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Analyse du discours de Nicolas SARKOSY à l’Atrium le 18 février 2010

Les référendums se suivent et se ressemblent dans les DOM, ou presque, enfin désormais je devrais dire les ex-DOM concernant la Martinique et la Guyane depuis le 24 janvier, le tour de la Guadeloupe viendra plus tard soyez-en sur, d’une manière ou d’une autre. La Réunion semble institutionnellement épargnée pour l’instant, mais on ne peut jurer de rien.

Le piège Raffarin assemblée unique-nouvelle collectivité n’ayant pas fonctionné le 7 décembre 2003, on nous l’a resservi en en janvier 2010 version Sarkozy, mais nettement plus élaboré cette fois-ci :

La première astuce a été de jouer sur deux couples de  mots « unique, nouvelle » et  « assemblée, collectivité »   pour créer la confusion « nouvelle assemblée unique » =  « nouvelle collectivité unique »

La deuxième astuce a été de décomposer le piège en deux temps le 10 puis le 24 janvier. Le 10 janvier ils ont fait semblant de vous demander de choisir entre le 73 et le 74 en sachant très bien que vous alliez voter massivement non au 74, le vrai objectif étant d’endormir votre méfiance pour le vote du 24 janvier, afin qu’a la faveur d’une forte abstention parfaitement prévisible,  le oui à ce qu’ils ont présenté comme l’assemblée unique, mais qui est en en fait une « nouvelle collectivité unique » l’emporte même de peu,  cela suffit,  l’idée étant de faire silence sur le fort taux d’abstention, pourtant très significatif.

On reconnait là, la patte de l’enfant gâté de la Vème, élève de Mitterrand et de Chirac, héritier d’une droite décomplexée, mais complexé par sa petite taille, animé par l’esprit de revanche et cherchant à tout prix à prouver, qu’il peut réussir là où d’autres  grands avant lui ont trébuchés.

Cet esprit de revanche on le retrouve, dans l’analyse de son discours à l’atrium le 18 février, où il n’a pas pu s’empêcher de rappeler sa déconvenue lors de son voyage en 2005 je le cite : « si je remonte en 2005, je ne le fais pas pour polémiquer avec qui que ce soit, ca n’aurait aucun sens d’ailleurs  mais je me souviens des polémiques au moment de ma venue en 2005, elles m’avaient d’ailleurs blessé » s’en suit une récupération éhontée de l’image d’Aimé Césaire ce « grand homme, un sage » avec lequel il se serait réconcilié, lors d’un entretien en 2006.

Puis entre le passage de pommade dans le dos aux élus, et la condamnation sans appel des troubles de 2009, cette phrase lourde de sens, qu’il laisse échapper, à telle enseigne qu’on se demande si ce discours très troublant, n’est pas l’addition de deux textes ou de deux pensées exprimant des sentiments très différents voire contraires  « c’est pas parce que j’ai été reçu gentiment et avec beaucoup de chaleur que j’oublie » , stupéfiant !  Et au passage pour démontrer qu’il a une bonne connaissance des « outres-mers » il prend soin de préciser lors de ce rappel des participants aux manifestations de 2009, résumés dans le terme « les violents », « plus en Guadeloupe qu’en Martinique d’ailleurs » histoire d’entretenir la division entre les deux iles, et quid de leurs revendications.  Jégo est  mort vive Penchard !

Vient ensuite le passage succulent de pommade dans le dos de la population, spécialiste avertie de droit constitutionnel « et j’ai encore en mémoire le souvenir de tous les conseils et tous les commentaires, ça ne les intéressera pas, ils n’y comprendront rien . Quelle méconnaissance de la Martinique, et de l’outre-mer en général ! » Du fout… de gueule pur et simple si on rapproche ces propos  de « vous vous êtes exprimé avec la plus grande clarté, sur le premier référendum car non seulement on en a fait un, ce qui était déjà un risque, mais comme ça ne suffisait pas on en a fait deux ».  Justement pourquoi en avoir fait deux et surtout,  de quel premier référendum s’agit-il au fait ?

De celui du 7 décembre 2003, ou de celui du 10 janvier 2010, et même dans un cas ou dans l’autre, celui du 24 janvier  serait le deuxième ou le troisième, donc à l’évidence et de l’aveu même du président on peut conclure que le peuple martiniquais ne s’est pas exprimé « avec la plus grande clarté » le 24 janvier 2010.

L’aveu de toute cette grande supercherie qu’a été  cette consultation du 24 janvier, se révèle de façon éclatante, dans ce discours du 18 février. Il suffit de citer ce passage d’une incroyable maladresse.

« j’avais pris l’engagement, de demeurer neutre, et je mets au défi qui que ce soit de pouvoir témoigner que je n’ai pas respecté, cette parfaite neutralité, tout juste vous avais-je dit, dès le mois de Juin dernier que pour moi le statu quo institutionnel n’était pas souhaitable compte tenu des modes de gouvernance partout dans le monde, et aussi compte tenu des évènements que nous venions de vivre, le seul point ou vraiment je me suis un peu engagé, mais en vous demandant de ne pas garder le statu quo. »

Alors de deux choses l’une soit le président de la république a voulu nous faire prendre des vessies pour des lanternes, soit je n’y comprends plus rien à la langue française. Mais une chose reste sure : on ne peut pas dans une même phrase affirmer une chose et son contraire. Car les mots, et groupes de mots « engagement de rester neutre » « parfaite neutralité »et « pour moi le statu quo n’était pas souhaitable » « le seul point ou vraiment je me suis engagé » « en vous demandant de ne pas garder le statu quo » ne sont rationnellement, ni compatibles, ni associables pour quelqu’un sain d’esprit.

Moïse DANIEL

La Martinique et la Guyane crypto-indépendantes depuis le 24 janvier

C’est presque une histoire politique belge, sauf qu’en l’espèce l’outre-mer dépasse l’outre-Quiévrain, qui nous est révélée par Monsieur VIRASSAMY, l’un des acteurs assidus du blog Antilles Politique, avec Monsieur MATOUM, autre acteur de ce blog. Lors de la «consultation» du 24 janvier dernier qui devait simplement porter sur le fonctionnement de leurs conseils généraux et régionaux respectifs, la Martinique et la Guyane ont en fait très légalement voté… leur indépendance (ce qui est d’autant plus cocasse qu’elles avaient refusé l’autonomie le 10 janvier précédent, leur situation rappelant alors le Gabon qui s’était vu en 1960 conférer de force l’indépendance malgré sa demande de départementalisation).

Posons le principe suivant : pour être français, un territoire d’outre-mer doit être régi par un article déterminé de la Constitution de la République. Le 9 janvier encore, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et La Réunion, toutes régions monodépartementales, étaient régies par son article 73 (en tant que «départements et régions d’outre-mer», ou DROM, bénéficiant du régime d’identité législative) ; Mayotte, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, les îles Wallis et Futuna et la Polynésie française, par son article 74 (ce sont des collectivités d’outre-mer, ou COM, bénéficiant du régime de spécialité législative ou d’autonomie) ; la Nouvelle-Calédonie, par ses articles 76 et 77 (qui forment une sorte d’article 74 amélioré). Le 10 janvier, la Martinique et la Guyane devaient se prononcer sur leur passage à l’article 74 ; en cas de refus, elles devaient se prononcer, le 24, sur la fusion de leurs conseils généraux et régionaux respectifs dans le cadre de l’article 73. C’est plus ou moins ce que tout le monde avait compris. Sauf que… Si, le 10 janvier, les deux DROM ont bien refusé le passage à l’article 74 et donc à l’autonomie, le 24, par une incroyable bourde pourtant évidente mais que des bataillons de juristes ont laissé passé, ils n’ont pas simplement aménagé leur fonctionnement au sein de l’article 73 : ils en sont carrément sortis. Sortant de l’article 73, ne relevant pas de l’article 74 ou de quelque autre article que ce soit, la Martinique et la Guyane sont sorties de la Constitution de la République. Elles ont quitté la République ; elles sont devenues indépendantes.

Une bourde ou plutôt une succession de bourdes. Au fil des dernières réformes constitutionnelles touchant aux outre-mers, la clarté rédactionnelle n’a pas toujours prévalu. Il est vrai qu’une certaine tradition d’indifférence constitutionnelle à l’égard de l’outre-mer existe : ainsi, c’est l’auteur de ces lignes qui a dû faire remarquer au Conseil constitutionnel, au terme des dernières élections présidentielles, qu’il inversait systématiquement depuis plusieurs décennies les numéros attribués à la Nouvelle-Calédonie et à la Polynésie française dans la publication des résultats électoraux (le 987 se trouvait affecté à la Nouvelle-Calédonie et le 988 à la Polynésie française sans que cela ne choque personne). C’est un peu le même genre de négligence qui a permis aux parlementaires français d’approuver deux dispositions parfaitement contradictoires dans le texte constitutionnel suprême : l’alinéa 2 de l’article 72-3 de la Constitution et l’alinéa dernier de son article 73 ensemble son alinéa premier.

