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LE 22 MAI DOIT ETRE TREMPLIN ET VICTOIRE DU FUTUR.

Extrait de CENESTHESIE ET L’URGENCE D’ETRE de Tony DELSHAM.

Certains estiment que l’action commune des héritiers des trois groupes ne s’aurait s’enclencher qu’après l’image vengeresse du descendant d’esclavagistes, genoux en terre, demandant pardon des crimes commis par ses ancêtres. D’autres, réclament une réparation passant par la confiscation de biens jugés indus. Nous ne partageons pas ces choix demandés dans le cadre d’un département français. Ils sont irréalistes. La cohésion d’un peuple, d’une société, d’un groupe d’hommes, n’admet pas l’humiliation de l’une des composantes de ce peuple, de cette société, de ce groupe d’hommes.

Les forces alliés ayant terrassé l’Allemagne nazie se gardèrent bien de mettre tous les Allemands dans le même sac, se gardèrent bien d’humilier le peuple en son entier et les vainqueurs s’appuyant sur les adversaires Allemands du nazisme conservèrent au pays de Goethe et de Wagner une dignité qui lui permit de retrouver le concert des nations européennes, dès la fin de l’occupation.

La République Française n’a pas décapité tous les monarchistes. Elle s’est simplement débarrassée des irréductibles et à « proposé » aux autres de crier « Vive la République » Depuis, ces derniers sont devenus bons républicains, et si certains vivent dans la nostalgie du passé, les lois du peuple français balisent leurs phantasmes et leurs rêves secrets en les rappelant à l’ordre à la moindre déviance.

A la Martinique personne n’a été décapité, mais personne n’a non plus « proposé » au groupe des blancs de crier « Vive le 22 Mai »

Et pour cause ! Les esclaves libérés, comme le rappellent les journaux de l’époque mentionnés par l’historien Edouard de Lépine, semblable au peuple de France parcouraient les rues en criant « Vive la République, Vive la Liberté » En outre, entre le gouverneur affolé de l’époque, car confronté à l’interprétation des ordres de Paris, l’impétuosité du groupe des gens de couleur libres ne sachant qui devait être l’interlocuteur avec lequel on devait discuter de projets concrets et réfléchis concernant le futur, et l’impatience du groupe des noirs esclaves grisé par sa découverte de la puissance du nombre, personne n’était en mesure de faire de propositions lucides qui tiendraient compte, à la fois des intérêts de Paris et de ceux de Fort-de-France. L’organisation post esclavagistes est issue d’une vente à la criée, dominée par les forts en gueule des différents groupes sous le regard fuite en avant d’une administration centrale dépassée.

Conclusion ?

Si, pour les Etasuniens, le 4 juillet est la victoire des Etats-Unis passés, présent et futur, pour les Russes, le 17 octobre la victoire de la Russie, passée, présente et à venir, pour les Français le 14 juillet la victoire de la France passée, présente et à venir, pour les Martiniquais le 22 Mai est victoire de la Martinique du passé, pénalise le présent et rend incertain le futur. Il n’est pas source de joie, mais mur des lamentations.

Plus d’un siècle et demi plus tard, il n’y plus d’irréductibles, et, quand bien même y en aurait, le présent les rappellerait à l’ordre. Pourtant, c’est chacun dans son coin que Nègres, békés, mulâtres, et même des zoreyes, continuent à crier « Vive la Martinique ». Affirment œuvrer et penser Martinique. Cela avec une évidente sincérité. Comment fédérer et mettre ce … patriotisme au service de la Martinique et des Martiniquais ?

* * *

Assumer notre destin : En cette fin d’année 2005 l’état du monde n’est guère rassurant, et c’est dans un contexte survolté, où le problème religieux et le problème racial semblent se radicaliser, que les Antillais de Paris décident de lutter contre la stratégie de l’invisibilité, tandis que leur pays d’origine affronte un climat étrange où chacun paraît attendre l’explosion et les catastrophes annoncées. L’ère des grands travaux est définitivement terminée entraînant faillites et licenciements, les jeunes aux poches bourrées de diplômes et à la tête pleine de projets explorent toutes les possibilités qui leur sont offertes, montent d’éphémères entreprises supportées par les aides bonne conscience du système avant de s’expatrier animés du sentiment d’avoir été chassés de chez eux par une stratégie voulue, la drogue fait des ravages, braquages et agressions avec armes sont désormais le lot quotidien, les élus s’entredéchirent, .

L’attitude du gouvernement français qui depuis 1981, admet comme interlocuteurs privilégiés, non plus les descendants du groupe des blancs, mais bien l’ensemble des Martiniquais à travers les élus, a considérablement changé les données. Cependant les rapports inter groupes ne sont pas apaisés pour autant, le moindre incident ravive les rancœurs et les différentes composantes de l’identité martiniquaise continuent à se neutraliser. Pire, on assiste à ce qui ressemble à une tentative de concentration de zoreyes dans des zones géographiques précises, Diamant et Trinité notamment, qui pourrait bien concrétiser la formation d’un groupe cultivant un communautarise bien plus dangereux que le camp retranché du François, et portant les germes d’un vrai racisme. Dans un chapitre précédent nous avons constaté qu’existaient deux sortes de zoreyes. Celui parfaitement intégré, ayant adopté la Martinique et qui est adopté par les Martiniquais. L’autre replié sur lui-même, raciste et colonialiste justifie son attitude par l’hostilité qu’il affirme rencontrer chez les autochtones. L’image non stabilisée que lui renvoie la société martiniquaise lui fourni toutes sortes d’alibis.

Le drame de la Martinique, n’est-ce pas en définitive l’incurie des nôtres : intellectuels et hommes politiques « qui n’égalèrent pas leur destin ? »

Qui ne surent pas reconnaître les acquis de notre propre histoire et l’autorité inéluctable du devenu, loin des matrices originelles ?

Qui oublièrent de chanter l’enracinement, drapeau des conquérants, pour vouer un véritable culte au déracinement, linceul des perdants ?

Qui ne surent ou ne voulurent pas définir avec lucidité ce qu’était un martiniquais, bien que la réalité socio-historique s’affirme depuis bien longtemps déjà ?

En 2005, le devenu s’impose et le devenir s’impatiente. Alors fermement et avec insolence face à l’histoire, nous osons suggérer une action concrète dont l’intention est de nommer, de reconnaître et d’officialiser, enfin, l’identité martiniquaise à travers toutes ses composantes, car il n’est pas sûr que la simple arrivée des nouvelles générations comblera le vide perturbant de notre histoire. En effet, la reproduction du geste du père ou des aînés est une constante dans les familles et encore plus dans les sociétés non affranchies des pesanteurs du passé. Au cours de l’année 2003, Aimé Césaire symbole de la résistance nègre, et Bernard Hayot considéré, à tort ou à raison, comme le porte drapeau du pouvoir béké, ont raté une magnifique occasion. En effet, ils avaient décidé tout deux de planter un arbre à l’habitation Clément. Cérémonie sobre devant quelques invités, sans intention historique, ni recherche symbolique. Une telle rencontre, un tel geste avaient suscité un grand intérêt, preuve que la société martiniquaise est en attente du déclic. D’où notre conviction de la nécessité du symbole fort. Agissons le plus rapidement possible. Dès 2OO6, tentons de faire du 22 Mai la victoire de la Martinique passée, présente, et future. La victoire de tous les Martiniquais, sans exclusive.

Nous imaginons aisément les réactions outragées des guerriers à l’armure rouillée autoproclamés défenseurs de la dignité martiniquaise, de l’âme martiniquaise. Hélas, aucun papyrus frappé du sceau d’une authenticité, prenant source dans des mythologies ou dans l’histoire, ne leur confère la moindre légitimité. Le non-être des kidnappés d’Afrique fut organisé par les architectes d’une époque barbare. L’époque est révolue et les architectes congédiés, mais nous tardons à les remplacer par les nôtres, ceux de la renaissance de l’Etre issus du Tout-pays, issus du Tout- Martinique.

