Le 1er décembre dernier, XXIIème Journée mondiale de lutte contre le sida ? Non. Les 10 et 11 décembre alors, à l’occasion de son déplacement en Guyane, département français le plus frappé par le VIH et le sida ? Non plus. Marie-Luce PENCHARD, ministre chargée de l’outre-mer, auprès du ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales, a choisi le 27 janvier pour présenter ses vœux et aborder enfin la question en évoquant le rôle «crucial» joué par les femmes en matière de «prévention contre le VIH».
TJENBÉ RÈD salue cette déclaration sobre et dépouillée qui rompt un silence de sept mois, observé par la ministre depuis son entrée au gouvernement le 23 juin. L’association de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida comprenait de moins en moins ce silence, alors que des associations plus nombreuses chaque mois ne cessaient d’appeler avec nous son attention sur la gravité de l’épidémie de VIH et de sida parmi les populations ultramarines :
Entre 2005 et 2008, le taux de découvertes de séropositivité au VIH a augmenté de 40% dans les départements d’outre-mer (Guyane, Guadeloupe, Martinique, La Réunion), Saint-Barthélemy et Saint-Martin compris, alors qu’il augmentait de 16% dans l’Hexagone – où les départements les plus touchés sont ceux où les originaires des outre-mers sont les plus nombreux.
TJENBÉ RÈD espère maintenant un soutien fort, clair et net du ministère chargé de l’outre-mer à l’Appel pour une conférence sur le sida parmi les populations ultramarines en France, lancé le 30 novembre 2009 par 26 organisations et personnalités qualifiées.
Cet appel entend s’inscrire dans la mise en œuvre des mesures annoncées en matière de VIH/sida au terme du CIOM (conseil interministériel de l’outre-mer), le 6 novembre, par le président de la République Nicolas SARKOZY.
Le préfet a procédé, ce mardi 26 janvier 2006, à l’installation du Groupement d’Intervention Régional Concurrence de la Guadeloupe. Plusieurs actions prioritaires pour l’année 2010 ont été décidées permettant au GIR Concurrence d’être immédiatement opérationnel.
Le Conseil Interministériel de l’Outre-Mer, présidé par le Chef de l’Etat le 6 novembre 2009, a décidé la création de GIR Concurrence pour répondre à l’attente exprimée par nos concitoyens sur le niveau des prix des produits de grande consommation.
Le GIR Concurrence a pour objectif d’accroître la vigilance de l’État sur les distorsions de concurrence et les mécanismes de formation des prix sur des marchés où le nombre d’acteurs est réduit.
Il renforce l’efficacité des services de l’État compétents en matière économique en croisant leurs sources d’informations et en associant leurs capacités d’expertise respectives afin de détecter tout dysfonctionnement de la concurrence. Ainsi le service des douanes apportera ses connaissances sur les produits importés et les services financiers sur la constitution des groupes et les données fiscales.
Il est placé sous l’autorité hiérarchique du Préfet de région et est dirigé par M. David TIBILAN, directeur départemental de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.
Il est composé d’agents de la DDCCRF ainsi que de correspondants désignés nominativement par la Direction régionale des finances publiques (services fiscaux) et la Direction des douanes et des droits indirects. Le GIR Concurrence peut solliciter, en tant que de besoin, la participation d’agents des services vétérinaires et de l’inspection du travail.
Le GIR Concurrence procède à des études sectorielles et programme des enquêtes ciblées en matière de lutte contre les pratiques anticoncurrentielles à partir des informations ainsi recueillies. Il participe également à la recherche de pratiques commerciales restrictives de concurrence.
Lors de la réunion du mardi 26, le préfet et les membres du GIR Concurrence ont décidé de trois enquêtes prioritaires pour l’année 2010 :
sur les pratiques commerciales dans la grande distribution,
Les électeurs de Martinique se sont prononcés dimanche par référendum pour la création d’une « collectivité unique », exerçant les compétences dévolues au département et à la région. Si à 21 heures, heure locale, le score définitif n’est pas officiellement annoncé, le score provisoire est suffisamment parlant: une victoire du OUI de plus de 68% contre environ 31% de NON.
Le « Oui » à la création d’une collectivité unique arrive en tête dans la totalité des communes où les résultats sont connus.
Au global, selon les estimation provisoires, 68 % des électeurs auraient voté pour le « oui ».
Le taux de participation tourne autour de 35 % contre 43.94% en 2003.
Le Nord-Atlantique a été le théâtre où le OUI a tenu le plus beau rôle. « Je suis heureux de ce résultat », déclare Louis-Joseph Manscour, député-maire de Trinité. « C’est un OUI sincère et franc. Je voudrais remercier les Martiniquais. Je suis heureux qu’ils nous aient fait confiance. Nous aurons une collectivité unique pour mieux maîtriser la gestion des fonds publics en Martinique ».On comprend mieux le score de Macouba 89% de OUI.
A Case-Pilote, autre résultat pour autre réaction. Si le OUI l’a emporté partout, c’est bien dans la commune de Ralph Monplaisir qu’il a fait son plus petit score 50,6%. Le NON aura eu du mal à décoller, à moins que ses partisans n’eussent manqué de temps: « Ces résultats traduisent l’inquiétude de la population d’où ce taux d’abstention important. C’est la traduction de l’incompréhension de la population. Au PCD, nous estimons qu’il fallait laisser à la population le temps de comprendre. », explique le maire de Case-Pilote.
