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Analyse du discours de Nicolas SARKOSY à l’Atrium le 18 février 2010

Les référendums se suivent et se ressemblent dans les DOM, ou presque, enfin désormais je devrais dire les ex-DOM concernant la Martinique et la Guyane depuis le 24 janvier, le tour de la Guadeloupe viendra plus tard soyez-en sur, d’une manière ou d’une autre. La Réunion semble institutionnellement épargnée pour l’instant, mais on ne peut jurer de rien.

Le piège Raffarin assemblée unique-nouvelle collectivité n’ayant pas fonctionné le 7 décembre 2003, on nous l’a resservi en en janvier 2010 version Sarkozy, mais nettement plus élaboré cette fois-ci :

La première astuce a été de jouer sur deux couples de  mots « unique, nouvelle » et  « assemblée, collectivité »   pour créer la confusion « nouvelle assemblée unique » =  « nouvelle collectivité unique »

La deuxième astuce a été de décomposer le piège en deux temps le 10 puis le 24 janvier. Le 10 janvier ils ont fait semblant de vous demander de choisir entre le 73 et le 74 en sachant très bien que vous alliez voter massivement non au 74, le vrai objectif étant d’endormir votre méfiance pour le vote du 24 janvier, afin qu’a la faveur d’une forte abstention parfaitement prévisible,  le oui à ce qu’ils ont présenté comme l’assemblée unique, mais qui est en en fait une « nouvelle collectivité unique » l’emporte même de peu,  cela suffit,  l’idée étant de faire silence sur le fort taux d’abstention, pourtant très significatif.

On reconnait là, la patte de l’enfant gâté de la Vème, élève de Mitterrand et de Chirac, héritier d’une droite décomplexée, mais complexé par sa petite taille, animé par l’esprit de revanche et cherchant à tout prix à prouver, qu’il peut réussir là où d’autres  grands avant lui ont trébuchés.

Cet esprit de revanche on le retrouve, dans l’analyse de son discours à l’atrium le 18 février, où il n’a pas pu s’empêcher de rappeler sa déconvenue lors de son voyage en 2005 je le cite : « si je remonte en 2005, je ne le fais pas pour polémiquer avec qui que ce soit, ca n’aurait aucun sens d’ailleurs  mais je me souviens des polémiques au moment de ma venue en 2005, elles m’avaient d’ailleurs blessé » s’en suit une récupération éhontée de l’image d’Aimé Césaire ce « grand homme, un sage » avec lequel il se serait réconcilié, lors d’un entretien en 2006.

Puis entre le passage de pommade dans le dos aux élus, et la condamnation sans appel des troubles de 2009, cette phrase lourde de sens, qu’il laisse échapper, à telle enseigne qu’on se demande si ce discours très troublant, n’est pas l’addition de deux textes ou de deux pensées exprimant des sentiments très différents voire contraires  « c’est pas parce que j’ai été reçu gentiment et avec beaucoup de chaleur que j’oublie » , stupéfiant !  Et au passage pour démontrer qu’il a une bonne connaissance des « outres-mers » il prend soin de préciser lors de ce rappel des participants aux manifestations de 2009, résumés dans le terme « les violents », « plus en Guadeloupe qu’en Martinique d’ailleurs » histoire d’entretenir la division entre les deux iles, et quid de leurs revendications.  Jégo est  mort vive Penchard !

Vient ensuite le passage succulent de pommade dans le dos de la population, spécialiste avertie de droit constitutionnel « et j’ai encore en mémoire le souvenir de tous les conseils et tous les commentaires, ça ne les intéressera pas, ils n’y comprendront rien . Quelle méconnaissance de la Martinique, et de l’outre-mer en général ! » Du fout… de gueule pur et simple si on rapproche ces propos  de « vous vous êtes exprimé avec la plus grande clarté, sur le premier référendum car non seulement on en a fait un, ce qui était déjà un risque, mais comme ça ne suffisait pas on en a fait deux ».  Justement pourquoi en avoir fait deux et surtout,  de quel premier référendum s’agit-il au fait ?

De celui du 7 décembre 2003, ou de celui du 10 janvier 2010, et même dans un cas ou dans l’autre, celui du 24 janvier  serait le deuxième ou le troisième, donc à l’évidence et de l’aveu même du président on peut conclure que le peuple martiniquais ne s’est pas exprimé « avec la plus grande clarté » le 24 janvier 2010.

L’aveu de toute cette grande supercherie qu’a été  cette consultation du 24 janvier, se révèle de façon éclatante, dans ce discours du 18 février. Il suffit de citer ce passage d’une incroyable maladresse.

« j’avais pris l’engagement, de demeurer neutre, et je mets au défi qui que ce soit de pouvoir témoigner que je n’ai pas respecté, cette parfaite neutralité, tout juste vous avais-je dit, dès le mois de Juin dernier que pour moi le statu quo institutionnel n’était pas souhaitable compte tenu des modes de gouvernance partout dans le monde, et aussi compte tenu des évènements que nous venions de vivre, le seul point ou vraiment je me suis un peu engagé, mais en vous demandant de ne pas garder le statu quo. »

Alors de deux choses l’une soit le président de la république a voulu nous faire prendre des vessies pour des lanternes, soit je n’y comprends plus rien à la langue française. Mais une chose reste sure : on ne peut pas dans une même phrase affirmer une chose et son contraire. Car les mots, et groupes de mots « engagement de rester neutre » « parfaite neutralité »et « pour moi le statu quo n’était pas souhaitable » « le seul point ou vraiment je me suis engagé » « en vous demandant de ne pas garder le statu quo » ne sont rationnellement, ni compatibles, ni associables pour quelqu’un sain d’esprit.

Moïse DANIEL

Marie-Luce Penchard : erreur ou manipulation médiatique ?

Les pseudo-dérapages médiatiques deviennent une habitude dans la politique française.

Jean-Marie Le Pen, grand précurseur, a fait des émules dans la section « Je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas et je le fais parce que çà sort de mes tripes ».

Loin de moi l’idée que Madame Penchard aie quelque accointance avec le borgne énervé, mais force est de constater que ce genre de sortie devient un passage obligé de la communication « à la Sarkozy ». On se souvient notamment de Jean Sarkozy à l’EPAD et du « karcher ».

A chaque fois, il y a un objectif précis derrière : masquer une autre actualité ou montrer à une frange de la population qu’au fond, on est comme « Monsieur tout le monde ».

Alors,  imaginons que vous êtes Marie-Luce Penchard. Bien sûr, ce schéma est critiquable mais, il faut parfois simplifier pour voir clair.

Vous êtes arrivé au Ministère de l’Outre- Mer en passant par le cabinet de Sarkozy

Vous avez des appuis puissants en Guadeloupe mais aucune légitimité sur le terrain

Vous n’avez même jamais été élue et le reproche principal que vous fais un opposant guadeloupéen socialiste, pour ne pas le nommer, est d’être loin des affaires guadeloupéennes, de fait.

En fait, vous êtes loin des « guadeloupéens » qui d’ailleurs ne vous connaissent pas et n’ont pas « d’histoire avec vous ».

Et puis tout d’un coup, vous leur annoncez que vous êtes prête à sacrifier le fruit d’une très belle carrière de haut fonctionnaire (inégalée pour un antillais) par pur sentiment d’appartenance nationale (ici, nation = peuple + territoire - aucune notion indépendantiste)

Vous dîtes cela devant 50 pelés et 30 tondus.

Et là, le PS de la Réunion se met à gronder ! Jusqu’ici, c’est normal.

Par contre, quand le PS national en parle, ils travaillent pour vous en Guadeloupe et Victorin Lurel (ah mince, je l’ai nommé) doit être un peu alarmé parce que son argument principal est mis à mal par la voix de son propre parti.

On vous reproche d’avoir dit çà en tant que Ministre de l’Outre-Mer et les autres Outre-Mer ont raison de s’alarmer.

Sauf que vous êtes sur une liste pour les Régionales de Guadeloupe.

La dernière fois qu’il y a eu des élections locales, tous les Ministres qui les ont perdus ont été sortis du gouvernement, par exemple M. Juppé.

Donc en conclusion, vous n’êtes déjà plus Ministre : soit vous êtes élue à la Région Guadeloupe soit vous retournez dans un cabinet (bien que sincèrement, je doute que cela soit aussi radical dans ce cas précis.

Ce qui ‘est une « faute » pour la ministre est peut être une bonne opération de communication pour la candidate.

Je citerai au passage le cas de M. Frêche qui ne serait jamais passé au Grand Journal de Canal + si le PS n’avait fait gonfler la polémique, le renforçant au niveau local par la même occasion.

Parfois, on se demande si le PS ne le fait pas exprès.

Avançons dans l’obscurité

Les contorsions de quelques-uns pour rester dans le sens du vent, dans le sens de l’opinion, ne sauraient détourner les gauches Martiniquaises, ou ce qu’il en reste, de la mission qu’elles s’étaient assignée il y a plus de 30 ans (Convention du Morne Rouge) : tourner la page de la départementalisation et aller à la responsabilité. Une responsabilité que les indépendantistes avaient souhaitée, en d’autres temps, maximale. Rien ne saurait non plus les écarter de leur présente obligation : anticiper la fin annoncée mais déjà effective de l’Etat Providence. Anticiper sans se laisser distraire par les déclamations sur la modernisation et l’efficacité de l’Etat qui, fort d’une opinion hostile aux fonctionnaires, ne cache rien d’autre qu’une logique d’imposition des valeurs de l’entreprise — et principalement la rentabilité quel qu’en soit le coût — dans le fonctionnement des institutions publiques. On notera d’ailleurs que cette volonté affichée de modernisation et d’efficacité évite soigneusement dans sa frénésie du changement de mettre en cause les privilèges de l’aristocratie politique et de la haute fonction publique, dont la réforme pourtant devrait être une étape préliminaire mettant fin à l’ancien régime. C’est cela, l’intégration des valeurs de l’entreprise dans les institutions d’Etat, la vraie finalité du projet Balladur. Une finalité à laquelle devra aussi se soumettre la Collectivité unique dans le 73 qui vient d’être votée en Guyane et en Martinique. Pour parachever l’offensive Outre Mers, Paris n’attend plus maintenant que les régionales, avec le secret espoir de voir l’emporter dans ces contrées imprévisibles ceux qui ont fait la preuve au cours de ces deux dernières années, au delà des doctrines affichées, de leur aptitude à bien servir un tel dessein.

Ce préalable quant au contexte doit être complété par le rappel d’une échéance majeure qui constitue à vrai dire l’horizon politique du gouvernement : les présidentielles de 2012. Les Outre Mers, de ce point de vue, sont devenus aujourd’hui une variable qu’il vaut mieux ne pas sous-estimer dans la course pour le pouvoir suprême. Ils peuvent, on l’a bien vu avec le mouvement de janvier, février et mars 2009 aux Antilles-Guyane, brouiller le jeu politique et contrarier les ambitions. Les alliances sur le terrain, c’est désormais un impératif absolu, doivent être élargies, particulièrement là où, comme en Martinique, l’influence des droites locales est trop limitée. Elles devraient être, pour cette raison, confinées au second rôle, le premier rôle revenant, pourquoi pas, à celui à qui les conseillers présidentiels, semble t-il, avaient déjà soufflé la fameuse « troisième voix » et qui donne le sentiment, vu de Paris, d’être le plus rassembleur. Une des tâches prioritaires de tous ces relais politiques actuels et potentiels en Outre Mers sera, au mieux, de prévenir la menace d’une nouvelle « éruption sociale » d’ici 2012 ; éruption toujours possible puisque la crise n’a manifestement pas été résolue. Au pire, si le pire advenait, d’être les fusibles.

