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Responsabilisation des DOM : Dubai, un exemple à suivre

Par G. Moreau

La responsabilisation dans les DOM est un enjeu crucial. Les idées reçues selon lesquelles rien n’est possible sans ressources minières et fossiles est battue en brèche par l’extraordinaire croissance de Dubai. Il y a trente ans, le succès actuel de Dubai aurait été propement impensable. Il n’y avait quasiment pas de structures bétonnées, ni d’opportunités d’emploi ni de services médicaux dignes de ce nom. La plupart des habitants y vivaient sous les tentes et élevait tant bien que mal des ovins dans un désert agressif et sans pitié. Pourtant, les décisions stratégiques prises par les leaders de l’émirat ont permis à Dubai de surmonter ses difficultés structurelles. Le principal résultat en a été la solide stabilité d’un pays situé dans un contexte régional subissant de fortes turbulences. De façon très surprenante, seulement 5% de ses revenues proviennent de l’exploitation du pétrole et gaz après avoir représenté 30% il y a 10 ans. Dubai est ainsi devenue la seule économie du monde arabe à avoir réussi son intégration dans le monde économique globalisé en dehors du secteur des énergies fossiles pour devenir une destination d’affaire et de tourisme de haut niveau. Bien que Dubai soit affectée par la crise financière mondiale, et que son futur dépende en grande partie de sa capacité à en contenir les impacts, elle doit son succès à une stratégie cohérente fondée sur trois piliers interdépendants.

Le premier de ces piliers est la « proposition de valeur ajoutée » (ce que l’investisseur/le touriste « gagne » à dépenser une certaine somme d’argent).

Le second est la « proposition de profit » (les revenus que le pays génère moins les coûts engagés pour produire la valeur ajoutée).

Le troisième la « proposition humaine » (L’incitation ou les conditions de la motivation mises en place à l’intention de ceux qui travaillent avec ou pour le pays afin qu’il supporte et mettent œuvre la stratégie de création de valeur).

dubai1La proposition de valeur ajoutée de Dubai à destination des investisseurs va à contre courant des propositions des autres pays émergents. Elle débute par la mise en place d’une douzaine de zones franchisées d’excellence et de classe mondiale à des conditions d’installation défiant toute concurrence. Pour atteindre ses objectifs de différentiation, le gouvernement autorise la constitution d’un capital à 100% d’origine étrangère et la possibilité de les rapatrier sans taxer les profits réalisés. Dans une logique de diminution des coûts des investissements, les frais douaniers d’import/export ont été réduits à leur plus simple expression. Les impôts sur les profits réalisés durant les 15 à 50 années d’exploitation sont nuls et la durée de franchise peut être étendue. Toujours dans un logique de facilitation des investissements, Dubai a simplifié les procédures d’enregistrements et d’obtention de permis d’exploitation des investisseurs étrangers (seulement une demi-heure y est à consacrer), toute la documentation est en anglais et le système légal adopté est britannique (même le garde des sceaux est britannique). Dubai offre également les meilleurs aéroports, ports, et services d’expédition au monde afin de bénéficier d’une logistique plus efficace au service des affaires. La proposition de valeur de Dubai s’est donc clairement orientée vers la fourniture d’un « pack l’investissement » qui se distingue par son unicité et ses bas coûts d’investissements.

La proposition de profit pour Dubai et ses citoyens appelle cette question : comment est-il possible de renflouer les caisses de l’état au regard de la faible voir inexistante taxation des flux financiers, des capitaux et des revenus ? En trouvant des sources de revenus innovantes tout en diminuant ses coûts de fonctionnement. En effet, à l’inverse des autres gouvernements arabes de la région, Dubai a été géré comme une entreprise. Son gouverneur, Cheikh Mohammed Ben Rachid al-Maktoum est connu pour cette citation : « ce qui est bon pour les affaires est bon pour Dubai ». Au lieu d’exploiter les sources conventionnelles de revenus tels que les impôts et taxes sur les flux financiers et capitaux investis qui découragerait les investisseurs étrangers, le gouvernement a investi dans les infrastructures accueillant les activités desdits investisseurs (les services portuaires et d’expédition par voie maritime, les transport, le tourisme, l’aviation, le développement du patrimoine immobilier, les services d’export et de télécommunications). De tels investissements ont ainsi permis au gouvernement de générer des profits autour d’un concept unique d’incitation à l’investissement fondé sur les bas coûts d’installation. DP World, un opérateur détenu à 80% par le gouvernement de Dubai assure la direction des opérations du port Jebel Ali à Dubai où 6000 entreprises sont implantées. Nakheel, également détenu par Dubai est ainsi devenu le plus grand développeur de complexes immobiliers au monde. Nakheel a ainsi développé la moitié des projets immobiliers à Dubai et ainsi profité de l’explosion de la demande de logements des employés étrangers. De même, le gouvernement de Dubai capitalise sur les rotations aériennes importantes des voyageurs d’affaires et des cargos via Emirates Airlines. En se mettant au service des investisseurs étrangers, les entreprises publiques ont acquis une expertise mondialement reconnue qui génère davantage de revenus. A titre d’exemple, DP world assure les opérations de plus de 50 zones portuaires dans 31 pays. Il en a résulté une croissance constante des revenus de l’Etat associée à une réputation de grande qualité. La « proposition de profit » de Dubai n’est pas simplement différenciée : le développement économique et le rendement des services d’Etat sont encouragés dans le même temps par une politique de bas coûts d’installation des nouveaux investissements. A Dubai, les expatriés demeurent des expatriés : 80% de sa population en croissance est étrangère. Les restrictions en matière de citoyenneté ont conservé les coûts des politiques sociales à des niveaux minimaux. D’autre part, la décision stratégique de s’intégrer aux Emirats Arabes Unis a permis à Dubai de s’exonérer des dépenses en matières de protection militaire, de représentation diplomatique, ou d’agence monétaire dédiée. Abu Dhabi, la capitale des EAU et deténtrice de vastes réserves de pétrole supporte la majorité des coûts fédéraux induits.