Nous imaginons les protestations courroucées et sincères d’héritiers des trois groupes qui se sont persuadés qu’à la Martinique l’ennemi a visage humain. Qu’il est blanc et béké. Ou noir et négre. Ou métissé et mulâtre. Ou cheveux soyeux et indien.

Non !

A la Martinique l’ennemi est la somme des rancœurs, des rancunes et des haines, qui perdurent parce que le poète n’a pas encore chanté l’amour. Ni l’amitié. Ni la fraternité. Pas plus qu’il n’a chanté la Martinique. Sauf à l’enrobée de flonflons doudouistes ou de délires névrotiques.

Nous imaginons également les diatribes de ceux qui confondent souffrance personnelle directement liée à un conflit immédiat avec un béké, avec un mulâtre, avec un nègre, avec un indien, avec le système et notre souffrance collective elle, directement liée à l’histoire et donc plus lointaine et maîtrisable, grâce à la grandeur humaine.

Qu’importent ces réactions prévisibles ! Avec le défi permanent que l’histoire a toujours exigé de nous, hissons-nous au niveau des autres nations en imposant au Tout- France et au Tout- Europe, le Tout Martinique. Offrons aux héritiers du groupe des noirs esclaves, du groupe des blancs esclavagistes, du groupe des gens de couleur libre, du groupe des Indiens, un pari sur le futur. Faisons-le avec l’éclat qui sied aux actes fondamentaux, avec le rituel qui soudent les hommes unis par un même destin et officialise la naissance des nations. La Martinique du présent, avec son identité affirmée et reconnue, se félicitera de l’image du préfet de la République Française déposant une gerbe aux pieds du neg mawon réhabilité, ne s’offusquera pas outre mesure du drapeau bleu blanc rouge, symbole de l’ensemble des régions françaises, côtoyant le drapeau martiniquais, symbole de la Région Martinique qui, dans une écrasante majorité, pour l’heure, accepte le bloc français et européen.

Alors, la poétique de la relation professée par Edouard Glissant nous conduira, sans doute au Tout- Martinique, condition obligée pour obtenir la Créolité qui, répétons-le, n’existe pas dans une Martinique, victime d’une dilution pure et simple. Alors seulement nous pourrons en adulte, rejoindre le Tout- Monde. Les procureurs intransigeants, relais de l’outre-tombe, seront enfin remplacés par les avocats du présent. Dès lors, la Créolisation, le Tout- Monde, le chaos- monde, l’Archipélisation, suite logique du discours de la Négritude, ne seront plus concepts inaccessibles. Les Martiniquais n’auront plus l’impression de n’être point concernés par les propositions de nos penseurs, de nos censeurs, et seront prêts à échanger sans craindre de se perdre.

C’est cette Martinique-là, et nulle autre, qui en toute sérénité et en toute lucidité, décidera si elle doit être pays indépendant parmi les autres états de la Caraïbe, pays autonome au sein de la République Française, ou vrai département français avec une histoire spécifique et originale.

Utopique, cette proposition ?

Pas sûr. En tous cas, Aimé Césaire lui-même, n’a-t-il pas souhaité, dans un passé récent, une utopie refondatrice ?

Schœlcher le 7 juin 2005.

Une collectivité qui s’endette, c’est une collectivité qui investit pour sa population

par Karl Paolo

Depuis que la campagne électorale pour les régionales a commencé, le principal argument de campagne des élus et candidats du MIM – CNCP – PALIMA est de dire que le Conseil régional n’a pas un centime d’emprunt auprès des banques, qu’il n’a aucune dette ! Ils s’en vantent et s’en félicitent comme si ils avaient découvert la pierre philosophale ou la formule permettant de transformer le plomb en or !

Voila donc des partis politiques qui se proclament « anticolonialistes, anti-impérialistes ,… que sais-je encore, mais qui n’hésitent pas à reprendre à leur compte, sans la moindre réflexion, sans la moindre critique, les positions les plus réactionnaires que les ultra libéraux, partisan du capitalisme pur et dur, ceux des fameux critères de Maastricht et ceux du Fonds Monétaire International n’osent même plus soutenir !!!

Avec de tels arguments aux cotés desquels les ultralibéraux passent pour d’aimables plaisantins, comment classer ces mouvements politiques à gauche alors qu’ils considèrent tout à fait normal de sacrifier le sort d’une population et le développement de son pays à un pseudo dogme de gestion dont ils sont les seuls inventeurs et les seuls promoteurs ?

En effet, quel pays au monde n’est pas endetté ? Du Malawi à la Suisse en passant par le Canada et la Tunisie, presque tous les pays, riches ou pauvres, sont endettés, y compris la France, 31ème au palmarès avec une dette de plus de 1000 milliards d’euros, soit 68,8% des ressources produites chaque année par le pays.

Et bien, ami lecteur sachez que les dirigeants de ces pays sont, pour le MIM – CNCP – PALIMA, d’incorrigibles mauvais gestionnaires ! AUCUN n’a ni lu, ni entendu, ni compris Monsieur Alfred Marie-Jeanne, seul président d’une collectivité territoriale à ne pas avoir le moindre centime de dettes ! M. OBAMA est donc un imbécile aux yeux de M. Marie-Jeanne, lui qui a accru l’endettement des Etats Unis. MM. POUTINE, LULA, CHAVEZ, bref, tous les chefs d’Etat devraient se rendre, non pas au Forum de Davos ou à Doha mais à l’immeuble de Plateau Roy pour venir écouter le nouveau pic de la Mirandole des finances publiques qui dirige notre collectivité régionale depuis 12 ans ! Et nous l’ignorions !!!!

D’abord, l’endettement, même massif de tous ces pays n’est pas si dramatique. En effet, contrairement à un individu, la collectivité a une durée de vie infinie. Ensuite, l’endettement étant la condition sine qua non de l’investissement, on ne peut parler d’endettement sans évoquer en même temps des richesses produites, crées grâce à cet endettement. Enfin, l’endettement est une nécessité vitale et Nicolas Sarkozy lui-même, élu à la présidence de la République en promettant de réduire l’endettement de la France n’a pu que l’accroitre ! Il aurait sans doute du demander des conseils à notre futur prix Nobel d’économie.

Cela prêterait à rire s’il ne s’agissait pas de choses sérieuses aux conséquences extrêmement graves pour des milliers de martiniquais ! Réfléchissons deux secondes, amis lecteurs !

Si l’Etat français et son gouvernement décidait d’appliquer le principe qu’affirme de manière totalement absurde le président du Conseil régional, à savoir « zéro dette », on fermerait immédiatement écoles, collèges, lycées, universités, hôpitaux, services publics, on arrêterait de payer les salaires des agents publics, les retraites et les pensions, les conseils généraux et les conseils généraux n’auraient plus les concours de l’Etat, bref, c’est toute l’économie qui serait par terre ! Que dirions-nous d’une telle situation ? Que diraient les syndicats enseignants si les postes venaient à être supprimés par milliers, les salaires réduits de 30% au motif de réduire l’endettement de la France, si les prestations sociales étaient divisées par 2 afin de réduire le déficit de la Sécurité Sociale ? Un rêve croyez-vous ? C’est exactement la politique prônée sans doute sans le savoir par M. Marie-Jeanne !!!!

Si le théorème Marie-Jeanne, c’est-à-dire celui de « l’endettement zéro » était mis en œuvre par les banques et les organismes financiers et que le robinet du crédit était brutalement coupé en Martinique, l’entreprise pourrait-elle vivre, l’artisan pourrait-il poursuivre son activité, le salarié pourrait-il être payé en fin de mois, le client pourrait-il acheter ? Bien sur que non !

Quel martiniquais pourrait payer au comptant, « cash », sa maison, sa voiture, son téléviseur, ses meubles et sa gazinière ? MM. Marie-Jeanne, Marie-Sainte, Duville, Michalon et consorts, tous propriétaires de leur maison, ne se sont-ils pas endettés pour l’acquérir ?