PETITE ANALYSE DES RESULTATS DES CONSULTATIONS DE JANVIER 2010

L’enjeu des deux consultations de janvier 2010 était d’estimer ou d’évaluer la clarté et l’intensité de la volonté collective des Martiniquais et des Guyanais. Le Gouvernement y était d’autant plus intéressé qu’il y avait là une occasion d’isoler ou de marginaliser le leader guadeloupéen, Elie DOMOTA, qui incarne symboliquement à ses yeux une menace toujours présente, un rappel que sur le fond rien n’a été vraiment réglé. L’appréhension d’une nouvelle contagion inter-régionale en cas de relance du mouvement justifie amplement les craintes du gouvernement. Si tout ce qui précède est bien vrai l’analyse des résultats n’en prend que plus de relief. Interprétés à partir du nombre d’électeurs inscrits et non pas simplement des suffrages exprimés — ce qui nous semble plus conforme à la vérité des chiffres, les résultats font d’abord apparaître un sérieux problème de légitimité même si on doit admettre qu’ils sont légalement recevables. Les 79,31% de « non » au « 74 » en Martinique ne représentent en effet, de fait, que 42% des électeurs inscrits (296 802 inscrits, 55,32% de participation), tandis que les 70,22% de « non » guyanais ne correspondent qu’à 33,02% des inscrits (67460 inscrits, 48,16% de participation). De même, les 68,30% de « oui » martiniquais à la « Collectivité Unique dans le 73 » n’intéresse en réalité que 23,31% des inscrits (35,80% de participation) et les 57,49% de « oui » guyanais ne se rapportent qu’à 14,69% des inscrits (27,42% de participation). L’analyse que nous faisons des données ainsi approchées est que la grande majorité des électeurs guyanais et martiniquais n’ont donné leur adhésion ni au « 74 », ni non plus « à la Collectivité Unique dans le 73 ». Il faut en tirer la conclusion que le débat est loin d’être clos comme le prétendent quelques-uns dont le gouvernement ; il reste grand ouvert, preuve évidente avec un DOMOTA toujours l’arme au pied d’un échec total de la stratégie de sortie de crise.

L’ECHEC DE LA STRATEGIE DE SORTIE DE CRISE

Les consultations de janvier 2010 en Guyane et en Martinique et les Etats Généraux ont été les deux principaux éléments du dispositif de sortie de crise d’un gouvernement, il faut le répéter, passablement ébranlé par le mouvement de janvier, février et mars 2009 aux Antilles-Guyane et aussi à la Réunion. Les consultations de janvier 2010 s’inscrivaient aussi dans une démarche d’évolution statutaire initiée par la majorité du Congrès Martiniquais et du Congrès Guyanais. C’était pour eux l’occasion d’apporter ce qu’ils pensaient être une réponse politique aux problèmes de fond dont le mouvement populaire parti de Guyane n’était, selon eux, que le symptôme. Force est de constater, au vu des résultats, que tous ont échoué et que nous sommes aujourd’hui dans une impasse politique avec d’un côté une société civile défensive, désabusée ou dubitative, refusant ou évitant de choisir de manière claire et explicite ; d’un autre côté une classe politique impuissante à changer son fonctionnement et la culture qui le sous-tend ; impuissante par conséquent à rétablir la communication avec la société civile. L’examen rapide de cette débâcle politique en Martinique est édifiant sans être pour autant transposable. Le premier constat est celui d’un dévoiement du débat par sa soumission totale à des logiques de prise de pouvoir ou de maintien au pouvoir. Les politiques se sont ainsi enfermés dans une bataille qui ne concernait que leur propre intérêt. Le second constat c’est le peu d’attention accordée, notamment par ceux qui souhaitaient un changement statutaire, à ce qui pourtant paraissait évident : la défiance des populations concernées vis-à-vis de leurs élus. Une telle donnée exigeait une campagne de grande proximité et l’articulation des questions de la justice sociale, de la démocratie et du fonctionnement politique, au thème du changement statutaire ou institutionnel. La dernière observation est celle de la division de la gauche et donc du désarroi de l’électorat de gauche tandis que la droite unie et déterminée faisait le forcing pour mobiliser son électorat. Les déçus d’extrême gauche (plus nombreux qu’on ne le pense), les salariés inquiets de la fusion Région/Département et les électeurs d’origine européenne peu rassurés par certains discours voire quelques dérives, ont grossi les rangs des abstentionnistes et des « non » du 10 et du 24 janvier 2010. Nous héritons, notamment en Martinique, suite à ce premier épisode affligeant de conquête du pouvoir, suite aussi à une de ces aberrations que la Démocratie française tarde à corriger (se voir imposer légalement un point de vue très minoritaire) d’une collectivité unique dont, en dépit des discours rassurants, personne ne sait vraiment ce qu’on va y mettre et quand elle pourra être mise en place ; puisque tout cela sera conditionné par le nouveau rapport de force politique après les régionales et par la nécessaire mise en cohérence avec la réforme Balladur. Ceux qui dénonçaient les non-dits du « 74 » ne pourront nier que la situation est aujourd’hui encore plus opaque puisque les élus de Guyane et de Martinique ont désormais perdu le peu d’initiative qu’ils avaient encore sur le cours des choses au profit exclusif du Gouvernement. Et voilà comment, tout au moins en Martinique, la raison de parti et les calculs de pouvoir nous livrent pieds et poings liés à la volonté du prince. Et pendant ce temps là les inégalités et la pauvreté continuent de s’aggraver, l’économie poursuit son effondrement…C’est sans doute cela « marcher du même pas que le peuple ».

LA PSEUDO THEORIE DU « MARCHER DU MÊME PAS QUE LE PEUPLE »

Depuis l’annonce des résultats, certains en Martinique, à la recherche d’un principe pour justifier leur positionnement, le plus souvent peu compréhensible, et la justesse supposée de leur choix, ont réactualisé une vieille théorie dont la paternité reviendrait selon eux au « Père fondateur » : « il faut marcher du même pas que le peuple ». La formule semble relever du bon sens, elle est pourtant, selon nous, d’une réelle dangerosité. Tout d’abord, elle présuppose, s’inscrivant ainsi dans la plus pure tradition populiste, que le peuple aurait toujours raison (en l’occurrence ici contre les élus et les intellectuels), ce qui est totalement faux. Tous les choix populaires sont certes intelligibles, par conséquent motivés, pas forcément justes ni exempts de toute analyse critique. « Marcher du même pas que le peuple » c’est aussi, sous couvert d’une philosophie du sens commun justifier à posteriori la démagogie qui consiste à « caresser dans le sens du poil » pour réaliser ses ambitions de pouvoir. Les politiques ont le devoir de proposer ce qu’ils estiment être juste à leurs concitoyens et de le soumettre à leur appréciation sans craindre d’être déjugés. Autrement, ils se condamnent à l’immobilisme ou la démagogie. L’immobilisme, nous y entrons au regard des résultats des consultations et ceci malgré l’intervention dans le débat du Président de la République et de la Ministre d’Outre Mers ; au regard aussi du relatif échec populaire des Etats Généraux. Quant à la démagogie nous avons manifestement de « bons produits maison. »

LA CRISE DU LIEN SOCIAL

Certains ont voulu voir dans les résultats des consultations de janvier 2010 une discontinuité avec le mouvement de janvier, février et mars 2009, voire même un démenti. Ce n’est pas notre point de vue. Le contenu des plateformes de revendications du mouvement laissait entendre implicitement que c’est en qualité de « citoyens français » que les grévistes, faisant fi de leurs élus, interpellaient directement l’Etat français sur ce qui, au-delà des revendications concrètes, se révélait être un appel à la justice sociale, au traitement équitable. Nous avions alors parlé de demande « d’Etat Providence ». Les résultats tels que nous les avons analysés restent tout à fait dans ce registre : on ne donne pas son assentiment à ce qui pourrait remettre en cause l’Etat Providence et on ne se fie surtout pas aux élus. Ce qu’il faut comprendre maintenant c’est cet attachement à un Etat vilipendé depuis plus de 40 ans pour cause d’assistanat par la gauche et l’extrême gauche majoritaire depuis près de 20 ans ; critique reprise à son compte par le Président de la République, notamment lors de son discours de vœux 2010 à la Réunion. Deux raisons retiennent depuis peu notre attention. Nous les ajoutons aux quelques autres que nous avions déjà développées dans une interview de France-Antilles Martinique. La première est que nous avons affaire à une résistance passive et le plus souvent silencieuse à la fin annoncée de l’Etat Providence. Une fin déjà ressentie par les plus démunis. La seconde, concomitante, c’est l’ampleur, vécue au quotidien par les classes les plus défavorisées et les plus vulnérables, de la crise du lien social et de ce qui la fonde : la solidarité sociale. Il y a un effondrement des réseaux de solidarité reposant sur la parenté, la proximité sociale et spatiale. Il y a trop peu voire plus rien à partager, ni salaire, ni retraite, ni dons et contre dons. Il y a aussi un discours de plus en plus audible de « délégitimation » du bien fondé de la solidarité sociale y compris chez ceux qui sont chargés dans les institutions de la mettre en place. C’est assez pour parler d’une crise du lien et de la solidarité sociale. Une solidarité massivement réinvestie dans les causes humanitaires dont la légitimité est mieux perçue. Si le constat est admis on peut parfaitement comprendre dans ces conditions en l’absence de toute solution crédible, que l’ultime recours pour les catégories concernées soit l’Etat Providence. Les résultats de la consultation expriment d’une certaine façon une détresse face à ce qui irrémédiablement est en train de disparaître pour être remplacé par un monstre aveugle, « l’Etat Entreprise ». Ils montrent aussi notre impuissance à tous à trouver une véritable solution, à refonder le lien et la solidarité sociale. Ce qui se résume à la question : Que pouvons-nous collectivement faire ou risquer pour un « mieux-vivre ensemble » ?

Serge HARPIN

Schœlcher, le 5 février 2010

NOUS NE SOMMES PAS DES MENDIANTS AUX POCHES VIDES.

Ainsi, l’échec du Non s’expliquerait par le chantage du ventre. Je ne le pense pas. Les causes de l’échec sont ailleurs car, me semble-t-il,  partout sur la planète le ventre a une importance capitale pour les papas et les mamans d’enfants. Partout, sur la planète, l’homme sait que  pour rester en vie, et Dieu sait comme nous y tenons à cette vie, il est indispensable qu’il n’y ait pas de courant d’air dans nos huit mètres d’intestins, ni des trous de malnutrition  dans notre estomac, même si pour cela il faut s’accommoder de … l’esclavage. Le slogan « Vivre libre ou Mourir » est une formule de romantique qui peut être galvanisante si on explique comment et par quoi remplacer cet esclavage. Dans ce cas, l’action à un but et la  mort est une éventualité que l’on accepte, afin que notre descendance jouisse de cette liberté. Si pareil slogan correspondait à une logique humaine, en 2010, il n’y aurait pas eu de descendants d’esclaves appelés à voter, pour la bonne raison que ceux-ci  auraient choisi la mort, car nous le savons tous l’esclavage, était pire que l’enfer. Or,  les peuples vrais, en souffrance vraies, ont  appris, les yeux embués de larmes de sang, que la dignité le ventre vide n’existe pas, est panache et imaginaire de poète. Alors, tout révolutionnaire qui ne nourrit pas simultanément l’âme et le ventre de son peuple, produit un …sous peuple, surtout lorsque celui-ci est né dans l’esclavage et la colonisation … comme  nous. Et, pire,  lorsque l’esclavagiste a réussi à le convaincre qu’il n’est plus esclavage grâce à une généreuse mère patrie, la Métropole. Ce qui est notre cas. On ne trouve pas solution à un problème lorsque l’on nie les tenants et les aboutissants de ce  problème. Pour combattre un mal[1], il faut admettre la réalité de ce mal.  La tâche de nos leaders est autrement plus compliquée et difficile, presqu’à mettre à la rubrique mission impossible, parce que chez nous, il n’y pas de réveil d’un peuple, un instant endormi par le colonialisme,   à déclencher comme pour  les peuples identitaire ayant perdu leur souveraineté, mais bien un éveil à susciter chez des anciens Africains d’ethnies différentes mélangés à des Européens de nationalités différentes  dans un espace géographique nettoyé de ses habitants légitimes les Caraïbes, vainqueurs des Arawaks.  Alors, mon sentiment est clair : le votant martiniquais n’est  responsable ni coupable de l’échec du NON. Les promoteurs de ce Non, n’ont pas  eu la bonne stratégie, pas plus  que ceux du 73 d’ailleurs. A preuve, à peine le résultat connu, les adeptes du statuquo  qui n’osaient pas donner leur point de vue, le président de la République en personne ayant affirmé que le statuquo était impossible, repartent à l’attaque. Ils veulent être français, comme en France. C’est tout. Et, vive la réforme Balladur !