Partisan du oui mais vainqueur amer le président Marie-Jeanne sent peut-être déjà le vent tourner « Malgré le taux d’abstention, le OUI l’emporte à 80%, c’est bizarre, ce sont les mêmes chiffres que le 10 janvier. Tout le monde s’approprie cette victoire, mais pour la vérité historique, les parâtres d’hier ne peuvent pas être les pères fondateurs d’aujourd’hui. ».
« La participation n’est pas forte mais ils (les martiniquais, ndlr) ont fait preuve de maturité. » résume Miguel Laventure, secrétaire général du FMP qui reste presqu’aussi mesuré que Serge Letchimy, député maire de Fort-de-France pourtant grand vainqueur des premières joutes électorales de 2010.Pour lui les martiniquais ont fait preuve de lucidité, loin de se réjouir, voilà un peuple qui « n’a pas fait le choix de la passivité dans l’attente d’une réforme à venir » et conçoit avec lucidité une évolution institutionnelle qui ne renie en rien les acquis de ses grandes luttes historiques ».
CONFÉRENCE DE PRESSE DE PATRICK KARAM DU 20/01/2010
Concours des grandes écoles en outre-mer :
un dispositif innovant pour favoriser l’émergence des élites ultramarines
Patrick Karam, délégué interministériel pour l’Égalité des chances des Français d’outre-mer, Thierry Debay, directeur des admissions et concours de la Chambrede commerce et d’industrie (CCI) de Paris, et Philippe Regimbart, directeur INSEEC-Paris et président du SIGEM, vous invitent à une conférence de presse le mercredi 20 janvier 2010 à 11h00 à la Délégation interministérielle (salleClaude Erignac – 27, rue Oudinot Paris 7ème).
Ils présenteront le dispositif pour favoriser l’émergence des élitesultramarines qui apporte des solutions innovantes aux difficultés querencontrent les Ultramarins lorsqu’ils passent les concours d’accès auxgrandes écoles de management. Une délégation représentant 25 écoles de management recrutant sur classes préparatoires, dirigée par Thierry Debay, se rendra pour la première fois en Guadeloupe et en Martinique du 21 au 28 janvier prochain pour examiner sur place avec les lycées et les classes préparatoires les modalités d’application du dispositif initié par Patrick Karam.
Trois points importants seront évoqués :
l’organisation différée des épreuves écrites en outre-mer à des horaires similaires à ceux de l’Hexagone au lieu de 3h à 4h du matin ;
concernant les oraux, la mise en place de différents dispositifs innovants,dont la visioconférence ou la formation des examinateurs in situ, ou encoreune prise en charge des frais de déplacement et une priorité dans le choix dela date des oraux ;
une politique régulière de rencontres et d’échanges avec l’outre-mer et un dialogue accru entre les lycées de ces territoires et les grandes écoles dans le cadre de « Cordées de la réussite » déjà expérimentées dans l’Hexagone et inexistantes en outre-mer en raison de la distance. Le but étant de sensibiliser les jeunes ultramarins à l’intérêt de poursuivre les études dans le supérieur et leur accompagnement vers la réussite des concours.
Dimanche 10 janvier les habitants de la Martinique vont être consultés sur l’éventuel changement de statut de la Région Martinique.
C’est à dire?
La Région Martinique est une région mono départementale appelé D.O.M ou RUP (Région ultra périphérique) en Europe. Son statut est régi par l’article 73 de la Constitution et son principe est l’identité législative. En somme l’article 73 dispose que les règles votées à Paris, régaliennes (qui sont exclusivement réservées à l’état comme la police ou la justice) ou non, sont automatiquement applicables en Martinique avec vraiment très peu de possibilités d’adaptation et aucune de différenciation. En contrepartie, le fonctionnement de la Martinique est garanti par la Constitution, on appelle cela la sécurité juridique. La loi de financement concernant les collectivités locales étant la même, la Martinique jouit aussi de la sécurité budgétaire.
Si la Martinique choisissait dimanche 10 janvier l’article 74 alors elle prendrait le statut de COM (Collectivité d’Outre Mer). Son principe est celui de la spécificité législative, lui conférant théoriquement une marge de manœuvre bien plus grande: adaptation de lois dans les domaines non régaliens, possibilité de non application de certaines lois, compétences dans l’accès à l’emploi, la protection du foncier, la protection douanière etc. Toutes ces compétences sont votées par une loi organique.
Une loi organique c’est une loi supérieure, votée plus rigoureusement par le Parlement et qui complète la Constitution. Le premier problème est que, le Parlement peut à tout moment modifier cette loi selon la majorité parlementaire qui est en place, on parle alors d’insécurité juridique. En outre, le fait que jamais après le 24 janvier 2010, on n’interroge le peuple martiniquais, fait dire à certains qu’il s’agit d’un déni de démocratie locale.
Pourquoi changer de statut?
L’État a volontiers proposé cette consultation car il réforme lui même ses régions. La motivation de l’État est donc de supprimer les régions mono départementales, rendre plus faciles les échanges entre les administrés et leurs dirigeants locaux et bien entendu réduire le coût administratif et financier dans la gestion locale.
Au niveau de la Martinique, tout est parti du vote à main levée (sic) du Congrès du 18/12/08. Au terme de ce Congrès les élus martiniquais demandaient le statut de COM pour la Martinique, la mise en place d’une collectivité unique et ont préconisé les modalités d’organisation de cette dernière.