Ainsi donc, ce qui serait bon pour l’individu Marie-Jeanne, Marie-Sainte, Duville, Michalon serait mauvais pour la collectivité régionale de Martinique dont les investissements servent pourtant l’intérêt général ! Il serait normal que tel élu du MIM connu pour son gout des BMW s’endette pour acquérir un des derniers modèles mais il serait criminel que le Conseil régional s’endette pour financer la remise en état du réseau d’eau potable et d’assainissement et l’augmentation du nombre de réservoirs ? A qui va-t-on faire avaler une pareille baliverne ?

Il faut donc faire preuve d’une totale irresponsabilité quand on se félicite d’un endettement zéro de la région Martinique alors que tant de problèmes se posent aux pays, à ses entreprises et à ses habitants.

Une collectivité qui s’endette, c’est d’abord une collectivité qui investit pour améliorer le cadre et les conditions de vie de sa population et pour permettre, faciliter et impulser le développement de son territoire! En effet, sauf à couvrir des dépenses inutiles ou éphémères, les emprunts ne peuvent financer que les dépenses d’investissements dont le pays et la population ont le plus grand besoin. Ne pas le faire alors qu’on en a les moyens revient à priver la population des services (logements, transport, infrastructures) auxquels elle a droit et à restreindre le niveau d’activité des entreprises et donc celui de l’emploi alors que tout devrait être fait pour le développer.

Une collectivité qui s’endette, c’est aussi une collectivité qui a les moyens de s’endetter c’est-à-dire qui à la capacité de rembourser ses emprunts ! Et dans ce domaine, il n’y a pas de triche possible car les comptes sont publics et subissent un triple contrôle : un contrôle de légalité réalisé par le préfet, un contrôle sur la régularité des dépenses engagées effectué par le comptable public (fonctionnaire du Trésor) et enfin un contrôle de la Chambre régionale des Comptes. De ce point de vue, les 28 millions d’euros d’excédent dégagés par la Région Martinique à la clôture de l’exercice 2008 correspondent à une capacité d’emprunt de quelques 300 millions d’euros.

Si la prudence recommande de conserver des marges de manœuvre, ne pas utiliser le tiers de cette capacité d’emprunt pour obtenir des banques 100 millions d’euros en bénéficiant de la baisse des taux d’intérêt afin de permettre au pays de passer un cap difficile en relançant la commande publique dans des secteurs où cette action pourrait avoir un effet multiplicateur, tant en terme de financement privé qu’en terme d’activité et d’emploi, est totalement incompréhensible et démontre une manque total de vision prospective et une absence d’imagination. Quand on considère que le rendement de la fiscalité est directement lié au développement de l’activité et de création de richesse, on ne peut que conclure que le Conseil régional marche sur la tête en refusant d’être ce qu’il doit être : le pilote du développement économique, social et culturel du pays.

Une collectivité qui s’endette, c’est enfin une question de confiance, confiance des préteurs dans la solidité des projets des élus mais aussi et surtout confiance des élus dans l’avenir du pays qu’ils ont à gérer, confiance des élus dans la capacité d’entreprendre et de créer de ses habitants.

Mais c’est sans doute là que le bas blesse ! Le seul projet du président sortant du Conseil régional était et est toujours d’imposer l’article 74. Il n’y en a pas d’autre puisque lui-même considère, il l’a assez répété lors de la consultation du 10 janvier, qu’on ne peut rien faire dans le cadre actuel de l’article 73, « usé jusqu’à la corde ».

Le peuple martiniquais a répondu massivement « NON » à la volonté qu’il affichait de faire passer en force l’article 74. Qu’il le veuille ou non, en tant que principal chef des 74zistes, M. Marie-Jeanne a reçu une « claque » de la part de 80% des électeurs martiniquais. Il s’agit le 14 mars prochain de traduire dans les faits la volonté exprimée les 10 et 24 janvier en votant massivement pour la liste « Pour une Martinique nouvelle » afin de garantir ce que leur vote a affirmé : « NON au 74 » et « OUI » à la collectivité unique, élue sur la base d’un scrutin mixte respectant la représentation des territoires. Car les martiniquais doivent y prendre garde : pour revenir sur l’article 74, M. Marie-Jeanne et son équipe n’ont d’autre choix que de poursuivre la politique du pire c’est-à-dire, NE RIEN FAIRE pour mettre notre pays en mouvement !!! Et c’est bien pourquoi ils n’ont aucun projet !

Karl PAOLO

3 mars 2010

Analyse du discours de Nicolas SARKOSY à l’Atrium le 18 février 2010

Les référendums se suivent et se ressemblent dans les DOM, ou presque, enfin désormais je devrais dire les ex-DOM concernant la Martinique et la Guyane depuis le 24 janvier, le tour de la Guadeloupe viendra plus tard soyez-en sur, d’une manière ou d’une autre. La Réunion semble institutionnellement épargnée pour l’instant, mais on ne peut jurer de rien.

Le piège Raffarin assemblée unique-nouvelle collectivité n’ayant pas fonctionné le 7 décembre 2003, on nous l’a resservi en en janvier 2010 version Sarkozy, mais nettement plus élaboré cette fois-ci :

La première astuce a été de jouer sur deux couples de  mots « unique, nouvelle » et  « assemblée, collectivité »   pour créer la confusion « nouvelle assemblée unique » =  « nouvelle collectivité unique »

La deuxième astuce a été de décomposer le piège en deux temps le 10 puis le 24 janvier. Le 10 janvier ils ont fait semblant de vous demander de choisir entre le 73 et le 74 en sachant très bien que vous alliez voter massivement non au 74, le vrai objectif étant d’endormir votre méfiance pour le vote du 24 janvier, afin qu’a la faveur d’une forte abstention parfaitement prévisible,  le oui à ce qu’ils ont présenté comme l’assemblée unique, mais qui est en en fait une « nouvelle collectivité unique » l’emporte même de peu,  cela suffit,  l’idée étant de faire silence sur le fort taux d’abstention, pourtant très significatif.

On reconnait là, la patte de l’enfant gâté de la Vème, élève de Mitterrand et de Chirac, héritier d’une droite décomplexée, mais complexé par sa petite taille, animé par l’esprit de revanche et cherchant à tout prix à prouver, qu’il peut réussir là où d’autres  grands avant lui ont trébuchés.

Cet esprit de revanche on le retrouve, dans l’analyse de son discours à l’atrium le 18 février, où il n’a pas pu s’empêcher de rappeler sa déconvenue lors de son voyage en 2005 je le cite : « si je remonte en 2005, je ne le fais pas pour polémiquer avec qui que ce soit, ca n’aurait aucun sens d’ailleurs  mais je me souviens des polémiques au moment de ma venue en 2005, elles m’avaient d’ailleurs blessé » s’en suit une récupération éhontée de l’image d’Aimé Césaire ce « grand homme, un sage » avec lequel il se serait réconcilié, lors d’un entretien en 2006.

Puis entre le passage de pommade dans le dos aux élus, et la condamnation sans appel des troubles de 2009, cette phrase lourde de sens, qu’il laisse échapper, à telle enseigne qu’on se demande si ce discours très troublant, n’est pas l’addition de deux textes ou de deux pensées exprimant des sentiments très différents voire contraires  « c’est pas parce que j’ai été reçu gentiment et avec beaucoup de chaleur que j’oublie » , stupéfiant !  Et au passage pour démontrer qu’il a une bonne connaissance des « outres-mers » il prend soin de préciser lors de ce rappel des participants aux manifestations de 2009, résumés dans le terme « les violents », « plus en Guadeloupe qu’en Martinique d’ailleurs » histoire d’entretenir la division entre les deux iles, et quid de leurs revendications.  Jégo est  mort vive Penchard !