La réalité est bien que le Martiniquais péremptoire et définitif, dans une écrasante majorité, affirme : je suis français donc européen et ce n’est pas négociable. Mais ne s’arrêtant là, il déclare : Je suis également caribéen, cela n’ont plus n’est pas négociable. Et ce Martiniquais-là n’a entendu, à moins que cela m’ait échappé, aucune amorce de stratégie  qui lui permettrait de concilier son choix et cette hérésie historique et géographique, qu’il entend assumer pleinement en faisant justement un pied de nez, voire un bras d’honneur, à l’histoire et à la géographie. Car  cette Europe et cette Caraibe, dont il se réclame, sont très exactement les freins qui interdisent un  développement économique, indispensable pour assumer sa part dans la création de la richesse, dans le bloc  qu’il a choisi. Nos élus ont pleurniché, la capacité   de l’Article 73 ou 74 à nous maintenir dans le giron français.  Lors de mes  signatures organisées en librairie, beaucoup des nôtres m’ont dit : Rien ne sera réglé ni avec le 73, ni avec le 74, vous savez mes enfants sont en France, je suis en train de vendre ma maison, je vais m’installer auprès d’eux. Bon sang, je ne dois pas être le seul à qui on a fait ces confidences, tout de même !  Ma vision du futur, si on ne se hâte pas, de régler le problème de la création de la richesse, suivie de la création d’emplois  est très simple : Paris va réinventer  le BUMIDOM. Un BUMIDOM new look, qui prendra en compte notre réalité d’Européens à part entière car, qu’on le veuille ou non, en dépit de quelques  actes de racisme et parce que c’est l’intérêt bien compris de la France, nous sommes devenus européens à part entière et non plus « entièrement à part ». Nos enfants aux poches bourrées de diplômes  seront accueillis normalement, et vous diront comme je l’entends dans ma propre famille : «  Au niveau où je suis, on ne fait pas attention à la couleur de ma peau, seules mes compétences intéressent. » Je crois que c’est Aimé Césaire qui déclara, au cours d’une conférence de presse : « Si on n’y prend garde notre Martinique sera transformée en un gigantesque hôtel pour milliardaires avec des larbins martiniquais ».

Alors, je le répète, même si cela doit encore fâcher,  nous sommes   nés d’une insolence, alors l’insolence doit être notre drapeau.  Nous avons le devoir de  crier à Paris et à Bruxelles, notre vision de notre Devenu, et celui de notre Devenir de citoyen du monde dans le bloc économique choisi dès le 22 Mai 1848  par l’esclave lui-même, en signifiant…dignement à ce bloc, que nous ne sommes pas des mendiants aux poches vides.

Tony DELSHAM, auteur de 73-74, psittacisme ou la fin de la danse du scalp.

Disponible sur le site Martinique-éditions. com.

Tony Delsham répond à Alfred Marie-Jeanne

ALFRED TU ES DANS TON ROLE, JE SUIS DANS LE MIEN  QUITTE A BOUCULER L’ELU QUE TU ES …

Le Président du Conseil Régional a donc réagi à la lecture de mon ouvrage 73-74, psittacisme ou la fin de la danse du scalp ? Il a choisi pour cela de rendre publique la lettre qu’il m’a envoyée. « Alfred Marie-Jeanne t’as assassiné, tu l’as bien mérité » m’a dit  un  ricaneur professionnel, poseur de bombes sans bombe,  et révolutionnaire sans révolution.   Non. Nous assistons à un libre échange d’un élu préoccupé par le devenir de ses concitoyens et d’un auteur tout aussi préoccupé.   Réjouissons-nous, simplement, d’appartenir à un espace qui permet ce qui dans beaucoup d’autres pays relèverait du … miracle.   Cela dit, je continue a penser que la Cénesthésie et le psittacisme doivent être combattus par une contre-offensive par  l’explication guerrière de nos possibilités de développement à partir du 73 ou du 74 en sachant que l’Europe et la Caraibe sont les principaux concurrents de la production martiniquaise. Pour l’heure nos élus, confrontés à la peur née de l’habitation, sont acculés à vanter l’aptitude de ces deux articles de la Constitution Française à conserver la Martinique dans la République  bien plus que  leur capacité à générer la richesse que nous souhaitons tous, afin de desserrer le carcan humiliant et précaire de l’assistanat. Répondre que tout est déjà dit dans l’Agenda 21 et le SMDE est un raccourci qui inquiète bien plus qu’il ne rassure, d’autant que les pistes sécurisantes sont nombreuses dans les deux cas de figure. Pour l’heure, lisons la lettre adressée par monsieur Alfred Marie-Jeanne suivie de ma réponse et  …que la Martinique gagne.

LA LETTRE DU PRESIDENT :

Le titre de ton dernier ouvrage : « 73-74 Psittacisme », ne me surprend pas du tout, loin de là.  Il est tout simplement déconcertant et montre le degré d’estime que tu portes, en réalité, à certains élus martiniquais. Quant au contenu du livre, il en dit long sur ta propre filiation et affiliation.

Qu’importe !

Ce qui paraît choquant, voire blessant à la limite, c’est de nous renvoyer tous au comportement de débile mental. Tirer de la barbarie un banal devoir d’insolence ne relève ni de l’exploit, ni de la pertinente analyse, ni de la claire voyance. Au mieux, c’est un accommodement ou un raccommodement pour se donner bonne conscience, comme à l’accoutumée. Au pire, c’est de la complicité rénovée mais toujours irréductible. C’est le prototype inachevé de l’intellectuel, hardi pour dénoncer, mais pusillanime par ailleurs  et qui se débine chaque fois qu’il s’agit  de s’impliquer pou ba péyi-a an pal pou vansé.Tout le reste est insignifiance. Devant ce constat regrettable de faillite, mon insolence à moi va beaucoup plus loin. Et je l’assume.        Elle tient de l’Engagement et non du contingent.  C’est la distance incommensurable qui nous sépare. La rudesse de mes propos n’altère pas l’amitié que j’ai pour toi, car mon amitié n’a aucun rapport avec la condescendance et la tendresse. Elle n’a rien de mondain. Elle est de critique saine et de digne respect.

Merci pour ton livre et ta dédicace insolente.

Le Président du Conseil Régional  de la Martinique

Alfred MARIE-JEANNE

MA REPONSE

Monsieur le Président du Conseil Régional de la Martinique.

Tu as donc choisi de me faire une réponse par voie de presse. J’ai déjà des retours. Il y a ceux qui approuvent le contenu et il y a ceux qui en sont scandalisés. Nous nous connaissons depuis longtemps, depuis le procès du  bris des urnes de Rivière-Salée mais surtout depuis la photo que j’ai faite de toi brandissant, du haut du balcon de ta mairie, la hache que tu avais saisie, quand tes adversaires faisant irruption dans un bureau de vote prétendaient briser  l’urne. Les médias pour qui  tu étais l’homme à abattre, eux aussi avaient publié cette photo, mais sous leur plume, tu étais l’accusé. Moi, dans mon reportage, j’avais décrit les faits. Rien que les faits. Je ne vais pas infliger aux lecteurs un catalogue d’ancien combattant, sauf à dire que nos prises de positions procurèrent à Roland Laouchez, Henri Pied et moi-même, alors animateurs du Naïf  première génération, bien des désagréments. Pour ma part,  des amis et des membres de ma famille me tournèrent  le dos tandis que l’une de mes sœurs fut carrément démissionnée de son poste de la Sodem,  et fut obligée de quitter la Martinique. Mon dernier ouvrage Psittacisme sonne comme un jugement de valeur, mieux  comme une condamnation, c’est vrai !   Mais je maintiens ma conclusion, observation d’une quarantaine d’années de journalisme, sauf à préciser que les psittacidés, en aucun cas, ne sont exclusivement les élus. Le psittacidé, c’est moi, c’est lui, c’est nous. Et, l’ai-je souvent écrit, il n’y a pas d’un côté de petits administrés géniaux que nous serions et de l’autre des élus incapables. C’est, hélas,  la condamnation péremptoire et définitive que j’entends souvent, notamment de la bouche  de la  jeune génération. Il faut bien admettre que les élus ne sont pas des extra-terrestres et sont issus de nous-mêmes.

La Cénesthésie et le   psittacisme paralysent la société martiniquaise. Lorsque Maxime Gremetz le numéro  deux du Parti Communiste Français, en visite en Martinique  à la fin de l’année 1980 et parlant au nom de François Mitterrand candidat de la coalition P.S et P.C qui avait placé la Martinique au chapitre des affaires étrangères, déclara : «  quand je suis en Martinique, je ne suis pas chez moi, je suis chez des amis » tout en expliquant les vertus d’une gestion martiniquaise,  il provoqua  consternation et affolement à droite, et une large inquiétude chez le militant de base de la gauche. Déclaration  qui d’ailleurs, valut à Aimé Césaire une cuisante défaite en 1981, lui qui avait appelé à    voter François Mitterrand. Depuis, nos élus sont acculés à répondre aux questions angoissées de l’électorat, toujours les mêmes, celles nées de la peur héritée de l’habitation, véritable usine à angoisser.

Questions du votant :

1)     L’autonomie, n’est-ce pas un pas vers l’indépendance ?

2)     Allons-nous conserver les avantages acquis ?

3)     Nos élus sont-ils à la hauteur d’une pareille mission ?

4)     Les Martiniquais sont-ils prêts ?

5)     Que va faire la Martinique qui ne produit rien, sans la France ? etc.

Réponses de l’élu :

1)     Seuls les Martiniquais sont capables de gérer leurs propres affaires.

2)     L’autonomie n’est pas l’indépendance.

3)     Les avantages acquis seront conservés.

4)     Il n’est pas normal qu’un petit fonctionnaire décide à notre place à 8000km.

5)     Nous sommes un peuple en danger.

Je crois que nous sommes, là, dans la bonne définition du mot psittacisme.  Je ne m’arrêterais pas à la forme, souvent vexante, que tu as choisie d’utiliser,  tu es un homme politique au combat, en pleine tourmente, et tu réagis comme tu le sens, avec ta science du terrain et la connaissance de tes électeurs.

Rien à dire à ce propos.

Par contre, tu me donnes l’occasion de faire remarquer que mon livre, tout au long des pages,  n’est  attaque ni contre Alfred Marie-Jeanne, ni contre Serge Letchimy, ni contre Claude Lise, ni contre le leader de la droite qui au moment de la rédaction avait encore du mal à émerger.

Extrait : «  Lors de la campagne pour la consultation du 7 décembre 2003,  les deux hommes menèrent campagne de concert, et le P.P.M donna l’impression d’être à la traîne d’un Claude Lise très offensif.  Quand le Congrès se réunit cinq ans plus tard le 16 décembre 2008, les liens entre le président du Conseil Régional et du Conseil Général s’étaient encore renforcés pour devenir étroite collaboration avec un objectif essentiel, convaincre  l’électorat que l’Article 74 était  le bon choix. »

Est-ce renvoyer Claude Lise à un comportement de débile mental, que de conclure ainsi l’histoire d’un rapprochement de deux hommes qui ont appris à se connaître et à s’apprécier depuis  l’arrêté municipal de Georges Elizabeth  maire de Rivière Salée, interdisant au maire de Rivière Pilote que tu étais à l’époque  de tenir meeting  dans sa commune ?