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Que dit l’alinéa 2 de l’article 72-3 ? «La Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion, Mayotte, Saint Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, les îles Wallis et Futuna et la Polynésie française sont régis par l’article 73 pour les départements et les régions d’outre-mer, et pour les collectivités territoriales créées en application du dernier alinéa de l’article 73, et par l’article 74 pour les autres collectivités.»

Que disent les alinéas premier et surtout dernier de l’article 73 ? L’alinéa premier débute ainsi : «Dans les départements et les régions d’outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit…» L’alinéa dernier est ainsi rédigé : «La création par la loi d’une collectivité se substituant à un département et une région d’outre-mer ou l’institution d’une assemblée délibérante unique pour ces deux collectivités ne peut intervenir sans qu’ait été recueilli, selon les formes prévues au second alinéa de l’article 72-4, le consentement des électeurs inscrits dans le ressort de ces collectivités».

L’alinéa 1er de l’article 73 range donc très clairement sous son autorité les DROM. Rien que les DROM, seulement les DROM. Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion (du moins : au 9 janvier encore). Comme on dit familièrement : «Point, barre». L’alinéa septième et dernier de l’article 73 dit pour sa part que si l’on veut modifier le régime de ces quatre DROM, on a le choix entre deux modalités : «la création d’une collectivité se substituant à un département et une région d’outre-mer» (modalité A) ou «l’institution d’une assemblée délibérante unique pour ces deux collectivités» (modalité B). Retenez ce «ou» central, vous verrez que c’est le «ou» qui tue (un beau «ou exclusif», comme le souligne Joseph VIRASSAMY). Commençons par la modalité B, puisqu’elle pose à vrai dire peu de problèmes : les deux collectivités perdurent formellement, on reste dans le cadre des DROM, on reste dans le cadre de l’article 73. C’est une solution similaire qui permet au Conseil de Paris de siéger, tantôt en conseil municipal (pour les affaires relevant de la ville de Paris), tantôt en conseil général (pour celles relevant du département de Paris, les deux collectivités ayant exactement le même périmètre géographique). C’est le simple aménagement sur lequel devait porter la consultation du 24 janvier (ou bien plutôt, nous y viendrons, la «con-sultation», avec un tiret certes osé mais bien mérité). La modalité A entraîne d’autres effets : puisqu’elle crée une collectivité qui se «substitue» à un DROM, le DROM cesse d’exister. La notion de substitution implique la disparition de ce à quoi il est substitué. Dès lors, comme on le dit dans les cours de récréation, pas de bras, pas de chocolat ! Plus de DROM, plus d’article 73 ! La destination logique, non mentionnée dans l’alinéa cependant, est alors l’article 74 ou, comme pour la Nouvelle-Calédonie, un ou plusieurs articles ad hoc. C’est à ce point de notre réflexion (pour les lecteursTRICES perduEs, allez-donc faire une promenade, buvez un verre et recommencez depuis le début) que le piège constitutionnel se referme (la «malfaçon constitutionnelle», pour reprendre l’expression de Monsieur VIRASSAMY). En effet, l’alinéa 2 de l’article 72-3 prévoit que «les collectivités territoriales créées en application du dernier alinéa de l’article 73» (suivant la modalité A) sont régies par ce même article 73. Or, cette précision est incompatible avec l’alinéa 1er de l’article 73 qui porte on ne peut plus clairement, on l’a vu, sur les DROM, rien que les DROM, tous les DROM : les collectivités «modalité A» ne sont plus des DROM (elles s’y sont «substituées»).

Ainsi, la formulation de la question posée en Martinique et en Guyane le 24 janvier («Approuvez-vous la création d’une collectivité unique exerçant les compétences dévolues au département et à la région tout en demeurant régie par l’article 73 de la Constitution ?») est parfaitement fidèle à la Constitution, c’est-à-dire qu’elle décrit une situation parfaitement impossible – d’autres diraient courtelinesque. Une telle persistance dans l’erreur aurait facilement pu être évitée puisqu’il suffisait de s’en tenir à la modalité B et de proposer la création non pas d’une collectivité mais d’une assemblée unique – c’est ce que tout le monde avait d’ailleurs compris et notamment l’auteur de ces lignes, mea culpa. Néanmoins, c’est bien cette question si mal formulée que les MartiniquaiSEs et GuyanaiSEs ont approuvé : si l’on s’en tient à une lecture linéaire et progressive allant du début de la question vers sa fin, ils et elles sont donc d’abord et avant tout sortiEs de l’article 73 (en créant une collectivité «modalité A»). N’étant plus dans l’article 73, n’étant pas dans l’article 74 puisque rien ne le prévoit (autre aspect de la malfaçon constitutionnelle relevée par Joseph VIRASSAMY), n’étant nulle part ailleurs dans la Constitution, la Martinique et la Guyane sont dans un vide constitutionnel, dans les limbes constitutionnelles, dans l’impossibilité de la Constitution – en un mot, hors la Constitution. Elles ne sont, selon le principe posé plus haut, plus françaises ; elles sont indépendantes.

Vive la Martinique libre ! Vive la Guyane libre ! Et vive la France (et ses constitutionnalistes) !

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Blague à part et comme le dit si bien Joseph VIRASSAMY, il y a désormais en Martinique et en Guyane «deux cadavres dans le placard et un monstre dans le berceau», les cadavres étant le département et la région, le monstre cette collectivité OVNI. Quel sera son statut ? Des projets sont en réalité tout prêts, pour ne pas dire tout près, comme le suggère Monsieur VIRASSAMY : ceux élaborés par les congrès des élus départementaux et régionaux en Martinique le 18 juin, en Guyane le 2 septembre. Les populations concernées les ont rejetés le 10 janvier, certes, mais l’autonomie laissée à la porte le 10 ne serait-elle pas entrée par la fenêtre le 24 ?

David AUERBACH CHIFFRIN

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[1] L’auteur de ces lignes se disait qu’il comprenait mieux pourquoi, au vu de cette bouillabaisse constitutionnelle indigne d’un grand Etat de droit, la Réunion s’était empressée de faire inscrire dans la Constitution qu’elle n’était nullement intéressée par de tels tripatouillages. Il n’en est rien cependant puisque contrairement à ce qui se dit et après relecture attentive, le DROM de l’océan Indien n’est pas protégé de cette situation mais seulement de deux autres alinéas de l’article 73, relatifs aux désormais célèbres «habilitations».

[2] À force de lire et relire l’article 73, force est de constater qu’il est assez indigeste voire parfois incompréhensible, ce qui explique assez tout ce pataquès et ne semble pas compatible avec l’impératif de clarté assigné à la loi dans un État de droit.

[3] À la vérité et à force de retourner le Rubycube constitutionnel, une autre lecture de l’alinéa premier de l’article 73 est possible. Un principe jurisprudentiel voulant qu’on fasse «parler la loi», c’est-à-dire qu’on lui trouve une application quand elle semble n’en pas avoir, on pourrait soutenir que l’expression : «Dans les départements et les régions d’outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit…» n’exclut pas stricto sensu que «les lois et règlements» soient «applicables de plein droit» ailleurs que dans les «départements et les régions d’outre-mer». En quelque sorte, il faudrait lire, lato sensu : «Dans les départements et les régions d’outre-mer (et dans les collectivités territoriales créées en application du dernier alinéa du présent article), les lois et règlements sont applicables de plein droit…» C’est probablement, adieu indépendances, la lecture qui serait retenue par le Conseil constitutionnel s’il était saisi sur ce point, ce qui paraît improbable puisqu’il faudrait soixante députés ou soixante sénateurs pour cela et qu’il est incertain qu’autant de parlementaires soient prêts à signaler leur propre incompétence, les réformes constitutionnelles qu’ils ont voté et qui ont abouti à une telle incohérence étant relativement récentes. Gageons donc que le Parlement s’accordera pour dire qu’il a été parfaitement clair et que tout ceci finira dans quelques années par un amendement rédactionnel discrètement adopté au milieu de la nuit, à la faveur de la prochaine modification constitutionnelle, par exemple quand il sera question de supprimer l’alinéa 2 de l’article 6, relatif au président de la République : «Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs.»