Vient ensuite le passage succulent de pommade dans le dos de la population, spécialiste avertie de droit constitutionnel « et j’ai encore en mémoire le souvenir de tous les conseils et tous les commentaires, ça ne les intéressera pas, ils n’y comprendront rien . Quelle méconnaissance de la Martinique, et de l’outre-mer en général ! » Du fout… de gueule pur et simple si on rapproche ces propos  de « vous vous êtes exprimé avec la plus grande clarté, sur le premier référendum car non seulement on en a fait un, ce qui était déjà un risque, mais comme ça ne suffisait pas on en a fait deux ».  Justement pourquoi en avoir fait deux et surtout,  de quel premier référendum s’agit-il au fait ?

De celui du 7 décembre 2003, ou de celui du 10 janvier 2010, et même dans un cas ou dans l’autre, celui du 24 janvier  serait le deuxième ou le troisième, donc à l’évidence et de l’aveu même du président on peut conclure que le peuple martiniquais ne s’est pas exprimé « avec la plus grande clarté » le 24 janvier 2010.

L’aveu de toute cette grande supercherie qu’a été  cette consultation du 24 janvier, se révèle de façon éclatante, dans ce discours du 18 février. Il suffit de citer ce passage d’une incroyable maladresse.

« j’avais pris l’engagement, de demeurer neutre, et je mets au défi qui que ce soit de pouvoir témoigner que je n’ai pas respecté, cette parfaite neutralité, tout juste vous avais-je dit, dès le mois de Juin dernier que pour moi le statu quo institutionnel n’était pas souhaitable compte tenu des modes de gouvernance partout dans le monde, et aussi compte tenu des évènements que nous venions de vivre, le seul point ou vraiment je me suis un peu engagé, mais en vous demandant de ne pas garder le statu quo. »

Alors de deux choses l’une soit le président de la république a voulu nous faire prendre des vessies pour des lanternes, soit je n’y comprends plus rien à la langue française. Mais une chose reste sure : on ne peut pas dans une même phrase affirmer une chose et son contraire. Car les mots, et groupes de mots « engagement de rester neutre » « parfaite neutralité »et « pour moi le statu quo n’était pas souhaitable » « le seul point ou vraiment je me suis engagé » « en vous demandant de ne pas garder le statu quo » ne sont rationnellement, ni compatibles, ni associables pour quelqu’un sain d’esprit.

Moïse DANIEL

La Martinique et la Guyane crypto-indépendantes depuis le 24 janvier

C’est presque une histoire politique belge, sauf qu’en l’espèce l’outre-mer dépasse l’outre-Quiévrain, qui nous est révélée par Monsieur VIRASSAMY, l’un des acteurs assidus du blog Antilles Politique, avec Monsieur MATOUM, autre acteur de ce blog. Lors de la «consultation» du 24 janvier dernier qui devait simplement porter sur le fonctionnement de leurs conseils généraux et régionaux respectifs, la Martinique et la Guyane ont en fait très légalement voté… leur indépendance (ce qui est d’autant plus cocasse qu’elles avaient refusé l’autonomie le 10 janvier précédent, leur situation rappelant alors le Gabon qui s’était vu en 1960 conférer de force l’indépendance malgré sa demande de départementalisation).

Posons le principe suivant : pour être français, un territoire d’outre-mer doit être régi par un article déterminé de la Constitution de la République. Le 9 janvier encore, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et La Réunion, toutes régions monodépartementales, étaient régies par son article 73 (en tant que «départements et régions d’outre-mer», ou DROM, bénéficiant du régime d’identité législative) ; Mayotte, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, les îles Wallis et Futuna et la Polynésie française, par son article 74 (ce sont des collectivités d’outre-mer, ou COM, bénéficiant du régime de spécialité législative ou d’autonomie) ; la Nouvelle-Calédonie, par ses articles 76 et 77 (qui forment une sorte d’article 74 amélioré). Le 10 janvier, la Martinique et la Guyane devaient se prononcer sur leur passage à l’article 74 ; en cas de refus, elles devaient se prononcer, le 24, sur la fusion de leurs conseils généraux et régionaux respectifs dans le cadre de l’article 73. C’est plus ou moins ce que tout le monde avait compris. Sauf que… Si, le 10 janvier, les deux DROM ont bien refusé le passage à l’article 74 et donc à l’autonomie, le 24, par une incroyable bourde pourtant évidente mais que des bataillons de juristes ont laissé passé, ils n’ont pas simplement aménagé leur fonctionnement au sein de l’article 73 : ils en sont carrément sortis. Sortant de l’article 73, ne relevant pas de l’article 74 ou de quelque autre article que ce soit, la Martinique et la Guyane sont sorties de la Constitution de la République. Elles ont quitté la République ; elles sont devenues indépendantes.

Une bourde ou plutôt une succession de bourdes. Au fil des dernières réformes constitutionnelles touchant aux outre-mers, la clarté rédactionnelle n’a pas toujours prévalu. Il est vrai qu’une certaine tradition d’indifférence constitutionnelle à l’égard de l’outre-mer existe : ainsi, c’est l’auteur de ces lignes qui a dû faire remarquer au Conseil constitutionnel, au terme des dernières élections présidentielles, qu’il inversait systématiquement depuis plusieurs décennies les numéros attribués à la Nouvelle-Calédonie et à la Polynésie française dans la publication des résultats électoraux (le 987 se trouvait affecté à la Nouvelle-Calédonie et le 988 à la Polynésie française sans que cela ne choque personne). C’est un peu le même genre de négligence qui a permis aux parlementaires français d’approuver deux dispositions parfaitement contradictoires dans le texte constitutionnel suprême : l’alinéa 2 de l’article 72-3 de la Constitution et l’alinéa dernier de son article 73 ensemble son alinéa premier.

* * *

Que dit l’alinéa 2 de l’article 72-3 ? «La Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion, Mayotte, Saint Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, les îles Wallis et Futuna et la Polynésie française sont régis par l’article 73 pour les départements et les régions d’outre-mer, et pour les collectivités territoriales créées en application du dernier alinéa de l’article 73, et par l’article 74 pour les autres collectivités.»

Que disent les alinéas premier et surtout dernier de l’article 73 ? L’alinéa premier débute ainsi : «Dans les départements et les régions d’outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit…» L’alinéa dernier est ainsi rédigé : «La création par la loi d’une collectivité se substituant à un département et une région d’outre-mer ou l’institution d’une assemblée délibérante unique pour ces deux collectivités ne peut intervenir sans qu’ait été recueilli, selon les formes prévues au second alinéa de l’article 72-4, le consentement des électeurs inscrits dans le ressort de ces collectivités».

L’alinéa 1er de l’article 73 range donc très clairement sous son autorité les DROM. Rien que les DROM, seulement les DROM. Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion (du moins : au 9 janvier encore). Comme on dit familièrement : «Point, barre». L’alinéa septième et dernier de l’article 73 dit pour sa part que si l’on veut modifier le régime de ces quatre DROM, on a le choix entre deux modalités : «la création d’une collectivité se substituant à un département et une région d’outre-mer» (modalité A) ou «l’institution d’une assemblée délibérante unique pour ces deux collectivités» (modalité B). Retenez ce «ou» central, vous verrez que c’est le «ou» qui tue (un beau «ou exclusif», comme le souligne Joseph VIRASSAMY). Commençons par la modalité B, puisqu’elle pose à vrai dire peu de problèmes : les deux collectivités perdurent formellement, on reste dans le cadre des DROM, on reste dans le cadre de l’article 73. C’est une solution similaire qui permet au Conseil de Paris de siéger, tantôt en conseil municipal (pour les affaires relevant de la ville de Paris), tantôt en conseil général (pour celles relevant du département de Paris, les deux collectivités ayant exactement le même périmètre géographique). C’est le simple aménagement sur lequel devait porter la consultation du 24 janvier (ou bien plutôt, nous y viendrons, la «con-sultation», avec un tiret certes osé mais bien mérité). La modalité A entraîne d’autres effets : puisqu’elle crée une collectivité qui se «substitue» à un DROM, le DROM cesse d’exister. La notion de substitution implique la disparition de ce à quoi il est substitué. Dès lors, comme on le dit dans les cours de récréation, pas de bras, pas de chocolat ! Plus de DROM, plus d’article 73 ! La destination logique, non mentionnée dans l’alinéa cependant, est alors l’article 74 ou, comme pour la Nouvelle-Calédonie, un ou plusieurs articles ad hoc. C’est à ce point de notre réflexion (pour les lecteursTRICES perduEs, allez-donc faire une promenade, buvez un verre et recommencez depuis le début) que le piège constitutionnel se referme (la «malfaçon constitutionnelle», pour reprendre l’expression de Monsieur VIRASSAMY). En effet, l’alinéa 2 de l’article 72-3 prévoit que «les collectivités territoriales créées en application du dernier alinéa de l’article 73» (suivant la modalité A) sont régies par ce même article 73. Or, cette précision est incompatible avec l’alinéa 1er de l’article 73 qui porte on ne peut plus clairement, on l’a vu, sur les DROM, rien que les DROM, tous les DROM : les collectivités «modalité A» ne sont plus des DROM (elles s’y sont «substituées»).