*      *Est-ce renvoyer Serge Letchimy à un comportement de débile mental que de conclure la présentation de ce dernier par ces lignes : Dans le débat actuel, le P.P.M, sous son impulsion marque sa différence. L’Article 73 pour lui ne doit pas être rejeté et doit-être au contraire une phase expérimentale permettant d’obtenir cette autonomie, telle que professée par Aimé Césaire. Le maire de la capitale est donc à la recherche d’une troisième voie. Et, conclut Serge Letchimy :   « Maintenant, c’est au juriste de nous dire dans quoi pourrait s’inscrire une telle perspective. De toute évidence, l’art. 73 ne saurait y répondre. Mais de toute évidence aussi, l’article 74 montre de suite ses limites. Et c’est là que je  propose la liberté de l’esprit et l’imagination. Si notre volonté est celle-là, alors il est temps pour nous de modifier cet article 74, par un nouvel article qui pourra être utilisé, par tous les pays dits  d’Outre-mer, »

Et enfin est-ce renvoyer Alfred Marie-Jeanne à  un comportement de débile mental en écrivant : « L’ère césairienne  à l’évidence a été  remplacée, par l’ère marie-jeannienne, deux leaders dont  le rayonnement couvre l’ensemble du pays en meublant l’imaginaire »    « Aujourd’hui, le leader du M.I.M. affronte le même dilemme, le même psychodrame que celui connu par Aimé Césaire à savoir : Comment convaincre des Martiniquais, de plus en plus débarrassés de toute angoisse existentielle et sachant qu’il n’est point de dignité le ventre vide, que l’adaptation permanente du statut est recherche  des solutions du possible afin d’éviter sinon atténuer,  le meurtre tranquille de la mondialisation à notre endroit ?  Là est la difficulté majeure » « Prétendre que le succès d’Alfred Marie-Jeanne repose sur  l’achat des consciences est aussi injurieux que ceux qui jadis accusaient le fils de Basse-Pointe d’entretenir des bassins à misère dans la périphérie de Fort-de-France, afin de conserver un électorat docile. Observons ensemble qu’avant d’être élu, l’enfant  de la bonne[1] n’avait rien d’autre à offrir que sa fougue, son enthousiasme, et ses convictions. » « Si Alfred Marie-Jeanne avait respecté cette règle, il se serait aperçu que la détermination profonde de ce peuple en formation n’est pas en contradiction avec  son idéal de responsabilisation. Alors, jamais  il  n’aurait  parlé de rupture d’avec la France, mais bien de la nécessité d’organiser une économie ne dépendant pas  de si tragique façon, de l’ancienne métropole. Il aurait démontré que le mimétisme et  le suivisme bête et méchant  produisaient des français de seconde zone, des ectoplasmes  vampirisant jusqu’à anémie  la constitution d’une France  qui risque d’être acculée à… un brutal réflexe de légitime défense.  « Un échec de l’Article 74 éliminerait-il politiquement le chabin des mornes ? A cette question posée je réponds : «  Rien n’est moins sûr. La boule électrique composant le personnage, a encore de la ressource. Au moment de la rédaction de ces lignes, le Président Nicolas Sarkozy a déjà annoncé la date de la nouvelle consultation  et le respect de l’échéance normale des Régionales, l’ancien maire de Rivière-Pilote a toutes les chances d’un rebond[2]. Je constate qu’il bénéficie du  respect de secteurs économiques importants et vitaux, notamment celui de la banane, en témoigne l’éloge fait ce lundi 28 septembre par Eric de Lucy, le président de l’Union des Groupements de Producteurs de Bananes, lors de sa visite accompagné des producteurs des A.C.P[3]. Il s’agissait  pour ce dernier de lui présenter le Plan Banane Durable, tout en le remerciant de la forte implication de la Région dans l’achat d’une mûrisserie à Paris. Face à ces mêmes A.C.P, le Président de la Région n’est pas dupe, en témoigne son intervention musclée[4] ce vendredi 23 octobre à l’hôtel régional face au Comité Economique et Social Européen après que des accords de partenariat aient été signées avec les pays de la Caraïbe.   Le secteur touristique, pour sa part,  ne lui demande qu’une plus grande attention et une stratégie concertée avec la profession.  J’observe à l’inverse que beaucoup de ses partisans cessent d’être des inconditionnels, lorsqu’il parle rupture d’avec la France. Le «  je vous ai compris » gaullien est encore d’actualité,  un chabin des mornes remonté comme au temps de son ascension victorieuse promettant «  en mon âme et conscience [5]» de faire de l’Assemblée Unique, le bulldozer d’un développement économique, bien  compris, bien réfléchi, a ses chances. Dans l’opinion publique, sa réputation est faite, « aucune collectivité n’a de l’argent, sauf la Région », dit-on. À tort ou à raison c’est pour l’opinion publique, preuve de bonne gestion.  Lorsque l’on a atteint cet âge respectable, on ne triche pas avec les autres, on ne se bluffe plus soi-même. C’est la dernière ligne droite, celle qui confère l’admiration reconnaissante ou l’opprobre des générations futures. Dès lors, on ne se soucie plus de sa réélection, mais de sa mission. »Ces extraits de mon livre, à l’évidence, prouvent que je n’ai jamais pensé que nos élus ont un comportement de débiles mental. Par contre, je le maintiens, collectivement nous avons une conduite de … zizitatas. Ton engagement à toi s’est traduit par le don total de ta personne à la politique avec le souci majeur de désankayer notre pays. Respect pour toi.  Mon engagement à moi a été de consacrer toute une vie au service d’une presse martiniquaise. D’abord en créant mes propres journaux Martinique Hebdo, M.G.G, Kolik Blag Bo Kaye, ensuite en rejoignant  l’équipe du Naïf en 1974, puis celle d’Antilla dans les années 90. Cela en acceptant des rémunérations plus que modestes, voire insignifiantes, ou inexistantes.  Ce qui permit à la gauche entière de s’exprimer dans nos colonnes  à une époque où  la technologie médiatique n’était pas aussi performante et que cette gauche   était interdite d’antenne. Si je n’avais pas fait ce choix, comme les copains de mon âge, je serais  aujourd’hui dans les instances dirigeantes soit de RFO, soit de France Antilles. Et Dieu sait comme j’ai été sollicité après 1981. Un jour, très proche d’ailleurs,  j’écrirai cette épopée durant laquelle beaucoup de baudruches sonores ont profité de notre esprit de sacrifice pour se faire un nom, ou améliorer leur sort dans la fonction publique.  Dans mes romans enfin, il n’y pas d’esclaves qui gémissent sous le fouet. Julius, l’un de mes personnages, fait danser le maitre avec  le fouet qu’il lui a arraché des mains.   Quant à ma filiation, tu le sais bien,  elle nous est imposée à tous par notre tragique histoire. Reconnaître  le fait, n’est pas l’aduler. Le nier s’est courir le risque d’une schizophrénie ambiante. Mon affiliation elle, obéit à la marche chaotique  de notre pays  en fonction de ce que l’on croit, en toute sincérité, être l’urgence du moment. Cher Alfred cette fois, sous les yeux du lecteur, tel est ton choix,  je te renouvelle mon amitié qui, chez moi également,  n’a aucun rapport avec la condescendance, je suis trop humble pour cela !  Quant à la tendresse dans le sens  de l’affection respectueuse, pourquoi pas ?  Je suis un incurable romantique. Je conclurai   que nous devons nous féliciter  d’appartenir à un système où chacun peut s’exprimer en toute liberté, tu es dans ton rôle, je suis dans le mien, quitte à bousculer l’élu que tu es. Quand tu cesseras de l’être, et que les affidés qui n’existent que par toi et à travers toi auront disparu,  je te conserverai cette amitié. Elle est définitivement basée sur la personnalité de  l’homme que je n’ai jamais pris en fragrant délit de mensonge ou de reniement mais, tout de même, si j’étais ton conseiller je te dirais : renverse l’image que tu donnes de toi, nous avons tous un devoir d’humilité envers notre  pays qui se meurt de nos outrances.

Tony DELSHAM

Auteur de « Cénesthésie et l’urgence d’être et de 73- 74, psittacisme ou la fin de la danse du scalp ? »  .

[1] C’est fierté d’Alfred Marie-Jeanne de rappeler qu’il est le fils d’une bonne, on le vit d’ailleurs défiler aux côtés des bonnes, devenues depuis employées de maison, sous une pancarte «  Mwen sé yich an bon’ »

[2] Etre le président du statut quo n’intéressera certainement pas Alfred Marie-Jeanne. Par contre, être le premier président de l’Assemblée Unique,  c’est autre chose, un ultime défi d’une riche carrière.

[3] Afrique Caraïbe Pacifique.

[4] Ce jour-là Alfred Marie-Jeanne déclara : « Mais … à partir du moment où l’accès du marché européen est libéralisé pour les petits pays de la Caraïbe, cela veut dire que leurs produits  continueront à entrer ici alors  que  la réciprocité ne sera pas vraie, parce qu’existent les négatives listes. »

[5] Expression familière du leader du M.I.M

Les voeux du Préfet de la Guadeloupe pour l’année 2010

Chères guadeloupéennes,

Chers guadeloupéens,

C’est avec grand plaisir, qu’en ma qualité de préfet récemment nommé dans ce beau département, je vous adresse mes vœux de santé et de réussite pour cette nouvelle année 2010.

2009, l’année qui s’achève, c’est vrai, n’aura pas été facile pour vous. Des grèves et des manifestations, sans doute parmi les plus dures que la Guadeloupe ait connues, ont gravement perturbé votre vie quotidienne et bloqué l’économie. Du coup, la production de l’île a diminué de manière notable alors que le nombre de chômeurs, lui, a augmenté. Il est évident que seul un climat social apaisé rendra possible le retour de la croissance et des beaux jours.

L’Etat, en ce qui le concerne, tiendra les engagements qu’il a contractés, en dépit des critiques systématiques et bien injustes, dont il est la cible. Il assurera de manière stricte le maintien de l’ordre public et luttera contre l’insécurité sous toutes ses formes, tout en s’efforçant de réduire les inégalités sociales et de soutenir les entreprises qui créent ou sauvegardent des emplois.

Mais l’année 2009, par d’autres côtés, est porteuse d’espoirs. Elle n’a pas été seulement marquée par des évènements sociaux, hélas émaillées d’actes de violence inacceptables. Elle fut aussi, n’en déplaise aux cassandres de tout bord, celle de l’écoute et du dialogue. Les Etats généraux de l’Outre-Mer ou le déplacement en Guadeloupe du Président de la République sont là pour en témoigner.

De ces multiples échanges sont nés en effet de nouveaux instruments. Une autre stratégie a été proposée. A titre d’exemple, on peut citer le développement endogène ainsi que la création du pôle d’excellence médical, c’est-à-dire la mise en place d’un cursus complet d’études de médecine à l’Université Antilles Guyane. On peut également rappeler la volonté d’intégrer plus largement les Antilles françaises dans leur environnement caribéen, grâce à la suppression des visas de court séjour pour les ressortissants de nombreuses îles des Caraïbes et grâce aux pouvoirs accrus dans le domaine de la coopé, désormais conférés aux présidents des Régions des Départements d’Outre-Mer.

Le nouvel an qui s’annonce sera donc en priorité celui de la mise en application des mesures décidées à la suite des Etats Généraux de l’Outre-Mer. Mais l’esprit d’ouverture et la démarche d’écoute continueront à prévaloir. Les services placés sous mon autorité et moi-même ne refuseront jamais le dialogue à ceux dont l’action respecte les lois de la République, quelles que puissent être par ailleurs leurs convictions. En outre, en cette année marquée par d’importantes échéances électorales (celles du renouvellement du conseil régional), l’Etat ne se départira pas de sa neutralité. Il garantira, c’est son devoir, le caractère démocratique de la campagne.

A cela, je me permets d’ajouter quelques priorités me tenant plus personnellement à coeur :

D’abord l’amélioration de la gestion des déchets et du traitement des eaux (usées et potables). Aucun développement économique, en particulier touristique, aucun progrès social ne saurait prospérer sur un territoire où pourraient se poser de graves problèmes d’insalubrité.

Ensuite, je suis consterné par le nombre de personnes qui trouvent chaque année la mort sur les routes de Guadeloupe, notamment les jeunes. Dès à présent, et en concertation étroite avec les services de sécurité, mon cabinet s’efforce d’élaborer un plan drastique, à la fois préventif et répressif, susceptible d’enrayer l’hécatombe. Je sais, hélas, que cette bataille n’est pas gagnée d’avance !

Enfin, bien sûr, la Guadeloupe, au-delà des difficultés conjoncturelles qu’il lui faut surmonter, doit se projeter vers l’avenir, songer à un autre type de développement, durable si possible. Une attention particulière sera donc portée par les services de l’Etat à la promotion des énergies renouvelables.

Je ne tiens pas à afficher trop d’engagements. Ils nuiraient à la crédibilité de ces vœux 2010. Soyez cependant persuadés que le représentant de l’Etat et l’ensemble de ses services resteront, quoiqu’il advienne, mobilisés pour assurer votre sécurité et préserver une paix sociale à laquelle vous êtes tous en droit d’aspirer.

NDLR : Nous rappellerons simplement à M. Le Préfet que Cassandre, qui était douée d’un véritable don de prophétie, fut frappée de malédiction par Apollon après l’avoir repoussé : il la condamna à ne jamais être crue. Peut-être fallait il choisir une autre référence.

