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« Il faut sauver le lycée Schoelcher » Qu’on m’explique !

lycee

Parce que la symbolique du lycée Schoelcher n’est pas univoque.

Le lycée Schoelcher a servi à l’éducation et à la formation des Martiniquais. Il a ouvert les portes des bourses et de l’excellence à quelques individus. Effectivement, le lycée Schoelcher à Fort-de-France représente une rupture, un premier pas.

L’opposition première entre le lycée de Fort-de-France et celui de Saint-Pierre avant 1902 est celle d’une éducation à vocation, je précise, laïque, égalitaire contre une éducation religieuse, privée, réservée à l’élite de l’argent, du pouvoir, à l’élite de la couleur.

Mais après? Quand il ne reste plus rien de Saint-Pierre? Les békés et les mulâtres ont-ils fui le meilleur lycée? Non, Schoelcher aussi était leur domaine. Comme d’autres. Et à la bigoterie coloniale s’est substituée la bigoterie républicaine.

Ou elles se sont entendues…

Du français tu liras, la loi tu adoreras, ton grec et ton latin tu réciteras et de Vercingétorix tout tu sauras. Point. Rien d’autre. Césaire, Fanon, Manville, d’autres sont devenus ce qu’ils sont devenus contre la vénérable institution.

Le mépris des campagnes et des «descendus» restait le même, la permanence des castes par le statut (argent et couleurs) toujours vivace. Ce n’est pas le Lycée Schoelcher qui a éduqué la Martinique, ce sont les petits instituteurs et les petits professeurs dans les petites écoles primaires et les petits collèges. D’une culture de l’exceptionnalisme et centralisée à une culture égalitaire et décentralisée.

Ceux du PPM et d’autres, parce qu’ils y avaient été, ont créée ce mythe du «grand» Lycée Schoelcher- sauveur –des- pauvres- masses- incultes- martiniquaises. Le lycée Schoelcher a effectivement formé nos élites. Quelles élites!

Parce qu’en matière de politique urbaine, parfois, raser c’est bien

La preuve par le PPM et Fort-de-France : Le collège Perrinon? Rasé. Le collège Cassien ? Rasé. Puis reconstruits, à neuf, à la périphérie de la ville. Le grand collège Renan de Fort-de-France? Rasé.

Ce fut un drame. Mais manifestement, c’était pour le développement de la ville, et pour le doter d’infrastructures modernes. La mémoire et les symboles, on s’en est peu préoccupé. La vie urbaine aussi. Pourtant, pensais-je, une ville c’est bien avec des gens qui vivent dedans, des jeunes qui y grandissent, qui lui donnent un rythme et lui impriment une marque, c’est important. Pas pour le PPM, ni pour Aimé Césaire, ni pour Serge Letchimy.

Un parking c’est mieux (Collège Ernest Renan, anciennement Pensionnat colonial, puis petit lycée des filles, où d’éminentes dames Darnal ont rayonné, mais faut-il s’en souvenir ?)

Une bouse de béton bariolée de bleu, de vert, de mauve et de violet, c’est encore mieux. Symboles. Mémoire?

Subitement, on se découvre une grande affection pour les lieux de mémoire, pour la classe ou Untel ou Untel a posé les pieds. Alors qu’on s’en moque en vrai. Que le Lycée Schoelcher perdure sous une forme ou une autre, ce qui compte c’est qu’il soit un lycée performant, sûr, avec un projet non seulement éducatif mais urbain. Qu’il soit vivant. Pour le reste, il y a les mausolées ou les musées.

Alors quoi? Pour faire avancer son agenda politique, on se trouve un petit dossier, quand d’autres projets déjà effectués contredisent sa position.

Aujourd’hui nous sommes au maximum de la tension entre la municipalité de Fort-de France et la Région. Cette petite guéguerre pour le pouvoir, pour savoir qui a raison jusqu’au bout, se fait au détriment des élèves et de la ville de Fort-de-France. Se fait au détriment des martiniquais et de leur « émancipation ».

Tellement transcendant au moment où le PPM veut se poser en alternative crédible sur la question statutaire.

Mais que dit Césaire -comme aime le faire le PPM:

« Parole due:

L’enlisement s’enroule

Seul le dur est arable

Danse mémoire danse éligible

L’invivable en son site »

Comprenne qui voudra.

Comparatif entre les articles 73 et 74 par Jean Crusol

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Voici un document pédagogique réalisé par Jean Crusol qui vous aidera à faire un distingo clair entre les articles 73 et 74 :

Téléchargez le document

Bien que M. Crusol soit membre du PPM, ce document n’exprime pas la position de ce parti sur la question.

Il s’agit juste d’un comparatif entre les deux articles.

Plus d’infos sur http://appmf.org

Telechargez le rapport du congres des elus departementaux et regionaux de la Martinique du 18 JUIN 2009

Telechargez le rapport du congres des elus departementaux et regionaux de la Martinique du 18 JUIN 2009

Historique de l’évolution institutionnelle de la Martinique


Quelques dates essentielles de l’évolution statutaire et institutionnelle de la Martinique

1946

- 19 mars 1946 Loi tendant au classement comme départements français de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane Française
Il est prévu dans son article 3 que les lois nouvelles applicables à la métropole s’appliqueront à ces départements sur mention expresse insérée aux textes.

- 27 octobre 1946 L’article 73 de la Constitution dispose que  » le régime législatif des départements d’outre- mer est le même que celui des départements métropolitains, sauf exceptions déterminées par la loi »

1958
- Mars 1958 Aimé Césaire, rapporteur de la Loi de départementalisation, après avoir rompu en 1956 avec le parti communiste français, fonde le Parti Progressiste Martiniquais et présente au 1er Congrès du parti un rapport intitulé « pour la transformation de la Martinique en Région dans le cadre d’une Union Française Fédérée ». En 1967, le Parti Progressiste Martiniquais se prononce explicitement pour l’autonomie dans l’ensemble français.

- 4 octobre 1958 L’article 73 de la Constitution dispose que  » le régime législatif et l’organisation administrative des départements d’outre-mer peuvent faire l’objet d’adaptations nécessitées par leur situation particulière « .

1960
- 1960 : Différents textes mettent en œuvre « la départementalisation adaptée » : Loi 60-750 du 28 juillet 1960 (Fonds d’Investissement Routier-FIR), Décrets d’avril 1960 n° 60-406 (pouvoir d’avis et de proposition des Conseils Généraux en matière d’adaptation législative et réglementaire), (accroissement des prérogatives des Préfets), (textes relatifs au Fonds d’Investissements des Départements d’Outre-mer-FIDOM).

La Martinique1962
- 23 décembre 1962 Manifeste de l’OJAM (Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de la Martinique) «condamnant le statut de Département français de la Martinique ».

1971
- 18 août 1971 Convention du Morne Rouge regroupant les organisations autonomistes des DOM et déclaration remettant en cause la politique « d’assimilation » du Gouvernement.

1972
- 5 juillet 1972 : Loi (72-619) créant un Etablissement Public Régional à la Martinique (sur une base monodépartementale) après rejet d’un projet d’instauration d’une région Antilles-Guyane.

1982
- 2 décembre 1982 : Décision du Conseil Constitutionnel déclarant non conforme à la Constitution, le projet de Loi adopté le 23 novembre 1982 par le Parlement tendant à doter chaque DOM d’une Assemblée Unique se substituant au Conseil Général et au Conseil Régional.

- 31 décembre 1982 : Loi (n° 82-1171) organisant les régions de l’Outre-mer. Cette loi crée les collectivités territoriales régionales de Guadeloupe, Guyane, Martinique et Réunion qui se substituent aux Etablissements Publics Régionaux de 1972. Ces collectivités territoriales régionales nouvelles coexistent désormais sur le même espace de compétence avec les Départements. Elles sont administrées par un Conseil Régional élu au scrutin de liste à la proportionnelle, assistées de comités (aujourd’hui dénommés Conseils) consultatifs (conseil économique et social et conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement). L’exécutif de la Région est le Président du Conseil Régional, élu par l’assemblée et assisté d’un bureau également élu par l’assemblée.

1983

La première élection au Conseil Régional de la Martinique a eu lieu le 20 février 1983, M. Aimé Césaire en étant le premier Président. Pour mémoire, ce n’est qu’en 1986 que les régions en France ont bénéficié du statut de collectivité territoriale.

1984
-2 août 1984 Loi 84-747 précisant les pouvoirs des Régions d’Outre-mer après que le Conseil Constitutionnel dans sa décision du 25 juillet 1984 a estimé contraire à la constitution la volonté du législateur de transférer, par souci de rationalisation, certaines compétences (habitat, transports intérieurs) de la collectivité départementale vers la collectivité régionale.
Statut des Dom Code General des Communes du 2 août 1984

1997
- 19 mars 1997 Délibérations par lesquelles le Conseil Général de la Martinique tirant les conséquences des dysfonctionnements causés par l’existence de deux assemblées sur un même territoire, se prononce en faveur de l’instauration d’une assemblée unique à la Martinique.

1998
- 10 décembre 1998 Etude confiée, dans le cadre d’une lettre de mission stricte et balisée, par le 1er Ministre, Lionel Jospin, à deux parlementaires domiens : MM. Claude Lise, sénateur de la Martinique et Michel Tamaya, député de la Réunion sur l’approfondissement de la décentralisation et les politiques publiques dans les quatre départements d’outre-mer (DOM).