L’objectif était donc de prendre des mesures justifiées par ses propres spécificités locales en faveur de la population.
Alléchant sur le papier.
Le 74 est donc l’antidote de nos maux?
Pas vraiment.
La collectivité unique peut être obtenue en restant dans le 73 et tous les objectifs de l’État peuvent être atteints via la mise en place d’une collectivité unique sur laquelle on demandera leur avis aux martiniquais le 24 janvier.
En outre, il ne faut pas oublier d’où l’on vient sous peine d’oublier où l’on va. La consultation a lieu parce que le Président de la République l’a annoncée après les soulèvements sociaux. Si il y a eu soulèvements sociaux, c’est que le problème était avant tout économique. Force est de constater que le protectionnisme n’est pas un modèle économique et que l’identité des martiniquais, même renforcée (est-ce vraiment possible?) ne suffira pas à les nourrir.
En somme ni la gestion locale, ni les problèmes socioéconomiques ne peuvent ou ne doivent être réglés par un changement de statut. Institutionnaliser sa différence ne suffit pas à contenter une société.
Si le 74 « passe », qu’arrivera-t-il concrètement le 11 janvier 2010?
Concrètement, rien. Et les élections régionales de mars 2010 auront bien lieu.
Il faut comprendre que mettre en place le nouveau statut d’une région pour la transformer en COM est un processus très long (3 ans pour Saint-Martin). En effet les assemblées locales vont négocier avec l’État leur financement, leurs compétences et les modalités de constitution de l’assemblée unique. Une négociation implique quand même que l’on va recevoir moins que ce que l’on demande, c’est le principe. Beaucoup parlent donc d’insécurité budgétaire.
A la fin de ces négociations, les assemblées transmettent au gouvernement un avis. Un avis n’a presque pas de poids sur l’échelle de valeurs des normes. Le gouvernement ne sera donc pas tenu de suivre cet avis lorsqu’il présentera seul le projet de loi organique au Parlement. Pour résumer après au moins trois ans de discussions stériles, seuls quatre Martiniquais à savoir, nos quatre députés feront véritablement entendre leur voix quant au devenir concret de leur propre COM.
On dit souvent que le 73 c’est pour les rmistes, je trouve que je vaux mieux qu’un RSA: on ne va pas mendier notre identité quand même?
Beaucoup pensent que vouloir rester dans le 73 , c’est s’accrocher à l’assistanat. D’autres pensent simplement qu’ils ne sont pas moins méritants que le Breton ou l’Auvergnat. C’est vrai qu’il vaut mieux apprendre à pêcher que de demander du poisson mais la toute première chose à retenir c’est que les martiniquais payent des impôts, consomment, et qu’il n’y a absolument aucune raison à ce qu’ils renoncent à leurs acquis sociaux sous prétexte, qu’ailleurs il y en a moins, voire pas. Ce serait comme dire à tous les Français qu’on supprime le SMIC parce qu’il n’y en a pas en Chine.
Il n’y a pas (encore?) de Silicone Valley en Martinique, entreprendre en France, a fortiori en Martinique demande du temps, et de l’argent, parfois beaucoup d’argent. Ce serait hypocrite de dire que notre économie n’a pas besoin de subventions. On voit ce que ça donne « chez le voisin ».
Justement, comment c’est chez le voisin?
Des territoires français ultramarins ont déjà fait le choix de « passer au 74 ». C’est le cas de Saint-Martin ou encore de la Polynésie Française, la Nouvelle Calédonie est un peu différente dans son principe mais la conséquence est une gestion type 74.
Quelques chiffres vaudront bien plus qu’un long paragraphe. Gardons donc en mémoire que la Martinique reçoit 3000€ de subventions par habitant (subventions type IEDOM) quand la Nouvelle-Calédonie en reçoit 1520. Le SMIC en Martinique est de 1321€ pour 35 heures et le RSA existe (bien qu’arrivé un peu plus tard). Le SMIC en Polynésie française est de 1217€ pour 39 heures et il n’y a pas de RSA (il n’y a jamais eu de RMI non plus).
Au moins y a-t-il eu plus de stabilité politique?
Depuis 2004, la Polynésie française a changé sept fois de gouvernement, les alliances de majorité se font et se défont au gré des ambitions individuelles. Fin 2009, Gaston Flosse a été mis en examen pour trafic d’influences et corruption. Beaucoup d’analystes économiques et politiques pointent du doigt le rapport étroit entre la paupérisation d’une société et la montée de la corruption.
Le risque est-il grand en Martinique? C’est à chacun de regarder en son âme et conscience le paysage politique martiniquais et de se demander s’il veut courir le risque de laisser son pays en proie aux alliances farfelues nourrissant l’ambition autocratique de certains de ses dirigeants locaux.
Et l’Europe dans tout ça?
Si pour la COM 74, les lois nationales ne s’appliquent plus automatiquement, il n’en est pas de même pour l’Europe, la COM 74 reste une RUP, du moins tant que ses compétences sont compatibles avec le Traité de Lisbonne.
Si ces compétences portent sur la libre circulation des personnes, des biens, des marchandises, ou sur des domaines comme la concurrence ou l’établissement d’une société communautaire, alors la COM 74 perdrait de facto son statut de RUP et « sortirait » de l’Europe.