Prendre toute la mesure de l’enjeu

Par Serge Harpin

Il faudra bien, le plus tôt serait le mieux puisque l’échéance est dans moins de trois mois, que les politiques, tous les politiques, comprennent que ce qui est vraiment en jeu dans le débat statutaire actuel c’est notre pouvoir de faire enfin émerger, par la négociation, la confrontation et le compromis, une volonté collective claire et suffisamment forte pour assumer pleinement son choix ; et ce, quel que soit le point de vue qui l’emporte. Cela signifie, que dans une consultation d’une telle importance, où le présent et l’avenir de chacun est autant engagé, une participation aussi médiocre que celle du 07 décembre 2003 serait pour tous un échec lamentable. La démonstration par les chiffres pour 2003 est édifiante : le vote majoritaire, 50,48% sur 108 359 suffrages exprimés et une participation de 43%, ne représentait qu’un peu plus d’un cinquième, 20,55%, des 266 134 inscrits. On touche ici à l’une des aberrations de la démocratie d’élection qui attend toujours d’être corrigée : on peut en toute légalité valider une « dictature de la minorité ». L’enseignement à retenir de 2003 est que l’abstention doit être analysée comme un vrai résultat, comme une donnée significative, notamment pour évaluer la clarté et l’intensité de la volonté collective dans une société comme la nôtre où l’indécision sur ce que nous souhaitons pour nous mêmes est si grande. On a préféré jusqu’ici raisonner uniquement sur la distribution des suffrages exprimés, sur le pourcentage des « pour » et des « contre ». Ainsi on se préoccupait de départager les forces en présence là où il fallait d’abord s’inquiéter sur ce que la Martinique était en train de perdre ou de gagner indépendamment des scores des uns et des autres.

Une participation du niveau de 2003 (43%) serait par ailleurs dans ce contexte d’après février 2009, l’aveu d’une impuissance de tous à débloquer une situation à haut risque, compte tenu du degré élevé de frustration et de ressentiment. Impuissance tout d’abord de la société civile qui n’a pas su profiter du rapport de force créé par le mouvement de février 2009 pour imposer à nos politiques, au lieu de les mettre « hors jeux », un front commun pour défendre, notamment au niveau législatif, des positions discutées et arrêtées d’un commun accord. Impuissance aussi des politiques, de tous les politiques – englués pour certains dans des batailles d’arrière-garde pour le leadership- décrédibilisés et affaiblis face à un gouvernement qui a tiré avantage de la division des gauches martiniquaises et  de la mise entre parenthèse des politiques locaux par le mouvement de février 2009. Le scénario très plausible, en l’état, d’une faible participation et par conséquent d’une société bloquée, nous ferait entrer dans une  situation où la révolte diffuse, polymorphe et non contrôlable des exclus du système alimentera les fantasmes d’insécurité de ceux qui tirent ou croient tirer profit de ce système avec les risques prévisibles de dérives sécuritaires privées ou institutionnelles. Certaines édilités, de manière tout à fait irréfléchie, se sont déjà engagées dans cette logique du tout sécuritaire.

Faire campagne pour la responsabilité martiniquaise c’est se battre pour une implication maximale de nos compatriotes, pour une participation d’au moins 70% (le quantitatif a ici valeur qualitative). Et cela sans arrière-pensée politicienne et autres manœuvres dans les arrières cours obscurs du pouvoir en place. Voilà, Messieurs, le vrai défi, voilà l’enjeu. Car enfin, et pour aller au bout de l’argumentation, quel sens peut avoir un projet martiniquais dont se désintéresse la grande majorité des martiniquais (de souche comme d’adoption) ? Quel sens peut avoir un projet martiniquais sans volonté collective martiniquaise  claire et forte? C’est exactement ici que passe la ligne de démarcation entre démocrates et technocrates…

Or malheureusement, si tous les politiques se prévalent de faire campagne pour la responsabilité martiniquaise, et c’est tant mieux, rien dans les confrontations actuelles entre les partisans du 74 et ceux qui défendent une « collectivité unique » (pas une « assemblée unique ») dans le cadre du  73 n’indique, pour l’instant, une franche détermination d’aller dans le sens que nous préconisons et qui nous semble vital. Comment peut-il en être autrement, si on fait fi de la réalité du malentendu entre les élites politiques et la population et si en conséquence on se refuse à faire la preuve qu’on veut sincèrement changer son approche des problèmes ainsi que le fonctionnement politique. Lorsqu’on omet  par exemple, dans l’exposé du diagnostic, de poser la corrélation ces dernières années entre l’aggravation de la pauvreté et l’augmentation très nette du nombre des contribuables soumis à l’impôt sur la grande fortune (ISF) – et qui ne sont pas que des békés, on continue à s’inscrire dans une tradition qui déconnecte le social du politique pour le subordonner au développement économique. On privilégie ainsi  une gestion technocratique du social qui transforme les citoyens en assistés, en obligés… Le malentendu s’alourdit davantage encore, à la limite du point de rupture, face au consensus tacite qui lie les politiques, au-delà de l’océan et des oppositions partisanes locales. Un consensus pour préserver le fonctionnement politique existant, tout au moins sur l’essentiel : la professionnalisation de la politique, indissociable du cumul successif et extensif des mandats, l’hégémonie de certaines catégories sociales dans la représentation politique et l’absence d’un véritable contrôle populaire sur les choix et les orientations décidés. La professionnalisation, particulièrement lorsqu’on cumule les fonctions les plus importantes, conduit, de fait, à ce qu’on pourrait qualifier de « conflits d’intérêt ». L’intérêt de carrière ne correspond pas toujours en effet à l’intérêt général. On peut ainsi  avoir la tentation de faire les choses d’abord pour faire carrière pas forcément pour les faire avancer. Les socialistes français semblent l’avoir compris. Les socialistes locaux et avec eux les gauches et les extrêmes gauches curieusement se taisent.

Le consensus tacite entre politiques vise aussi à exclure de la représentation politique les classes populaires et lorsqu’elles y accèdent, à les assigner aux seconds rôles. Si d’aventure elles arrivent aux premiers rôles, elles se trouvent confrontées, comme le fut Léopold BISSOL ( Député de la 4ème République de 1946 à 1958) et Emile CAPGRAS (Président de la Région Martinique de 1992 à 1998), aux quolibets distillés dans l’opinion publique pour les discréditer. Le consensus est aussi très fort pour éluder la question du contrôle effectif de la population sur les choix et les orientations faits en leur nom. Pourtant la constitution française offre deux outils qui pourraient être affinés pour rendre possible un vrai contrôle : les assemblées participatives et le droit à pétition. L’un et l’autre pourraient ainsi permettre par exemple aux citoyens, sous certaines conditions bien définies, de faire inscrire leur priorité à l’ordre du jour de la collectivité unique ou de différer l’application de certaines décisions, voir même les renvoyer en assemblée plénière pour un nouveau débat.

Ma préférence pour une évolution vers l’article 74 de la constitution rénovée est motivée, entre autres choses, par ma conviction que le problème majeur auquel nous sommes aujourd’hui confrontés est d’abord celui de la confiance. Il détermine tout le reste. Et celle-ci ne saurait être retrouvée sans une refondation du fonctionnement démocratique et politique, que rend possible, ne serait-ce que partiellement, l’article 74 par des lois organiques. Cette refondation aurait pour premier objectif l’amélioration de la qualité d’écoute et de dialogue entre société politique et société civile ; un dialogue parasité et biaisé aujourd’hui par la force d’inertie d’un  système dépassé auquel adhère la grande majorité des politiques, tous partis confondus, et, par les lobbies et autres réseaux  politiques ou/et d’affaire qui pèsent fortement sur les choix politique.

Tout reste donc encore à faire, comme on le voit, y compris dans mon propre camp, pour éviter la débâcle ; mais nous avons bon espoir que les martiniquais sauront encore une fois faire la preuve de leur perspicacité pour affronter l’histoire.

Serge HARPIN


UMPPM

Un homme politique se juge d’abord à sa capacité de transcender les clivages partisans lorsque les intérêts généraux de la population sont en jeu. Il est étonnant que la presse locale aie si peu commenté la séance du Sénat qui suit pourtant très significative de la dégradation des relations entre les principaux partis de gauche en Martinique et de l’exploitation de cette division par le gouvernement. Ce climat délétère explique en partie la désorientation et le désengagement de nos concitoyens,particulièrement ceux de gauche et les hésitants du centre gauche. Or le principal danger aujourd’hui est celui d’un faible taux de participation. Ce serait alors un échec lamentable pour tous, société civile et société politique, et pour la France hexagonale et son gouvernement la preuve de notre incapacité au delà des postures et des gesticulations à exprimer clairement ce que nous souhaitons pour nous mêmes.

Serge Harpin


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Le Secrétaire général Claude Lise, sénateur et Président du Conseil Général a adressé un courrier au Président de la CACEM le vendredi 9 octobre 2009, après que les Maires du centre aient exprimé leur désaccord avec la demande d’habilitation pour un Périmètre Unique de Transport (PTU) en faveur des usagers Martiniquais, examinée au Sénat lors du Grenelle II de l’Environnement le 28 septembre 2009.

1)- la lettre de réponse au Président de la CACEM

2)- l’amendement n°683. Je vous invite à découvrir les vraies raisons du silence du Gouvernement à ce même amendement déposé en 2007 puis en 2008, à la demande des Conseillers généraux de la Martinique et approuvé par le Congrès des élus Martiniquais du 18 juin 2009.

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Monsieur le Président,

J’ai été particulièrement étonné des termes du courrier que vous m’avez adressé en date du 5 octobre 2009 et, plus encore, du contenu du communiqué publié le 7 octobre par les quatre maires de la CACEM.

Cette démarche, inadmissible sur la forme et parfaitement injustifiée sur le fond, appelle de ma part une indispensable mise au point.

Je dois d’abord rappeler que l’amendement que j’ai fait adopter au Sénat, cosigné par le Sénateur Serge Larcher et par les membres du groupe socialiste, n’a fait que relayer une demande d’habilitation votée non seulement à deux reprises (le 8 novembre 2007 et le 19 juin 2008), mais à l’unanimité – c’est-à-dire tous groupes politiques confondus – par les élus de l’Assemblée départementale ; une demande similaire ayant été formulée, toujours à l’unanimité, par le Conseil régional en novembre 2007.

Je dois ensuite souligner que l’objectif poursuivi à travers ces demandes d’habilitation – à savoir, la faculté pour les élus martiniquais de réglementer en vue d’instaurer un périmètre unique de transport, terrestre et maritime, qu’aurait à gérer une autorité organisatrice unique – a également fait l’objet d’une résolution du Congrès des élus départementaux et régionaux, en sa séance du 18 juin 2009.

Cette question a donc été soulevée, discutée, débattue par les assemblées martiniquaises et fait l’objet de quatre votes dans des conditions de transparence et sur une durée suffisamment importante pour offrir, à tout élu et à toute institution, la possibilité d’exprimer un désaccord ou de faire valoir un point de vue qui n’aurait pas été pris en compte.

J’ajoute que les conseillers généraux, tant par leur délibération du 8 novembre 2007 que par celle du 19 juin 2008, ont donné mandat au président du Conseil général pour « prendre toutes les dispositions nécessaires à la mise en œuvre de la présente décision ». Il n’est donc pas acceptable de présenter le dépôt de mon amendement comme une initiative personnelle et inconsidérée. Il aurait été plus compréhensible de voir les quatre maires de la CACEM se satisfaire de ce que cette initiative a permis qu’une suite soit enfin donnée à une demande exprimée par les élus martiniquais depuis bientôt deux ans !

Je veux, par ailleurs, souligner qu’il a toujours été admis que l’autorité organisatrice chargée de gérer le périmètre unique soit désignée dans la plus large concertation. Certes, j’ai découvert, en séance, que, du fait d’une erreur de transcription, le membre de phrase qui, dans l’amendement, concerne la concertation faisait apparaître le terme « collectivités territoriales » à la place de « les partenaires concernés ». Cependant, l’objet de l’amendement précise bien que cette concertation « se fera dans le cadre de négociations entre acteurs locaux responsables sur la base de l’intérêt commun ». Par ailleurs, la rédaction de l’amendement de repli (n°684) que j’avais prévu souligne très clairement que la mise en place de l’autorité organisatrice unique se fera « en concertation avec les partenaires concernés ». Enfin, dans mon intervention de défense de l’amendement, j’ai indiqué que l’autorité unique serait établie avec les partenaires concernés, y compris les représentants des transporteurs et des usagers. Je veux, quoi qu’il en soit, rappeler que l’amendement ne vise pas l’adoption d’un dispositif législatif, mais bien une demande d’habilitation.