Ainsi, la formulation de la question posée en Martinique et en Guyane le 24 janvier («Approuvez-vous la création d’une collectivité unique exerçant les compétences dévolues au département et à la région tout en demeurant régie par l’article 73 de la Constitution ?») est parfaitement fidèle à la Constitution, c’est-à-dire qu’elle décrit une situation parfaitement impossible – d’autres diraient courtelinesque. Une telle persistance dans l’erreur aurait facilement pu être évitée puisqu’il suffisait de s’en tenir à la modalité B et de proposer la création non pas d’une collectivité mais d’une assemblée unique – c’est ce que tout le monde avait d’ailleurs compris et notamment l’auteur de ces lignes, mea culpa. Néanmoins, c’est bien cette question si mal formulée que les MartiniquaiSEs et GuyanaiSEs ont approuvé : si l’on s’en tient à une lecture linéaire et progressive allant du début de la question vers sa fin, ils et elles sont donc d’abord et avant tout sortiEs de l’article 73 (en créant une collectivité «modalité A»). N’étant plus dans l’article 73, n’étant pas dans l’article 74 puisque rien ne le prévoit (autre aspect de la malfaçon constitutionnelle relevée par Joseph VIRASSAMY), n’étant nulle part ailleurs dans la Constitution, la Martinique et la Guyane sont dans un vide constitutionnel, dans les limbes constitutionnelles, dans l’impossibilité de la Constitution – en un mot, hors la Constitution. Elles ne sont, selon le principe posé plus haut, plus françaises ; elles sont indépendantes.

Vive la Martinique libre ! Vive la Guyane libre ! Et vive la France (et ses constitutionnalistes) !

* * *

Blague à part et comme le dit si bien Joseph VIRASSAMY, il y a désormais en Martinique et en Guyane «deux cadavres dans le placard et un monstre dans le berceau», les cadavres étant le département et la région, le monstre cette collectivité OVNI. Quel sera son statut ? Des projets sont en réalité tout prêts, pour ne pas dire tout près, comme le suggère Monsieur VIRASSAMY : ceux élaborés par les congrès des élus départementaux et régionaux en Martinique le 18 juin, en Guyane le 2 septembre. Les populations concernées les ont rejetés le 10 janvier, certes, mais l’autonomie laissée à la porte le 10 ne serait-elle pas entrée par la fenêtre le 24 ?

David AUERBACH CHIFFRIN

* * *

[1] L’auteur de ces lignes se disait qu’il comprenait mieux pourquoi, au vu de cette bouillabaisse constitutionnelle indigne d’un grand Etat de droit, la Réunion s’était empressée de faire inscrire dans la Constitution qu’elle n’était nullement intéressée par de tels tripatouillages. Il n’en est rien cependant puisque contrairement à ce qui se dit et après relecture attentive, le DROM de l’océan Indien n’est pas protégé de cette situation mais seulement de deux autres alinéas de l’article 73, relatifs aux désormais célèbres «habilitations».

[2] À force de lire et relire l’article 73, force est de constater qu’il est assez indigeste voire parfois incompréhensible, ce qui explique assez tout ce pataquès et ne semble pas compatible avec l’impératif de clarté assigné à la loi dans un État de droit.

[3] À la vérité et à force de retourner le Rubycube constitutionnel, une autre lecture de l’alinéa premier de l’article 73 est possible. Un principe jurisprudentiel voulant qu’on fasse «parler la loi», c’est-à-dire qu’on lui trouve une application quand elle semble n’en pas avoir, on pourrait soutenir que l’expression : «Dans les départements et les régions d’outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit…» n’exclut pas stricto sensu que «les lois et règlements» soient «applicables de plein droit» ailleurs que dans les «départements et les régions d’outre-mer». En quelque sorte, il faudrait lire, lato sensu : «Dans les départements et les régions d’outre-mer (et dans les collectivités territoriales créées en application du dernier alinéa du présent article), les lois et règlements sont applicables de plein droit…» C’est probablement, adieu indépendances, la lecture qui serait retenue par le Conseil constitutionnel s’il était saisi sur ce point, ce qui paraît improbable puisqu’il faudrait soixante députés ou soixante sénateurs pour cela et qu’il est incertain qu’autant de parlementaires soient prêts à signaler leur propre incompétence, les réformes constitutionnelles qu’ils ont voté et qui ont abouti à une telle incohérence étant relativement récentes. Gageons donc que le Parlement s’accordera pour dire qu’il a été parfaitement clair et que tout ceci finira dans quelques années par un amendement rédactionnel discrètement adopté au milieu de la nuit, à la faveur de la prochaine modification constitutionnelle, par exemple quand il sera question de supprimer l’alinéa 2 de l’article 6, relatif au président de la République : «Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs.»

[4] Le texte de la Constitution du 4 octobre 1958 (à jour au 10 décembre 2009) est disponible sur le site Internet du Conseil constitutionnel :
http://www.conseil-constitutionnel.fr/
http://www.tjenbered.fr/2009/20091210-79.pdf

[5] Les positions de Joseph VIRASSAMY sur le blog Antilles Politique sont disponibles ici :
http://www.antillespolitique.com/?s=virassamy
http://www.tjenbered.fr/2010/20100219-99.pdf

[6] Rapport introductif de Claude Lise, président du congrès des élus départementaux et régionaux de Martinique du 18 juin 2009
http://www.antillespolitique.com/
http://www.etatsgenerauxoutremer.net/20090618-99.pdf
http://www.tjenbered.fr/2009/20090618-99.pdf

[7] Fondements du projet de société – Annexe à la résolution adoptée n°7 du congrès des élus départementaux et régionaux de Guyane du 2 septembre 2009
http://www.cr-guyane.fr/?rub=6&sec=647
http://www.etatsgenerauxoutremer.net/20090902-99.pdf
http://www.tjenbered.fr/2009/20090902-99.pdf

Serge Letchimy : DECLARATION DU 24 JANVIER 2010

Le peuple martiniquais vient de trancher une seconde fois.

Il appartient à chacun, à chaque Parti politique, à chaque mouvement de citoyens, de tirer en toute conscience les conclusions qui s’imposent.

Lucides, respectueux de la démocratie et déterminés à poursuivre leur route vers le progrès et l’émancipation, le PPM et le MAP respecteront ce choix.

Ces résultats montrent bien que le peuple martiniquais conçoit avec lucidité une évolution institutionnelle qui ne renie en rien les acquis de ses grandes luttes historiques, mais qui affirme, de manière sereine, l’ambition de ses responsabilités propres face aux défis du monde moderne.

Le PPM et le MAP ont pris une part très active à cette victoire, mais c’est d’abord la victoire du peuple martiniquais. Il n’a pas fait le choix de la passivité dans l’attente d’une réforme à venir. Il a fait le choix d’envisager son propre chemin dans le cadre d’une République qui devra désormais apprendre à concilier le droit à l’égalité et le droit à la différence !