La « proposition humaine » de Dubai a pour données d’entrées une population cosmopolite associée à une population locale ancrée dans les traditions de l’Islam. Sa population est ainsi constituée de plus d’un million de personnes provenant de plus de 100 pays principalement d’occident et d’asie. Comment Dubai a-t-elle réussi à préserver ses traditions arabes tout en assurant la tolérance sociale par ses citoyens ? Comment Dubai a-t-elle pu attirer les talents étrangers au service de sa stratégie de croissance sans avantages sociaux ni processus de naturalisation à offrir ? Là encore, Dubai a différencié son approche. Les citoyens ont accès à un système de sécurité sociale des plus généreux et ont quasiment la garantie de l’emploi. Ils reçoivent une large assistance publique comprenant les soins médicaux, la prise en charges de arrêts maladies et de maternité, la couverture maladie des enfants, l’accès gratuit à l’éducation l’attribution d’allocations chômage, logement et mobilité réduite. Dans le même temps, le gouvernement a entrepris de préserver l’héritage culturel de Dubai en créant des frontières virtuelles citoyens et étrangers. Des parcelles de terrain sont accordées gratuitement aux citoyens, des prêts à taux zéro ou des bourses sont proposées dans le même temps pour aider à la construction de maisons sur ces terrains. Leurs enfants sont scolarisés dans des écoles arabes qui transmettent une éducation basée sur l’islam et tenant du savoir moderne. Les expatriés bénéficient à leur tour de la suppression de l’impôt sur le revenu et de toute taxes rendant les revenus particulièrement généreux encore plus attractifs. L’accès aux logements est peu onéreux. Dubai se différencie des autres économies émergentes comme la Chine ou l’Inde en autorisant les étrangers à posséder leur propre logement. Cette « proposition humaine » favorise la constitution d’un environnement multiculturel permettant à chacun de retrouver un bout de son pays et de sa culture natale (vins français, saris indiens, sushi japonais, le plus grand complexe de ski au monde etc.).

De façon analogue aux Emirats Arabes Unis, pourquoi ne pas imaginer une sorte de Fédération des DOM Unis qui pourrait offrir une ouverture stratégique sur plusieurs continents et espaces économiques pour nos investisseurs.

Proposition de valeur : Il serait judicieux de favoriser l’investissement privé sur le modèle de Dubai (toute chose égale par ailleurs) en diminuant les coûts d’installation des nouveaux capitaux. Le positionnement de chaque DOM en tant que pôle de compétitivité franchisé sur les problématiques environnementales devrait provoquer un appel sérieux à l’investissement privé.

Proposition de profit : Transformer l’inconvénient lié au fort taux d’administration (du fait de la nombreuse présence des fonctionnaires) en avantage en mettant en place des agences gouvernementales aux services des investissements privés. L’expertise ainsi développée sera particulièrement appréciée des pays qui nous entourent dont les standards de production de valeur sont moins élevés (Martinique, Guadeloupe vers les pays de la caraïbe/Guyane vers les pays limitrophe d’Amérique du Sud/Réunion vers les pays de la côte est africaine, Madagascar, Île Maurice etc.).

Proposition humaine : preuve est faite que l’on peut pousser l’ouverture culturelle à l’extrême sans vendre son âme tout en l’associant à une discrimination positive salutaire.

Entretien avec Willy Angele

Lors de la Journée Outre Mer Developpement, Willy Angèle, Président du MEDEF Guadeloupe, répond aux questions d’Antilles Politique.

Les vidéos officielles de son intervention :

Toutes les vidéos.

Sondage effectué lors de la Journée Outre-Mer Développement le 05/09/09 par LH2DOM

Les chiffres parlent d’eux mêmes et montrent que la journée a clairement atteint son objectif :
« Outre-Mer Développement est un évènement sur une journée qui a pour but de réunir le monde économique et social des Antilles et de la Guyane et leurs diasporas, pour créer de l’échange, mettre en réseau et partager des idées, en vue de promouvoir le développement de l’Outre-Mer Caribéen. »
On notera la propension de la nouvelle génération de diplômés à envisager l’entreprenariat aux Antilles.
View more documents from satyam.