[4] Le texte de la Constitution du 4 octobre 1958 (à jour au 10 décembre 2009) est disponible sur le site Internet du Conseil constitutionnel :
http://www.conseil-constitutionnel.fr/
http://www.tjenbered.fr/2009/20091210-79.pdf

[5] Les positions de Joseph VIRASSAMY sur le blog Antilles Politique sont disponibles ici :
http://www.antillespolitique.com/?s=virassamy
http://www.tjenbered.fr/2010/20100219-99.pdf

[6] Rapport introductif de Claude Lise, président du congrès des élus départementaux et régionaux de Martinique du 18 juin 2009
http://www.antillespolitique.com/
http://www.etatsgenerauxoutremer.net/20090618-99.pdf
http://www.tjenbered.fr/2009/20090618-99.pdf

[7] Fondements du projet de société – Annexe à la résolution adoptée n°7 du congrès des élus départementaux et régionaux de Guyane du 2 septembre 2009
http://www.cr-guyane.fr/?rub=6&sec=647
http://www.etatsgenerauxoutremer.net/20090902-99.pdf
http://www.tjenbered.fr/2009/20090902-99.pdf

Avançons dans l’obscurité

Les contorsions de quelques-uns pour rester dans le sens du vent, dans le sens de l’opinion, ne sauraient détourner les gauches Martiniquaises, ou ce qu’il en reste, de la mission qu’elles s’étaient assignée il y a plus de 30 ans (Convention du Morne Rouge) : tourner la page de la départementalisation et aller à la responsabilité. Une responsabilité que les indépendantistes avaient souhaitée, en d’autres temps, maximale. Rien ne saurait non plus les écarter de leur présente obligation : anticiper la fin annoncée mais déjà effective de l’Etat Providence. Anticiper sans se laisser distraire par les déclamations sur la modernisation et l’efficacité de l’Etat qui, fort d’une opinion hostile aux fonctionnaires, ne cache rien d’autre qu’une logique d’imposition des valeurs de l’entreprise — et principalement la rentabilité quel qu’en soit le coût — dans le fonctionnement des institutions publiques. On notera d’ailleurs que cette volonté affichée de modernisation et d’efficacité évite soigneusement dans sa frénésie du changement de mettre en cause les privilèges de l’aristocratie politique et de la haute fonction publique, dont la réforme pourtant devrait être une étape préliminaire mettant fin à l’ancien régime. C’est cela, l’intégration des valeurs de l’entreprise dans les institutions d’Etat, la vraie finalité du projet Balladur. Une finalité à laquelle devra aussi se soumettre la Collectivité unique dans le 73 qui vient d’être votée en Guyane et en Martinique. Pour parachever l’offensive Outre Mers, Paris n’attend plus maintenant que les régionales, avec le secret espoir de voir l’emporter dans ces contrées imprévisibles ceux qui ont fait la preuve au cours de ces deux dernières années, au delà des doctrines affichées, de leur aptitude à bien servir un tel dessein.

Ce préalable quant au contexte doit être complété par le rappel d’une échéance majeure qui constitue à vrai dire l’horizon politique du gouvernement : les présidentielles de 2012. Les Outre Mers, de ce point de vue, sont devenus aujourd’hui une variable qu’il vaut mieux ne pas sous-estimer dans la course pour le pouvoir suprême. Ils peuvent, on l’a bien vu avec le mouvement de janvier, février et mars 2009 aux Antilles-Guyane, brouiller le jeu politique et contrarier les ambitions. Les alliances sur le terrain, c’est désormais un impératif absolu, doivent être élargies, particulièrement là où, comme en Martinique, l’influence des droites locales est trop limitée. Elles devraient être, pour cette raison, confinées au second rôle, le premier rôle revenant, pourquoi pas, à celui à qui les conseillers présidentiels, semble t-il, avaient déjà soufflé la fameuse « troisième voix » et qui donne le sentiment, vu de Paris, d’être le plus rassembleur. Une des tâches prioritaires de tous ces relais politiques actuels et potentiels en Outre Mers sera, au mieux, de prévenir la menace d’une nouvelle « éruption sociale » d’ici 2012 ; éruption toujours possible puisque la crise n’a manifestement pas été résolue. Au pire, si le pire advenait, d’être les fusibles.

PETITE ANALYSE DES RESULTATS DES CONSULTATIONS DE JANVIER 2010

L’enjeu des deux consultations de janvier 2010 était d’estimer ou d’évaluer la clarté et l’intensité de la volonté collective des Martiniquais et des Guyanais. Le Gouvernement y était d’autant plus intéressé qu’il y avait là une occasion d’isoler ou de marginaliser le leader guadeloupéen, Elie DOMOTA, qui incarne symboliquement à ses yeux une menace toujours présente, un rappel que sur le fond rien n’a été vraiment réglé. L’appréhension d’une nouvelle contagion inter-régionale en cas de relance du mouvement justifie amplement les craintes du gouvernement. Si tout ce qui précède est bien vrai l’analyse des résultats n’en prend que plus de relief. Interprétés à partir du nombre d’électeurs inscrits et non pas simplement des suffrages exprimés — ce qui nous semble plus conforme à la vérité des chiffres, les résultats font d’abord apparaître un sérieux problème de légitimité même si on doit admettre qu’ils sont légalement recevables. Les 79,31% de « non » au « 74 » en Martinique ne représentent en effet, de fait, que 42% des électeurs inscrits (296 802 inscrits, 55,32% de participation), tandis que les 70,22% de « non » guyanais ne correspondent qu’à 33,02% des inscrits (67460 inscrits, 48,16% de participation). De même, les 68,30% de « oui » martiniquais à la « Collectivité Unique dans le 73 » n’intéresse en réalité que 23,31% des inscrits (35,80% de participation) et les 57,49% de « oui » guyanais ne se rapportent qu’à 14,69% des inscrits (27,42% de participation). L’analyse que nous faisons des données ainsi approchées est que la grande majorité des électeurs guyanais et martiniquais n’ont donné leur adhésion ni au « 74 », ni non plus « à la Collectivité Unique dans le 73 ». Il faut en tirer la conclusion que le débat est loin d’être clos comme le prétendent quelques-uns dont le gouvernement ; il reste grand ouvert, preuve évidente avec un DOMOTA toujours l’arme au pied d’un échec total de la stratégie de sortie de crise.

L’ECHEC DE LA STRATEGIE DE SORTIE DE CRISE

Les consultations de janvier 2010 en Guyane et en Martinique et les Etats Généraux ont été les deux principaux éléments du dispositif de sortie de crise d’un gouvernement, il faut le répéter, passablement ébranlé par le mouvement de janvier, février et mars 2009 aux Antilles-Guyane et aussi à la Réunion. Les consultations de janvier 2010 s’inscrivaient aussi dans une démarche d’évolution statutaire initiée par la majorité du Congrès Martiniquais et du Congrès Guyanais. C’était pour eux l’occasion d’apporter ce qu’ils pensaient être une réponse politique aux problèmes de fond dont le mouvement populaire parti de Guyane n’était, selon eux, que le symptôme. Force est de constater, au vu des résultats, que tous ont échoué et que nous sommes aujourd’hui dans une impasse politique avec d’un côté une société civile défensive, désabusée ou dubitative, refusant ou évitant de choisir de manière claire et explicite ; d’un autre côté une classe politique impuissante à changer son fonctionnement et la culture qui le sous-tend ; impuissante par conséquent à rétablir la communication avec la société civile. L’examen rapide de cette débâcle politique en Martinique est édifiant sans être pour autant transposable. Le premier constat est celui d’un dévoiement du débat par sa soumission totale à des logiques de prise de pouvoir ou de maintien au pouvoir. Les politiques se sont ainsi enfermés dans une bataille qui ne concernait que leur propre intérêt. Le second constat c’est le peu d’attention accordée, notamment par ceux qui souhaitaient un changement statutaire, à ce qui pourtant paraissait évident : la défiance des populations concernées vis-à-vis de leurs élus. Une telle donnée exigeait une campagne de grande proximité et l’articulation des questions de la justice sociale, de la démocratie et du fonctionnement politique, au thème du changement statutaire ou institutionnel. La dernière observation est celle de la division de la gauche et donc du désarroi de l’électorat de gauche tandis que la droite unie et déterminée faisait le forcing pour mobiliser son électorat. Les déçus d’extrême gauche (plus nombreux qu’on ne le pense), les salariés inquiets de la fusion Région/Département et les électeurs d’origine européenne peu rassurés par certains discours voire quelques dérives, ont grossi les rangs des abstentionnistes et des « non » du 10 et du 24 janvier 2010. Nous héritons, notamment en Martinique, suite à ce premier épisode affligeant de conquête du pouvoir, suite aussi à une de ces aberrations que la Démocratie française tarde à corriger (se voir imposer légalement un point de vue très minoritaire) d’une collectivité unique dont, en dépit des discours rassurants, personne ne sait vraiment ce qu’on va y mettre et quand elle pourra être mise en place ; puisque tout cela sera conditionné par le nouveau rapport de force politique après les régionales et par la nécessaire mise en cohérence avec la réforme Balladur. Ceux qui dénonçaient les non-dits du « 74 » ne pourront nier que la situation est aujourd’hui encore plus opaque puisque les élus de Guyane et de Martinique ont désormais perdu le peu d’initiative qu’ils avaient encore sur le cours des choses au profit exclusif du Gouvernement. Et voilà comment, tout au moins en Martinique, la raison de parti et les calculs de pouvoir nous livrent pieds et poings liés à la volonté du prince. Et pendant ce temps là les inégalités et la pauvreté continuent de s’aggraver, l’économie poursuit son effondrement…C’est sans doute cela « marcher du même pas que le peuple ».