Cette demande, si elle est acceptée par le Parlement, est accordée pour une durée de deux ans. Les élus locaux ont donc largement le temps de se concerter et d’effectuer toutes les études préalables à la mise en place d’un périmètre unique. C’est d’ailleurs, j’y insiste, uniquement sur ce périmètre unique que porte la demande d’habilitation. Elle ne porte absolument pas sur la conception et la mise en place de l’autorité unique ; conception et mise en place laissées à la seule initiative des élus locaux. Les élus, en effet, ne voulant pas que le Gouvernement et le Parlement leur imposent une autorité organisatrice. Il reste, bien entendu, l’étape de l’Assemblée nationale pour faire aboutir la demande des élus martiniquais.
Nos compatriotes seront certainement très attentifs aux choix qui seront alors opérés sur cette question déterminante pour la mise en œuvre, sur notre territoire, d’une politique de transport, plus rationnelle et plus efficace, qui soit véritablement à la hauteur de leurs attentes.
Voilà donc les précisions qu’il m’apparaissait indispensable de vous apporter. Je veux croire que le regrettable incident auquel on assiste ne relève que d’un malentendu ; un malentendu qui, bien sûr, a été très vite exploité par certains responsables politiques dans le cadre de leur stratégie visant à contrecarrer systématiquement les initiatives de ceux qui n’ont d’autres soucis que de servir l’intérêt général de la Martinique. Un tel malentendu aurait certainement pu être évité par un échange entre nous avant toute médiatisation. Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de ma considération distinguée.

Claude LISE

Sénateur de la Martinique

Président du Conseil Général

Amendement n° 683

Mme la présidente.

L’amendement n° 683, présenté par MM. Lise, S. Larcher, Antoinette, Patient, Gillot, Tuheiava, Raoul et Repentin, Mme Herviaux, MM. Raoult, Ries, Teston, Guillaume et les membres du groupe Socialiste et apparentés, est ainsi libellé : Après l’article 16, insérer un article additionnel ainsi rédigé : En application de l’article 73, alinéa 3, de la Constitution et des articles L.O. 34445-1 à L.O. 34445-8-12 du code général des collectivités territoriales, le conseil général de la Martinique est habilité, pour une durée de deux ans à compter de la promulgation de la présente loi, à fixer les règles instituant :

- un périmètre unique de transport qui se substitue à tous les périmètres de transports urbains existants,

- une autorité organisatrice unique de transport qui se substitue aux autorités organisatrices de transport existantes pour l’exercice des compétences qu’elles détiennent en matière detransport intérieur public de personnes. Cette autorité organisatrice unique se voit attribuer les compétences d’organisation du transport maritime intérieur.

La dite autorité sera mise en place en concertation avec l’ensemble des collectivités territoriales.

La parole est à M. Claude Lise.

M. Claude Lise.

À la Martinique, la situation du transport interurbain de personnes demeure particulièrement préoccupante, en dépit, il faut le souligner, des efforts considérables réalisés par le département et la région dans ce domaine, notamment en matière d’infrastructures. En effet, nous nous heurtons à une difficulté majeure pour organiser un service répondant aux attentes des usagers et aux impératifs d’un développement durable et solidaire : l’existence, sur un territoire de 1 100 kilomètres carrés, de seize autorités organisatrices, à savoir la région, le département, deux communautés d’agglomération regroupant vingt-quatre communes sur trente-quatre, un syndicat mixte chargé d’un TCSP, enfin onze communes ayant créé un PTU, un périmètre de transports urbains.

Il en résulte un conflit de compétences et un manque de cohérence dans les politiques menées qui sont sources de difficultés, d’inefficacité, d’inégalités en termes d’aménagement du territoire et de répartition des ressources, mais aussi de nuisances environnementales.

En réalité, le territoire de la Martinique est à l’échelle de celui d’une grande agglomération de l’Hexagone, comme Saint-Étienne, ou d’une communauté urbaine, telles que celles de Lyon ou de Toulouse. Il devrait constituer, en conséquence, un périmètre unique de transport.

Au travers de cet amendement, il s’agit donc, sur la base des dispositions de l’article 73, alinéa 3, de la Constitution, d’habiliter le conseil général de la Martinique à instaurer un tel périmètre unique de transport. Celui-ci serait géré par une autorité unique établie dans le cadre d’une concertation locale qui associerait toutes les collectivités disposant actuellement d’une compétence en ce domaine, ainsi que les représentants des transporteurs et des usagers.

Une telle demande d’habilitation a déjà fait l’objet de deux délibérations adoptées à l’unanimité par les conseillers généraux réunis en assemblée plénière en novembre 2007 et en juin 2008. Le conseil général a suivi strictement la procédure prévue par la loi organique du 21 février 2007. Il a sollicité l’avis des conseils consultatifs avant transmission au Premier ministre et au représentant de l’État, lequel, il faut le souligner, n’a pas déféré la délibération devant le Conseil d’État. La demande n’a jusqu’ici pas abouti.

Afin de souligner l’importance de l’enjeu pour la Martinique, et en accord avec le conseil général, le conseil régional a élaboré une demande d’habilitation similaire, qui est également restée lettre morte.

À diverses reprises, les deux exécutifs ont attiré l’attention du Gouvernement sur cette situation, mais ils n’ont jamais pu obtenir d’explication claire et précise. Le précédent secrétaire d’État à l’outre-mer, M. Yves Jégo, s’est contenté de lancer, au cours d’une audition sénatoriale publique, que ces demandes n’étaient pas légales !

Quant à vous, monsieur le secrétaire d’État, vous avez adopté sur le sujet une position que j’ai trouvée assez déconcertante. En effet, dans un courrier du 23 janvier de cette année, vous indiquez que, grâce à un amendement voté dans le cadre du projet de loi Grenelle I, l’État peut désormais – ce dernier terme a toute son importance – « prendre des dispositions spécifiques en faveur des transports collectifs d’outre-mer ». Vous semblez ignorer l’existence de l’article 73 de la Constitution, sur lequel se fonde pourtant l’amendement précité, sans d’ailleurs que les dispositions de ce dernier ajoutent quoi que ce soit à ce qui est déjà prévu par la Constitution : il s’agit en réalité d’un amendement de complaisance !

L’article 73 de la Constitution, faut-il le rappeler, autorise des adaptations aux situations particulières des DOM et, depuis la réforme de 2003, permet aux départements et aux régions d’outre-mer d’obtenir du Parlement des habilitations à procéder à de telles adaptations.

L’occasion nous est donc offerte, aujourd’hui, à propos d’une  question importante, sur laquelle les élus martiniquais, je le précise, sont unanimes,…

M. Dominique Bussereau, secrétaire d’État.

Non ! Si tel était le cas, le problème serait déjà réglé !

M. Claude Lise.

… de mesurer l’intérêt réel des dispositions figurant au troisième alinéa de l’article 73 de la Constitution.

M. Serge Larcher.

Très bien !

Mme la présidente.

Quel est l’avis de la commission ?

M. Louis Nègre, rapporteur.

Mon cher collègue, cet amendement ne m’a pas laissé indifférent. Sur le plan du droit constitutionnel, tout d’abord, le secrétariat d’État a exercé pour ainsi dire, si je comprends bien, un droit de veto, en refusant de faire paraître au Journal officiel la délibération du conseil général de Martinique de 2007.

À cette occasion, je ne peux que citer le rapport de la mission commune d’information du Sénat sur la situation des départements d’outre-mer, présidée par notre collègue Éric Doligé :

« La mission tient à rappeler avec force que la loi organique du 21  février 2007 ne prévoit que l’exercice d’un contrôle de légalité des délibérations prises par les conseils généraux et régionaux d’outre-mer en application de l’article 73 de la Constitution. Elle n’autorise aucunement le Gouvernement à exercer un contrôle d’opportunité sur ces délibérations. »

Sur le fond, on ne peut être que favorable à la création d’un périmètre unique de transport et d’une autorité organisatrice de transport unique, car il n’est pas acceptable, il est vrai, de conserver seize autorités organisatrices de transport sur un territoire grand comme le cinquième d’un département métropolitain !

Toutefois,…

M. Paul Raoult.

Voilà ! Il y a toujours une restriction !

M. Louis Nègre, rapporteur.

… la rédaction du présent amendement ne détermine pas qui, de la région ou du département, sera l’autorité organisatrice de transport, alors que la procédure d’expérimentation prévue expressément par l’article 73 de la Constitution nécessite une telle précision.

Par conséquent, j’émets un avis défavorable sur l’amendement, tout en souhaitant, monsieur le secrétaire d’État, que l’on trouve rapidement une solution à cette situation peu satisfaisante.

M. Claude Lise.

Cela fait deux ans que l’on en parle !

M. Paul Raoult.

C’est toujours pour demain !

Mme la présidente.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

M. Dominique Bussereau, secrétaire d’État.

Le Gouvernement partage l’avis de la commission. À la Martinique, toutes les collectivités concernées – je pense, en particulier, à l’agglomération de Fort-de-France –n’ont pas exprimé le même sentiment sur ce dossier. Or, dans un département, on ne peut monter un projet en jouant le conseil général contre une agglomération. Ces deux collectivités n’étant ni l’une ni l’autre dirigées par des élus appartenant à la majorité présidentielle, je suis d’autant plus à l’aise pour annoncer que le Gouvernement s’en remet à la sagesse de la Haute Assemblée.

Mme la présidente.

La parole est à M. Serge Larcher, pour explication de vote.

M. Serge Larcher.

Tout d’abord, permettez-moi de vous rappeler, monsieur le rapporteur, que c’est bien le sénateur Serge Larcher qui a présidé la mission commune d’information du Sénat sur la situation des départements d’outre-mer. (Sourires.) Je vous invite d’ailleurs à lire le rapport dans son intégralité et non pas uniquement la partie consacrée aux transports…

Je soutiens l’amendement n° 683 de M. Lise. En effet, l’organisation des transports collectifs urbains et interurbains constitue un véritable enjeu de développement durable pour la Martinique.

Compte tenu de l’exiguïté du territoire et de la croissance de son parc automobile, le réseau routier est aujourd’hui saturé. Les initiatives des collectivités locales en matière de transports collectifs ont conduit à des améliorations notables, mais il est certain que l’enchevêtrement de compétences entre les différentes autorités organisatrices de transport nuit à l’efficacité de l’action publique.

Dans les départements d’outre-mer, les compétences en matière de transports sont, en effet, réparties entre les conseils généraux, les conseils régionaux, les communes et leurs groupements.

Afin de rationaliser la répartition des compétences et d’optimiser l’action publique, il paraît donc utile qu’en la matière une autorité unique soit mise en place sur un périmètre unique.

C’est l’une des évidences qui ressortent des analyses de la mission commune, que j’ai donc moi-même eu l’honneur de présider. Il s’agit même de l’une des propositions de cette mission, dont les conclusions ont été adoptées de manière très consensuelle.

En outre, cet amendement ne fait que reprendre les demandes du conseil général transmises à deux reprises au Gouvernement. Cependant, malgré certaines promesses, aucune suite ne leur a été donnée.

La faculté réclamée par les collectivités de Martinique d’adapter le droit à leur situation spécifique, comme le leur permet l’article 73 de la Constitution, vient d’être accordée au département de la Guadeloupe dans le cadre de la loi du 27 mai 2009 pour le développement économique des outre-mer.

Dès lors, il est difficile de comprendre aujourd’hui les raisons d’un tel blocage sur cette question des transports, d’autant que la solution proposée fait l’objet d’un très large consensus.

Pour s’opposer à cet amendement on tire argument du fait que l’agglomération de Fort-de-France n’a pas répondu. Je tiens cependant à souligner que la disposition proposée répond au vœu unanime de l’ensemble de la population martiniquaise, qui souhaite bénéficier d’un périmètre unique et d’une autorité organisatrice unique en matière de transports.