Sans faire de subventionnisme, retenons tout de même que la Martinique en tant que DOM perçoit 1732€ par an et par habitant quand la Polynésie Française n’en reçoit que 57. Ça donne à réfléchir, par exemple, pour un jeune entrepreneur. Et quand on sait que beaucoup de subventions européennes (notamment dans le tourisme) sont soumises à l’embauche d’un ou plusieurs individus, ça donne aussi à réfléchir.
Y a-t-il un risque que l’on sorte de l’Europe?
Honnêtement, oui. Les élus qui sont à l’origine de la demande de changement de statut ont suivi les yeux fermés (certains ont publiquement regretté ou se sont abstenus de faire campagne pour le 74) leur chef de file, président du MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais). Or les publications et les propositions de ce parti laissent entendre qu’ils veulent faire de la Martinique une île protectionniste ou l’ « étranger » devra montrer patte blanche pendant 5 ans ou avoir épousé depuis au poins 6 mois un local pour accéder à la propriété ou établir sa société.
Ne croyez pas que votre avis sera demandé. Une fois en place, la COM 74, via son assemblée unique peut élargir ses compétences et à elle seule, sans avis du peuple, sortir de l’Europe.
Maintenant un peu de bon sens!!
Les pro-74 brandissent la sacrosainte autonomie à chacune de leurs déclarations, mais avez vous déjà vu un peuple qui se dit autonome sans jamais participer de près ou de loin à l’élaboration, au façonnement de son autonomie?
Sachant qu’il va falloir négocier des années durant, est-ce que le temps est aux négociations? Est-ce que la conjoncture économique (crise mondiale) nous mettra sur de bonnes bases pour négocier le financement de la COM 74 ? Est-ce que la conjoncture politique (présidence Sarkozy, gouvernement Fillon, débat sur l’identité nationale) nous permettra de garder nos acquis sociaux en faisant valoir nos différences culturelles?
Enfin un dernier point, AUCUN DIRIGEANT MARTINIQUAIS N’A LA MOINDRE IDEE DU VISAGE DE LA MARTINIQUE DANS 5 ANS SI LE 74 PASSAIT! Monteriez vous dans un avion où le pilote déclare être aveugle? Déménageriez vous pour un autre logement décrit simplement comme « c’est différent c’est mieux »? Si vous avez répondu non à ces deux questions, pourquoi opteriez vous pour un changement de statut qui n’a de sûr que les conséquences négatives que l’on voit chez le voisin?
Parce que celui qui ne pense pas comme vous, lui, le fera.
Propos recueillis par Rudy Rabathaly de France Antilles
Si ce n’est quelques interviews que nous sollicitons – avec refus ou réticences de plusieurs d’entre eux – les intellectuels et artistes sont absents du débat. Comment l’expliquez-vous ?
C’est bien là une preuve que nous ne sommes plus, en Martinique, dans un débat de salon : prendre position publiquement aujourd’hui c’est s’exposer, non pas à la critique, ce qui est la règle, mais aux humeurs des parties en présence. Il y a dans ce constat quelque chose qui interpelle sur l’état de notre démocratie et sur la fonction des intellectuels et des artistes. Les intellectuels et les artistes martiniquais, comme ceux de la France hexagonale ou d’ailleurs, entretiennent des rapports souvent compliqués voire ambigus avec le pouvoir politique. Ils aspirent naturellement à penser et à s’exprimer librement. Mais cette ambition est de fait contrariée par la dépendance vis-à-vis des commandes et des subventions des politiques et aussi, pour certains, par le désir d’avoir et de garder l’oreille du pouvoir. Cette tension entre la fonction et le système est exacerbée en période électorale, particulièrement lorsque l’enjeu, comme c’est actuellement le cas, est d’importance. Bon nombre d’intellectuels et d’artistes sont alors portés à la prudence, à la discrétion ; jusqu’à s’auto-censurer pour quelques-uns. Or, c’est justement en ces périodes décisives pour l’avenir qu’on a besoin de la plus grande mobilisation des uns et des autres ainsi que de points de vue dégagés des rapports « d’allégeance » . La fonction doit alors absolument primer sur le système. Dans le cas contraire, il y a capitulation des élites intellectuelles et artistiques.
La peur du largage semble atavique à la société martiniquaise. Et pas que dans les milieux modestes comme on a tendance à le faire croire. D’où vient-elle, selon vous ?
Ce sont, je crois, les classes moyennes qui redoutent le plus le changement. Elles craignent, et ce n’est pas totalement infondé, d’avoir à donner encore plus tandis que leur image dans l’opinion, notamment celle des fonctionnaires, ne cesse de se dégrader.
Pour en revenir à votre question, « la peur du largage » , il faudrait plutôt se demander pourquoi elle fonctionne encore. Il y a sans doute une part d’histoire et notamment la croyance que toute séparation ne peut être que régression ; croyance dont les origines remontent vraisemblablement à la tentative séditieuse des colons en vue de maintenir l’ordre esclavagiste condamné par la Révolution française ; croyance confortée par ailleurs par l’expérience d’Haïti et plus tard par celle de nos proches voisines anglophones. On pourrait aussi y ajouter le vécu traumatique du manque pendant la période de l’Amiral Robert. Mais l’explication par l’histoire, si elle éclaire sur les déterminations sous-jacentes, ne peut complètement satisfaire. Il faut aussi considérer le problème à partir de données plus actuelles, de manière pour ainsi dire plus systémique. On retiendra alors, entre autres facteurs, notre éloignement des centres réels de décision et la petitesse du territoire qui peuvent générer un sentiment d’impuissance par rapport à l’avenir ; on notera aussi notre extrême dépendance et son corollaire, la conscience de notre vulnérabilité ; on devra enfin s’attarder sur la perception problématique, vecteur de doute et d’insécurité institutionnelle, de ce qui fonde la communauté de destin avec la France. Une perception problématique aussi bien du côté de la République que de notre côté.