1999
- 24 Juin 1999 remise du Rapport Lise-Tamaya intitulé « Les départements d’outre-mer aujourd’hui : la voie de la responsabilité », qui propose notamment la création dans chaque département d’Outre-mer d’un Congrès réunissant les conseillers généraux et conseillers régionaux pour statuer sur les questions d’intérêt commun et faire des propositions en matière d’évolution institutionnelle.

- 27 octobre 1999 : colloque en Martinique sur la coopération en présence du premier ministre Lionel Jospin. Même jour mais autre lieu, rassemblement d’indépendantistes à l’hôtel Victoria : Alfred Marie-Jeanne déchire le Rapport Lise/Tamaya devant les caméras de télévision.

- 1er décembre 1999 Déclaration de Basse-Terre par laquelle les Présidents des Conseils Régionaux de Guadeloupe, Guyane et Martinique énoncent leur intention de proposer une modification du statut des Régions d’Outre- Mer « avec un régime fiscal et social spécial, dans le cadre de la République Française et de l’Union Européenne ».

- 8 décembre 1999 Martinique : 800 personnes se réunissent à Madiana pour assister à la présentation faite par ses signataires. C’est le point de départ d’une série de réunions dont l’objectif est l’élaboration d’un projet pour la Martinique.

2000

7 février 2000 Guyane : Déclaration de Cayenne. Trois délégations régionales conduites par les présidents des trois Régions décident de jeter les bases d’une nouvelle politique fiscale et sociale afin d’envisager le développement économique et de développer véritablement l’emploi.

- 11 mars 2000 Palais des Congrès de Madiana Martinique : Le Président de la République, M. Jacques Chirac, indique « toutes les propositions (d’évolution institutionnelle), dès lors qu’elles ne mettent pas en cause la République et ses valeurs, sont recevables et légitimes,…, la prise en compte des spécificités de chaque collectivité d’Outre-mer doit aller de pair avec l’adhésion complète aux principes et aux valeurs intangibles de la République auxquelles il ne saurait être dérogé sur aucune partie du territoire français…».

2 décembre 2000 : Le projet Martinique est restitué au public. Les synthèses des ateliers sont débattues et des choix stratégiques sont proposés. La quasi-totalité des formations politiques sont présentes. Un consensus martiniquais semble se dégager autour de cette esquisse du projet Martinique.

Six conseils généraux et régionaux, sur les huit que comptent les DOM, rejettent le projet de Loi d’orientation pour l’Outre-mer (LOOM). En Martinique, la LOOM est rejetée par le Conseil régional, adoptée par le Conseil général.

- 13 décembre 2000 Promulgation de la Loi d’Orientation pour l’Outre-mer (LOOM) dont l’article 62 consacre la proposition de réunions de Congrès des élus départementaux et régionaux et de consultations des populations contenue dans le rapport Lise-Tamaya

2001
- 12 juin 2001 Première réunion du Congrès des élus départementaux et régionaux de la Martinique au Conseil Général de la Martinique qui définit les modalités et moyens de fonctionnement du Congrès et crée, en son sein, une commission ad hoc chargée de préparer les travaux du Congrès. (2 Délibérations 2001)

2002
- 20-21-23 février 2002 et 4 mars 2002 : 2ème réunion du Congrès des élus départementaux et régionaux de la Martinique au Conseil Général de la Martinique. Les élus proposent la création d’une collectivité territoriale unique, dans le cadre de la République française et de l’Union Européenne. Elle serait dotée de pouvoirs accrus et se substituerait à la Région et au Département. La nouvelle collectivité serait gérée par une assemblée unique élue au scrutin proportionnel dans le cadre d’une circonscription unique. Elle serait assistée de conseils consultatifs, l’exécutif de la nouvelle collectivité étant le Président élu par l’assemblée. (14 Délibérations 2002)

- 21 avril 2002 : élections présidentielles 1er tour. Lionel Jospin est éliminé de la course.

-5 juin 2002 : élections présidentielles 2è tour, Jacques Chirac est élu avec 78% des suffrages. Malgré une forte abstention, la Martinique s’est mobilisée pour barrer la route à Le Pen : Chirac réalise 96% des suffrages exprimés (42,4%).

- juin 2002 : à l’issue des élections présidentielles, le processus s’est poursuivi avec un gouvernement de droite dont la ministre en charge de l’outre-mer n’est ni plus ni moins que l’ancienne conseillère de Jacques Chirac pour l’outre-mer. Mais changement de gouvernement oblige, la méthode proposée aux élus et à la population change : la droite propose un changement de la constitution avant d’envisager toute évolution statutaire ou institutionnelle. La population sera consultée…après la révision de la constitution.

2003

15 janvier 2003 Martinique : réunion de la Commission de suivi des travaux du Congrès avec Brigitte Girardin, ministre de l’Outre-mer et Patrick Devedjian, ministre délégué aux Libertés locales. La synthèse des travaux et mes résolutions du Congrès ont été remises en mains propres aux deux ministres.

- 28 Mars 2003 Versailles Loi Constitutionnelle n° 2003-276 relative à l’organisation décentralisée de la République. Cette Loi comporte des dispositions permettant la mise en œuvre par le pouvoir législatif d’un approfondissement général de la décentralisation au profit des collectivités territoriales de la République. Les Départements et les Régions d’Outre-Mer sont principalement intéressés par les modifications des articles 72, 73 et 74. Ces articles prévoient différentes possibilités d’évolution. Le consentement des électeurs inscrits dans le ressort des collectivités concernées est exigé avant toute réforme institutionnelle ou tout changement de régime législatif.

- 10 avril 2003 : 3ème réunion du Congrès des élus départementaux et régionaux au Conseil Général de la Martinique. Les membres du Congrès, en réponse à des observations de Mme la Ministre de l’Outre-mer confirment pour l’essentiel leurs délibérations précédentes.

26 mai 2003- 30 juin 2003 : visioconférences en préfecture entre Brigitte Girardin et une délégation du Congrès. L’objet de la discussion : le document d’orientation sur l’avenir institutionnel de la Martinique. Accord entre la ministre et les élus.

- 24 septembre 2003 : Réunion du Conseil Général au cours de laquelle l’assemblée, appelée à émettre un avis sur le projet de loi relatif à la décentralisation, confirme sa volonté de voir aboutir dans les meilleurs délais la démarche visant à instaurer une collectivité unique en Martinique.)

9 juillet 2003 : le document d’orientation sur l’avenir institutionnel de la Martinique adopté à l’unanimité des membres de la Commission de suivi des travaux du Congrès et validé par les présidents C. Lise et A. Marie-Jeanne le 8 juillet 2003, est transmis à la ministre de l’Outre-mer.

- 29 Octobre 2003 : Lettre du Premier ministre au Président de la République et décret concernant la consultation du 7 décembre 2003.

7 décembre 2003 : pour la première fois de leur histoire, les électeurs de Martinique sont conviés aux urnes pour se prononcer sur l’éventualité d’une évolution institutionnelle: il leur est demandé d’approuver ou non un projet de création d’une collectivité unique en lieu et place du Conseil général et du Conseil régional. Le OUI est rejeté pour à peine 1′.000 voix.

2004

28 mars 2004- Elections régionales : Alfred Marie-Jeanne, à la tête d’une liste MIM-CNCP, obtient un véritable plébiscite : 74’860 voix. Du jamais vu en Martinique, même à l’époque d’Aimé Césaire. Il remporte ainsi 28 sièges sur les 41 que compte la Région.

2006

Mai 2006 : le Conseil régional lance l’élaboration d’un schéma, suivant une méthode prospective et participative, pour 20 ans. Il sera appelé SMDE (Schéma Martiniquais de Développement Economique). Six ans après le Projet Martinique», le Conseil régional, face aux défis majeurs de l’avenir, souhaite poursuivre l’action coordonnée et concertée initiée pour le développement économique durable et solidaire de la Martinique. Le SMDE a été élaboré comme de véritables états-généraux avec de nombreux ateliers au sein desquels ont participé de nombreux membres de la société civile sur tous les thèmes permettant de bâtir une nouvelle société martiniquaise.

Mai – juin 2006 : le Conseil général de la Martinique élabore l’Agenda 21 sur le même mode participatif.

2007

21 février 2007 : vote de la Loi organique pour Saint-Martin et St-Barthélemy qui avaient voté massivement «OUI» pour l’autonomie, prévue dans l’Article 74, le 7 décembre 2003. Ces deux communes de la Guadeloupe sont érigées en Collectivités d’Outre-mer et obtiennent l’autonomie, des compétences et des pouvoirs nouveaux, sans perte des avantages sociaux acquis, ni leur qualité de RUP. St-Barth et St-Martin conservent donc l’acquis des fonds européens.

18 décembre 2007 : Élus Régionaux et Départementaux votent en assemblée commune la fusion synthétique du SMDE et de l’Agenda 21.

2008

5 janvier 2008 : remise officielle du SMDE et Agenda 21 au Premier ministre, François Fillon, lors de sa visite en Martinique.