La Martinique est une petite île et, pour résoudre la situation de blocage actuelle, cette mesure de sauvegarde s’impose, dans l’intérêt même des habitants. S’ils ne sont pas entendus, les Martiniquais risquent d’être conduits aux extrémités du début de l’année.

Monsieur le secrétaire d’État, je vous demande de reprendre le dossier afin de le faire aboutir au plus vite, car la Martinique est aujourd’hui asphyxiée ! (Très bien ! et applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)

Mme la présidente.

La parole est à M. le secrétaire d’État.

M. Dominique Bussereau, secrétaire d’État.

Madame la présidente, vous connaissez bien l’outre-mer ; nous nous y sommes rendus ensemble à plusieurs reprises, quand vous étiez présidente de la commission des lois de l’Assemblée nationale. Je vous prends donc à témoin : nous sommes tous favorables au développement de l’outre-mer, notamment à la mise en place d’une véritable politique des transports outre-mer accompagnée des moyens nécessaires, avec des transports collectifs dignes de ce nom.

D’ailleurs, la semaine prochaine, à la Réunion, j’apporterai mon soutien à un projet de tram-train porté unanimement par les collectivités de l’île.

Cependant, en l’absence d’accord sur ce sujet entre l’agglomération de Fort-de-France et le département, il n’appartient pas au Gouvernement de trancher la question. Tel n’est pas l’esprit de l’article 73 de la Constitution.

Autrement dit, messieurs les sénateurs, débrouillez-vous entre vous, après quoi le Gouvernement apportera son soutien à l’option collective retenue !

M. Serge Larcher.

Madame la présidente, je demande la parole.

Mme la présidente.

La parole est à M. Serge Larcher, pour répondre au Gouvernement.

M. Serge Larcher.

Monsieur le secrétaire d’État, avez-vous reçu un refus explicite, par écrit, de Fort-de-France ?

M. Dominique Bussereau, secrétaire d’État.

Nous n’avons pas reçu de réponse !

M. Serge Larcher.

Par conséquent, on ne sait pas !

M. Dominique Bussereau, secrétaire d’État.

On aimerait bien savoir…

Mme la Présidente.

La parole est à M. Didier Guillaume, pour explication de vote.

M. Didier Guillaume.

M. le ministre d’État a indiqué, lors de la discussion générale, que l’enjeu du Grenelle II était planétaire et réclamait des actes et non plus seulement des déclarations d’intentions.

M. Dominique Bussereau, secrétaire d’État

Nous sommes d’accord !

M. Didier Guillaume.

Il s’agit donc aujourd’hui pour le Sénat d’acter dans le présent projet de loi des décisions Novatrices afin de montrer à nos concitoyens, aux associations, à tous ceux qui s’intéressent de près à cet enjeu, que la Haute Assemblée a la volonté d’aller plus loin.

Or combien de fois n’avons-nous pas entendu dire que nos propositions étaient bonnes, mais que l’on n’était pas prêt, qu’il était urgent d’attendre demain ou après-demain ? Monsieur le secrétaire d’État, ce n’est pas demain, c’est maintenant qu’il faut des actes ! Quand on veut noyer le poisson et enterrer un dossier, on crée une commission, disait Georges Clemenceau…

Trois représentants de l’outre-mer sont aujourd’hui présents dans cet hémicycle. Deux d’entre eux, sénateurs de Martinique, ayant des responsabilités éminentes, l’un à l’échelon territorial, l’autre en tant que président de la mission commune d’information, se sont exprimés très clairement. Il est de notre devoir, à nous, sénateurs de métropole, de suivre leur avis éclairé et de l’inscrire dans le Grenelle ; nous verrons ensuite comment le tout évolue.

Il s’est tout de même passé quelque chose en outre-mer, il y a quelques mois… Il faudra bien que les états généraux débouchent sur des résultats !

Il se trouve que les élus de ce département avancent une proposition commune et globale. C’est exceptionnel ! A-t-on jamais vu dans un département métropolitain soumettre une initiative à référendum, demander l’accord de tous les villages et de tous les hameaux, de toutes les communes, de toutes les communautés de communes et de toutes les communautés d’agglomération ? Une volonté unanime s’exprime en Martinique pour aller de l’avant, profitons-en !

Je demande instamment à la Haute Assemblée de voter l’amendement de nos collègues pour faciliter la circulation sur l’île. Ce serait un acte fort en direction de l’outre-mer posé à l’occasion de l’examen du titre II de ce projet de loi.

Sa sagesse proverbiale commande à la Haute Assemblée de suivre la proposition de nos collègues. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)

Mme la présidente.

La parole est à M. le secrétaire d’État.

M. Dominique Bussereau, secrétaire d’État.

Je rappelle que le Gouvernement s’en est remis à la sagesse du Sénat.

J’observerai avec beaucoup d’attention le vote sur cette question de M. Serge Letchimy et du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, mais ce sera une autre étape !

M. Paul Raoult.

Le Sénat, c’est le Sénat ! Il est toujours en avance sur l’Assemblée nationale ! (Sourires.)

Mme la présidente.

La parole est à M. Claude Lise, pour explication de vote.

M. Claude Lise.

Je suis assez étonné de voir le Gouvernement essayer d’arbitrer des conflits locaux entre élus de gauche.

M. Dominique Bussereau, secrétaire d’État.

Le Gouvernement n’arbitre pas ! Il s’en remet à la sagesse du Sénat ! Débrouillez-vous !

M. Claude Lise.

Tout d’abord, je ferai observer que, si le maire de Fort-de-France était précédemment président de la communauté d’agglomération, monsieur le secrétaire d’État, depuis mars 2008, la situation a changé et c’est désormais un ami politique très proche de ma formation politique qui est à l’heure actuelle à la tête de l’agglomération.

Ensuite, simple précision juridique, la loi organique du 21 février 2007 ne prévoit nullement la consultation des communautés d’agglomération. Nous avons suivi strictement la procédure prévue par la loi organique et nous avons envoyé les délibérations. À cet égard, nous pourrions attaquer le Gouvernement, qui a délibérément omis de les publier au Journal officiel, alors même qu’il était tenu de le faire.

Par conséquent, je suis contraint de dénoncer le point de vue très politicien que je constate dans cette affaire à l’occasion de quelques problèmes actuels que rencontrent malheureusement au pays deux composantes de la gauche.

Enfin, je vous indique que nous avons obtenu par deux fois l’unanimité au conseil général sur la question soulevée aujourd’hui, ce qui veut dire que les élus proches de M. Letchimy ont voté pour par deux fois.

M. Dominique Bussereau, secrétaire d’État.

Faites ce que vous voulez !

Mme la présidente.

La parole est à M. le président de la commission de l’économie.

M. Jean-Paul Emorine, président de la commission de l’économie, du développement durable et de l’aménagement du territoire.

Comme cela a été rappelé par notre collègue Didier Guillaume, M. le ministre d’État a souligné, avec votre soutien, monsieur le secrétaire d’État, la nécessité d’une prise en compte de l’environnement sur l’ensemble de notre planète.

J’ai bien entendu les arguments de M. le rapporteur, qui révèlent l’existence d’un problème local. Pour ma part, j’ai le sentiment que nous n’avons pas à nous opposer à cette proposition.

Monsieur le secrétaire d’État, vous vous en êtes remis à la sagesse de la Haute Assemblée. L’expérience que j’ai me pousse plutôt à émettre un avis favorable sur cet amendement.

M. Serge Larcher

Très bien !

Mme Odette Terrade.

Très bien !

Mme la présidente.

Je mets aux voix l’amendement n° 683.

(L’amendement est adopté à l’unanimité des présents.)

Mme la présidente. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans le projet de loi, après l’article 16.

L’appel à la solidarité a été entendu !

M. Didier Guillaume.

Vous faites l’unanimité, chers collègues !

Merci, monsieur le président de la commission !

« Qu’est ce qu’être créole »

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COMPTERENDU DE LA CONFERENCE DONNEE SUR LA QUESTION QU’ESTCE QU’ETRE CREOLE

VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2009 A L ASSEMBLEE NATIONALE

Intervenants : Marlène Parize; Lydie CondapanaïkenDuriez; GéraldAlexandre Roffat; Frédéric Régent; Nicolas Oudin….


  • 15h00 – Intervention de Nicolas Oudin (Association Pour Maurice) s’exprime sur la question Que signifie être créole à l’île Maurice ?

Chaque mauricien est‐il créole ? Selon certains, oui. Pour d’autres, être créole, c’est appartenir à une ethnie (Hindous, Musulmans, Chinois et « population générale » ‐ environ 30%.‐selon la Constitution mauricienne‐ ). Il y a beaucoup de métissage malgache notamment. Grande diversité des couleurs de peau. Hiérarchie entre les créoles basée sur la clarté de la peau (peau claire : « bons créoles » ; peau mate : « ti créoles ») qui n’ont pas les mêmes accès pour les biens et services économiques, faible taux de scolarisation, ghettos. Les Créoles sont assimilés à des notions de : fainéantise, fête, amusement… Connotation négative. Reniement de la langue créole… Les ti créoles sont stigmatisés de part aussi leur couleur de peau. Marie‐Pierre Cerveau a dit: « Malaise créole : mal vécu par ceux n’ayant pas réussi à s’intégrer à la vie moderne ». Il y a trois explications : l’héritage colonial, repris par l’Etat, repris par les politiciens. La France puis l’Angleterre utilisèrent cette différence pour mieux exploiter l’île. Les Anglais n’occupèrent pas Maurice, ils reprirent le traité français qui stipulait que les habitants conservaient leurs propriétés.

Après l’abolition de l’esclavage, importation de coulies (indiens). Les anciens esclaves se retrouvent pêcheurs, dockers, les coulies vont dans les plantations. Puis arrivent les sino‐mauriciens pour le commerce. L’Ile Maurice devient une terre multiculturelle mais les nouveaux arrivants conservent bien leurs différences culturelles (y compris les différentes ethnies indiennes et tamoules). Sacralisation par les institutions étatiques : la classe politique a joué sur ce facteur communal [? communautaire]. Cette classification maintient la paix sociale durable. « Je suis indien, tu dois voter pour moi » etc. La loi électorale comprend une clause pour les législatives qui prévoit que les « meilleurs perdants » sont rattrapés pour maintenir un équilibre des représentations des communautés. Mais depuis quelques années, il y a beaucoup d’interrogations sur « Qu’est‐ce qu’être créole ? Serons‐nous toujours liés à l’esclavage ?’

  • Questions à Nicolas Oudin :

Système électoral de Maurice ‐ Best looser system (meilleur perdant) ‐ Rattrapage basé sur la communauté d’appartenance des candidats ‐ En 1982, une liste a remporté les 62 sièges, la Cour suprême a statué que ce système devait quand même jouer.

X ‐ Musulmans, Hindous sont des religions, pas des communautés ?!

– La qualification est basée sur la couleur de peau, sur l’origine des ancêtres. Il y a souvent confusion entre ethnie et communauté.

X – Il y a‐t‐il des blancs à Maurice ?

– Oui des « Blancs mauriciens », dans la population générale mais ne se mêlent pas !

  • 15h10 –Intervention de Frédéric Régent historien guadeloupéen, professeur à la Sorbonne

Le terme « Créole » apparaît à la fin du XVIIe siècle dans les colonies françaises, bien que déjà utilisé dans les colonies espagnoles pour désigner les Espagnols nés dans les Antilles. Le terme désigne progressivement également les esclaves. 1671 pour les petites Antilles (Saint‐Christophe, Martinique, Guadeloupe) : « mâles et femelles créoles sont exemptés de la capitation » (impôt par tête), contrairement aux blancs nés en Europe qui doivent la payer. Dans la littérature du XVIIe siècle, le mot est absent. On le retrouve en 1724, dans le « Voyage aux îles » du père Labat, qui donne une définition (« né aux îles », mais uniquement pour qualifier les blancs).

D’autres documents du XVIIIe siècle utilisent le terme pour différencier les noirs nés sur place des noirs nés en Afrique. En 1777, le Marquis de Ségur essaie de montrer une distinction entre [blanc] créole et [blanc] non créole (« plus petit manant »… à l’encontre des blancs de basse extraction)… Le « comportement » créole modifierait les traits physiques : le [noir] créole est élancé, les lèvres moins grosses, sont regard s’est attendri,  »cheveux encore laineux mais d’une laine plus souple »… Les blancs créoles seraient plus paresseux, plus vicieux… (que les blancs non créoles). On voit se rapprocher les blancs des noirs.