Il y a donc, quoi qu’on dise, une part de vérité dans cette « hantise du largage » qu’il faut interroger au lieu de stigmatiser. Ce qu’il faut condamner c’est l’exploitation politicienne qui en est faite.
Finalement ce débat qui se traduit par un fétichisme entre deux numéros a t-il été pris par le bon bout ?
Les numéros 73 et 74 font constitutionnellement sens. On ne saurait en faire l’économie ni pour la formulation des questions qui seront soumises à l’électeur, ni pour les consignes de vote. Ce qu’il faut surtout craindre c’est que le faux argument de l’ignorance du contenu de ces articles par la population dépolitise le débat en le réduisant à un exercice fastidieux et ennuyeux d’étude de texte. Le problème majeur de la campagne n’est pas celui de l’information mais celui de la confiance et l’enjeu de la consultation sera le taux de participation. Il permettra d’évaluer la clarté et l’intensité de la volonté collective.
La confiance fait d’autant plus problème que le risque d’avoir quelque chose à perdre est omniprésent et ce indépendamment des options proposées ; un risque inhérent à la situation de crise politique, sociale et économique actuelle. Politiser le débat, c’est s’interroger sur ce que les politiques sont prêts à consentir ou à sacrifier dans leur fonctionnement actuel pour faire revenir la confiance. C’est aussi engager la discussion avec toutes les composantes de la société civile pour savoir ce qu’elles sont prêtes à accepter ou à risquer pour « un vivre ensemble meilleur » . Etant entendu que ces deux questions déterminent toutes les autres. Ainsi posé le débat échappe à la polarisation sur ce que l’Etat français et l’Europe vont ou ne vont pas nous accorder.
On a l’impression qu’une certaine génération, marxisante dans sa jeunesse pour aller vite, livre son dernier combat…
Il y a sans doute du vrai dans ce que vous dites. appartiens moi-même en effet à cette génération de jeunes intellectuels militants révolutionnaires qui ont vu triompher au Congrès de 1969 de l’Association Générale des Etudiants Martiniquais (AGEM) le mot d’ordre d’indépendance nationale et qui sur le terrain, en Martinique, se sont énormément impliqués dans l’entraide et l’encadrement des luttes sociales notamment dans les quartiers populaires de Fort-de-France (Volga, Texaco, Trénelle…), et sur les habitations comme à Chalvet
De cet élan sont nées la plupart des organisations indépendantistes dont on pourrait dire que la raison d’être était, à défaut d’accéder à l’indépendance, de tourner la page de la départementalisation. Nous ne sommes plus loin de cet objectif, et la vérité oblige à dire que ce qui a précipité les événements c’est la convergence sur ce point avec le pouvoir central depuis la présidence de Jacques Chirac. Les choses se sont encore accélérées sous l’actuelle mandature.
Je ne sais pas s’il s’agit pour ma génération d’un dernier combat, mais ce qui est certain c’est que tourner cette page de notre histoire ne prendra tout son sens que si on organise en même temps le passage de relais aux jeunes générations.
Que vous inspire le silence quasi assourdissant des organisations syndicales ?
Le silence des syndicats est un peu normal. Ils accordent, ils l’ont déjà dit, peu de crédit aux propositions statutaires pour sortir de la crise. Je pense néanmoins que le Collectif du 5 février travaille en ce moment à une position unitaire sur la consultation ; ce n’est pas chose facile, comme on peut le supposer, compte tenu des différences de sensibilité politique et idéologique des membres composant ce collectif.
A l’heure où Nicolas Sarkozy lance un grand débat sur l’identité, où en est la nôtre ?
En ce qui me concerne, je tiens à le préciser, je n’ai pas de problème d’identité. N’empêche que je considère que le débat aujourd’hui sur l’identité française peut se justifier. Il y a d’abord le poids des décisions et des financements européens sur la politique nationale française, il y a aussi les bouleversements démographiques liés aux flux de réfugiés économiques, politiques et climatiques. Il y a enfin la crise du modèle d’intégration français fondé sur l’école et le travail.
La difficulté, à mon avis, est de maintenir l’équilibre entre identité politique (la citoyenneté française et européenne) et identité culturelle (être breton, corse, martiniquais…) ou religieuse (être musulman). Cela ne va pas de soi pour un pays comme la France où citoyenneté et nationalité ont été au départ confondues (Etat nation). Le débat est aussi légitimé par le fait que certaines valeurs ou pratiques culturelles peuvent menacer la citoyenneté républicaine. Il y a donc matière à renégocier les équilibres.