18 décembre 2008 : le Congrès des élus de la Martinique se réunit et, après une journée de débats publics, vote 3 résolutions :

1.      Le passage à un statut régi par l’article 74 pouvant aller jusqu’à l’Autonomie.

2.      La mise en place d’une Collectivité unique dotée d’une assemblée unique.

3.      L’assemblée sera élue au suffrage proportionnel. Elle sera composée de 75 sièges avec une bonification de 4 sièges pour la liste sortie en tête.

Une Commission de suivi des travaux du Congrès de 20 membres est mise en place pour préparer la deuxième partie au cours de laquelle sera établie la liste des compétences et des pouvoirs dont le transfert devra être négocié avec le gouvernement. Une prochaine séance du Congrès devra se tenir dans les prochaines semaines pour valider les propositions de la Commission.

2009

18 juin 2009 congrès des élus. Les 4 résolutions présentées ont été adoptées. Le vote du 18 décembre 2008 en faveur de l’Article 74 a été confirmé. Les élus ont débattu sur les organes à mettre en place et les compétences qu’ils proposent dans la Collectivité Autonome de Martinique.

Résultats des votes

1° : Résolution sur l’organisation et au fonctionnement de l’Assemblée délibérante de la Collectivité unique.

POUR : 73 voix (MIM – RDM – DG – Bâtir – Jenny Dulys – Catherine Jean Théodore – PPM)

CONTRE : 8 (FMP – UMP).

ABSTENTION : 4 (Socialistes de la FSM)

2° Résolution sur la proposition d’un Conseil Consultatif et d’un Conseil des Communes.

POUR : 66 voix (MIM – RDM – DG – Bâtir – Jenny Dulys – Catherine Jean-Théodore)

3° Résolution sur les Compétences

POUR : 63 voix (MIM – RDM – DG – Bâtir – Jenny Dulys – Catherine Jean-Théodore)

CONTRE : 8 (FMP – UMP)

ABSTENTION : 14 (PPM – FSM)

4° Résolution sur le Report des élections régionales de Mars 2010.

POUR : 62 voix

CONTRE : 21

ABSTENTION : 2.

Pour l’autonomie de la Martinique: « Plutôt deux pas sûrs que deux pas dans le vide! »

s-letchimy-1Le président du PPM nous explique les raisons pour lesquelles son parti reste opposé aux modalités retenues par le congrès du 18 juin. Résolument déterminé à faire aboutir son idée d’autonomie constitutionnelle, il dit cependant ne pas fermer la porte à la discussion avec le MIM et le RDM.

Le congrès s’est achevé par un appel du MIM au PPM. Est ce que cet appel a été perçu, entendu ?

C’est moi qui ai tendu la main en faisant des propositions très concrètes. On n’a pas souhaité débattre de ces propositions en début de séance ce qui aurait permis d’ouvrir un débat fructueux, transparent et très démocratique.
Malgré cela, j’ai poursuivi, j’ai encore tendu la main. Je reste ouvert à toute perspective pour réussir la consultation et pour atteindre l’objectif d’une autonomie qui respecte l’égalité des droits et les libertés nécessaires à une gouvernance locale.

Vous dites que vous êtes ouvert pour réussir la consultation. Cela veut dire quoi ? Est-ce que le PPM est prêt à prendre une position commune avec le MIM et le RDM sur cette consultation ?

Je veux bien prendre des positions communes mais aujourd’hui, il y a une seule invitation : c’est de me ranger aux positions affichées communément par les deux présidents.
À part cela, je ne vois aucune invitation fraternelle me permettant de m’exprimer et surtout je ne vois pas d’ouverture me permettant d’introduire mes propositions.

Mais on vous rétorquera que le débat est clos, que le congrès a voté. Face à tout cela, comment vous positionnez-vous ?

Je suis un bon démocrate. Je considère que le congrès est totalement légitime. Il s’est exprimé avec des différences très rofondes qui ne sont pas des différences de façade. Certains brandissent aujourd’hui l’autonomie qu’ils ont combattue. Nous n’avons pas la même appréciation sur l’accessibilité à l’autonomie. Nous n’avons pas la même éthique. La solution que propose l’article 74 risque de poser des problèmes. C’est pour cela que je souhaite lever tout risque avant d’aller à un changement de régime politique.

Mais, il y a les autonomistes du RDM, qu’en dites-vous ?

On peut avoir des doutes sur cette complicité soudaine. Mais plus il y a des autonomistes mieux c’est pour l’avenir.

Concrètement que proposez-vous ?

Ma proposition est très claire. Si certains demandent le report des élections régionales sous le prétexte de mieux expliquer à la population le changement proposé, c’est qu’il y a un problème. Ils ne sont pas naïfs. Il n’y a pas que l’explication, il y a surtout la négociation avec l’État, le gouvernement sur des enjeux importants comme l’égalité sociale, sur les compétences, sur les pouvoirs, sur les moyens et cela prendra du temps. C’est cette négociation-là qu’il faut faire dans un cadre beaucoup plus long. C’est pour cela que je propose une évolution en deux temps. Un premier avec le rassemblement des deux collectivités en une collectivité unique dotée de pouvoirs et de possibilités d’être habilitée dans plusieurs domaines, comme dans celui de la loi. C’est une réforme possible qui ne demande pas de révision de la Constitution. Deuxièmement, une expérimentation pendant cinq ans avec une clause de rendez-vous dans cinq ou six ans pour voir tout ce qui peut être modifié, et arriver devant la population avec une consultation sur le changement de régime politique.

Cela fait plus de 50 ans que le PPM a pour mot d’ordre l’autonomie. Aujourd’hui, alors qu’on y est presque, il vous est reproché de faire deux pas en arrière ?

Moi, je préfère faire deux pas sûrs que deux pas dans le vide.

N’est-ce pas là un nouveau moratoire ?

Non! Nous considérons qu’il faut absolument peser les choses. Posez-vous la question de savoir pourquoi depuis six ans, rien n’a été fait ? Aujourd’hui, certains reprochent au PPM de demander une évolution en deux temps avec une période d’expérimentation. Il faut surtout faire des reproches à ceux qui sont restés immobiles pendant six ans. Personnellement, je ne les critique pas. Je rends hommage aux indépendantistes d’avoir eu le courage de faire le moratoire sur l’indépendance et de défendre l’autonomie. C’est un courage politique qu’il faut saluer.

Qu’est-ce qui dérange le plus les progressistes sur les propositions du congrès : les modalités, l’autonomie ?

Il y a un enjeu important, je suis prêt à faire corps autour d’une dynamique et d’un processus mais je ne suis pas prêt à aller tête baissée vers un échec signé d’avance simplement parce qu’il faut y aller. Le congrès s’est prononcé, j’en prends acte. Mais je ne vois pas pour quelles raisons je devrais me plier à un diktat.

On vous reproche de chercher une solution particulière pour la Martinique impossible au regard de la Constitution.

Ceux qui disent cela devraient apprendre à lire la Constitution. L’article 73-4 apporte une réponse précise par exemple pour le seul cas de l’île de la Réunion. Alors, il n’y a rien d’impossible.

Vous n’êtes donc pas dans la majorité du congrès, mais faut-il comprendre que le temps de la consultation vous servira à expliquer votre position ?

Pour l’instant, il n’y a pas de consultation. En tout cas, pas pour le moment. Lorsque cela sera décidé, nous arrêterons notre position. Ce qui est important à retenir est que la forme d’accès à l’autonomie qui est aujourd’hui prônée par ceux qui l’ont combattue auparavant et la brandissent comme un étendard flamboyant, ne nous convient nullement. Cette forme d’accès nous paraît néfaste. Et je perçois très bien le piège dans lequel on voudrait que le PPM tombe. Si nous sommes dans le groupe des autonomistes nouveaux, et qu’il y a échec, ce sera de la faute du PPM. S’il y a échec et que nous ne sommes pas dans le groupe, ce sera toujours de notre responsabilité. Et ceux qui tentent de nous associer à la droite se trompent lourdement. Elle est favorable à l’article 73. Nous, c’est l’autonomie. Je répète que nous sommes résolument pour une autonomie égalitaire, pas celle que nous préparent les partisans de l’article 74. Nous ne voulons pas aller à l’échec. Nous sommes partisans d’une méthode qui se décline par un temps suffisant durant lequel nous expérimenterons des responsabilités et ensuite le peuple se prononcera. Ce temps me paraît indispensable pour nous préparer, pour obtenir les garanties, c’est-à-dire l’égalité sociale, l’égalité des droits. Sinon, nous nous dirigeons tout droit sur une pente d’où nous ne saurons pas remonter.

Et si Nicolas Sarkozy donne, vendredi, un calendrier précis sur la consultation, que ferez-vous ?

Nous prendrons position. Mais je le répète nous sommes favorables à un calendrier en deux temps qui nous parait le meilleur pour aboutir à ce changement. Un premier temps pour négocier et préparer, et un deuxième temps pour le succès.
J’ai proposé une méthode qui passe par un temps suffisant pour négocier avec le gouvernement, préparer l’accès à l’autonomie égalitaire, qui est le contraire de l’autonomie-sanction que l’on nous a préparée.

Vous ne répondez donc pas à la main tendue par Alfred Marie-Jeanne ?