La responsabilité des élus d’aujourd’hui et de demain sera déterminante. Ils devront se montrer à la hauteur de ces espérances nouvelles en ne brûlant aucune étape, et en ne confondant jamais leurs légitimes ambitions avec l’intérêt supérieur de ce pays.

Pour ma part, c’est avec une détermination sans faille, et dans l’écoute permanente du peuple martiniquais, que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ce jour devienne le lieu d’un autre commencement.

Merci aux militants, aux alliés et aux sympathisants !

Merci au peuple martiniquais !

Et vive la Martinique nouvelle !

Serge LETCHIMY.

APPEL A VOTER OUI LE 24 JANVIER


APPEL A VOTER OUI

Dimanche 24 janvier nous sommes appelés à nous prononcer pour la création d’une collectivité unique en Martinique. Après tous les débats, tant locaux que nationaux nous avons décidé de lancer cet appel à voter OUI le 24 janvier 2010.

Il s’agit d’un moment décisif pour notre pays, un moment qui nous impose une double exigence : celle de moderniser nos institutions, et celle de rechercher en permanence plus d’efficacité et plus de cohérence pour affronter le mal développement d’aujourd’hui et les défis de demain.

La collectivité unique qui exercera les compétences du conseil général et du conseil régional, se mettra en place autour des budgets additionnés de ces deux institutions, avec le personnel existant, est une simplification institutionnelle indispensable pour que la Martinique améliore son mode de gouvernance et du coup, la performance de ses politiques publiques.

Cette simplification institutionnelle, inscrite dans l’article 73 de la constitution nous garantit la totale égalité des droits, tout en ouvrant des possibilités d’optimiser notre développement.

Nous avons entendu et compris les inquiétudes de certains d’entre vous, cependant, la démonstration est faite qu’il ne s’agissait que de mal entendu.

Pour éviter le statu quo sans perspectives et sortir du chevauchement paralysant de compétences, nous citoyens, élus, femmes et hommes de progrès appelons à voter :

OUI le 24 janvier

Cet appel citoyen à voter OUI a déjà recueilli plus d’une centaine de signatures dans lesquelles nous avons relevé celles de :

Marcel Ozenat, Michel Yoyo, Philippe Eadie, Pierre Petit, Jenny Dulys, Victor Crater, Jean pierre Piejos, Jean claude William, jean claude Duverger, Guy Ovide-Etienne, Eric Mongérant, Serge Chalons, Maurice Antiste, Odile Pierre Charles, Serge Letchimy, Patrice Dintimille, Simon Morin, Max Dufrénot, Philippe Saint Cyr, Catherine Conconne, Didier Laguerre, Danielle Marceline, Elisabeth Landi, Roger Lagier, Serge Larcher, Alfred Almont, Jean françois Lafontaine, Jocelyn Germé, Didier Laguerre, etc…

Pour l’assemblée unique: Serge Letchimy s’adresse aux Martiniquais

19 janvier 2010

Mes chers (es) compatriotes,

Le 24 janvier nous sommes de nouveau appelés aux urnes pour que la Martinique se prononce sur la création d’une collectivité unique dans le cadre de l’article 73 de la constitution. Quels qu’aient été nos votes respectifs le 10 janvier dernier, nous devons tous dire OUI à cette nouvelle collectivité.

Oui pour les raisons suivantes :

La plus évidente est que cela permettra une bienfaisante simplification institutionnelle.

Sur le territoire martiniquais, se cumulent deux collectivités, la Région et le Département. Les conséquences d’un tel empilement institutionnel sont multiples : entremêlement de compétences, télescopage permanent des décisions, surenchères politiciennes, ralentissement et incohérence des politiques publiques, perte d’énergies à tous les niveaux, mauvaise utilisation des deniers publics, gouvernance locale émiettée.

Un tel « migannaj » provoque des ralentissements généralisés quand il faudrait agir vite, agir bien, et affronter les urgences quotidiennes du mal-développement, du chômage, de la précarité grandissante, des drames de l’habitat…

Dans des domaines comme ceux du transport, de l’agriculture, de l’énergie, de l’environnement, de la culture, du sport… des bouts de compétences se tricotent entre la Région, le Département, l’Etat, et finalement se paralysent dans des marigots administratifs. Dès lors, ce qui devait être traité sous l’éclairage d’une vision d’ensemble, d’une intention globale, se retrouve « makayé » de manière parcellaire, et, souvent même, de manière antagoniste ou pire : concurrentielle ! …

La recherche d’une mise en cohérence, et d’une meilleure efficacité de nos institutions est une urgence capitale ! C’est pour cela qu’il faut dire Oui.

Certains d’entre vous s’interrogent sur le détail de cette nouvelle collectivité, sur ses moyens, ses compétences, son mode d’élection et sa place exacte dans la Constitution…

Il faut tout d’abord souligner que son inscription dans l’article 73 nous place dans le cadre de l’identité législative, ce qui nous garantit la pleine et totale égalité des droits.

Les moyens financiers, fiscaux et budgétaires, de cette nouvelle collectivité, sont les moyens additionnés de la Région, du Département, de l’Etat, de l’Europe. Ses compétences sont simplement celles rassemblés et rationalisés du Département et de la Région. Des possibilités d’habilitation et d’expérimentation législatives, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, dans des domaines économiques, sociaux ou culturels importants, lui permettront de mettre en œuvre, dans le cadre de la Constitution, des espaces de responsabilité directe, ce qui nous autorisera plus d’initiatives locales et des interventions éclairées, et plus efficaces.

Pour une représentation plus juste et démocratique, je souhaite que le mode d’élection soit à la fois territorial (pour que la Martinique soit représentée dans sa diversité géographique) et à la proportionnelle (pour que tous les courants politiques, toutes les minorités, soient pris en compte).

C’est l’expression démocratique la plus achevée, et partagée qui doit être retenue !

Vous connaissez mon engagement sans faille pour que l’égalité des droits soit compatible avec le droit à l’initiative dans cette nécessaire responsabilité à domicilier localement. Je suis donc très à l’aise pour soutenir que cette nouvelle collectivité ne changera RIEN, je dis bien : RIEN, à l’égalité des Droits, RIEN à notre statut de Région ultrapériphérique, et RIEN à ce que l’on appelle plus largement le droit commun républicain.

C’est une vérité incontestable !

Je sais que certains d’entre vous se posent la question suivante : Pourquoi ne pas attendre la réforme Balladur ?

En toute conscience je leur réponds qu’un tel choix constituerait un regrettable recul.
La situation dans l’Hexagone en terme de découpage territorial n’est pas la même que la nôtre (4 ou 5 Départements dans une Région, alors qu’ici, en Martinique, c’est un Département dans une Région). C’est pour cela que le rapport Balladur ne traite l’Outremer qu’à la marge.

En l’état actuel du texte présenté au Senat sur la réforme territoriale, le refus de cette opportunité de dire Oui à la collectivité unique, reviendrait à laisser le gouvernement, ou un membre de son administration décider seul, par ordonnance de l’organisation de notre institutionnelle, et en conséquence de l’essentiel de notre avenir.

Cela est inacceptable !

Sans comptez qu’en l’état actuel de la constitution, (et à défaut d’habilitation, à légiférer par ordonnance) l’application de la réforme Balladur dans les départements et régions d’Outre mer nécessiterait, à priori, une nouvelle consultation de la population.

Ce serait le comble.

Voter Oui le dimanche 24 est donc un acte fondamental !

Alors mes chers (es) compatriotes, je vous demande d’aller voter, de faire voter, et de voter en toute confiance OUI.

Un Oui de résolution, un OUI de dignité, un OUI de responsabilité sans faille !

DIMANCHE  24  JANVIER  VOTEZ  OUI

Serge LETCHIMY


NOUS NE SOMMES PAS DES MENDIANTS AUX POCHES VIDES.