Les Martiniquais sont partie prenante de cette renégociation. Deux questions se posent de ce point de vue. La première est de savoir si nous souhaitons réaliser ou exprimer notre identité culturelle dans un Etat distinct, un Etat martiniquais. C’est non pour la très grande majorité de nos compatriotes. La seconde question est de savoir si cette identité peut s’épanouir dans le cadre d’une citoyenneté française et européenne. La discussion sur ce dernier point reste encore ouverte car la République n’a pas toujours respecté les valeurs qui la fondent. Le dire ne signifie pas qu’il faille remettre en cause les progrès réalisés au cours de ces 40 dernières années. Ce qui me préoccupe pour l’heure ce sont les mutations en cours, particulièrement dans le domaine de l’alimentation. Mes recherches actuelles sur les « jardins créoles » des Petites Antilles créolophones se veulent, entre autres choses, une contribution à la réduction de notre dépendance alimentaire. Les usages alimentaires constituent, il faut le rappeler, avec la musique et la langue créole, un des principaux marqueurs de notre singularité culturelle.
Peut-on revendiquer les concepts de nation martiniquaise, de peuple martiniquais et voter pour l’article 73 ?
On a assisté ces derniers temps à l’apparition d’une nouvelle espèce d’hommes politiques dont la stratégie se résume pour l’essentiel à créer en permanence l’événement ou le contre-événement. Ils s’évertuent ainsi à fragmenter le temps politique en privilégiant l’instant. Le but est de s’affranchir de toute contrainte et de masquer leur véritable intention. On peut dans ces conditions dire une chose aujourd’hui et son contraire demain ; dire une chose et en faire une autre. C’est ainsi, semble-t-il, qu’on gagne maintenant. C’est ainsi, par exemple, que le 73 de 2009 est le même que celui de 2003 ; celui de « la collectivité unique » ; celui contre lequel la plupart de ses partisans d’aujourd’hui avaient fait campagne officiellement ou « anba fèy » . Largument était qu’il n offrait pas suffisamment de garanties, qu’il y avait « chat an sak » . Ces garanties, les a t-on don nées ? Quelles sont-elles et la population en est-elle informée ? En définitive, ne s apprête t-on pas à demander à nos compatriotes de valider quelque chose qu’on jugeait être nocif sans avoir vraiment démontré en quoi cette nocivité aurait brusquement disparu ?
Beaucoup de jeunes reprochent aux élus de s’enfermer sur des clichés institutionnels alors qu’ils sont, eux, déjà largement ouverts au monde…
Je crois que ce qui est surtout reproché ce sont les présupposés qui fondent les pratiques politiques en Martinique tel celui « d’identité » de « nation » de « peuple » et de « terre » . Ce sont des mots à contenu idéologique qui, faute de mieux, sont encore utiles à l’action mais inopérants pour rendre compte du présent. Les jeunes, et particulièrement les jeunes élites, ont une nouvelle façon de vivre et d’habiter leur pays d’origine qui ne peut plus être pensé avec ces notions trop statiques et trop figées. Ces jeunes circulent et s’installent partout dans le monde. Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse là d’un phénomène de diaspora, même s’il est encore trop tôt pour en juger. Je ne suis pas persuadé non plus qu’il y ait un rapport mécanique de cause à effet avec l’étroitesse de notre marché du travail. J’ai plutôt le sentiment que ces jeunes se sont affranchis du modèle des générations précédentes qui faisaient du retour au pays natal après les études un devoir, une obligation presque morale. Je ne sais pas si le terme « pays natal » a pour ces jeunes la même résonance qu’il avait pour notre génération. Pour autant je crois qu’ils restent disponibles tout en étant ouverts à d’autres identités ponctuelles ou plus durables. C’est ce lien communautaire plus complexe, ce sont ces nouvelles expériences que sans doute les jeunes générations nous reprochent d’être incapables d’intégrer dans l’action et la réflexion.
- Bio-Express
Serge Harpin, sociolinguiste, est diplômé de sciences sociales, de philosophie et docteur en linguistique. Il a été un des membres fondateurs, dans les années 1970, de la Ligue d’Union Antillaise (LUA) et du journal en langue créole « Grif an tè » .
Il est l’auteur de trois ouvrages et travaille actuellement à la rédaction d’un dictionnaire encyclopédique (Créole, Français, Anglais) sur les jardins créoles des Petites Antilles créolophones (Dominique, Guadeloupe, Martinique, Sainte Lucie).
Nous avons des départements d’Outre-Mer (DOM) l’image de sociétés jeunes à la démographie galopante.Or, mise à part en Guyane, la réalité est à l’opposé : la Martinique, la Guadeloupe et La Réunion font partie des départements français les plus concernés par le vieillissement démographique. Il y sera très rapide, un défi à relever avec celui des migrations, comme nous l’expliquent Didier Breton, Stéphanie Condon, Franck Temporal et Claude-Valentin Marie, responsable d’une enquête de l’Ined et l’Insee sur ces questions dans les DOM.
Les îles et territoires lointains liés à l’Union européenne via certains États membres, comme la Martinique, la Guadeloupe, les Canaries ou les Açores, ont-ils des points communs ? Ressemblent-ils à la métropole européenne d’un point de vue démographique ? Jean-Louis Rallu présente ici la diversité des populations de l’Outre-Mer européen et nous en explique les raisons.
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Certains se demanderont ce que vient faire une chanson sur Antilles Politique… Et bien, nous ne vous présentons pas une chanson (bien que musicalement nous adhérons totalement), mais un texte… Pourquoi réécrire ce que d’autres ont déjà si bien dit.
S’il vous plait, ne ratez pas le dernier couplet
Pour plus d’information sur le groupe Sked Skwad, visitez leur myspace : http://www.myspace.com/skedskwad
Alphaaz
Devine qui a peur du grand méchant Noir ?