C’est extraordinaire. Je fais un appel, je tends la main, mais c’est moi qui dois voir une main tendue par Alfred Marie-Jeanne. Quelle main a-t-il tendue ? J’ai proposé que l’on discute d’une motion au début de séance du congrès. On refuse. Je la présente néanmoins en fin de séance, mais j’avais proposé qu’à défaut d’être discutée, elle puisse devenir une déclaration du PPM. C’est ce que j’ai fait et non parce que l’on me l’a demandé. Le PPM a l’habitude d’être seul dans ses combats. Cela ne changera pas demain. Mais si on veut discuter, eh bien nous discuterons.

Si cette motion avait été discutée en début de séance, elle remettait en cause les résolutions adoptées le 18 décembre dernier ?

Il est vrai qu’examinée en début de séance, elle aurait ouvert des espaces de dialogue et de discussion. Et elle ne remettait pas en cause l’autonomie. Elle aurait établi un processus d’accéder. Et ce qui nous sépare des autres c’est la lecture sur l’article 74 actuel de la Constitution qui est une remise en cause du principe de l’égalité des droits. Et c’est là, la différence fondamentale. Aussi, la majorité du congrès a trouvé une parade qui consiste à ne demander aucune compétence propre à la nouvelle collectivité. Aucune. Il n’y a que des adaptations des lois et règlements. On parle de l’autonomie Césaire, mais on ne demande aucune compétence supplémentaire. Aucune !

Vous ne ferez donc pas un bout de chemin avec la majorité constituée autour du MIM et du RDM ?

Je répète que j’ai fait un appel, j’ai tendu la main. À moins de la considérer avec mépris, mais qui pourrait m’empêcher de la tendre ? Je dois obéir ? Il faudrait s’exécuter selon un diktat ?
En réalité, pour vous, les explications ne font que commencer ?
Elles ont commencé il y a plus de cinquante ans. En 1946, Aimé Césaire a pris la décision d’arriver à la décolonisation par l’intégration, en cherchant à conquérir des droits. Ceux des travailleurs, la retraite, etc. Et il a ensuite évolué vers l’autonomie. Ce sont ces deux enjeux qu’il faut absolument conjuguer. Et c’est là qu’il ne faudra pas se tromper. L’égalité des droits n’est pas constitutionnalisée dans l’article 74, alors que l’autonomie l’est. C’est sur cet enjeu qu’il faut se battre. Et je suis totalement déterminé à me battre.

Même isolé ?

Je ne me sens pas isolé. Lorsque le peuple vous écoute, vous n’êtes pas isolé. Je regrette profondément l’absence d’ouverture par ceux qui partagent certainement la même ambition de parvenir à l’autonomie. Mais on ne peut pas minimiser la méthode, ni la portée d’un tel choix sur le plan du progrès, du développement et de la liberté. Je me réfère à un article de 1964 d’Aimé Césaire qui disait qu’il fallait refuser de se plier à la conception odieuse de l’abandon. L’abandon de soi-même. Aussi, nous verrons ce que le peuple dira. Et j’en prendrai acte.

Jusqu’où irez-vous dans votre combat ?

Je mènerai le combat partout où je serai. Je prendrai mes responsabilités, notamment à l’Assemblée nationale.
On verra ce qui se passera. Mais je rappelle que pour permettre la consultation de la population, il a fallu une révision de la Constitution.
Pourquoi ce qui était possible en 2003 ne le serait-il pas en 2010 ? Pourquoi ceux qui critiquaient l’article 74 en 2003, lui trouvent des vertus aujourd’hui ? Je prendrai des initiatives pour y arriver. Et si un front commun se constitue, je crois que tout deviendra possible.

Êtes-vous amer ?

Pas du tout. Je suis un homme tranquille. Et défendre ses idées ne vous donne pas le temps d’être amer. Ce sont les difficultés à s’exprimer dans une démocratie qui m’inquiètent.

Ghislaine BURAC / Gabriel GALLION France-Antilles Martinique 24.06.2009

Le LKP serait-il en train de perdre la main?

Le LKP est un collectif qui réunit un ensemble d’organes représentatifs de la société civile. Ils ont su réunir l’ensemble de ces organes autour d’une plateforme de revendication.
Leur premier combat de Décembre concernait la lutte contre les prix  élevés du carburant.

Ce collectif réunit 2 organisations syndicales très puissantes en Guadeloupe. L’Union Générale des Travailleurs Guadeloupéens  et la Centrale des Travailleurs Unis. Ces organisations socioprofessionnelles ont été au centre de l’animation du mouvement mené depuis le mois de Décembre. Ils ont su fédérer la population autour de revendications. Population qui a adhéré notamment en adoptant des signes d’appartenance à ce mouvement (fanion rouge sur les voitures,  t-shirts à l’effigie du LKP )et une chanson dont les paroles résonnent encore  « La Guadeloupe sé tan nou, la Gwadloup sé pa ta yo ».

Fort de son succès lors de ces évènements, le LKP a pris une place prépondérante dans le débat public Guadeloupéen. Ils sont devenus incontournables dans la définition d’un nouveau projet de société.
D’ailleurs, l’annonce de leur absence aux ateliers des Etats généraux a mis à mal  la légitimité de cette consultation populaire.
Mais aujourd’hui, la coordination semble battre de l’aile.

Que s’est-il passé ?
Yves JEGO était  en Guadeloupe. A cette occasion, le 7 Mai, Mr DOMOTA a souhaité que le Secrétaire d’Etat réunisse les présidents des exécutifs locaux et le LKP pour évoquer un certain nombre de sujets.
Monsieur Alex LOLLIA a signé un communiqué au nom de la CTU dans lequel il tient les propos suivants : « toute rencontre avec le représentant du pouvoir colonial est particulièrement inopportune ».
Du coup « le représentant du pouvoir colonial » a indiqué qu’il n’y aurait pas de réunion avec le LKP !
Voici les motifs avancés par le Secrétaire d’Etat dans un courrier adressé à Elie DOMOTA en date du 12 Mai 2009 :
« Compte tenu de l’absence des présidents des exécutifs, des difficultés à fixer les modalités de ce rendez-vous et des dissensions apparues au sein de votre collectif, si j’en juge par le communiqué, il est préférable de reporter cette rencontre ».

Le point le plus important dans cet exposé des motifs est le dernier. Que l’on ne s’y trompe pas, les propos tenus par Mr LOLLIA sont graves et  si le gouvernement a retenu ce motif, il saura l’utiliser à l’encontre du collectif.
La CTU s’est désolidarisée du communiqué signé par Alex LOLLIA et les membres du collectif LKP ont réaffirmé leur unité.
Mais c’est trop tard ! Le gouvernement a saisi la perche au vol et ne se gênera pas pour déstabiliser ou décrédibiliser la représentativité du LKP !

Aujourd’hui, l’Etat met l’accent sur les Etats généraux, et invite le LKP à faire part de ses idées. L’Etat dénonce les agissements du LKP. Il est force de proposition et souhaite mener de front les engagements pris suite à la grève générale et la mise en œuvre d’un nouveau projet de société développé par et pour les Guadeloupéens.
Le LKP a su mener un combat, mais aujourd’hui tout le monde ne se reconnaît peut être plus dans ce qu’il défend. L’Etat est en train de reprendre la main dans un conflit qui dure maintenant depuis près de 6 mois.

La Guadeloupe en 1802

la-gua-en-1802Delgrès ou la Guadeloupe en 1802

L’historien guadeloupéen Jacques Adélaïde-Merlande relate l’Épopée guadeloupéenne, expression du réalisateur Christain Lara qui a également évoqué cette période dans un de ses films. Voilà un autre ouvrage qui ne va pas dans le sens de la légende napoléonienne. De même que l’opus d’Yves Benot La démence coloniale de Napoléon, La Guadeloupe en 1802 ne fait pas allégeance à une certaine image positive  et flatteuse de Bonaparte. Mais le travail de Merlande, basé sur des sources historiques solides et multiples, se focalise sur la Guadeloupe.

La Révolution et sa liquidation par Napoléon

Le 16 pluviose de l’an II (4 février 1794) l’assemblée révolutionnaire de la Convention abolit l’esclavage après l’audition d’un délégué venu de Saint-Domingue. Cette décision, compatible avec les idéaux de la Révolution – mais qui ne semblait pas nécessaire jusque là? – est une manière d’acter la rébellion de Saint-Domingue où le décret n’a pas été attendu. Si le Directoire qui succède à la Convention ne revient pas sur cet acquis, il n’en sera pas de même avec l’avènement de Napoléon sous la Consulat. La guerre franco-anglaise le ralentira un temps dans ses projets esclavagistes mais fin 1801 il envoie son beau-frère le général Leclerc à Saint-Domingue et en avril 1802 le général Richepanse à la Guadeloupe.

En Mars 1802 la Martinique est rendue à la France dans le cadre de la paix d’Amiens. Pour ne pas contredire totalement l’héritage révolutionnaire en matière d’abolition de l’esclavage, Napoléon fait voter la loi du 30 floréal de l’an X (20 mai 1802). Elle stipule que les colonies qui n’ont pas connu les effets du décret du 16 pluviôse (parce qu’elles étaient passées sous domination anglaise) se verront appliquer les mêmes règles qui y régnaient avant 1794. En théorie, ne sont donc pas concernées les îles de la Guadeloupe et Saint-Domingue…
Un tiers des tribuns s’opposera à cette loi réactionnaire ainsi qu’un gros quart des membres du Corps législatif, preuve qu’une partie non négligeable de ces notables ne pouvaient liquider l’héritage révolutionnaire et voter cette trahison idéologique.

