il en train de perdre la main?

Le LKP est un collectif qui réunit un ensemble d’organes représentatifs de la société civile. Ils ont su réunir l’ensemble de ces organes autour d’une plateforme de revendication.
Leur premier combat de Décembre concernait la lutte contre les prix  élevés du carburant.

Ce collectif réunit 2 organisations syndicales très puissantes en Guadeloupe. L’Union Générale des Travailleurs Guadeloupéens  et la Centrale des Travailleurs Unis. Ces organisations socioprofessionnelles ont été au centre de l’animation du mouvement mené depuis le mois de Décembre. Ils ont su fédérer la population autour de revendications. Population qui a adhéré notamment en adoptant des signes d’appartenance à ce mouvement (fanion rouge sur les voitures,  t-shirts à l’effigie du LKP )et une chanson dont les paroles résonnent encore  « La Guadeloupe sé tan nou, la Gwadloup sé pa ta yo ».

Fort de son succès lors de ces évènements, le LKP a pris une place prépondérante dans le débat public Guadeloupéen. Ils sont devenus incontournables dans la définition d’un nouveau projet de société.
D’ailleurs, l’annonce de leur absence aux ateliers des Etats généraux a mis à mal  la légitimité de cette consultation populaire.
Mais aujourd’hui, la coordination semble battre de l’aile.

Que s’est-il passé ?
Yves JEGO était  en Guadeloupe. A cette occasion, le 7 Mai, Mr DOMOTA a souhaité que le Secrétaire d’Etat réunisse les présidents des exécutifs locaux et le LKP pour évoquer un certain nombre de sujets.
Monsieur Alex LOLLIA a signé un communiqué au nom de la CTU dans lequel il tient les propos suivants : « toute rencontre avec le représentant du pouvoir colonial est particulièrement inopportune ».
Du coup « le représentant du pouvoir colonial » a indiqué qu’il n’y aurait pas de réunion avec le LKP !
Voici les motifs avancés par le Secrétaire d’Etat dans un courrier adressé à Elie DOMOTA en date du 12 Mai 2009 :
« Compte tenu de l’absence des présidents des exécutifs, des difficultés à fixer les modalités de ce rendez-vous et des dissensions apparues au sein de votre collectif, si j’en juge par le communiqué, il est préférable de reporter cette rencontre ».

Le point le plus important dans cet exposé des motifs est le dernier. Que l’on ne s’y trompe pas, les propos tenus par Mr LOLLIA sont graves et  si le gouvernement a retenu ce motif, il saura l’utiliser à l’encontre du collectif.
La CTU s’est désolidarisée du communiqué signé par Alex LOLLIA et les membres du collectif LKP ont réaffirmé leur unité.
Mais c’est trop tard ! Le gouvernement a saisi la perche au vol et ne se gênera pas pour déstabiliser ou décrédibiliser la représentativité du LKP !

Aujourd’hui, l’Etat met l’accent sur les Etats généraux, et invite le LKP à faire part de ses idées. L’Etat dénonce les agissements du LKP. Il est force de proposition et souhaite mener de front les engagements pris suite à la grève générale et la mise en œuvre d’un nouveau projet de société développé par et pour les Guadeloupéens.
Le LKP a su mener un combat, mais aujourd’hui tout le monde ne se reconnaît peut être plus dans ce qu’il défend. L’Etat est en train de reprendre la main dans un conflit qui dure maintenant depuis près de 6 mois.