En 2008 plein de petits chaperons blancs le craignent
Même sans le voir, même sans le croiser, vivent angoissés
Se sentent proies dans leurs petites villes transformées en un grand bois.
C’est comme dans les histoires d’enfants depuis 400 ans
Le nègre est l’être voire la bête qui a de grandes dents blanches
Et qu’on voit pas la nuit, qui a appris a être si soumis
mais se prendra un coup de carabine même s’il sourit,
A la Louis Armstrong, garçon, je raconte pas de contes
Le négroïde a tendance à inspirer le pire plutôt que l’héroïsme. En attendant,
Dis « Noir » trois fois je sais pas, peut-être qu’il apparaîtra
Comme Candyman, t’en dis quoi ?!
Moi ? Je trouve ça vraiment bizarre quand je pense
A toutes ces appellations d’origine politique
Les « blacks », « de couleur » ou « minorité visible »,
nous ont fait plonger, couler, toucher le fond d’une médiocrité risible
Ici, en théorie t’es civilement protégé
Mais si tu ne fais pas partie de l’élite ni blanc de peau, c’est qu’en pratique t’es victime
En gros vive l’hypocrisie et si ton body est rigide au pire t’es vigile !
Et au mieux tu es au milieu des « gos » de l’agence Elite
Depuis pas longtemps le négro bénéficie d’un érotisme ascendant porno
C’est « soit gosse beau et tais-toi », félicite-toi d’être là sinon tu sais quoi ?
Tu peux toujours retourner chez toi sans délit de fuite
Ici c’est coco fraîche et luxure, vu qu’il avait soif, il a goûté au mauvais élixir
De Banania à Yannick Noah
Le gros noir souriant a laissé place à l’attirance des blondes et bonnes
Et apparemment on serait tous parents
Regarde chez Oncle Sam, Oncle Mike a boxé Oncle Tom
Les codes ont changé depuis la sombre époque des colons… Bon.
Mais on est encore loin du « One Love » comme le chantait Oncle Bob.
Tidam’
M’appelle pas « black », je n’ai pas de « combines » avec le mot « nègre »
« Black » est vide de sens alors que notre histoire est pleine de sang
Juste un anglicisme, un phénomène de mode
Parce que « nègre » c’est raciste et que « noir » ça te choque
Et si tu vois ce mot ainsi, c’est la faute à une société
Qui n’a pas voulu que nos ancêtres s’émancipent.
Je te le dis ! Il n’y a rien qui me gêne dans ce mot
Il me définit, je le ressens dans tout ce qui fait de moi un homme
Rajoute un sens à ma vie, de mon histoire il fait partie
Même si tu y vois la haine, je voudrais que tu saches que
Pour moi être nègre, c’est appartenir à une diaspora
Etre fier d’un passé, d’une diversité culturelle
Trop longtemps ils ont souffert aujourd’hui
Jeveux être fidèle, et honorer l’héritage qu’ils nous lèguent
Négritude, créolité, libération
L’humilité est la force de ces hommes qui ont
Fait de leur vie un combat pour que nous sachions qui nous sommes
Big up à Léopold, Aimé, Léo
é sa an pa sité an ka sonjé-yo…
Fyè di èt nèg an fyè di èt..
Fyè di èt nèg an fyè di èt..
Eds.
« Noir » n’est pas que ma couleur c’est ma race, en plus ma couleur c’est marron…
Ce n’est pas en nuançant l’appellation que les problèmes s’effaceront
Ils m’assomment à coup de slogans aux consonances racoleuses
« black blanc beur » et consorts, c’est ce que sort cette radoteuse
Chez moi les Noirs ne sont pas Black, ils sont Marron comme les Neg
D’une ex-terre d’Arawaks, désertaient la canne en rebelles
Les Blancs dans la savane se perdent, ils aiment chasser dans les prés
Te relâchent, prétendent des regrets, avec du retard dans les décrets
Tu sais c’est quoi être intégré ? C’est savoir fermer sa gueule
Ou gueuler un amour aveugle pour le colon libérateur
A cœur, à corps, à cris, à tort, à travers
Sous les seuls traits d’une terre martyre qu’on nous dépeint la terre mère
Et la terre mère, pour la plupart des Noirs n’est qu’un mystère
Un mythe, un joli poster, dont on ne peut même pas te situer plus de 5 pays
Comme le X de Malcolm sur les casquettes
Le sigle Peace&Love, le « rouge jaune vert », bref
Là je crois qu’il faut qu’on arrête de croire que les Noirs sont tous pareils
De Fort-de-France à Cayenne, de Port-au-Prince à Harlem
C’est la paresse d’aller au-delà des paillettes et du paraître
L’art de parler des racines sans voir la variété des branches
Plus que les racines, ressens-tu la puissance de ce tronc massif
Et tenace, qui ne plie ni ne casse, sans cesse pousse
Et terrasse ceux qui nient la majesté de cette matrice
De cet arbre, ce cri qui dépasse les débats futiles
Et d’y croire je te prie, de vive voix je le crie
Je le clame, je la vis, culture noire, que dis-je
Culture nègre…
Pourtant j’en entends qui bégaient, à la recherche du terme exact
Quand même des Noirs s’y mettent, je me dis que se perdent des claques
« Noir » n’est pas une insulte, s’il te plaît m’appelle pas « Black »
M’appelle pas Black
Alphaaz – Tidam’ – EDS.