LA PSEUDO THEORIE DU « MARCHER DU MÊME PAS QUE LE PEUPLE »

Depuis l’annonce des résultats, certains en Martinique, à la recherche d’un principe pour justifier leur positionnement, le plus souvent peu compréhensible, et la justesse supposée de leur choix, ont réactualisé une vieille théorie dont la paternité reviendrait selon eux au « Père fondateur » : « il faut marcher du même pas que le peuple ». La formule semble relever du bon sens, elle est pourtant, selon nous, d’une réelle dangerosité. Tout d’abord, elle présuppose, s’inscrivant ainsi dans la plus pure tradition populiste, que le peuple aurait toujours raison (en l’occurrence ici contre les élus et les intellectuels), ce qui est totalement faux. Tous les choix populaires sont certes intelligibles, par conséquent motivés, pas forcément justes ni exempts de toute analyse critique. « Marcher du même pas que le peuple » c’est aussi, sous couvert d’une philosophie du sens commun justifier à posteriori la démagogie qui consiste à « caresser dans le sens du poil » pour réaliser ses ambitions de pouvoir. Les politiques ont le devoir de proposer ce qu’ils estiment être juste à leurs concitoyens et de le soumettre à leur appréciation sans craindre d’être déjugés. Autrement, ils se condamnent à l’immobilisme ou la démagogie. L’immobilisme, nous y entrons au regard des résultats des consultations et ceci malgré l’intervention dans le débat du Président de la République et de la Ministre d’Outre Mers ; au regard aussi du relatif échec populaire des Etats Généraux. Quant à la démagogie nous avons manifestement de « bons produits maison. »

LA CRISE DU LIEN SOCIAL

Certains ont voulu voir dans les résultats des consultations de janvier 2010 une discontinuité avec le mouvement de janvier, février et mars 2009, voire même un démenti. Ce n’est pas notre point de vue. Le contenu des plateformes de revendications du mouvement laissait entendre implicitement que c’est en qualité de « citoyens français » que les grévistes, faisant fi de leurs élus, interpellaient directement l’Etat français sur ce qui, au-delà des revendications concrètes, se révélait être un appel à la justice sociale, au traitement équitable. Nous avions alors parlé de demande « d’Etat Providence ». Les résultats tels que nous les avons analysés restent tout à fait dans ce registre : on ne donne pas son assentiment à ce qui pourrait remettre en cause l’Etat Providence et on ne se fie surtout pas aux élus. Ce qu’il faut comprendre maintenant c’est cet attachement à un Etat vilipendé depuis plus de 40 ans pour cause d’assistanat par la gauche et l’extrême gauche majoritaire depuis près de 20 ans ; critique reprise à son compte par le Président de la République, notamment lors de son discours de vœux 2010 à la Réunion. Deux raisons retiennent depuis peu notre attention. Nous les ajoutons aux quelques autres que nous avions déjà développées dans une interview de France-Antilles Martinique. La première est que nous avons affaire à une résistance passive et le plus souvent silencieuse à la fin annoncée de l’Etat Providence. Une fin déjà ressentie par les plus démunis. La seconde, concomitante, c’est l’ampleur, vécue au quotidien par les classes les plus défavorisées et les plus vulnérables, de la crise du lien social et de ce qui la fonde : la solidarité sociale. Il y a un effondrement des réseaux de solidarité reposant sur la parenté, la proximité sociale et spatiale. Il y a trop peu voire plus rien à partager, ni salaire, ni retraite, ni dons et contre dons. Il y a aussi un discours de plus en plus audible de « délégitimation » du bien fondé de la solidarité sociale y compris chez ceux qui sont chargés dans les institutions de la mettre en place. C’est assez pour parler d’une crise du lien et de la solidarité sociale. Une solidarité massivement réinvestie dans les causes humanitaires dont la légitimité est mieux perçue. Si le constat est admis on peut parfaitement comprendre dans ces conditions en l’absence de toute solution crédible, que l’ultime recours pour les catégories concernées soit l’Etat Providence. Les résultats de la consultation expriment d’une certaine façon une détresse face à ce qui irrémédiablement est en train de disparaître pour être remplacé par un monstre aveugle, « l’Etat Entreprise ». Ils montrent aussi notre impuissance à tous à trouver une véritable solution, à refonder le lien et la solidarité sociale. Ce qui se résume à la question : Que pouvons-nous collectivement faire ou risquer pour un « mieux-vivre ensemble » ?

Serge HARPIN

Schœlcher, le 5 février 2010

La Martinique épouse la collectivité unique!

Un oui (en or?) massif: 68%

Les électeurs de Martinique se sont prononcés dimanche par référendum pour la création d’une « collectivité unique », exerçant les compétences dévolues au département et à la région. Si à 21 heures, heure locale, le score définitif n’est pas officiellement annoncé, le score provisoire est suffisamment parlant: une victoire du OUI de plus de 68% contre environ 31% de NON.

Le « Oui » à la création d’une collectivité unique arrive en tête dans la totalité des communes où les résultats sont connus.
Au global, selon les estimation provisoires, 68 % des électeurs auraient voté pour le « oui ».

Le taux de participation tourne autour de 35 % contre 43.94% en 2003.

Le Nord-Atlantique a été le théâtre où le OUI a tenu le plus beau rôle. « Je suis heureux de ce résultat », déclare Louis-Joseph Manscour, député-maire de Trinité. « C’est un  OUI  sincère et franc. Je voudrais remercier les Martiniquais. Je suis heureux qu’ils nous aient fait confiance. Nous aurons une collectivité unique pour mieux maîtriser la gestion des fonds publics en Martinique ».On comprend mieux le score de Macouba 89% de OUI.

A Case-Pilote, autre résultat pour autre réaction. Si le OUI l’a emporté partout, c’est bien dans la commune de Ralph Monplaisir qu’il a fait son plus petit score 50,6%. Le NON aura eu du mal à décoller, à moins que ses partisans n’eussent manqué de temps: « Ces résultats traduisent l’inquiétude de la population d’où ce taux d’abstention important. C’est la traduction de l’incompréhension de la population. Au PCD, nous estimons qu’il fallait laisser à la population le temps de comprendre. », explique le maire de Case-Pilote.

Partisan du oui mais vainqueur amer le président Marie-Jeanne sent peut-être déjà le vent tourner « Malgré le taux d’abstention, le OUI  l’emporte à 80%, c’est bizarre, ce sont les mêmes chiffres que le 10 janvier.  Tout le monde s’approprie cette victoire, mais pour la vérité historique, les parâtres d’hier ne peuvent pas être les pères fondateurs d’aujourd’hui. ».

« La participation n’est pas forte mais ils  (les martiniquais, ndlr) ont fait preuve de maturité. » résume Miguel Laventure, secrétaire général du FMP qui reste presqu’aussi mesuré que Serge Letchimy, député maire de Fort-de-France pourtant grand vainqueur des premières joutes électorales de 2010.Pour lui les martiniquais ont fait preuve de lucidité, loin de se réjouir, voilà un peuple qui «  n’a pas fait le choix de la passivité dans l’attente d’une réforme à venir » et conçoit avec lucidité une évolution institutionnelle qui ne renie en rien les acquis de ses grandes luttes historiques ».

La troisième voie dans le texte.

APPEL A VOTER OUI LE 24 JANVIER


APPEL A VOTER OUI

Dimanche 24 janvier nous sommes appelés à nous prononcer pour la création d’une collectivité unique en Martinique. Après tous les débats, tant locaux que nationaux nous avons décidé de lancer cet appel à voter OUI le 24 janvier 2010.

Il s’agit d’un moment décisif pour notre pays, un moment qui nous impose une double exigence : celle de moderniser nos institutions, et celle de rechercher en permanence plus d’efficacité et plus de cohérence pour affronter le mal développement d’aujourd’hui et les défis de demain.

La collectivité unique qui exercera les compétences du conseil général et du conseil régional, se mettra en place autour des budgets additionnés de ces deux institutions, avec le personnel existant, est une simplification institutionnelle indispensable pour que la Martinique améliore son mode de gouvernance et du coup, la performance de ses politiques publiques.

Cette simplification institutionnelle, inscrite dans l’article 73 de la constitution nous garantit la totale égalité des droits, tout en ouvrant des possibilités d’optimiser notre développement.

Nous avons entendu et compris les inquiétudes de certains d’entre vous, cependant, la démonstration est faite qu’il ne s’agissait que de mal entendu.