Entretien avec Eric de Lucy

A l’occasion de la Journée Outremer Développement du 5 Septembre 2009, Antilles Politique s’est entretenu avec M. Eric de Lucy, Président de l’Union des Groupements des producteurs de banane de la Martinique et de la Guadeloupe.

Lors de cet entretien, nous avons évoqué avec M. de Lucy:

- L’opportunité que représente le secteur touristique dans le développement économique de la Guadeloupe et de la Martinique

- Le Programme Banane Durable

- L’évolution statutaire de la Martinique

Cet entretien a débuté par une question à M. De Lucy sur ses impressions quant à la tenue d’un évènement tel que la Journée Outremer Développement.

Nous vous invitons à consulter la video de cet entretien !

Prix des carburants aux Antilles – Marie-Luce Penchard confirme la hausse

Communiqué de presse du Secrétariat à l’Outre Mer du 27 aout 2009

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Historique récent
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Jusqu’à l’été 2008, les prix des carburants étaient en Martinique étaient sensiblement les mêmes que ceux rencontrés en métropole, la fiscalité régionale moindre compensant le coût plus élevé du produit et celui du modèle de distribution.

A partir de l’été 2008, la baisse brutale du prix du baril de pétrole au niveau mondial s’est traduite par une diminution rapide du prix des carburants en métropole. Cette baisse n’a été répercutée qu’avec retard dans les DOM, les révisions de prix intervenant entre tous les mois ou tous les trois mois suivant les départements. Un écart est ainsi apparu et s’est même amplifié entre l’été et l’automne 2008 entre les prix des carburants vendus dans les DOM et ceux de métropole. Cette situation, s’ajoutant à la méconnaissance ou l’incompréhension du dispositif d’administration des prix et aux questions et doutes qu’elles suscitaient déjà à l’encontre des compagnies pétrolières, a généré des protestations et manifestations dès septembre 2008 à La Réunion, puis en novembre-décembre en Guyane ,en Guadeloupe.

L’Etat a décidé, d’une part, de diligenter une mission d’inspection administrative pour répondre à l’exigence de transparence sur la formation des prix et, d’autre part, d’imposer aux pétroliers une baisse substantielle des prix à la pompe, les prix passant en Martinique de 1,32€ par litre de super à 1,16€ et de 1,06€ par litre de gazole à 0,94€.

Par ailleurs, à la suite des évènements de novembre-décembre en Guyane et Guadeloupe, l’Assemblée Nationale a mis en place une mission parlementaire d’information sur les prix des carburants dans les DOM (président : Patrick Ollier).

Par la suite, de nouvelles baisses de prix ainsi ont été mises en œuvre par les préfets, dans le cadre des conflits de février et mars en Guadeloupe, Martinique et à La Réunion. Ces baisses ont été accompagnées de décision de gel des prix, en l’attente de la production de l’analyse de la mission d’inspection administrative. C’est ainsi que les prix à la pompe s’établissent aujourd’hui et depuis le 13 février 2009 à 1,08€ pour le super et 0,84€ pour le gazole. L’Autorité de la Concurrence a également fait l’objet en février dernier d’une saisine par le secrétaire d’Etat chargé de l’outre-mer sur cette question précise des carburants.

Le gouvernement dispose depuis début avril, du rapport de la mission d’inspection qu’il a diligentée, l’a présenté aux parlementaires et exécutifs locaux (dans le cadre d’un groupe de suivi piloté par le SEOM et qui s’est réuni 3 fois entre mars et juin 2009). Ce rapport a été rendu public dès début avril sur le site internet du SEOM.

A la demande de la secrétaire d’Etat chargée de l’Outre-Mer Mme Marie-Luce PENCHARD, il a fait l’objet en Martinique d’une présentation par deux de ses auteurs lors d’une réunion de l’observatoire des prix le 23 juillet dernier, afin que tous les éléments d’explication et de réflexion soient apportés aux martiniquais et qu’il puisse être ainsi répondu à leur exigence d’explication et de transparence. Le Gouvernement dispose par ailleurs depuis la fin du mois de juin de l’avis de l’Autorité de la Concurrence, avis qu’il a lui aussi mis en ligne sur le site internet du SEOM.

A la suite de la réunion de l’observatoire des prix du 23 juillet, le préfet a été chargé de rapidement tirer les enseignements des travaux et analyses aujourd’hui disponibles, et de revoir sans délai les structures qui servent à la fixation des prix des carburants, en s’assurant de la réalité des coûts et en encadrant davantage et surtout de manière plus transparente les marges des acteurs.