Victor Hugues (1794 -1798) et l’armée coloniale

La Convention envoie les commissaires Victor Hughes et Chrétien en avril 1794. En quelques mois ils récupèrent toute la Guadeloupe et Sainte-Lucie provisoirement, la supériorité maritime des Anglais empêchant de s’emparer des autres anciennes colonies, la Martinique notamment. Les planteurs, anciennement royalistes, prêts à devenir anglais ou autonomistes, s’enfuient ou sont exécutés s’ils n’en ont pas le temps. Leurs propriétés sont récupérées et sont en quelque sorte « nationalisées » et sont désormais gérées par des séquestres, agents de la République. Les esclaves, une fois libres, sont majoritairement obligés de rester sur les propriétés et deviennent des « cultivateurs ». Ils font prospérer les hauts fonctionnaires dans l’entourage de Victor Hugues. Son enrichissement personnel s’explique grandement par ces pratiques ainsi que par la guerre des corsaires. Il fait rester les affranchis sur les lieux de leur ancienne servitude en jouant d’un éventail d’arguments assez large, de la force contre les « nègres égarés » qui n’entendent pas rester sur les plantations à la rémunération sans oublier des appels au patriotisme. La fin de son « règne » sur la Guadeloupe sera relativement autoritaire. Les bénéficiaires de cet ordre nouveau sont les agents qui administrent les habitations, les marchands et négociants. Ils sont blancs pour la plupart mais pas exclusivement et essentiellement dans l’entourage de Victor Hugues. Il est démis de ses fonctions par le Directoire en 1798. Il sera plus tard envoyé en Guyane pour rétablir l’esclavage…

L’armée fût comme en toute époque révolutionnaire un lieu de promotion. Un homme menant une troupe d’anciens esclaves pour qu’ils se fassent enrôler pouvait facilement se retrouver officier simplement pour avoir fait recruter de nouveaux soldats. La Guadeloupe a pu rester française grâce aux troupes noires nouvellement incorporées. De 1794 à 1801 cette armée comptera de plus en plus d’officiers de couleur et un officier général, Magloire Pelage. A celui qui sera considéré comme un traître, s’opposeront deux autres officiers Delgrès, mulâtre probablement né à Saint-Pierre (Martinique) et Ignace, noir ou mulâtre selon les sources, charpentier de profession, qui fait parti des libres de couleur artisans. Pelage comme Delgrès, passera du temps dans les geôles anglaises. C’est un mulâtre, né esclave, qui servit avec courage sous les ordres de Rochambeau. Les conditions de servilité que connut au début de sa vie le chef de brigade ont souvent servi de bases explicatives à sa psychologie. Merlande précise qu’à l’époque où la Révolution accouche d’une nouvelle liberté en Guadeloupe Pelage est déjà officier dans l’armée. Il est déjà lieutenant en 1793, est envoyé avec Victor Hugues en Guadeloupe mais n’y séjourne pas beaucoup. Il ne baignera pas comme d’autres dans le contexte révolutionnaire.

L’épisode Lacrosse

Victor Hugues est renvoyé par le Directoire. Ses successeurs, tel Desfournaux, seront également renvoyés mais par les Guadeloupéens cette fois-ci. Il en sera de même pour Lacrosse mais les officiers et les notables guadeloupéens n’ont peut-être pas réalisé toute la mesure de son expulsion.

Lacrosse, dans les années 1792-1793 avait amené avec lui des idéaux révolutionnaires (malgré son origine noble) et sans armée avait eu un certain succès. Il avait laissé le souvenir d’un ami de la liberté, et par conséquent plutôt anti-esclavagiste. Bien évidemment à la lecture des évènements qui suivent, on doutera légitimement de la sincérité de son engagement, qui ne faisait qu’épouser le point de vue du pouvoir de l’époque.

En mai 1801, le pouvoir bonapartiste s’inquiète d’une situation analogue à celle de Saint-Domingue. Il mandate le contre-amiral qui se rend en Guadeloupe accompagné d’une petite troupe et du général Béthencourt. Lacrosse entend réconcilier les « patriotes » et les anciens royaliste à l’instar de ce qui se passe en métropole à l’époque. Il fait rappeler les propriétaires immigrés qui ont fui en Martinique pour qu’ils reprennent leurs propriétés. Cette décision est critiquée et suscite une vive opposition. Lacrosse fait arrêter des notables, fonctionnaires et négociants. Vient ensuite le tour de militaires guadeloupéens. Difficile de dire s’il s’agit de contenir un complot ou si ces nouvelles arrestations ont un lien avec les premières. L’île est au bord de l’insurrection et grâce à (ou à cause de) Pelage, elle est évitée. Bethencourt vu comme un modérateur à la politique de Lacrosse meurt en août 1801. Lacrosse se désigne commandant en chef de l’ armée, ce qui attise davantage la méfiance des officiers de couleur puisque c’est à Pelage qu’ aurait du revenir le commandement selon la logique et la hiérarchie militaires. Persuadé de complots en préparation, Lacrosse met Basse-Terre en état de siège.

Le 21 octobre 1801, Pelage est informé que deux officiers Ignace et Gédeon vont être arrêtés. Lui-même manquera d’être fait prisonnier par Souliers, le chef d’état major. Ces tentatives échouent et Pelage une fois encore calme les troupes de couleur avant de faire enfermer Souliers. Des notables pointois et de Grande-Terre qui estiment Pelage recherchent en lui le protecteur de leurs intérêts, opposés à ceux de Lacrosse. Ils se réunissent en assemblée et assure à Pelage la légitimité du commandement militaire. Le 23 octobre, il est également reconnu par ses pairs comme le général en chef de la Guadeloupe. L’intéressé accepte mollement pour ne pas laisser la place à Ignace, plus radical, et ne veut que le titre de chef de brigade, celui reconnu par la métropole…
Lacrosse déclare Pelage et tous ceux qui lui obéïssent hors-la-loi, mais le rapport de forces lui est défavorable. Les deux hommes après des rendez-vous manqués à Petit-Bourg et à la Gabarre se rencontrent à Pointe-à-Pitre. Lacrosse avec un courage ou une inconscience qu’il convient de lui reconnaitre manque de perdre la vie. C’est Pelage en personne qui s’interpose pour le sauver, ce qui lui vaudra d’avoir la joue transpercée par une baïonnette. Lacrosse est emprisonné et embarqué sur un navire danois le 5 novembre. Au lieu de repartir pour l’Europe, il ira se réfugier en Dominique, la Martinique n’ayant pas oublié son penchant révolutionnaire de 1793…

Mai 1802

Pelage voudra donner de nombreux gages qu’il n’y a pas volonté d’indépendance. Si Lacrosse ne pouvait être maintenu il ne s’agit que d’un remplacement provisoire. Des émissaires sont envoyés en vain pour convaincre Lescallier et Coster de reprendre le commandement. Pelage fera aussi tout son possible pour ne pas effrayer les blancs – certains ont fui mais ce n’est pas une tendance générale – en faisant exécuter avec une grande sévérité des noirs accusés du meurtre d’un blanc .

En février 1802, les combats s’engagent à Saint-Domingue. Lacrosse, avec l’aide des Anglais, contrôle Les Saintes et Marie-Galante. Le général Richepanse arrive début mai avec 3 500 soldats. Il ne pose le pied en Guadeloupe qu’ après s’être assuré que mille de ses hommes l’ont précédé. L’armée de couleur est humiliée alors qu’elle rend hommage aux troupes du général. Contrairement à Lacrosse, Richepanse saura habilement s’appuyer sur Pelage et utiliser le charisme qu’il possède sur les hommes de couleur ainsi que son talent militaire. Le chef de brigade ira au bout de sa démarche « loyale » et obéissante. Les troupes de richepanse investissent les forts dont le Fort Fleur-d’ Épée et la Victoire. Un millier de soldats noirs (une partie désertera) sont désarmés et embarqués à fond de cale. Des officiers, dont Ignace, Palème, Codou et Massoteau (présenté comme particulièrement intelligent disparaitra mystérieusement soit par noyade accidentelle soit par sens tactique aigü sur l’avenir de la rebellion) rejoignent la Basse-Terre par le Grand Cul-De-Sac marin depuis Petit-Canal.

A Basse-Terre, où Delgrès est chef de garnison, la même ligne politique d’acceptation de l’autorité de la métropole est suivie à l’annonce de l’arrivée de Richepanse. Mais les nouvelles venues de Grande-Terre sur le désarmement de l’armée coloniale vont bousculer cette reconnaissance. Le 10 mai c’est la proclamation du « dernier cri de l’innocence et du désespoir ». Ce texte signé par Delgrès a été écrit en collaboration avec un blanc martiniquais du nom de Monnereau. Il revendiquera la paternité de ce texte et sera notamment exécuté pour cela par ceux venus rétablir l’esclavage. Richepanse et Pelage furent reçus, le même jour, par des tirs de canon quand ils parurent au large de Basse-Terre.