Ainsi, l’échec du Non s’expliquerait par le chantage du ventre. Je ne le pense pas. Les causes de l’échec sont ailleurs car, me semble-t-il,  partout sur la planète le ventre a une importance capitale pour les papas et les mamans d’enfants. Partout, sur la planète, l’homme sait que  pour rester en vie, et Dieu sait comme nous y tenons à cette vie, il est indispensable qu’il n’y ait pas de courant d’air dans nos huit mètres d’intestins, ni des trous de malnutrition  dans notre estomac, même si pour cela il faut s’accommoder de … l’esclavage. Le slogan « Vivre libre ou Mourir » est une formule de romantique qui peut être galvanisante si on explique comment et par quoi remplacer cet esclavage. Dans ce cas, l’action à un but et la  mort est une éventualité que l’on accepte, afin que notre descendance jouisse de cette liberté. Si pareil slogan correspondait à une logique humaine, en 2010, il n’y aurait pas eu de descendants d’esclaves appelés à voter, pour la bonne raison que ceux-ci  auraient choisi la mort, car nous le savons tous l’esclavage, était pire que l’enfer. Or,  les peuples vrais, en souffrance vraies, ont  appris, les yeux embués de larmes de sang, que la dignité le ventre vide n’existe pas, est panache et imaginaire de poète. Alors, tout révolutionnaire qui ne nourrit pas simultanément l’âme et le ventre de son peuple, produit un …sous peuple, surtout lorsque celui-ci est né dans l’esclavage et la colonisation … comme  nous. Et, pire,  lorsque l’esclavagiste a réussi à le convaincre qu’il n’est plus esclavage grâce à une généreuse mère patrie, la Métropole. Ce qui est notre cas. On ne trouve pas solution à un problème lorsque l’on nie les tenants et les aboutissants de ce  problème. Pour combattre un mal[1], il faut admettre la réalité de ce mal.  La tâche de nos leaders est autrement plus compliquée et difficile, presqu’à mettre à la rubrique mission impossible, parce que chez nous, il n’y pas de réveil d’un peuple, un instant endormi par le colonialisme,   à déclencher comme pour  les peuples identitaire ayant perdu leur souveraineté, mais bien un éveil à susciter chez des anciens Africains d’ethnies différentes mélangés à des Européens de nationalités différentes  dans un espace géographique nettoyé de ses habitants légitimes les Caraïbes, vainqueurs des Arawaks.  Alors, mon sentiment est clair : le votant martiniquais n’est  responsable ni coupable de l’échec du NON. Les promoteurs de ce Non, n’ont pas  eu la bonne stratégie, pas plus  que ceux du 73 d’ailleurs. A preuve, à peine le résultat connu, les adeptes du statuquo  qui n’osaient pas donner leur point de vue, le président de la République en personne ayant affirmé que le statuquo était impossible, repartent à l’attaque. Ils veulent être français, comme en France. C’est tout. Et, vive la réforme Balladur !

La réalité est bien que le Martiniquais péremptoire et définitif, dans une écrasante majorité, affirme : je suis français donc européen et ce n’est pas négociable. Mais ne s’arrêtant là, il déclare : Je suis également caribéen, cela n’ont plus n’est pas négociable. Et ce Martiniquais-là n’a entendu, à moins que cela m’ait échappé, aucune amorce de stratégie  qui lui permettrait de concilier son choix et cette hérésie historique et géographique, qu’il entend assumer pleinement en faisant justement un pied de nez, voire un bras d’honneur, à l’histoire et à la géographie. Car  cette Europe et cette Caraibe, dont il se réclame, sont très exactement les freins qui interdisent un  développement économique, indispensable pour assumer sa part dans la création de la richesse, dans le bloc  qu’il a choisi. Nos élus ont pleurniché, la capacité   de l’Article 73 ou 74 à nous maintenir dans le giron français.  Lors de mes  signatures organisées en librairie, beaucoup des nôtres m’ont dit : Rien ne sera réglé ni avec le 73, ni avec le 74, vous savez mes enfants sont en France, je suis en train de vendre ma maison, je vais m’installer auprès d’eux. Bon sang, je ne dois pas être le seul à qui on a fait ces confidences, tout de même !  Ma vision du futur, si on ne se hâte pas, de régler le problème de la création de la richesse, suivie de la création d’emplois  est très simple : Paris va réinventer  le BUMIDOM. Un BUMIDOM new look, qui prendra en compte notre réalité d’Européens à part entière car, qu’on le veuille ou non, en dépit de quelques  actes de racisme et parce que c’est l’intérêt bien compris de la France, nous sommes devenus européens à part entière et non plus « entièrement à part ». Nos enfants aux poches bourrées de diplômes  seront accueillis normalement, et vous diront comme je l’entends dans ma propre famille : «  Au niveau où je suis, on ne fait pas attention à la couleur de ma peau, seules mes compétences intéressent. » Je crois que c’est Aimé Césaire qui déclara, au cours d’une conférence de presse : « Si on n’y prend garde notre Martinique sera transformée en un gigantesque hôtel pour milliardaires avec des larbins martiniquais ».

Alors, je le répète, même si cela doit encore fâcher,  nous sommes   nés d’une insolence, alors l’insolence doit être notre drapeau.  Nous avons le devoir de  crier à Paris et à Bruxelles, notre vision de notre Devenu, et celui de notre Devenir de citoyen du monde dans le bloc économique choisi dès le 22 Mai 1848  par l’esclave lui-même, en signifiant…dignement à ce bloc, que nous ne sommes pas des mendiants aux poches vides.

Tony DELSHAM, auteur de 73-74, psittacisme ou la fin de la danse du scalp.

Disponible sur le site Martinique-éditions. com.

La chèvre de monsieur SEGUIN

La chèvre de monsieur SEGUIN
Ou
Les facéties d’un Professeur de l’UAG

Par joseph Virassamy

Si vous voulez, le 24 janvier, jouer le sort de la Martinique au Serbi, ou sur des croyances, ou encore sur du quimbois juridique, écoutez « l’histoire » ci-dessous.

C’était mardi soir vers 22h30. J’étais assis sur mon canapé. RFO rediffusait son journal : sur l’écran, un professeur en sciences politique aux prises avec une jeune et pugnace journaliste.

Des questions comme des flèches, décochées d’une suave bouche féminine, laissant présumer une minutieuse préparation, pointaient exactement aux interrogations qui font mal à un qui se débine. Des douceurs vachardes d’une qui cherche à vous enlacer d’un baiser de la mort.

En face, derrière ses fines lunettes, l’homme fabriquait ses réponses. Un bandeau de bas d’écran défilant disait qu’il était Professeur et politologue. Politologue, un qui est fort pour étudier les idées politiques et les mouvements que ces idées provoquent dans la tête et le comportement des gens.

Les questions de la Journaliste portaient à la fois sur le contenu de l’article 73 et sur la question qui sera posée le 24 janvier.

Déjà le professeur s’était trompé dimanche soir affirmant sur les plateaux de télévision que la question de 2003 ne comportait pas les mots « article 73 ». Eh bien oui professeur, c’était dedans. Et vous avez dû venir en radio le lendemain pour apporter un rectificatif de vous-même.

Monsieur le Professeur, peut-on dire que la création d’une « Collectivité Unique à statut particulier » signifie la disparition du Département et de la Région ?