Alphaaz
Devine qui a peur du grand méchant Noir ?
En 2008 plein de petits chaperons blancs le craignent
Même sans le voir, même sans le croiser, vivent angoissés
Se sentent proies dans leurs petites villes transformées en un grand bois.
C’est comme dans les histoires d’enfants depuis 400 ans
Le nègre est l’être voire la bête qui a de grandes dents blanches
Et qu’on voit pas la nuit, qui a appris a être si soumis
mais se prendra un coup de carabine même s’il sourit,
A la Louis Armstrong, garçon, je raconte pas de contes
Le négroïde a tendance à inspirer le pire plutôt que l’héroïsme. En attendant,
Dis « Noir » trois fois je sais pas, peut-être qu’il apparaîtra
Comme Candyman, t’en dis quoi ?!
Moi ? Je trouve ça vraiment bizarre quand je pense
A toutes ces appellations d’origine politique
Les « blacks », « de couleur » ou « minorité visible »,
nous ont fait plonger, couler, toucher le fond d’une médiocrité risible
Ici, en théorie t’es civilement protégé
Mais si tu ne fais pas partie de l’élite ni blanc de peau, c’est qu’en pratique t’es victime
En gros vive l’hypocrisie et si ton body est rigide au pire t’es vigile !
Et au mieux tu es au milieu des « gos » de l’agence Elite
Depuis pas longtemps le négro bénéficie d’un érotisme ascendant porno
C’est « soit gosse beau et tais-toi », félicite-toi d’être là sinon tu sais quoi ?
Tu peux toujours retourner chez toi sans délit de fuite
Ici c’est coco fraîche et luxure, vu qu’il avait soif, il a goûté au mauvais élixir
De Banania à Yannick Noah
Le gros noir souriant a laissé place à l’attirance des blondes et bonnes
Et apparemment on serait tous parents
Regarde chez Oncle Sam, Oncle Mike a boxé Oncle Tom
Les codes ont changé depuis la sombre époque des colons… Bon.
Mais on est encore loin du « One Love » comme le chantait Oncle Bob.
Tidam’
M’appelle pas « black », je n’ai pas de « combines » avec le mot « nègre »
« Black » est vide de sens alors que notre histoire est pleine de sang
Juste un anglicisme, un phénomène de mode
Parce que « nègre » c’est raciste et que « noir » ça te choque
Et si tu vois ce mot ainsi, c’est la faute à une société
Qui n’a pas voulu que nos ancêtres s’émancipent.
Je te le dis ! Il n’y a rien qui me gêne dans ce mot
Il me définit, je le ressens dans tout ce qui fait de moi un homme
Rajoute un sens à ma vie, de mon histoire il fait partie
Même si tu y vois la haine, je voudrais que tu saches que
Pour moi être nègre, c’est appartenir à une diaspora
Etre fier d’un passé, d’une diversité culturelle
Trop longtemps ils ont souffert aujourd’hui
Jeveux être fidèle, et honorer l’héritage qu’ils nous lèguent
Négritude, créolité, libération
L’humilité est la force de ces hommes qui ont
Fait de leur vie un combat pour que nous sachions qui nous sommes
Big up à Léopold, Aimé, Léo
é sa an pa sité an ka sonjé-yo…
Fyè di èt nèg an fyè di èt..
Fyè di èt nèg an fyè di èt..
Eds.
« Noir » n’est pas que ma couleur c’est ma race, en plus ma couleur c’est marron…
Ce n’est pas en nuançant l’appellation que les problèmes s’effaceront
Ils m’assomment à coup de slogans aux consonances racoleuses
« black blanc beur » et consorts, c’est ce que sort cette radoteuse
Chez moi les Noirs ne sont pas Black, ils sont Marron comme les Neg
D’une ex-terre d’Arawaks, désertaient la canne en rebelles
Les Blancs dans la savane se perdent, ils aiment chasser dans les prés
Te relâchent, prétendent des regrets, avec du retard dans les décrets
Tu sais c’est quoi être intégré ? C’est savoir fermer sa gueule
Ou gueuler un amour aveugle pour le colon libérateur
A cœur, à corps, à cris, à tort, à travers
Sous les seuls traits d’une terre martyre qu’on nous dépeint la terre mère
Et la terre mère, pour la plupart des Noirs n’est qu’un mystère
Un mythe, un joli poster, dont on ne peut même pas te situer plus de 5 pays
Comme le X de Malcolm sur les casquettes
Le sigle Peace&Love, le « rouge jaune vert », bref
Là je crois qu’il faut qu’on arrête de croire que les Noirs sont tous pareils
De Fort-de-France à Cayenne, de Port-au-Prince à Harlem
C’est la paresse d’aller au-delà des paillettes et du paraître
L’art de parler des racines sans voir la variété des branches
Plus que les racines, ressens-tu la puissance de ce tronc massif
Et tenace, qui ne plie ni ne casse, sans cesse pousse
Et terrasse ceux qui nient la majesté de cette matrice
De cet arbre, ce cri qui dépasse les débats futiles
Et d’y croire je te prie, de vive voix je le crie
Je le clame, je la vis, culture noire, que dis-je
Culture nègre…
Pourtant j’en entends qui bégaient, à la recherche du terme exact
Quand même des Noirs s’y mettent, je me dis que se perdent des claques
« Noir » n’est pas une insulte, s’il te plaît m’appelle pas « Black »
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