De nombreux cultivateurs pris de sympathie pour les chefs et les idéaux de la résistance vinrent gonfler les effectifs de Delgrès et Ignace. Cet apport quantitatif fut d’un intérêt moindre sur les plans militaire et stratégique puisqu’un grand nombre d’entre eux n’avaient jamais manié un fusil, manquaient d’entrainement et de discipline. Après deux jours d’affrontements intenses et de pertes lourdes des deux côtés, Richepanse se rend compte que le sang coulera encore beaucoup. Il propose une « paix des braves ». Delgrès lui rétorque qu’il faudra que les troupes françaises quittent l’île pour entamer un début de négociation. Le 14 mai, une petite concession arrive trop tard: une lettre signée par Lescallier, Coster et Richepance qui s’attribue le titre de capitaine-général donne satisfaction à une des demandes des insurgés de ne pas reconnaître Lacrosse. Mais un processus irréversible est en marche, le « vivre libre ou mourir » sera suivi à la lettre par les héros guadeloupéens.

Les combats dans la région de Basse-Terre se poursuivent tandis que 600 des mille hommes de l’armée coloniale, choisis avec l’aide de Pelage, ont été intégrés dans les troupes de Richepanse et vont affronter leurs anciens frères d’armes.

Suite à la prise du Fort Saint-Charles, Delgrès se replie sur le Matouba avec 300 hommes tandis qu’Ignace se dirige vers la Grande-Terre à la fois pour faire diversion et ouvrir un second front. Une fois devant Pointe-à-Pitre, Ignace est confronté à Pelage qui parvient à le faire se replier dans le fortin de Baimbridge. S’en suit un massacre, Ignace se suicide pour ne pas se faire prendre vivant. 100 prisonniers sont fusillés le 26 sur la Place de la Victoire et 150 le 27 mai à Fouillole. Le 28 mai Delgrès se fait sauter avec les trois cents rebelles qui l’entourent lors d’un assaut des troupes françaises sur l’habitation Danglemont.

Le retour à l’ordre esclavagiste postérieur à 1794 se fait par des exécutions massives d’insurgés et par la déportation des soldats noirs (aussi bien ceux qui avaient combattu avec Richepanse que les insoumis) qui sont vendus comme esclaves. Pelage embarque pour la France en juillet 1802. Il sera emprisonné jusqu’en novembre 1803. Cependant, toute résistance en Guadeloupe ne s’est pas éteinte, en septembre 1802 un rapport mentionne des bandes à la tête desquelles Palème, Codou, Noël Corbet, Jacquet, Siméon et Hyppolite-Avril. Certains d’entre eux auraient réussi à rejoindre les États-Unis.

De Saint-Domingue, en septembre 1802, Leclerc se plaint du « malheureux arrêté » de Richepanse rétablissant l’esclavage. Les Haïtiens qui ont écho de cette nouvelle n’auront plus aucun doute sur les projets de la France pour leur pays.

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Tout faire pour éviter l’impasse

Serge Harpin

Par Serge HARPIN


La vraie question politique en ces lendemains de grève générale est celle de savoir s’il faut poursuivre le processus d’évolution statutaire engagé par nos élus du Congrès et si oui, sous quelles conditions.

La question est d’autant plus cruciale que nul ne saurait sérieusement contester que nous sommes aujourd’hui dans une situation de grande confusion. Une confusion qui peut conduire à une impasse politique. Le terme de « confusion » renvoie, dans l’emploi que nous en faisons, à un état d’indétermination et donc d’indécision de tous les acteurs : gouvernement, élus locaux, société civile. Et la fébrilité ambiante ne peut occulter ce fait.

1/ Première confusion. Une revendication forte et massive de justice sociale prisonnière d’une logique d’Etat Providence, de perpétuation donc de la dépendance. Or dans le même temps depuis plus de 30 ans nous n’avons cessé, avec raison, de mettre en cause cette dépendance ou pour parler savant cette « néo-colonialité » ; rejoints curieusement sur ce terrain depuis peu par le gouvernement lui-même. Un gouvernement qui cherche manifestement, sans pour autant le dire explicitement, à rompre avec cette logique de l’Etat Providence, pour la simple raison qu’il ne peut plus « assurer » ; d’où ses hésitations, son indécision et le plus souvent sa duplicité. La duplicité, il faut y revenir, consiste à promettre ce que l’on n’a pas et aussi, pour des motifs inavouables, à décrédibiliser et diviser sournoisement les élus locaux (les Etats Généraux en sont une nouvelle preuve). Ceci en s’appuyant, d’une part, sur l’aveuglement des obsédés locaux de la notoriété et du pouvoir, d’autre part, en France hexagonale, sur l’éternelle défiance des socialistes envers les indépendantistes antillais. La société civile martiniquaise a certes des choses importantes à régler avec ses politiques, mais cela devrait se faire dans un débat interne à la société martiniquaise (avec toutes les composantes sociales et ethniques y compris européennes) avec des instances de médiation interne. L’omniprésence d’un Etat peut disert sur ses intentions réelles et ses jeux d’alliances obscurs en Martinique parasite le débat et ajoute beaucoup à la confusion.

2/ Deuxième confusion. Un débat statutaire local, largement entamé et brutalement perturbé par un mouvement social qu’on n’attendait pas vraiment et qui oblige par son ampleur et sa durée à des réajustements en profondeur des stratégies. La récession mondiale a été le révélateur de l’impasse d’une organisation économique (le capitalisme), fondée sur l’égoïsme ou la primauté absolue de l’intérêt personnel (le libéralisme) et par conséquent l’idée d’une incapacité de l’homme à l’altruisme (utilitarisme). La grève générale a été à la fois, un indicateur du niveau très élevé de frustration née des injustices sociales, et des limites de la démocratie représentative et participative pour faire entendre et prendre en compte politiquement ces frustrations. La confusion se nourrit ici de l’impuissance, que nous espérons momentanée, de la pensée et des pratiques politiques à prévoir et à faire face à cette triple crise, économique, sociale et politique. Cette impuissance n’est pas sans rapports avec une culture politique partagée que nous avons eu à dénoncer (l’idée stupide d’un génocide par substitution aux Antilles françaises, la professionnalisation de la politique, la croyance que le développement ou la croissance est la condition essentielle de la justice sociale). Un partage au-delà des clivages partisans qui d’ailleurs sont de moins en moins perceptibles par nos concitoyens.

3/ Troisième confusion. C’est celle créée par l’entêtement de certains à vouloir enfermer la question sociale en Martinique dans une problématique d’égalité avec la France, dans une problématique en définitive d’Etat Providence. On se refuse ainsi à penser la dynamique propre de la société martiniquaise. Une dynamique de société divisée qui produit et reproduit des rapports d’exploitation et d’inégalité ainsi que des logiques de destruction de l’environnement. L’égalité en tout point avec la France nous maintient par ailleurs dans un modèle quantitatif ; dans une logique du « plus », de la calculette. Il ne s’agit bien sûr ni de renoncer à tous les acquis, ni de rejeter de manière indifférenciée et dans tous les domaines le principe d’égalité avec la France et même l’Europe. Ce dont il faut prendre conscience pour sortir de la confusion c’est que le « plus », le quantitatif peut être dans certains cas une régression, pire une « régression structurante ». Nous entendons ainsi une régression qui produit et nous soumet à son économie, son mode de vie, sa culture et ceci au détriment de l’environnement urbain, rural et naturel et par conséquent de la « qualité de vie ». L’automobile en est un des meilleurs exemples ; un exemple d’autant plus pertinent que la Martinique est une petite île. C’est dire, à contrario, que le « moins » dans certains domaines ou la « décroissance raisonnée » peut être une garantie du mieux être ensemble. L’égalité absolue avec la France peut être aussi source d’inégalité avec notre environnement caribéen ; ce qui complique encore davantage la possibilité d’échanges équitables, particulièrement sur le plan économique. Il faut comprendre en conclusion que la revendication d’égalité avec la France n’a plus la même lisibilité que pendant la période de la départementalisation, une période dont on s’accorde de plus en plus largement aujourd’hui à reconnaître la fin. C’est dire que le pacte entre la population martiniquaise et ses élites politiques et intellectuelles doit désormais être repensé.

Pour en revenir à la question de départ nous pensons que rien ne justifie que le processus d’évolution statutaire engagé puisse être remis en cause et ne se poursuive pas. Nous sommes au contraire convaincus que c’est pour l’instant la seule réponse proprement martiniquaise à la crise actuelle. Toutefois elle ne sera une vraie réponse qu’à condition d’intégrer les attentes sociales et politiques exprimées par le mouvement du 05 février 2009 et de relativiser le quantitatif pour aussi faire toute sa place au qualitatif. C’est là, à notre avis, une réponse réaliste – au sens du faisable, inscrite dans la durée face à la récession économique mondiale et au risque toujours présent de dépression. Les nombreux débats plus ou moins informels en cours nous paraissent devoir s’intégrer à ce qui peut ne plus être seulement un processus technique d’évolution statutaire mais qui doit devenir aussi une occasion de clarification entre la population et ses élites sur les choix de société et l’ordre des priorités, la fonction politique, les modalités d’expression et de contrôle démocratique de la société civile.

Serge HARPIN

Pierre-Marie PORY-PAPY

Pierre-Marie Pory-Papy, maire de Saint-Pierre et député sous la Seconde et la Troisième République.