- Non, absolument pas. Il y aura fusion.(fusion ? ça n’existe pas dans le texte de l’article 73). Et il précise : Ni le Département, ni la Région ne disparaît. Ils restent là ! Simplement, il va y avoir une troisième Collectivité qui nait des deux autres et qui les comprend.
- C’est moi qui ne comprends pas, pour le coup ! rétorque la journaliste
- En quelque sorte une Sainte trinité, précise le professeur.
- C’est comme dans la religion ?
- Oui, c’est cela. Une troisième chose, qui est un peu des deux, sans en être vraiment, avec les deux qui en font partie sans en être vraiment. C’est une nouvelle théorie juridique tout à fait intéressante.
- Mais alors, insiste la journaliste, Monsieur le Professeur, on nous dit que cette collectivité est UNIQUE, NOUVELLE, PARTICULIERE. Si les deux autres sont encore là, suivant votre théorie, c’est qu’elle n’est pas unique, votre collectivité nouvelle !!
- Oui, insiste le Professeur, c’est précisément ça, le mystère : il y a fusion de la Région et du Département pour former la collectivité nouvelle, mais malgré ce caractère unique et particulier, les deux autres dont elle est née demeurent, malgré leur fusion. Prenons un exemple, quand vos parents vous ont conçu, ils étaient en pleine fusion, n’est-ce pas ? Vous êtes née de cette fusion, Vous êtes UNIQUE, NOUVELLE, et PARTICULIERE. Et pourtant vos parents n’ont pas disparu. Voyez-vous madame la journaliste, pour la Collectivité nouvelle, c’est pareil. Il y a du mystère dans la création, savez-vous !!
-Ah, je vois. Mais enfin je suis distincte de mes parents, tout de même et je ne me suis pas substituée à eux !
- Je vous l’assure ne cherchez pas à comprendre. La trinité « Collectivité Unique, Région, Département » est un Mystère. La substitution – c’est le mot employé dans le texte de l’article 73 – de la Région et du Département par la Collectivité Unique, ne fait pas disparaître ni Région, ni Département. Simplement il y a création d’une troisième entité. Cela relève d’un phénomène purement mystérieux !! Abracadabra !!!

La journaliste ouvrait ses grands yeux, et poursuivait néanmoins son interview :

- Monsieur le Professeur, est-on sûr que si la Martinique devenait une Collectivité nouvelle, on recevrait autant d’argent de l’Etat que la Région Martinique et Le Département Martinique ?
- Oui tout à fait. Si l’Etat donnait 100 à la Région et 100 au Département, la nouvelle collectivité recevrait 200.
- Mais où cela est-il écrit ? demande incisive la journaliste.
- Cela n’est écrit nulle part. Mais cela découle du Mystère décrit ci-dessus : si la Région demeure dans la Collectivité, celle-ci recevra 100. Si le Département demeure dans la Collectivité, celle-ci recevra 100. C’est automatique. Ça fait 200 !!
- Pourrait-on donner également 100 à la troisième collectivité ? ça ferait 300 pour la Martinique !!
- Ah non, vous exagérez. Ça n’est écrit nulle part.
- Monsieur le Professeur, si dans l’avenir, il est voté des mesures en faveur des départements et des Régions Françaises de l’hexagone, est-ce que la Collectivité de Martinique pourrait-en bénéficier ?
- Oui, tout à fait.
- Mais où est –ce que c’est écrit ?
- Ça n’est écrit nulle part. Mais ça découle du Mystère ci-dessus, qui veut qu’il y ait 3 choses en une. C’est ça le mystère. Abracadabra !!!

Courageusement la journaliste poursuivait son interrogation :

- Mais je croyais que la Collectivité Unique avec son assemblée unique visait à simplifier la prise de décision et à clarifier les procédures.
- Mais bien sûr que ça va tout simplifier. Regardez, plutôt que d’avoir à gérer deux collectivités, l’Assemblée Unique aura à gérer 3 collectivités : Une vraie, la Collectivité nouvelle, et 2 fantômes, la Région et le Département !!

La journaliste :
- Ah ! mais je n’avais pas compris, la Région et le Département seraient des fantômes ?

Réponse du Professeur :
- Oui, puisque on les aura fusionnés dans autre chose. La fusion fusionne, c’est comme le métal, le matériau change de forme physique. La forme précédente a disparu. Donc la forme Région aura disparu par fusion et la forme Département aura disparu par fusion !

Et là, assis sur mon canapé, mardi soir devant l’émission de RFO, j’ai vu que la journaliste commençait à tourner chèvre.

Mais j’ai aussi compris autre chose : Au fond le professeur raisonne comme si, en plus d’une réalité physique, le Département et la Région avaient une âme.

Ainsi, à leur disparition physique due à leur substitution (je répète, le mot est dans le texte de l’article73) par une « Collectivité », les âmes se détacheraient en quelque sorte pour venir hanter les couloirs de la nouvelle collectivité.

C’est la seule façon cohérente d’expliquer qu’il insiste tant à prétendre que Département et Région subsisteraient en cas du OUI le 24 janvier prochain.

Comme on le voit, le Professeur s’est purement et simplement glissé dans un modèle qui existe déjà dans le religieux et que nous avons tous appris enfants pour tenter de l’appliquer dans le domaine du Droit. Bien joué, professeur !!

Cependant si, à Bercy, au ministère des finances, ou à la cour des comptes, ou au conseil d’Etat, vous tombez sur des hauts fonctionnaires qui ne croient pas aux fantômes, nous pourrions hériter de lourds déficits, que nous devrions combler par une hausse considérable des impôts locaux, si le OUI l’emportait le 24 prochain.

Plus tard, en allant me coucher, j’ai repensé à tout ce que je venais d’entendre. J’ai regretté que mon collègue de l’UAG, se soit laissé aller à accepter une mission en service commandé au risque de définitivement salir sa réputation de sérieux, et j’ai compris que le OUI le 24 était dans une situation désespérée.

Joseph VIRASSAMY

Consultations Outre-Mer : le Parti Socialiste réagit

La Guyane et en Martinique votent non au référendum pour plus d’autonomie

Par Axel Urgin, Secrétaire national à l’Outremer

A une très nette majorité, les électeurs de Guyane et de Martinique ont rejeté la proposition qui leur était faite que leurs collectivités soient dotées d’un nouveau cadre statutaire régi par l’article 74 de la Constitution.

Initiateur, par la loi d’orientation du 13 décembre 2000, du droit pour chaque collectivité d’outremer à une évolution différenciée au sein de la République, dès lors que les populations intéressées – préalablement consultées par référendum – y auraient librement consenti, le Parti socialiste prend acte de ces résultats qui, par leur ampleur et eu égard au bon déroulement du scrutin, ne souffrent aucune contestation et, en application de la Constitution, s’imposent désormais aux pouvoirs publics.

Le Parti socialiste regrette néanmoins que ces référendums n’aient que très imparfaitement répondu aux exigences de clarté et de sincérité qui doivent s’attacher à ce type de consultation. En effet, si aux termes de la Constitution, le passage à l’article 74 permet aux collectivités qu’il régit de disposer d’un statut qui “tient compte des intérêts propres de chacune d’elles au sein de la République”, ce statut doit être défini par une loi organique ultérieure dont aucune des caractéristiques – régime législatif, organisation institutionnelle, compétences et ressources – n’avait été précisée par le gouvernement ni pour la Guyane ni pour la Martinique.

A l’évidence, les nombreuses zones d’ombre qui subsistaient ainsi sur les intentions réelles du gouvernement ont pesé sur le résultat du scrutin. Il en est de même du chantage au désengagement financier de l’Etat auquel avait commencé de se livrer Nicolas Sarkozy lorsque, le 19 janvier 2009, il avait averti les élus des DOM que – contrairement aux principes constitutionnels régissant la décentralisation – « les compétences dévolues aux autorités locales devront être financées par des ressources locales. ».

Sans préjudice du choix que feront les électeurs de Guyane et de Martinique, le 24 janvier prochain, sur l’éventuelle fusion des conseils régional et général dans le cadre actuel de l’article 73 de la Constitution, consultations pour lesquelles ses fédérations locales ont toutes deux appelé à voter “oui”, le Parti socialiste rappelle que le débat statutaire outremer – pour légitime qu’il soit – ne dispense d’aucune façon Nicolas Sarkozy et son gouvernement d’apporter des réponses immédiates à la crise économique et sociale sans précédent que connaissent aujourd’hui tous les départements d’outremer y compris la Guadeloupe et la Réunion.

Lien vers l’article original : http://presse.parti-socialiste.fr/2010/01/11/les-consultations-statutaires-organisees-en-guyane-et-en-martinique/