Pour éviter le statu quo sans perspectives et sortir du chevauchement paralysant de compétences, nous citoyens, élus, femmes et hommes de progrès appelons à voter :

OUI le 24 janvier

Cet appel citoyen à voter OUI a déjà recueilli plus d’une centaine de signatures dans lesquelles nous avons relevé celles de :

Marcel Ozenat, Michel Yoyo, Philippe Eadie, Pierre Petit, Jenny Dulys, Victor Crater, Jean pierre Piejos, Jean claude William, jean claude Duverger, Guy Ovide-Etienne, Eric Mongérant, Serge Chalons, Maurice Antiste, Odile Pierre Charles, Serge Letchimy, Patrice Dintimille, Simon Morin, Max Dufrénot, Philippe Saint Cyr, Catherine Conconne, Didier Laguerre, Danielle Marceline, Elisabeth Landi, Roger Lagier, Serge Larcher, Alfred Almont, Jean françois Lafontaine, Jocelyn Germé, Didier Laguerre, etc…

Pour l’assemblée unique: Serge Letchimy s’adresse aux Martiniquais

19 janvier 2010

Mes chers (es) compatriotes,

Le 24 janvier nous sommes de nouveau appelés aux urnes pour que la Martinique se prononce sur la création d’une collectivité unique dans le cadre de l’article 73 de la constitution. Quels qu’aient été nos votes respectifs le 10 janvier dernier, nous devons tous dire OUI à cette nouvelle collectivité.

Oui pour les raisons suivantes :

La plus évidente est que cela permettra une bienfaisante simplification institutionnelle.

Sur le territoire martiniquais, se cumulent deux collectivités, la Région et le Département. Les conséquences d’un tel empilement institutionnel sont multiples : entremêlement de compétences, télescopage permanent des décisions, surenchères politiciennes, ralentissement et incohérence des politiques publiques, perte d’énergies à tous les niveaux, mauvaise utilisation des deniers publics, gouvernance locale émiettée.

Un tel « migannaj » provoque des ralentissements généralisés quand il faudrait agir vite, agir bien, et affronter les urgences quotidiennes du mal-développement, du chômage, de la précarité grandissante, des drames de l’habitat…

Dans des domaines comme ceux du transport, de l’agriculture, de l’énergie, de l’environnement, de la culture, du sport… des bouts de compétences se tricotent entre la Région, le Département, l’Etat, et finalement se paralysent dans des marigots administratifs. Dès lors, ce qui devait être traité sous l’éclairage d’une vision d’ensemble, d’une intention globale, se retrouve « makayé » de manière parcellaire, et, souvent même, de manière antagoniste ou pire : concurrentielle ! …

La recherche d’une mise en cohérence, et d’une meilleure efficacité de nos institutions est une urgence capitale ! C’est pour cela qu’il faut dire Oui.

Certains d’entre vous s’interrogent sur le détail de cette nouvelle collectivité, sur ses moyens, ses compétences, son mode d’élection et sa place exacte dans la Constitution…

Il faut tout d’abord souligner que son inscription dans l’article 73 nous place dans le cadre de l’identité législative, ce qui nous garantit la pleine et totale égalité des droits.

Les moyens financiers, fiscaux et budgétaires, de cette nouvelle collectivité, sont les moyens additionnés de la Région, du Département, de l’Etat, de l’Europe. Ses compétences sont simplement celles rassemblés et rationalisés du Département et de la Région. Des possibilités d’habilitation et d’expérimentation législatives, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, dans des domaines économiques, sociaux ou culturels importants, lui permettront de mettre en œuvre, dans le cadre de la Constitution, des espaces de responsabilité directe, ce qui nous autorisera plus d’initiatives locales et des interventions éclairées, et plus efficaces.

Pour une représentation plus juste et démocratique, je souhaite que le mode d’élection soit à la fois territorial (pour que la Martinique soit représentée dans sa diversité géographique) et à la proportionnelle (pour que tous les courants politiques, toutes les minorités, soient pris en compte).

C’est l’expression démocratique la plus achevée, et partagée qui doit être retenue !

Vous connaissez mon engagement sans faille pour que l’égalité des droits soit compatible avec le droit à l’initiative dans cette nécessaire responsabilité à domicilier localement. Je suis donc très à l’aise pour soutenir que cette nouvelle collectivité ne changera RIEN, je dis bien : RIEN, à l’égalité des Droits, RIEN à notre statut de Région ultrapériphérique, et RIEN à ce que l’on appelle plus largement le droit commun républicain.

C’est une vérité incontestable !

Je sais que certains d’entre vous se posent la question suivante : Pourquoi ne pas attendre la réforme Balladur ?

En toute conscience je leur réponds qu’un tel choix constituerait un regrettable recul.
La situation dans l’Hexagone en terme de découpage territorial n’est pas la même que la nôtre (4 ou 5 Départements dans une Région, alors qu’ici, en Martinique, c’est un Département dans une Région). C’est pour cela que le rapport Balladur ne traite l’Outremer qu’à la marge.

En l’état actuel du texte présenté au Senat sur la réforme territoriale, le refus de cette opportunité de dire Oui à la collectivité unique, reviendrait à laisser le gouvernement, ou un membre de son administration décider seul, par ordonnance de l’organisation de notre institutionnelle, et en conséquence de l’essentiel de notre avenir.

Cela est inacceptable !

Sans comptez qu’en l’état actuel de la constitution, (et à défaut d’habilitation, à légiférer par ordonnance) l’application de la réforme Balladur dans les départements et régions d’Outre mer nécessiterait, à priori, une nouvelle consultation de la population.

Ce serait le comble.

Voter Oui le dimanche 24 est donc un acte fondamental !

Alors mes chers (es) compatriotes, je vous demande d’aller voter, de faire voter, et de voter en toute confiance OUI.

Un Oui de résolution, un OUI de dignité, un OUI de responsabilité sans faille !

DIMANCHE  24  JANVIER  VOTEZ  OUI

Serge LETCHIMY


« Lettre ouverte à Miguel LAVENTURE » par Joseph VIRASSAMY


Joseph Virassamy, enseignant de la Faculté de Droit de Martinique et membre du Parti socialiste martiniquais classé parmi les partis de gauche assimilationniste et départementaliste, faisait circuler sur Internet à la fin de l’année 2009 un texte intitulé « Article 74 : éloge de la peur »  où il déclarait :

« Je m’appelle Joseph Virassamy et j’ai peur de l’article 74. Et je le déclare tout net : Je n’ai pas honte d’avoir peur. Et je veux exhiber cette peur face à chaque martiniquais qui voudra bien m’entendre. » [vendredi 6 novembre 2009 à 00:30:00 | DOMactu.com | Par DOMactu ]

Il confiait également qu’il votera 2 fois « NON » en janvier :

-          « NON » à l’article 74, vote qui a eu lieu le 10 janvier dernier,

-          et « NON » à l’assemblée unique, vote qui aura lieu le 24 janvier prochain.

En face, Miguel Laventure, Président de la Mutuelle Générale de Prévoyance des Antilles, Vice-président du Conseil Régional de la Martinique et Conseiller municipal de Fort de France, il est le chef des Forces Martiniquaises de Progrès, parti de droite et se définit comme un militant au service des Foyalais engagé dans l’action publique depuis près de 40 ans.

Partisan de l’article 74 lors du référendum du 10 janvier 2010, les FMP appellent la population à voter « OUI » le 24 janvier prochain. A leur sens, la fusion du conseil général et du conseil régional en une collectivité unique facilitera la gestion des affaires locales.

Cette opposition d’opinions a donné lieu à la rédaction d’une lettre ouverte par Mr Virassamy adressée à Mr Laventure… Bonne Lecture !

M.K.

LETTRE OUVERTE à Miguel LAVENTURE

Aimer le FRANCE


Cher Ami,

En 2003, les partis politiques que l’on classe à droite – pour reprendre la terminologie habituelle, que je ne partage pas, tu le sais – avaient appelé à voter NON à la consultation du 7 décembre.

Comme je te l’ai plusieurs fois expliqué, je ne comprends pas qu’en 2010, le 24 janvier, ces mêmes partis appellent à voter OUI à la même question, après avoir demandé de voter NON le 10 janvier. Je ne suis pas sûr que leur électorat arrive à se retrouver dans ce numéro d’équilibriste.

Cette volte-face des partis de la droite est extrêmement grave, et je vais te dire pourquoi.

1) la Peur du « Qu’en dira-t-on »

Les partis de droite disent – à voix basse – qu’ils ne peuvent pas appeler à voter NON le 24 janvier parce qu’on pourrait dans ce cas leur dire qu’ils sont frappés d’immobilité, de conservatisme, qu’ils sont rétrogrades, qu’ils ne veulent pas avancer dans le sens de l’histoire. En quelque sorte ils sentent piégés par la surenchère d’en face, et obligés de faire un geste. Même si ce geste est le pire qui soit, et qu’il nous verse dans le fossé.