Pierre-Marie Pory-Papy, maire de Saint-Pierre et député sous la Seconde et la Troisième République.

Pierre-Marie Pory Papy (Saint-Pierre 3 mai 1805- Versailles 27 janvier 1874)

Pierre-Marie Pory Papy naît d’un métis libre surnommé « Pory », surnom qu’il pourra par la suite ajouter à son nom à partir de 1832. Sa mère, Antoinette, esclave affranchie le 24 octobre 1805 dût patienter plus de 11 mois avant de faire baptiser son fils parce que ses titres n’étaient pas en règle. Son père s’engage au côté de Bissette (dont il deviendra le correspondant après que ce dernier fût contraint à l’exil) pour l’amélioration des gens de couleur libres. Marié assez jeune (20 ans), il travaille dans la petite affaire familiale avec l’espoir de passer son bac et de poursuivre ses études (la reconnaissance des diplômes). La ruine de l’entreprise retarde son départ pour la métropole mais a pour effet de renforcer sa détermination.
Il commence en tout cas à s’engager en politique au moment de la chute de Charles X après les Trois Glorieuses et l’avènement sur le  trône de Louis-Philippe d’Orléans qui instaure un nouveau régime : la Monarchie de Juillet. C’est il est vrai une période de forte effervescence intellectuelle et porteuse d’espoir après la relative austérité de la Restauration.
Finalement, il se décide à vendre une partie de ses biens et à s’embarquer pour la Métropole. Sa famille le rejoint à Aix-en-Provence où il prépare le Bac qu’il obtient avec succès en 1834. En 1835, il part pour Paris où il obtient sa licence en droit.
De retour en Martinique, il s’inscrit au barreau de Saint-Pierre le 4 novembre 1835 et le 30 mai 1837 il obtient la charge d’avoué de feu Me Le Maistre de Sainte-Isle. Mais à cause du suffrage censitaire en vigueur à l’époque il n’a pas les moyens d’être éligible.
Le destin lui sourit avec l’agitation révolutionnaire  de 1848 qui le propulse dans le Conseil Municipal de Saint-Pierre où il est chargé de la Police. A Paris le Gouvernement provisoire abolit l’esclavage. Mais les autorités craignent dans les îles que l’entrée en application du décret ne provoque des émeutes. De nombreux esclaves savent déjà que l’esclavage est déjà aboli à Paris et sont de plus en plus rétifs au travail. Pory Papy refuse tout d’abord l’abolition immédiate car pour lui les conditions optimales ne sont pas encore réunies.  Mais il sent rapidement que le vent tourne et qu’il faudrait peut-être réviser son opinion première. C’est dans cette atmosphère de tension que le 22 mai survient un évènement qui va le mettre en lumière.
L’esclave Romain de l’habitation Duchamp est arrêté sur ordre du maire de Saint-Pierre, Husson, pour avoir joué du tambour pendant que les esclaves préparaient le manioc. Les esclaves trouvent cette peine disproportionnée et viennent réclamer sa libération devant la prison. On fait usage de la force pour disperser la foule, mais Pory Papy, chargé de la Police fait libérer le prisonnier sous les acclamations de la foule. Le  maire Husson, favorable à l’esclavage convoque devant le Conseil Municipal Pory Papy pour des explications. Ce dernier reçoit le soutien de la foule d’esclaves qui veut le protéger. Le Conseil Municipal, face à cette foule en colère ne peut que désapprouver le maire en place et voter l’abolition. Les rues de Saint Pierre sont aux mains des esclaves toute la nuit. L’agitation se propage dans le Sud et sur la côte atlantique. Le gouverneur Rostolland ne peut que se résoudre à abolir le lendemain l’esclavage. Le 24 mai 1848, le Conseil Municipal le désigne comme nouveau maire de Saint-Pierre jusqu’au 30 août.
La Martinique a trois postes de députés à pourvoir, deux semblent être dévolus à Victor Schœlcher et à Cyrille Bissette, il en reste donc un troisième qui semblerait être réservé au Directeur Provisoire de l’Intérieur. Mais Pory Papy n’a que faire de la Direction de l’Intérieur : ce qu’il veut c’est la députation à l’Assemblée Constituante.
Malgré la campagne de dénigrement menée par les partisans d’Husson qui lui font porter la responsabilité des morts du 22 mai, il est élu triomphalement avec Schœlcher et Bissette.
Lors des travaux préparatoires à la Constitution de la Seconde République, il se rapproche de Schœlcher, ennemi farouche de Bissette qui voit d’ailleurs son élection invalidée pour incapacité personnelle suite à la faillite d’une affaire. Bissette s’allie donc avec un créole, Pécoul pour les prochaines échéances électorales, les législatives. Bissette remporte de manière écrasante les élections face à Schœlcher et Pory Papy.
Comme souvent à cette époque, derrière chaque mouvement politique il faut un organe de presse, Pory Papy fonde donc son journal « la Liberté ». Il défend une politique de conciliation entre anciens maîtres et anciens esclaves, adoptant une posture au dessus des partis. On se souvient de sa déclaration devant la Cour d’Assises de Basse-Terre  le 21 juin 1850: « la conciliation aux colonies est une nécessité sociale, mais ce n’est pas dans l’urne du suffrage universel que la conciliation est possible ; c’est dans les travaux des champs et de l’usine, c’est dans les relations commerciales et privées, sans intermédiaire officiel et politique, que la conciliation aura lieu ».Mais rien n’y fait, il est submergé par une vague « bissettiste » aux élections municipales de 1851.
Le Coup d’Etat du 18 Brumaire 1851 voit le président Louis-Napoléon Bonaparte confisquer tous les pouvoirs et recevoir un an plus tard l’onction de la population par plébiscite pour un rétablissement de l’Empire. Le Second Empire plonge Pory Papy dans une longue éclipse, une longue traversée du désert qui ne se terminera qu’avec le désastre de Sedan et l’abdication de celui que Victor Hugo appelait (sûrement à tort) « Napoléon le petit ».
Il faut alors former une nouvelle constitution pour cette IIIème République qui va bientôt naître. Il est de nouveau élu député à l’Assemblée Constituante en 1871 puis député jusqu’en 1874, année de sa mort. Il s’éteint à Versailles le 27 janvier 1874.

Cyrille Bissette

Cyrille Bissette, le plus grand héros martiniquais de l'abolition

Cyrille Bissette, le plus grand héros martiniquais de l'abolition

(Fort Royal 9juillet 1795- Paris 22 janvier 1858)

Cyrille Charles Auguste BISSETTE naît le 9 juillet 1795 à Fort Royal (ancien nom de Fort-de-France) d’une famille de gens de couleur libres. Il est de haute ascendance et sa famille est aisée. En effet, son père, Charles Borromée Bisette  mulâtre du Marin épouse en 1794 Elizabeth Bellaine, une métisse libre fille du béké Joseph Tasher de la Pagerie, qui n’est autre que la demi- sœur de l’Impératrice Joséphine. Cyrille est l’aîné des six enfants.

Cyrille se marie en 1816 avec Augustine Séverin et devient négociant à Fort-de-France. Peu préoccupé par la cause des esclaves à l’époque, il participera même à la répression d’une révolte d’esclave en 1822 au Carbet. Mais sa vie prendra par la suite une toute autre tournure. Il se fera bientôt connaître pour son appui invétéré à la cause anti-esclavagiste par le biais de l’affaire de la brochure qui le rendra célèbre, mieux connu sous le nom de « l’affaire Bissette ».

L’Affaire Bissette

A partir de décembre 1823 circule une brochure intitulée « De la Situation des gens de couleurs libres aux Antilles françaises » écrit pour le procureur par un certain Cyrille Bisette. On y dénonce les différentes injustices, les mauvais traitements, les humiliations et privations dont sont victimes les esclaves en terres françaises d’Amérique. Le ton contraste avec la relative modération des écrits des gens de couleurs libres en ce temps-là. On y réclamait l’application aux noirs des mêmes droits dont jouissaient les sujets royaux dans le cadre de la Charte octroyée par le Roi en1814. On alla même jusqu’à proposer un rachat progressif des esclaves, la gratuité des écoles pour les affranchis et  la suppression des châtiments corporels.
Cette brochure, incendiaire pour l’époque, aurait été vraisemblablement ramenée par deux libres, riches commerçants de Saint-Pierre, Monlouis Thébia et Jos Eriché dans leurs bagages. Il existait à l’époque un puissant réseau de Libres de couleur réparti entre Paris, Nantes et Bordeaux.

Bisette est dénoncé par un certain Morando. La police perquisitionne chez lui et l’on y retrouve plusieurs brochures ainsi qu’un projet d’adresse à la Chambre des députés. Bissette est arrêté le lendemain avec ses amis Volny et Fabien. Les Libres ne disposaient pas encore à Saint-Pierre du même statut de notabilité dont ils jouissaient à Fort Royal. Une quinzaine d’entre eux furent ainsi arrêtés par les forces de l’ordre même si les plus notables dont Papy (père du futur député Pory- Papy) ne furent pas inquiétés.