  • 15h45 – Intervention de Marlène Parize – professeur de philosophie et auteur (Martinique/Guadeloupe)(cf document joint)

Réponses aux questions à Marlène Parize : aux Antilles, il y a une idéologie nationaliste qui pense que la théorie de l’Etat‐nation est la théorie politique par excellence et donc que, dès qu’il y a une communauté politique, pour grandir, elle doit devenir demos. Platon : celui qui refuse une charge publique reçoit la pire des sanctions : être gouvernés par des sophistes, des meneurs de foule ou des ignorants. Les nationalistes me qualifient d’aliénée. Il me semble que leur projet est une réaction à l’histoire et non pas une action. Idée de république transcontinentale.Il faut dépasser la dialectique nomades/sédentaires. Parce que j’existe. Les créoles existent, les nomades existent, le monde continue à être un monde de nomade. Les migrations vont se multiplier et c’est pour moi la question du XXIe siècle. Comment allons‐nous vivre ensemble en migrant ? Est‐ce que la traditionnelle réponse des plus pauvres va devenir le privilège des plus riches ? Kant, XVIIIe siècle, projet de paix perpétuelle, condamne le comportement des nations européennes en Afrique, évoque l’hospitalité universelle. L’écho avec la culture grecque est très intéressant. Nous posons problème à ceux qui ont le besoin d’exclure l’autre. Celui qui voudrait fermer la définition serait dangereux. Etre créole cela à voir avec l’histoire de l’esclavage, c’est intéressant, mais quid de ceux qui sont arrivés après. Si on peut définir de façon complète quelque chose, c’est qu’elle a perdu la puissance vitale. Il faut laisser la question ouverte.

X ‐ Recul républicain ? Les nomades ont toujours été broyés par la civilisation ! Ne va‐t‐on pas se faire broyer dans une démocratie où l’on va se faire comptabiliser ? La frontière protège. Comment défendre « l’homme trans » ?

- « l’homme trans » n’a pas besoin de se comptabiliser. Ce n’est pas le nombre qui fait la valeur. Parfois un seul homme découvre une vérité que la masse ignore. « l’homme trans » est protégé par la république.

X : Il faut rendre hommage au travail des indépendantistes qui, même si parfois leur réflexion a des limites, ont fait énormément pour remettre l’homme au sein du peuple et sans qui nous n’en serions sans doute pas là de nos réflexions.

X‐ Le politique doit être la rencontre entre le pragmatisme et la philosophie. Aimé Césaire demandait l’ »Autonomie pour la nation martiniquaise ». Je ne me sens pas universel. Je me sens particulier. Pourquoi refuser les concepts de nation et de communauté ?

‐ Ne pas confondre la république et la nation française. La république ne définit pas le citoyen par une culture mais par sa participation à une communauté politique. Le mot nation vient de la déesse romaine de la provenance, Natio. La nation, c’est une communauté. La France est‐elle une nation ou une république ? Les deux sont en conflit. Césaire n’en dit pas beaucoup là‐dessus. La nation aujourd’hui pour moi signifie nationalisme

NDLR : résultat pour la recherche « nation » sur Larousse.com :

nom féminin (latin natio, -onis)

  • Ensemble des êtres humains vivant dans un même territoire, ayant une communauté d’origine, d’histoire, de culture, de traditions, parfois de langue, et constituant une communauté politique.
  • Entité abstraite, collective et indivisible, distincte des individus qui la composent et titulaire de la souveraineté.
  • 17h15 – Intervention de GéraldAlexandre Roffat – Martinique Responsable RH Groupama France,

Les créoles sont une mosaïque de gens, de mémoires blessées… Pour moi, être créole, c’est être marqué par la colonisation et l’esclavage.

  • 17h45 – Intervention de Lydie CondapanaïkenDuriez La Réunion – Docteur en littérature comparée (cf document joint)

‐ 1°) Génèse de l’être créole

Des îles ! Des peuples issus de colonisation donc d’une histoire conflictuelle. Elan de vitalité de cet être meurtri, souffrant, qui va s’adapter à son nouvel environnement.

- 2°) Identité créole et « réunionnité »

Comment est‐on créole ? Est‐ce qu’on le devient ? Quels sont les signes distinctifs de cet être créole ? Un créole et un réunionnais, est‐ce la même chose ? Créole des bas et créole des hauts… Le créole est l’individu né à la Réunion mais également l’individu venu à la Réunion et qui a adopté la langue et la culture. Créopolitain : perte de l’accent… L’individu créole est moderne… Cuisine au feu de bois, animaux élevés dans la cour… se perdent. Les critères sont un art de vivre, des repères, d’où on vient… La cuisine. Révèle les composantes. L’humour créole. L’amour des traditions et des anciens. Quand on est en dehors de la Réunion, on est réunionnais. L’identité créole se construit dans la souffrance de l’exil.

- 3°) Réunionnité, créolité et avenir du monde.

Langue créole haïtienne reconnue avant le français par les Nations unies. Poursuivre cette quête. Le monde de demain sera créole par essence, métissé, devant concilier de multiples cultures, parfois contradictoires. Etre créole, c’est être citoyen d’avant‐garde, du respect de l’autre, condition de la sauvegarde de l’humanité. Question des mariages mixtes. Le monde d’aujourd’hui est créole sans le savoir, le monde demain sera créole ou ne le sera pas.

Interventions du public

Y ‐ L’identité est forcément plurielle. Qu’est‐ce qu’être créole ? Non : Qu’est‐ce qu’être créoles !? Ce qui fait que je suis créole, c’est ma culture, le parler, le manger, les blagues, et ce qui nous permet de dire que nous sommes créoles, c’est notre histoire… Mais la question est‐elle : Qu’est‐ce qu’être un bon créole ? Philosophe ivoirienne : « le tigre n’a pas besoin de définir sa tigritude »

Creuset commun… Permet de se découvrir avec respect… Nous avons notre petite madeleine de Proust à nous qui sont les accras. Prix Nobel de la cuisine créole.

F Régent ‐ Je pense que le creuset commun, ce n’est pas l’esclavage, c’est l’habitation, avec l’engagement d’indiens par la suite. L’exemple néocalédonien en forme d’alerte ou de feu orange car en Nouvelle ‐Calédonie il me semble que la machine à fabriquer de la créolité fonctionne pour ainsi dire à peine, un indice pouvant en être le gel du corps électoral et le nombre faible de métis. Système grec dangereux… Une minorité détenait seule le droit de citoyenneté… Environ 2% des Grecs détenaient 80% des richesses ! C’est rassurant d’avoir une définition, c’est perturbant de ne pas en avoir… Mais c’est une question dangereuse. Le régime hitlérien a répondu à cette question par les lois de Nuremberg (un grand parent au moins sur quatre), est‐ce un modèle ? Définition d’ailleurs paradoxale : le véritable aryen était blond comme Hitler qui était brun, svelte comme Goering qui était obèse, et élancé comme Goebbels qui était boiteux et d’une taille limitée ! Ce régime a été dans l’histoire le plus abouti dans la recherche d’une définition identitaire, a t il été l’un des plus heureux ? A tous les sens du terme ? Besoin humain qui nous ramène à la fameuse pyramide de Maslow, à ce besoin d’appartenance qui se manifeste quand les physiologiques le sont…Un créole, c’est un héritier du système esclavagiste, de sa langue, de sa mémoire, de sa culture alimentaire et agricole… Etre créole, c’est se sentir héritier du combat des Haïtiens qui ont réussi à conquérir leur indépendance au delà des liens du sang peutêtre, et je pense là à la transmission filiale romaine qui ne faisait pas de distinction entre le fils adopté et le fils né du sang.

Interventions du public

X : Le français aussi est un créole mais sa différence est qu’il l’a oublié ! C’est un créole du latin… La civilisation gallo‐romaine qui nous fonde en bonne partie est née de l’humiliation des gaulois par les romains… Mais le français s’est refondé par des mythes, notamment celui que le peuple aurait pris le pouvoir en 1789 alors que le XIXe siècle et le début du XXe sont ceux d’une misère populaire noire bien plus criante que sous l’ancien régime, sous la poigne de fer de la bourgeoisie capitaliste, des maîtres de forge, Zola, martyr assassiné

  • Conclusion d’Hector Elisabeth – sociologue martiniquais

Concept de créolisation ‐ L’avenir du monde ‐ Diaspora ‐ Retour de traversée ‐ Créolisation porte ouverte en nous et sur le monde.

NDLR : Le mot « créolité » est utilisé dans ce CR au sens « identité créole », à distinguer du mouvement littéraire : http://fr.wikipedia.org/wiki/Créolité


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LE 74 POUR QUOI FAIRE ?

point_interrogationLes Antilles se sont placées une fois de plus à la croisée des chemins. Avec hargne et brutalité nous avons dépéché aux « maîtres  » congé pour leur départ . » Péy a cé ta nou. Péy a pa ta yo » . Il faut maintenant assumer cette injonction car beaucoup de ceux qui construisent l’emploi dans ces pays en ont pris acte et en seront pour longtemps marqués.

L’enseignement à tirer avant tout de ces évènements en Guadeloupe et en Martinique est que l’ordre public est fragile et insupportablement vulnérable . La peur a changé de camp. Ce sont les gendarmes aujourd’hui qui tremblent en craignant les bavures. Après nos échaufourées nous avons vu à Strasbourg  un hôtel en centre ville incendié par des mutins . Là, les forces de l’ordre n’ont rien pû empêcher . Ici les grévistes nous ont empêché d’accéder à nos lieux de travail.

Prenons donc acte de ce fait : la démocratie est maintenant directe et subjective, et donc dévoyée. Prime est de plus en plus donnée à la radicalité et à la violence . En ce moment du siècle, rien n’indique que cette radicalisation va s’assouplir ou s’inverser.Chez nous les grands évènements du passé (22 mai- Décembre 59 – Chalvet- Mai 67) sont présentés dans une légende guerrière qui entretient et aggrave les clivages sociaux. Dans un tel climat , le slogan l’emporte sur le travail de fond, notamment celui de la préparation du terrain social qui conditionne toute refondation. Car il faut bien le savoir , le développement ne s’obtient jamais dans un climat de zizanie ou de violence extrême.Et nous connaissons bien l’expression Neg Kont Neg. Et voici, pour la confirmer, le constat clinique d’un hôte étranger, le célèbre anthropologue Jean Benoist, qui a séjourné en Martinique où il a noté  «l’affirmation extrême de l’individu face au groupe, de l’indépendance face à la coopération .» Ainsi, peu enclins à la concertation et à l’entente, nous avons tous les ingrédients pour la discorde et le déchainement des égos, et donc pour l’HAITIANISATION du pays.

Alors posons nous ces questions. Pensez vous que nos petits pays pourront s’en sortir avec un affrontement Droite – Gauche aussi rude ? NON. Mais cela est une manie française mâtinée d’africain qui nous va comme un gant. Elle est mortifère. Deuxièmement est- il raisonable que la Droite ici mise sur l’effritement de la revendication identitaire portée par la Gauche ? NON. Car nous sommes citoyens d’un pays, la France, distante de plusieurs milliers de kilomètres qui est elle même affublée d’un centralisme administratif abusif qui nuit à son épanouissement et à son développement. Et puis, notre culture a en plus du socle européen, un apport africain. Il y a un certain nombre de gens de Droite capables de comprendre cela . Il y a aussi, à Gauche, un certain nombre de gens qui savent que changer de statut cela va forcément fragiliser l’Etat de droit et l’économie, va rendre aléatoires les transferts sociaux qui vont de toutes façons diminuer. Entre Droite ouverte et Gauche compréhensive il y a une plate- forme d’union possible qui serait la meilleure promesse de cohésion sociale, un signe tangible de respect mutuel en trouvant leurs marques dans le costume neuf de l’article 74 pour un plus grand paisible dénominateur commun. Si ceux là se retrouvent en nombre, leur travail, avec une telle alliance, sur de telles bases , dans une bonne dynamique, pourrait même étonner et donner le bon exemple à la France .

Voyez –vous : I have a dream. C’est de l’anglais. Comme aussi cette règle secrète:  » Quand on est différent il faut d’abord être séparé pour mieux s’apprécier, s’adopter, et ensuite se marier . »

Emile DESORMEAUX

Aout 2009