Le résultat de ces travaux sera présenté et discuté avec l’observatoire des prix lors de sa réunion du 2 septembre et devra permettre une sortie de la situation actuelle de gel des prix, sortie rendue nécessaire par la forte augmentation des cours mondiaux du pétrole constatée depuis le début de l’année 2009. Cette séance de l’observatoire permettra notamment de prendre connaissance de l’analyse et des propositions formulées par l’Association Régionale pour l’Amélioration des Conditions de Travail en Martinique, qui mène depuis plusieurs mois un important travail local d’expertise sur le sujet des carburants, et de tirer les conséquences de la grève récente des pompistes.

Perspectives à moyen terme

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Les rapports d’expertise remis au gouvernement identifient un certain nombre de réformes envisageables dans le secteur du carburant dans les DOM, certaines d’ordre plutôt technique, d’autres de nature plus politique.

S’agissant des mesures principalement d’ordre technique, elles font actuellement l’objet d’une analyse au secrétariat d’Etat à l’Outre-mer et au Ministère de l’Economie, pour déterminer s’il est pertinent de les mettre en place. Exemples :
• pour l’achat des carburants, faciliter l’importation aux opérateurs qui ne sont pas des compagnies pétrolières intégrées ;
• pour le stockage, tirer toute les conséquences du fait que la SARA puisse être considérée comme gestionnaire d’une « facilité essentielle », ce qui pourrait conduire à la filialisation de cette activité (cela permettrait une meilleure transparence comptable sur cette activité et favoriserait un accès non discriminatoire pour tous les opérateurs) ;
• pour la formule de calcul du prix sortie SARA, mettre en place un mécanisme permettant de répercuter à la pompe plus rapidement et de manière plus transparente les mouvements des cours mondiaux, ce qui nécessite une modification du décret actuellement en vigueur.

S’agissant des mesures relevant davantage de décisions politiques, Mme Marie-Luce PENCHARD estime qu’elles méritent une discussion au plan local, dans le cadre des états généraux de l’outre-mer et des observatoires des prix. Deux retiennent particulièrement l’attention : il s’agit de la question de la redéfinition de l’activité de raffinage de la SARA et de la question de la libéralisation de la distribution.

La question de la redéfinition de l’activité de raffinage de la SARA est une question difficile, d’équilibre à trouver entre des objectifs de production et d’emploi au niveau local et de tarifs au meilleur prix pour les consommateurs.
Pour éclairer le débat, le rapport d’inspection administrative, qui a été transmis aux présidents des collectivités en avril, fournit des éléments d’information objectifs, permettant à chacun de se déterminer et dont voici les éléments clefs présentés dans les rapports précités :
Date de création : 1969
Capacité de raffinage : 800 000 T permettant de répondre à 2/3 des besoins des DFA (plus petite raffinerie de France – la 2è plus petite fait 4 millions de tonnes, la plus grande 16)

Nombre d’employés : environ 260 en 2008, dont 215 en Martinique. Estimation d’autant d’emplois indirects.
Surcoût SARA, tel que calculé par la mission d’inspection administrative : 19 centimes sur essence et 11 sur gazole en moyenne sur la période 2005-2008 par rapport à une raffinerie standard européenne

S’agissant de la libéralisation de la distribution, qui est une préconisation de l’Autorité de la Concurrence,le sujet est également complexe et soulève des questions quant à ses conséquences en matière d’emploi dans le secteur, d’implantation des stations-services dans les zones rurales, de degré de la concurrence entre les stations et de niveau des prix. C’est pourquoi Mme Marie-Luce PENCHARD estime qu’il est important de ne pas s’engager dans ce débat sans examiner les différents éléments disponibles pour prendre la meilleure décision possible pour concilier intérêt du consommateur et emploi.
A ce jour, les éléments clefs de réflexion sont les suivants :
Eléments chiffrés :
88 stations-services en Martinique, essentiellement en location-gérance
21 stations pour 100 000 habitants en Martinique (24 en Guadeloupe ; 22,5 en métropole)
1000 employés dans chacun des départements antillais
Coût de ces emplois estimé par la mission d’inspection administrative à 4,4 centimes en Martinique (8 en Guadeloupe)

Propositions de réforme du système.
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siteon0-de34f54La Secrétaire d’Etat chargée de l’Outre-mer a présenté à l’observatoire des prix et des revenus ses propositions pour améliorer le mode de fixation du prix des carburants, sur la base du rapport fait par les inspections générales et de l’avis rendu par l’autorité de la concurrence.
Marie-Luce PENCHARD a indiqué qu’elle souhaitait mettre en place cette réforme en deux étapes :
• Des mesures correctrices d’application immédiate, qui visent trois types d’objectifs (défense du pouvoir d’achat, équité et transparence) ;
• Des mesures structurelles, à l’issue d’une période de concertation dans le cadre des états généraux de l’Outre-mer et des observatoires des prix, pouvant conduire, d’ici la fin de l’année 2009, à la mise en place d’un nouveau système de régulation et à des réformes structurelles du marché (voir fiche perspectives).