Les accusés passèrent tous en jugement de décembre 1823 à février 1824. Parmi tous ces procès, le plus retentissant fût celui de Bissette. Il nia vigoureusement fomenter une révolte d’esclaves (la crainte de l’haïtianisme était encore forte) : « ceux auxquels j’ai lu la brochure ont tous autant  intérêt que moi, et tous propriétaires à maintenir l’ordre dans la colonie ». Si l’on ne pouvait prouver avec certitude que Bissette était l’auteur du papier, il fut tout de même convaincu de conspiration en tant que distributeur du libelle. Le 5 janvier 1824, il fut condamné en première instance à être marqué au bannissement de la Martinique et aux travaux forcés. Il fait appel de la décision ; le procureur par intérim de Lucy, fervent partisan des thèses racistes réussit à la faire condamner à être marqué au fer rouge de la mention « GAL » (pour galère). Il est transporté au fort de Brest avec quarante-six autres condamnés où il se pourvoit immédiatement en cassation. L’assignation au territoire métropolitain est cassée et il est renvoyé avec ses complices devant la Cour royale de la Guadeloupe qui le bannit pendant dix ans des colonies françaises.

La période à laquelle eut lieu ce procès est marquée par une lutte entre libres de couleur et békés, lutte qui se prolongera sous le régime suivant. La métropole cherchait à affaiblir le pouvoir dont jouissaient les blancs créoles en supprimant par exemple en 1826 la Cour prévôtale mais aussi en tentant de briser le recrutement créole de la Cour d’appel en 1828 : le procureur ne serait plus un créole et les juges de métropole seraient avantagés.

Cette affaire eut pour effet de renforcer la barrière de couleur. De nombreux blancs trouvaient le jugement trop clément, tandis que les soutiens pour les Libres de couleur incarcérés ne cessaient de se renforcer dans les deux villes principales de Martinique.

La lutte contre l’esclavage.

Loin de se contraindre au silence et à l’isolement, Bissette profite d’être en métropole pour être un relais aux thèses antiesclavagistes. L’avènement de la Monarchie de Juillet consécutif aux Trois Glorieuses marque une période de bouillonnement intellectuel et de multiplication des journaux. Bissette fonde la Revue des Colonies qui défend ardemment la cause des esclaves se rapprochant de l’abolitionniste britannique Macaulay.

L’opinion publique française était de plus en plus favorable à l’émancipation des esclaves. Bissette et Fabien s’estiment être les mandataires des hommes de couleur en métropole, ils bénéficient de plus en plu d’oreille très attentives. La Monarchie de Juillet préparait déjà dès 1830 la complète assimilation des Libres de couleurs aux colons de souches européennes pures. Bissette prépara quelques observations pour les commissions chargée de préparer la charte coloniale promulguée en 1833 : que toute personne libre de couleur de plus de vingt-cinq ans et résidant depuis plus de deux ans sur le territoire d’une commune puisse élire et être éligible. L’idée fut retenue mais le cens mis en place (car à l’époque le suffrage était censitaire car on pensait que les citoyens devaient être des personnes éclairées, les pauvres étant souvent influençables) était trop élevé pour que beaucoup d’hommes de couleur soient électeurs ou élus :il fallait payer 300 francs d’impôt et avoir un patrimoine de plus de 60000 francs. Aux cantonales de 1834, il n’y avait sur 725 électeurs que 25 gens de couleur et bien sûr aucun élu.

Les Antilles anglaises avaient elles, déjà procédées à l’abolition de l’esclavage depuis 1835 et la pression était de plus en plus forte de la part du Royaume-Uni pour que les autres empires (enfin surtout l’empire coloniale français) procèdent eux aussi à cette abolition, pas seulement pour des raisons humanistes mais avant tout parce que cela devenait de la concurrence déloyale, la France disposant d’une main d’œuvre servile qu’elle ne payait pas contrairement aux britanniques. Bissette, modéré rejoignait lui le combat du Duc de Broglie en faveur d’une abolition progressive. Il écrivit d’ailleurs à ce sujet :

« Avant que l’abolition entière ne sépare en deux partie le monde colonial, il faut préparer un lien entre les anciens et les nouveaux citoyens. Il faut que les anciens citoyens trouvent la sécurité et que les nouveaux trouvent liberté et profit. La révolution sociale s’accomplira ainsi sans violence et sans confusion ».

Schoelcher lui-même était au début partisan de la fin immédiate de la traite transatlantique, mais ne voyait l’émancipation totale avant soixante ans : il ne voyait pas « la nécessité d’infecter la société active de plusieurs millions de brutes décorées du titre de citoyen ». La suppression des châtiments lui paraissait prématurée. Ce n’est qu’à partir des années 1840 et un voyage aux Antilles qu’il réclame alors l’abolition totale et immédiate.

Le 5 janvier 1840 est votée la loi sur les patronages qui prévoit des enquêtes périodiques menées par l’autorité judiciaire afin de vérifier que les esclaves bénéficiaient de bons traitements sur les habitations. Ceci a le don de provoquer l’ire d’une bonne partie des colons qui voient réduire de plus en plus leur autorité sur les plantations. D’ailleurs, de plus en plus d’affaires sont portées devant les tribunaux.

Cinq ans plus tard est adoptée la loi Mackau qui représente une grande avancée pour les esclaves. Désormais la journée de travail est limitée à neuf heures (ce qui était bien moins qu’en métropole), le travail de nuit est interdit, les esclaves peuvent aussi racheter leur liberté ainsi que celle de leur famille, mais doivent en revanche demeurer cinq ans sur l’habitation comme salariés. Mais dans les faits il n’y aura que cinq cents esclaves à bénéficier de cette mesure en Martinique.

Une carrière politique marquée par une rivalité exacerbée avec Schoelcher.

Le 27 avril 1848, le gouvernement provisoire de la Seconde République adopte l’abolition immédiate de l’esclavage, mesure radicale étant donnée que beaucoup se satisfaisaient de l’émancipation progressive. Lors de la proclamation de la liberté en Martinique, c’est d’abord le nom de Bissette qui est acclamée par la foule. Bissette décide donc de se présenter aux législatives du 9 août suivant. Il est élu en compagnie de  Pory Papy et Victor Schoelcher, avec une participation de près de 75% (chiffre qui ferait aujourd’hui rêver sous nos latitudes)mais son élection est aussitôt invalidée par l’Assemblée constituante pour incapacité personnelle due à la faillite qui avait été prononcée contre lui.

Heureusement pour lui, le Tribunal de Commerce de la Seine invalide cette décision ce qui lui permet de se présenter de nouveau et d’être élu largement en 1849. Il bénéficie du soutien des nouveaux affranchis, de la masse des cultivateurs et de blancs tandis que Schoelcher était plus l’homme des gens de couleur, les anciens affranchis. Bissette se prononce pour l’oubli du passé, pour une politique de réconciliation entre békés, anciens et nouveaux affranchis :
« Consentons donc à un mutuel oubli du passé et jetons loin de nous nos funestes divisions, nos préjugés d’un temps qui n’est plus, les vieilles récriminations qui ne font jamais l’affaire des partis et bien moins encore le bonheur du pays qui doit dominer et faire taire toutes les passions » .

Bissette pour gagner s’est associé avec le béké Pécoul ce qui a le don d’irriter considérablement une partie de son électorat mais sa victoire n’en demeure pas moins écrasante puisqu’il recueille 16237 voix et Pécoul 13482, Schoelcher, humilié ne recueillant que 3617  suffrages. Cette association Bissette-Pecoul achève selon Isambert, avocat de Bissette, d’accélèrer la formation d’un parti schoelchériste afin de contrer le parti bissettiste. On accuse Bissette d’avoir trahi sa race par son alliance contre nature avec un ancien colon. Schoelcher, battu en Martinique est en revanche élu en Guadeloupe(car à l’époque on pouvait se présenter dans plusieurs circonscritions mais on ne pouvait bien sûr occuper qu’un siège)après un séjour agité de Bissette où il est attaqué par la foule de mécontents dans plusieurs communes de l’île.

C’est une farouche bataille qui s’engage entre les deux camps. Schoelcher ne pouvant pardonner sa défaite en Martinique à Bissette. L’Alsacien ne cesse de dénoncer les ambitions politiques du mulâtre, sa compromission avec les anciens esclavagistes, parlant d’ « une vive répugnance à s’occuper aussi longtemps d’un personnage taré comme M. Bissette ». Chacun des deux hommes bénéficient de l’appui de leur organe de presse respectif, Schoelcher de La Liberté et Bissette du Courrier de la Martinique, à travers lesquels les deux parties n’hésitent pas à se fendre d’insultes.

Cette rivalité perd sa raison après le coup d’Etat du président de la République Louis Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851. Bissette s’éloigne alors de l’échiquier politique.

Bissette est l’un des grands oubliés de notre histoire. Tout le monde connaît Victor Schoelcher, Alsacien de naissance dont les manuels ont fait le héros de l’abolition. L’histoire ne retient que les vainqueurs et malheureusement, les intellectuels ont réussi à le faire disparaître de la mémoire collective. Il a cherché à concilier les différentes composantes de la période esclavagiste, anciens maîtres et anciens esclaves après l’abolition. Et c’est cette attitude de modération, de réconciliation qui lui a valu de passer pour un traître et de tomber dans les oubliettes de l’histoire. Et c’est pour cela qu’il mérite de recevoir les honneurs qui lui ont été refusés jusqu’à présent.