Alors ces partis de droite se contorsionnent à douleur pour expliquer que ce qui avait motivé leur NON en 2003 a disparu en 2010, qu’il n’y aurait plus de chat dans le sac, que tous les doutes qui les assaillaient en 2003 se seraient subitement évanouis, en somme que l’enchanteur merlin serait passé par là, et par ci, et par devant  et par derrière, et qu’il aurait du bon travail.

Plusieurs fois, ami,  j’ai écouté ces infinies subtilités, si subtiles qu’aussitôt entendues je les oublie pour ne retenir que leur fragilité et toutes les précautions oratoires prises pour les énoncer comme l’autre soir à Ducos, tu  t’en souviens je pense….et le fameux : « c’est difficile de te répondre Joseph !! » lâché devant l’assistance.

Car enfin Miguel, d’autres spécialistes, tout aussi calés que toi me disent que les chats sont encore plus nombreux dans le sac de 2010 que dans le sac de 2003. Et c’est nettement plus convainquant que les arguments que tu développes avec tes amis de la droite.

Alors je crois vraiment qu’au fur et à mesure du développement de la campagne vous aurez de plus en plus de mal à tenir votre position, le pilonnage des canons d’en face se fera trop puissant et trop précis. Et plus vous prendrez de temps pour faire demi-tour, plus ça deviendra intenable.

2) La Parole Présidentielle

On sait les partis de droite tous dévoués à la parole présidentielle. Et Sarkozy a prononcé une sentence mystérieuse : « le statu quo n’est pas admissible ». Ah ! La petite phrase, elle vous intime l’ordre de faire mouvement sur le champ de bataille, et elle vous colle aux godillots comme la boue. Dès lors pas question de camper sur la même position qu’en 2003. Ordre est donné de bouger. A vos ordre mon général ! A la même question qu’en 2003 on apportera une réponse différente, et si ça vous plait, mon général ce sera oui le 24 janvier, à votre question.

Bizarre, bizarre, ni la Guadeloupe, ni la Réunion n’ont été incités à sortir du fameux statu quo, si intolérable ici !

Voici donc les partis de droite affublés de 2 boulets : le « qu’en dira-t-on » au pied gauche et la « parole présidentielle »au pied droit. Mal commode pour marcher droit dans ses bottes !

Mon cher Miguel, le fameux statu quo, si c’était tout simplement ce qui n’a pas bougé ? C’est exactement ce que veux dire cette expression.

Et qu’est-ce qui n’a pas bougé depuis 2000 ? 2 choses essentiellement : Un, le refus du Conseil Régional et du Conseil Général d’utiliser les habilitations prévues à l’actuel article 73 en vue d’expérimenter des adaptations des textes à la situation locale, et deuxio la présence des indépendantistes au pouvoir.

Si c’était cela le vrai sens de la parole présidentielle, vous pourriez plus facilement réorienter votre discours, le repositionner, et ainsi rejoindre la position du NON le 24 janvier plus conforme à vos traditions politiques. En évitant de remettre en selle des indépendantistes en perdition pour le 10 janvier…. et pour les Régionales en Mars.

Car, tu le sais bien Miguel, les indépendantistes diront qu’une éventuelle victoire du OUI le 24 est la leur, qu’on n’a fait que perdre 7 ans. Vous n’allez tout  de même pas voler au secours de ceux-là même qui, tous les 7 ans nous demandent de quitter la France !!

3) Votre erreur la plus grave

L’erreur la plus grave que vous commettriez, c’est à l’égard du peuple martiniquais. En effet transformer la Martinique en autre chose qu’un « DEPARTEMENT » est extrêmement dangereux, car on sort ipso facto du droit commun, de la fameuse « identité législative » qui nous assure l’automaticité des financements publics.

Or le 24 janvier on nous propose de transformer, par disparition du département (et de la Région) la Martinique en « collectivité départementale » ce qui n’est pas un Département ! Il est même possible qu’on nous donne, dans ce cadre, des compétences que nous n’avons pas demandées !! Et alors à nous de trouver les financements….par les impôts locaux si nous pouvons, et si nous ne pouvons pas tant pis pour nous.

Imagines-tu l’augmentation vertigineuse des impôts locaux pour compenser la perte des ressources d’Etat ?

C’est exactement ce que recherche  le « clan du largage » qui niche à Bercy, au ministère  des finances, et rien ne dit qu’il ne s’agisse pas là d’une savante manœuvre de SARKOZY pour se débarrasser des imprudents qui auront mis le doigt dans l’engrenage. La Guadeloupe et la Réunion se sont tenues bien à l’écart de ce scénario catastrophe.

Chaque année, il nous faudrait alors batailler dans d’interminables négociations sans que nous ayons quoi que ce soit en poche pour peser dans les tractations. Nous deviendrions un peuple mendiant, pour le coup.

Ah ! La belle occasion de tordre le cou aux fameux 40% ! Boum, supprimés d’un trait de plume et transférés à la collectivité nouvelle. Et le coup serait dur, non seulement pour les fonctionnaires, mais pour l’économie locale et pour les chômeurs dont le nombre exploserait.

Alors Miguel, pourquoi ne pas attendre tranquillement la réforme BALLADUR, qui, dans 4 ou 5 ans nous donnera une « unique assemblée » tout en restant dans le droit commun ?

C’est la question – grave s’il en est ! – que je te pose, à toi, comme à tous ceux qui conseillent de voter Oui le 24 janvier.

Car, si l’on a le temps de sortir de la catégorie des « départements » avant la réforme BALLADUR et s’il est dit, dans cette réforme qu’elle ne concerne que les départements, nous seront définitivement hors du droit commun. Et poussés vers l’indépendance totale. Gare !!

C’est là cher ami que le piège nous est tendu, piège qu’a su éviter la Guadeloupe, qu’a su éviter la Réunion.

Voter NON le 24 janvier  et NON le 10 janvier c’est cohérent et nous sommes sûrs de rester dans le droit commun. Les autres options sont suicidaires.

4) Une Question Psychanalytique

Et puis Miguel Laventure, je vais te le dire comme je le ressens : allons un peu plus loin, plus au fond, après le droit et après l’économie. Faisons un peu de psychanalyse, descendons dans les émotions, dans nos émotions :

Qu’est-ce qui est demandé aux martiniquais les 10 et 24 janvier, au-delà des deux questions officielles ? Cette question non dite, non formulée, mais centrale, est la suivante :

« AIMEZ-VOUS LA FRANCE ? »

Et je crois savoir que l’électorat dit « de droite »  et l’électorat socialiste aiment la France, et qu’ils le diront avec leur bulletin de vote les 10 et 24 janvier quels que soient les avis des états-majors politiques concernés, et qu’ils continueront à le dire en mars aux Régionales.

Dans la même vibration qui fait  que je suis toujours pour l’équipe de France de foot quand elle affronte une autre équipe, Ils diront comme moi, que j’aime la France pour tout ce qu’est la France, son histoire, sa littérature, sa liberté, sa démocratie, ses institutions sociales, sa révolution, ses philosophes, sa science, son rôle humaniste dans le monde…etc.

Et si la France ne faisait qu’attendre, comme une amoureuse, cette déclaration d’amour ? La lui refuserais-tu Miguel ?

Joseph VIRASSAMY

NOUS NE SOMMES PAS DES MENDIANTS AUX POCHES VIDES.

Ainsi, l’échec du Non s’expliquerait par le chantage du ventre. Je ne le pense pas. Les causes de l’échec sont ailleurs car, me semble-t-il,  partout sur la planète le ventre a une importance capitale pour les papas et les mamans d’enfants. Partout, sur la planète, l’homme sait que  pour rester en vie, et Dieu sait comme nous y tenons à cette vie, il est indispensable qu’il n’y ait pas de courant d’air dans nos huit mètres d’intestins, ni des trous de malnutrition  dans notre estomac, même si pour cela il faut s’accommoder de … l’esclavage. Le slogan « Vivre libre ou Mourir » est une formule de romantique qui peut être galvanisante si on explique comment et par quoi remplacer cet esclavage. Dans ce cas, l’action à un but et la  mort est une éventualité que l’on accepte, afin que notre descendance jouisse de cette liberté. Si pareil slogan correspondait à une logique humaine, en 2010, il n’y aurait pas eu de descendants d’esclaves appelés à voter, pour la bonne raison que ceux-ci  auraient choisi la mort, car nous le savons tous l’esclavage, était pire que l’enfer. Or,  les peuples vrais, en souffrance vraies, ont  appris, les yeux embués de larmes de sang, que la dignité le ventre vide n’existe pas, est panache et imaginaire de poète. Alors, tout révolutionnaire qui ne nourrit pas simultanément l’âme et le ventre de son peuple, produit un …sous peuple, surtout lorsque celui-ci est né dans l’esclavage et la colonisation … comme  nous. Et, pire,  lorsque l’esclavagiste a réussi à le convaincre qu’il n’est plus esclavage grâce à une généreuse mère patrie, la Métropole. Ce qui est notre cas. On ne trouve pas solution à un problème lorsque l’on nie les tenants et les aboutissants de ce  problème. Pour combattre un mal[1], il faut admettre la réalité de ce mal.  La tâche de nos leaders est autrement plus compliquée et difficile, presqu’à mettre à la rubrique mission impossible, parce que chez nous, il n’y pas de réveil d’un peuple, un instant endormi par le colonialisme,   à déclencher comme pour  les peuples identitaire ayant perdu leur souveraineté, mais bien un éveil à susciter chez des anciens Africains d’ethnies différentes mélangés à des Européens de nationalités différentes  dans un espace géographique nettoyé de ses habitants légitimes les Caraïbes, vainqueurs des Arawaks.  Alors, mon sentiment est clair : le votant martiniquais n’est  responsable ni coupable de l’échec du NON. Les promoteurs de ce Non, n’ont pas  eu la bonne stratégie, pas plus  que ceux du 73 d’ailleurs. A preuve, à peine le résultat connu, les adeptes du statuquo  qui n’osaient pas donner leur point de vue, le président de la République en personne ayant affirmé que le statuquo était impossible, repartent à l’attaque. Ils veulent être français, comme en France. C’est tout. Et, vive la réforme Balladur !