Présentation des mesures correctrices d’application immédiate
3 objectifs sont poursuivis par le gouvernement dans la mise en place de ces mesures:
• La défense du pouvoir d’achat (réduction de marges et de coûts pour baisser le prix au bénéfice du consommateur),
• l’équité (péréquation entre produits et territoires)
• et la transparence (présentation aux observatoires des prix)

Les principales modifications proposées sont :
• Marge de la raffinerie SARA ramenée à 8% au lieu des 12% demandés par les actionnaires ;
• Baisse de la marge des compagnies pétrolières grossistes après avis de l’Observatoire des prix ;
• Prise en charge par EDF d’une part plus importante du surcoût structurel de la SARA, ce qui permet parallèlement de baisser le coût supporté par les consommateurs de carburants ;
• Ajustements divers : suppression du coût de collecte des huiles usagées, modification fret iles du Sud en Guadeloupe ;

• Mutualisation entre tous les consommateurs des Antilles et de la Guyane des frais de transport et de stockage entre la SARA et ces territoires (dispositif déjà partiellement existant entre Martinique et Guadeloupe) : il s’agit d’un système visant à compenser le fait que la SARA raffine en Martinique. Cette mesure nécessite un décret pour lequel le Gouvernement saisira prochainement les collectivités locales ;
• Modification de la présentation de la structure des prix, pour que celle-ci soit plus compréhensible et lisible.

Impact des mesures correctrices proposées

L’impact de ces mesures correctrices est important :
par rapport à l’ancienne formule de calcul, cela conduirait à une baisse des prix de plus de 7 centimes par litres pour l’essence et de 2,6 centimes pour le gazole.

Condition de mise en œuvre
Mais ces modifications ne permettront pas pour autant de baisser les prix à la pompe actuellement pratiqués en raison du gel des prix depuis février dernier.

Ce niveau n’avait d’ailleurs pas été déterminé en fonction de coûts réels ou de prix de marché, mais dans l’attente des rapports d’expertise définissant un juste prix.. De plus, les prix devront intégrer la hausse sensible du baril de pétrole (qui est passé de 40 à 70 dollars)

Par ailleurs, le gel des prix du carburant a toujours été annoncé comme temporaire. S’il devait à l’origine prendre fin au moment de la remise des rapports, le gouvernement a préféré prendre le temps de l’information et de l’analyse, pour ne modifier les prix qu’au moment où il serait possible de revoir la formule de prix.
D’un autre côté, le rétablissement immédiat du prix du marché, que ce soit en application de l’ancienne structure de prix ou de la nouvelle, aurait un impact trop important pour les consommateurs.
C’est pourquoi le gouvernement a décidé de s’orienter progressivement vers une hausse modérée dont le montant tiendra compte des discussions de l’observatoire des prix.
Dans le futur, toute nouvelle modification de prix sera précédée d’une réunion de l’observatoire, afin d’expliquer en toute transparence la manière dont les nouveaux tarifs seront calculés.

De la fin de la concurrence déloyale du secteur public dans les DOM,

Par Gilles Moreau, Martiniquais, Ingénieur, mojilei@netcourrier.com

Le titre volontairement provocateur doit nous amener à réfléchir aux causes fondamentales du manque d’innovations intellectuelle et culturelle dont souffre les populations domiennes.

9068-innovation-2_medLe moteur de la croissance du monde depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours a toujours été constitué de l‘esprit entrepreneurial, du goût du risque et de l’innovation. Le point commun de ces concepts est la remise en cause permanente des zones de confort. De façon tout à fait analogue, les DOM n’ont malheureusement jamais eu la possibilité d’exprimer ce talent entrepreneurial qu’en dehors des frontières de ces rochers de quelques kilomètres carrés. Tout le potentiel des ressources de la Guyane n’a semble-t-il pas non plus provoqué de mouvement entrepreneurial pour lequel les opportunités ne manquent pas.

Ce manque d’ambition et d’innovation s’explique selon moi par l’idée largement répandue, selon laquelle en dehors d’un emploi public point de salut. La prime dite de vie chère accordée aux fonctionnaires a brimé les ambitions des plus talentueux où a provoqué leur fuite vers des terres plus accueillantes et étrangères.

En effet, pourquoi un jeune risquerait-il de se lancer dans une aventure entrepreneuriale ou un fonctionnaire de perdre ses avantages sociaux ? Pourquoi n’arrivent-ils pas à s’échapper de la pression sociale si forte qui condamne et isole celui qui n’exhibe pas rapidement une pseudo position sociale financée par les dettes et l’argent du contribuable ? Il est bien connu -et ce n’est pas un cliché- que le rêve de plusieurs générations de parents antillais tout au moins ont rêvé que leurs enfants embrassent une carrière dans la fonction publique.

Il n’est pas non plus caricatural d’affirmer que le premier achat du jeune antillais qui accède à un emploi publique est de s’acheter une berline dernier cri qui renvoie le plus possible l’image de ce qui est considéré à tort comme le signe d’une réussite sociale. Dans le langage commun et populaire, des expressions comme « Y fonksyonè y plin lajan » (« il est fonctionnaire il est forcément riche ») ou « loto a vyé lajan a pa ka rentré » (« le véhicule est ancien, il n’a donc plus d’argent ») ont pollué les consciences de milliers de jeunes talents.