La réalité est bien que le Martiniquais péremptoire et définitif, dans une écrasante majorité, affirme : je suis français donc européen et ce n’est pas négociable. Mais ne s’arrêtant là, il déclare : Je suis également caribéen, cela n’ont plus n’est pas négociable. Et ce Martiniquais-là n’a entendu, à moins que cela m’ait échappé, aucune amorce de stratégie  qui lui permettrait de concilier son choix et cette hérésie historique et géographique, qu’il entend assumer pleinement en faisant justement un pied de nez, voire un bras d’honneur, à l’histoire et à la géographie. Car  cette Europe et cette Caraibe, dont il se réclame, sont très exactement les freins qui interdisent un  développement économique, indispensable pour assumer sa part dans la création de la richesse, dans le bloc  qu’il a choisi. Nos élus ont pleurniché, la capacité   de l’Article 73 ou 74 à nous maintenir dans le giron français.  Lors de mes  signatures organisées en librairie, beaucoup des nôtres m’ont dit : Rien ne sera réglé ni avec le 73, ni avec le 74, vous savez mes enfants sont en France, je suis en train de vendre ma maison, je vais m’installer auprès d’eux. Bon sang, je ne dois pas être le seul à qui on a fait ces confidences, tout de même !  Ma vision du futur, si on ne se hâte pas, de régler le problème de la création de la richesse, suivie de la création d’emplois  est très simple : Paris va réinventer  le BUMIDOM. Un BUMIDOM new look, qui prendra en compte notre réalité d’Européens à part entière car, qu’on le veuille ou non, en dépit de quelques  actes de racisme et parce que c’est l’intérêt bien compris de la France, nous sommes devenus européens à part entière et non plus « entièrement à part ». Nos enfants aux poches bourrées de diplômes  seront accueillis normalement, et vous diront comme je l’entends dans ma propre famille : «  Au niveau où je suis, on ne fait pas attention à la couleur de ma peau, seules mes compétences intéressent. » Je crois que c’est Aimé Césaire qui déclara, au cours d’une conférence de presse : « Si on n’y prend garde notre Martinique sera transformée en un gigantesque hôtel pour milliardaires avec des larbins martiniquais ».

Alors, je le répète, même si cela doit encore fâcher,  nous sommes   nés d’une insolence, alors l’insolence doit être notre drapeau.  Nous avons le devoir de  crier à Paris et à Bruxelles, notre vision de notre Devenu, et celui de notre Devenir de citoyen du monde dans le bloc économique choisi dès le 22 Mai 1848  par l’esclave lui-même, en signifiant…dignement à ce bloc, que nous ne sommes pas des mendiants aux poches vides.

Tony DELSHAM, auteur de 73-74, psittacisme ou la fin de la danse du scalp.

Disponible sur le site Martinique-éditions. com.

La chèvre de monsieur SEGUIN

La chèvre de monsieur SEGUIN
Ou
Les facéties d’un Professeur de l’UAG

Par joseph Virassamy

Si vous voulez, le 24 janvier, jouer le sort de la Martinique au Serbi, ou sur des croyances, ou encore sur du quimbois juridique, écoutez « l’histoire » ci-dessous.

C’était mardi soir vers 22h30. J’étais assis sur mon canapé. RFO rediffusait son journal : sur l’écran, un professeur en sciences politique aux prises avec une jeune et pugnace journaliste.

Des questions comme des flèches, décochées d’une suave bouche féminine, laissant présumer une minutieuse préparation, pointaient exactement aux interrogations qui font mal à un qui se débine. Des douceurs vachardes d’une qui cherche à vous enlacer d’un baiser de la mort.

En face, derrière ses fines lunettes, l’homme fabriquait ses réponses. Un bandeau de bas d’écran défilant disait qu’il était Professeur et politologue. Politologue, un qui est fort pour étudier les idées politiques et les mouvements que ces idées provoquent dans la tête et le comportement des gens.

Les questions de la Journaliste portaient à la fois sur le contenu de l’article 73 et sur la question qui sera posée le 24 janvier.

Déjà le professeur s’était trompé dimanche soir affirmant sur les plateaux de télévision que la question de 2003 ne comportait pas les mots « article 73 ». Eh bien oui professeur, c’était dedans. Et vous avez dû venir en radio le lendemain pour apporter un rectificatif de vous-même.

Monsieur le Professeur, peut-on dire que la création d’une « Collectivité Unique à statut particulier » signifie la disparition du Département et de la Région ?

- Non, absolument pas. Il y aura fusion.(fusion ? ça n’existe pas dans le texte de l’article 73). Et il précise : Ni le Département, ni la Région ne disparaît. Ils restent là ! Simplement, il va y avoir une troisième Collectivité qui nait des deux autres et qui les comprend.
- C’est moi qui ne comprends pas, pour le coup ! rétorque la journaliste
- En quelque sorte une Sainte trinité, précise le professeur.
- C’est comme dans la religion ?
- Oui, c’est cela. Une troisième chose, qui est un peu des deux, sans en être vraiment, avec les deux qui en font partie sans en être vraiment. C’est une nouvelle théorie juridique tout à fait intéressante.
- Mais alors, insiste la journaliste, Monsieur le Professeur, on nous dit que cette collectivité est UNIQUE, NOUVELLE, PARTICULIERE. Si les deux autres sont encore là, suivant votre théorie, c’est qu’elle n’est pas unique, votre collectivité nouvelle !!
- Oui, insiste le Professeur, c’est précisément ça, le mystère : il y a fusion de la Région et du Département pour former la collectivité nouvelle, mais malgré ce caractère unique et particulier, les deux autres dont elle est née demeurent, malgré leur fusion. Prenons un exemple, quand vos parents vous ont conçu, ils étaient en pleine fusion, n’est-ce pas ? Vous êtes née de cette fusion, Vous êtes UNIQUE, NOUVELLE, et PARTICULIERE. Et pourtant vos parents n’ont pas disparu. Voyez-vous madame la journaliste, pour la Collectivité nouvelle, c’est pareil. Il y a du mystère dans la création, savez-vous !!
-Ah, je vois. Mais enfin je suis distincte de mes parents, tout de même et je ne me suis pas substituée à eux !
- Je vous l’assure ne cherchez pas à comprendre. La trinité « Collectivité Unique, Région, Département » est un Mystère. La substitution – c’est le mot employé dans le texte de l’article 73 – de la Région et du Département par la Collectivité Unique, ne fait pas disparaître ni Région, ni Département. Simplement il y a création d’une troisième entité. Cela relève d’un phénomène purement mystérieux !! Abracadabra !!!

La journaliste ouvrait ses grands yeux, et poursuivait néanmoins son interview :

- Monsieur le Professeur, est-on sûr que si la Martinique devenait une Collectivité nouvelle, on recevrait autant d’argent de l’Etat que la Région Martinique et Le Département Martinique ?
- Oui tout à fait. Si l’Etat donnait 100 à la Région et 100 au Département, la nouvelle collectivité recevrait 200.
- Mais où cela est-il écrit ? demande incisive la journaliste.
- Cela n’est écrit nulle part. Mais cela découle du Mystère décrit ci-dessus : si la Région demeure dans la Collectivité, celle-ci recevra 100. Si le Département demeure dans la Collectivité, celle-ci recevra 100. C’est automatique. Ça fait 200 !!
- Pourrait-on donner également 100 à la troisième collectivité ? ça ferait 300 pour la Martinique !!
- Ah non, vous exagérez. Ça n’est écrit nulle part.
- Monsieur le Professeur, si dans l’avenir, il est voté des mesures en faveur des départements et des Régions Françaises de l’hexagone, est-ce que la Collectivité de Martinique pourrait-en bénéficier ?
- Oui, tout à fait.
- Mais où est –ce que c’est écrit ?
- Ça n’est écrit nulle part. Mais ça découle du Mystère ci-dessus, qui veut qu’il y ait 3 choses en une. C’est ça le mystère. Abracadabra !!!

Courageusement la journaliste poursuivait son interrogation :

- Mais je croyais que la Collectivité Unique avec son assemblée unique visait à simplifier la prise de décision et à clarifier les procédures.
- Mais bien sûr que ça va tout simplifier. Regardez, plutôt que d’avoir à gérer deux collectivités, l’Assemblée Unique aura à gérer 3 collectivités : Une vraie, la Collectivité nouvelle, et 2 fantômes, la Région et le Département !!

La journaliste :
- Ah ! mais je n’avais pas compris, la Région et le Département seraient des fantômes ?

Réponse du Professeur :
- Oui, puisque on les aura fusionnés dans autre chose. La fusion fusionne, c’est comme le métal, le matériau change de forme physique. La forme précédente a disparu. Donc la forme Région aura disparu par fusion et la forme Département aura disparu par fusion !

Et là, assis sur mon canapé, mardi soir devant l’émission de RFO, j’ai vu que la journaliste commençait à tourner chèvre.

Mais j’ai aussi compris autre chose : Au fond le professeur raisonne comme si, en plus d’une réalité physique, le Département et la Région avaient une âme.

Ainsi, à leur disparition physique due à leur substitution (je répète, le mot est dans le texte de l’article73) par une « Collectivité », les âmes se détacheraient en quelque sorte pour venir hanter les couloirs de la nouvelle collectivité.

C’est la seule façon cohérente d’expliquer qu’il insiste tant à prétendre que Département et Région subsisteraient en cas du OUI le 24 janvier prochain.

Comme on le voit, le Professeur s’est purement et simplement glissé dans un modèle qui existe déjà dans le religieux et que nous avons tous appris enfants pour tenter de l’appliquer dans le domaine du Droit. Bien joué, professeur !!

Cependant si, à Bercy, au ministère des finances, ou à la cour des comptes, ou au conseil d’Etat, vous tombez sur des hauts fonctionnaires qui ne croient pas aux fantômes, nous pourrions hériter de lourds déficits, que nous devrions combler par une hausse considérable des impôts locaux, si le OUI l’emportait le 24 prochain.

Plus tard, en allant me coucher, j’ai repensé à tout ce que je venais d’entendre. J’ai regretté que mon collègue de l’UAG, se soit laissé aller à accepter une mission en service commandé au risque de définitivement salir sa réputation de sérieux, et j’ai compris que le OUI le 24 était dans une situation désespérée.

Joseph VIRASSAMY

Quand Raphaël prend la Confiance…

Bon nombre de Martiniquais ont été déçu du comportement aberrant des perdants de la première consultation les insultes ont fusé, affaiblissant l’image de la Martinique dans les médias continentaux. Ainsi le peuple martiniquais passe-t-il pour un indécis qui demandait une autonomie accrue pour la refuser par la suite. Qu’on s’entende bien autonomie accrue implique qu’il y a déjà autonomie. Ce qui n’était pas le cas. D’autre part refuser le 74 ce n’est pas refuser l’autonomie, bien au contraire! Mais comment donner tort à ces médias lorsque nos intellectuels, pardonnez moi l’expression, pètent un cable? Que de haine!

Il faut que tout cela s’arrête et qu’on se concentre sur des problèmes plus urgents comme Haïti c’est vrai, mais il va bien falloir répondre à ces maestri des attaques faciles et personnelles.

73% de «NON» en Guyane et 80% en Martinique. Donc la seule chose à comprendre, c’est que les mêmes qui ont défilé et (comme le dit M.Confiant) « braillé » en février « pour faire plier l’État colonialiste » votent aujourd’hui comme un seul homme  pour dire qu’ils ne sont pas dupes, ni de la supercherie du gouvernement, ni des escroqueries intellectuelles du MIM, ni de ses sbires.. Respectés jusqu’ad vitam aeternam, voilà ce qu’ils veulent être et rester, à commencer par ses propres compatriotes. Perdants ou non.

À ces gens, je dis: je vous plains mais j’ai pitié de vous! À ce peuple, je dis qu’il est plus que temps de s’unir, de monter sur cette première marche du changement qu’est la collectivité unique. Alors en réponse aux immondices de monsieur Confiant, il faut que le peuple se rassemble, et pense à agir par lui même sans attendre que le Palais Bourbon ne décide de leur avenir. Unité.

Parodiant Zola pour dédramatiser cette mascarade de guerre civile, à mon tour j’accuse!

Mon peuple de Martinique,
J’accuse les élus du MIM d’avoir été les ouvriers diaboliques de l’erreur intellectuelle, en inconscient, je veux le croire, et d’avoir ensuite défendu leur œuvre néfaste, depuis un an, par les machinations les plus saugrenues et les publications les plus lamentables.

J’accuse le Président Marie-Jeanne d’avoir imposé le vote à main levée le 18 décembre 2008 et de s’être rendu coupable de cet embryon de déni de démocratie, dans un but politique, pour sauver son parti à la dérive.

J’accuse le Président Marie-Jeanne d’avoir voulu précipiter ceux qui croyaient en lui dans l’inconnu en employant un argument personnel, faute d’arguments solides et concrets: quitter les affaires politiques.

J’accuse le sénateur Claude Lise de s’être rendu complice, tout au moins par faiblesse d’esprit, de ce qui a failli être une des plus grandes escroqueries de notre Histoire.
J’accuse les Présidents Marie-Jeanne et Lise d’avoir fait une campagne scélérate, j’entends par là une campagne de la plus monstrueuse des manières, personalisée, contre leur adversaire désigné Serge Letchimy. Campagne dont nous garderons, jusqu’à longtemps, un impérissable souvenir de basses calmonies et dont le dégoût du peuple pour ce genre de méthodes n’est pas étranger à la claque prise par les pro-74.
J’accuse les experts en salissures, les sieurs Confiant, Caille et Boukman, d’avoir publié des écrits mensongers et délirants, à moins qu’un examen médical approfondi ne les déclare atteints d’une maladie de la vue et du jugement.

J’accuse Daniel Boukman, autoproclamé militant culturel, d’avoir sciemment voulu perturber et flouer le jugement du peuple en rapportant des propos diffamants pour se gargariser d’expressions aussi pompeuses que creuses et imbéciles du style « pratiques héritées du temps des Goebbels ». (http://www.montraykreyol.org/spip.php?article3407)

J’accuse Thierry Caille d’insulter la mémoire de Césaire, l’intelligence de tous les Martiniquais et l’honneur des progressistes en affirmant que « le PPM n’existe plus, Letchimy ayant acquis tout mon mépris doit être ignoré voire vilipendé. Il faut lui retirer le moment venu, la Mairie de Fort-de-France, l’empêcher de se mêler des consultations régionales et que tous lui disent, bien fort en le regardant droit dans les yeux que l’héritier d’Aimé Césaire est Monsieur Alfred Marie Jeanne ». (http://www.montraykreyol.org/spip.php?article3439)
La Martinique est petite, un village presque. Chaque village a son idiot.

J’accuse donc le sinistrissime Raphaël Confiant, qui non content de ne pas vouloir comprendre un traître mot du concept de l’autonomie, d’avoir affiché cette volontaire ignorance en 2.0 et d’avoir insulté le peuple martiniquais en leur disant d’aller se faire « foutre », a rajouté « À ce peuple, je dis qu’il n’est qu’une sous-merde, un ramassis d’aliénés, d’alimentaires et de lâches. Une tâche sur la carte du monde, une salissure. Un étron. ». (http://www.montraykreyol.org/spip.php?article3440)
J’accuse enfin les élus perdants, amers devant la défaite, malhonnêtes face à leur déroute, de continuer leur propagande pathétique contre un prétendu vote de la peur et de s’en répandre dans les journaux pour égarer l’opinion publique et cacher leur honte. (http://www.martinique.franceantilles.fr/actualite/politique/apres-la-defaite-de-dimanche-quel-choix-pour-les-partisans-du-74-12-01-2010-57434.php)
Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus pour bon nombre d’entre eux, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale et de malhonnêteté intellectuelle. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen pour rétablir la vérité et la justice.

En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose.
Je n’ai qu’un intérêt, celui de la Martinique, au nom de nos jeunes au chômage qui méritent de voir leur pays changer, qui n’ont que faire des luttes claniques du siècle dernier et qui attendent qu’on leur donne les moyens d’entreprendre. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour !
J’attends.
Veuillez agréer, mon peuple de Martinique, l’assurance de ma plus grande loyauté.

Jean-Sébastien LUBIN, pas de psedudonyme connu, du moins pas pour écrire sur le web !