La conséquence de cette empreinte culturelle de la fonction publique dans les consciences a aliéné des milliers d’antillais qui ont cru qu’en dehors de l’emploi public point de salut. Les rares aventures entrepreneuriales les plus lucratives ont été cédées aux plus riches (industries, négoce, transformation, import/export). La majorité des autres professions libérales laissées à la population dite de couleur (taxi, petits commerçants, infirmiers etc.) est relativement bien moins lucrative et en un sens se rapproche malgré tout d’une notion plus qu’évidente de service public.

Les populations se sont ainsi structurées en deux grands groupes : les producteurs et grossistes déjà très riches qui vendent aux plus pauvres ou à ceux dont le travail (essentiellement public) ne produit pas de valeur ajoutée facteur de croissance. Le cercle vicieux est aggravé par le fait qu’aux rémunérations relativement élevées des fonctionnaires s’est greffé l’endettement qui se retrouve alors facilité et encouragé par le pouvoir financier.

Tout cet argent a en priorité été dépensé en berlines de luxe, maisons, voyages, consommation excessive sans être investi dans le risque entrepreneurial c’est-à-dire dans la production de valeur ajoutée et donc d’emplois. Il est bien entendu, que ceux qui vendent les berlines, les voyages, les matériaux de construction sont ces fameux « grossistes » qui se sont enrichis légalement. Cas vécu : cette situation de confort dans laquelle un emploi d’ingénieur de grandes écoles dans le secteur privé est moins rémunéré localement qu’un emploi administratif dans une collectivité territoriale est destructeur de valeur ajoutée et donc d’emploi.

La spirale de la consommation s’installe. La majorité des foyers fiscaux alimentés par les surprimes de fonctionnaires masque la souffrance de la « minorité » du privé qui se plaint peu. ou ne peut en prendre le risque Dans un environnement clos, et souffrant du système de l’exclusif avec la métropole, si les vendeurs deviennent d’année en année de plus en plus riches, c’est bien parce que les acheteurs continuent à consommer leurs produits. L’intérêt du vendeur, c’est d’augmenter ses prix tant que l’acheteur achète pour maximiser ses profits (ce qui encore une fois est légal). Il le peut, car en majorité l’acheteur appartient à un foyer fiscal composé d’un ou plusieurs fonctionnaires. Mais la minorité du privé qui souffre dans les champs, qui risque sa vie en mer, l’artisan qui prend des risques pour entreprendre au risque de ne pas pouvoir économiser pour sa retraite, ou l’employé du privé qui n’a pas la garantie de l’emploi, subit cette augmentation des prix sans compensation.

La solution n’est pas dans la compensation des revenus comme cela a été exigé au travers de la fameuse prime de 200€ d’augmentation des bas salaires. C’est une erreur. Pour une simple raison, les 200€ seront dépensés chez les békés dont la richesse indécente aux relents immoraux a pourtant été dénoncée. Car, ce sont eux les principaux « grossistes ». En effet, ces 200€ seront de toute façon récupérés par les achats réalisés dans les grandes centrales de distribution alimentaires.

Que faut-il faire ? Agir sur les causes fondamentales du manque de considération pour les activités entrepreneuriales pour lesquelles les rémunérations sont lucratives pourvu que l’on ait la bonne idée au bon moment.

Quelles sont les idées lucratives ? Que nous apprend ce siècle du tourisme sans frontière et du développement durable ? De bonnes nouvelles pour le développement d’activités lucratives et innovantes non seulement pour les populations locales mais aussi –et je pèse mes mots- pour le monde.

Souvenons-nous de l’accueil humiliant réservé aux touristes de la première escale du QUEEN Mary II : un débarquement en plein débarcadère entouré de sinistres contenaires. La venue de ce paquebot qui était capitale pour l’avenir touristique était connue des autorités locales certainement plus d’un an à l’avance. Tout le monde savait qu’il fallait (qu’il faut certainement toujours en ce moment) investir dans un débarcadère digne de ce nom au sein de la baie que d’aucun qualifie de plus belle de la caraïbe : la baie de Fort-de-France. Le QUEEN Mary II n’est bien évidement pas revenu et s’en est suivie une lente descente aux enfers du tourisme de croisière (qui continue). Souvenons-nous également des nombreuses grèves de nos amis les conducteurs de taxi-collectifs qui ont refusé de s’associer pour améliorer le service rendu aux concitoyens où pour bloquer les projets de taxi-maritimes… Il y a donc trois lobbys fortement enracinés localement qui entretiennent une liaison dangereuse mais destructrice pour l’économie car elle ne récompense pas l’initiative privée ni l’innovation qui nécessairement dérange les zones de confort vers le progrès continu : Les Békés, La classe moyenne essentiellement constituée de fonctionnaires et enfin une minorité du privé qui a réussi tant bien que mal à se faire une place au soleil.

Qu’on se le dise il n’y a de stable que le changement ! Quelles solutions économiques pour nos DOM ? Tout d’abord, faire l’inventaire des besoins et des ressources locales. Nous avons du soleil, des vagues et du vent. Si vous pensiez au tourisme vous avez raison. Mais je pense à une exploitation bien plus utile pour l’avenir économique local et même mondial.

Pourquoi ne pas militer pour l’implantation d’un pôle de compétitivité dédié au développement de solutions environnementales permettant de transformer les énergies intarissables des alizés, du soleil des tropiques et des marées de l’Atlantique ? Ce pôle de compétitivité pourrait également être l’incubateur technologique de start-up qui désirent se lancer dans cette aventure.

Les zones tropicales regorgent de ressources qui ne sont pas exploitées. Certains pays d’Afrique l’ont compris et exportent massivement des roses vers les pays européens. Madinina ou l’île aux fleurs aurait-elle perdu sa vocation ? Les rayons des distributeurs européens regorgent de produits transformés comme les chips de banane, la banane séchée, de fruits séchés importés des zones tropicales de l’Amérique centrale. C’est de l’innovation alimentaire et nous devrions être des précurseurs.

Les idées suivantes pourraient paraître insensées mais elles peuvent provoquer chez les lecteurs des indices qui pourront lui permettre de faire dire Euréka ! :

- La production de riz sur les flans des collines ou des plaines humides ;

- L’élevage intensif de poissons en pleine mer ;

- La transformation de produits agricoles ou de la mer (comme cités précédemment ou confis de poisson, filets, plats cuisinés etc.)

- Le développement du transport maritime intra et inter-île ;

- L’implantation « d’éoliennes » sous-marines pour la production d’énergie électrique ;

- La production d’appareils qui utilisent massivement l’énergie solaire ;

- L’exploitation de l’énergie géothermique (disponible à profusion) ;

- Etc.

En bref, toute initiative qui va dans le sens d’une économie d’abord autosuffisante est essentielle pour produire des emplois et diminuer les prix.

L’économie du tourisme de masse doit être développée au sens intelligent du terme et devrait être une religion locale. Nos voisins ont compris que le touriste de croisière ne doit pas être laissé sans solutions de divertissement et de découverte de leurs richesses culturelles du premier au dernier pas sur notre territoire. Sainte-Lucie l’a compris et a industrialisé l’accueil du touriste. Et le QUEEN Mary II continue à y faire escale…Personnellement j’ai d’abord connu les bananes séchées produites à Sainte-Lucie avant de les voir produire localement. Mais, comment mobiliser une population pour une telle activité dont les ressources ne dépendent pas du tourisme?

Avec les idées, viendront les projets. Avec les projets, les moyens. Selon moi, leur succès dépend essentiellement du changement des mentalités et la protection des initiatives locales.

Le changement des mentalités doit se réaliser dans les consciences et c’est le choix de tout un peuple qui doit décider de devenir intelligent collectivement.

Il faut, intégrer les talents locaux formés ailleurs plutôt que de les chasser ou de les enrôler dans le mouvement perpétuel de l’emploi public non producteur de valeur. Arrêtons de les considérer comme des concurrents. Acceptons de perdre pour gagner. Un fonds local pour la promotion de l’innovation locale devrait selon moi être financé par la diminution des primes de vie chère et une partie des impôts des grands acteurs économiques locaux par une contribution fiscale volontaire déductible. Les fonctionnaires, devraient eux-mêmes être accompagnés dans leur projet de création d’entreprise.

L’éducation, également au cœur de la réforme des mentalités doit faire la promotion de cette nouvelle position intellectuelle et culturelle. L’Université des Antilles-Guyane devrait opérer une véritable réforme de ses priorités. Elle devrait en effet arrêter de former des théoriciens et davantage de praticiens de l’économie et des techniques industrielles. L’internationalisation est un passage obligé. De véritables missions de recherches multi-sites doivent être créées sur les sujets tous azimuts liés à l’administration des affaires, la production d’innovations technologiques, l’innovation culturelles plutôt que le simple ressac des idéologies passéistes.

Dans le même temps que cette intelligence collective s’exerce, les ressources financières locales doivent avoir le courage de financer les entreprises innovantes au lieu des consommations excessives. Les investisseurs locaux et étrangers doivent également accepter de s’appuyer sur ces initiatives locales au lieu de les brimer.

Cela est du ressort du pouvoir politique qui n’est pas aux mains des « grossistes » qui eux dominent le pouvoir économique. Le pouvoir financier n’est pas non plus entre leur mains ils ne profitent donc que des règles déjà fixées.

Le pouvoir politique a la capacité de fixer les règles et de protéger les plus faibles le temps que chacun parte avec les mêmes chances de succès au départ.

L’autonomie matérialisée par une évolution statutaire est donc la seule solution. Contraire à l’indépendance, elle est interdépendance. Elle se matérialise par une structure claire qu’offre la constitution française. L’unicité de la décision de l’exécutif qui en résulte, offrirait une meilleure coordination des actions publiques au service de l’efficacité entrepreneuriale.

Bien que la vérité fasse mal à attendre, il faut dire que les populations domiennes dites de couleur ont eu à plusieurs reprises l’occasion de prendre leur avenir en main :

- La fin de l’esclavage n’a pas donnée envie aux esclaves de se révolter contre l’establishment économique. Et quand cela a été fait comme en Guadeloupe (traduction des békés de l’époque au couperet de la guillotine) cela ne s’est pas transformé en leadership économique. La nature ayant horreur du vide, ceux qui ont pris des risques en venant d’ailleurs (chinois ou indiens) ont conquis l’espace économique privé laissant la place vacante aux emplois publics pour les descendants (plus directs) des esclaves.

- L’assimilation proposée après-guerre était une bonne idée. Toutefois elle est arrivée à un moment où l’Etat Français de De Gaulle s’inscrivait dans une démarche d’Etat providence. Je crains que l’assimilation ait été la cause d’une grande tromperie : l’Etat peut tout. Puisque l’Etat peut tout il doit donc m’employer. Selon moi, c’est cette démarche d’Etat providence qui fait que même sur le territoire métropolitain, l’esprit entrepreneurial n’est pas valorisé comme dans d’autres pays occidentaux. La France est notamment le pays le plus doté en emplois publics. A ce jour, toute proportion gardée, British Energie est aussi rentable qu’EDF avec deux fois moins d’employés…

- La dernière occasion connue était la proposition d’évolution statutaire rejetée dans les principaux DOM. Les principales raisons étaient : la perte des allocations versées par la France ou..la diminution des opportunités d’emplois publics.

Il faut donc sonner le glas de la considération de la fonction publique comme seul eldorado professionnel. Cela doit se traduire par des actes courageux qui doivent s’appuyer sur un projet de société orienté vers la création de valeur. Le changement des mentalités doit se caractériser par l’émulation d’une intelligence collective marquée par des sacrifices et des consensus.

Fret maritime et grande distribution dans les DOM

Autorité de la concurrence

Saisie le 18 février 2009 par le Secrétaire d’Etat à l’outre-mer sur la situation de la concurrence dans les départements d’outre-mer, l’Autorité rend aujourd’hui un avis relatif aux mécanismes d’importation et de commercialisation des produits de grande consommation dans les DOM. Il s’agit du second volet de la même saisine, qui avait donné lieu le 24 juin dernier à l’avis 09-A-21 concernant les carburants.

Dans les DOM, la petite taille des marchés et leur éloignement des principales sources d’approvisionnement sont des obstacles naturels à l’obtention de prix comparables à ceux observés en métropole. Aux surcoûts qui en résultent s’ajoute une taxe spécifique, l’octroi de mer, perçue par les collectivités locales sur les importations et qui accroît mécaniquement les prix de vente aux consommateurs.

Cependant, ces spécificités ne suffisent pas à expliquer l’importance des écarts de prix constatés entre la métropole et les DOM pour les produits de grande consommation. Ainsi, selon les relevés effectués sur un échantillon (1) d’environ 75 produits importés de métropole dans les quatre DOM, les écarts de prix en magasin avec la métropole dépassent 55 % pour plus de 50 % des produits échantillonnés, un pourcentage trop élevé pour trouver exclusivement sa source dans les frais de transport et l’octroi de mer. Surtout, l’Autorité identifie dans son avis plusieurs particularités des circuits d’approvisionnement des marchés domiens permettant aux opérateurs de s’abstraire partiellement du jeu concurrentiel, seul capable de faire baisser les prix en faveur du consommateur domien.

Une concurrence insuffisante dans les marchés de détail et de gros

Selon l’Autorité, le secteur de la grande distribution à dominante alimentaire dans les DOM est trop peu concurrentiel. Protégé par des barrières à l’entrée spécifiques (longueur des circuits logistiques vers les territoires ultramarins, rareté et prix élevé du foncier commercial), il présente un niveau de concentration élevé, certains groupes détenant des parts de marché en surfaces commerciales supérieures à 40 %, soit sur la totalité du département concerné, soit sur une ou plusieurs zones de chalandise.

Les comportements mis en œuvre par les opérateurs confirment ce manque de concurrence, qu’il s’agisse de la faible présence des marques de distributeurs dans les rayons ou de la quasi-absence de répercussion des marges arrière dans le prix de revente au consommateur.

La faible concurrence sur le marché de détail est d’autant plus préjudiciable au consommateur domien qu’en amont, les importateurs-grossistes auxquels fabricants et distributeurs font souvent appel sont eux aussi relativement préservés des pressions concurrentielles. En particulier, les pratiques d’exclusivités territoriales liant fréquemment fabricants et importateurs dans chaque DOM atténuent la capacité des distributeurs à arbitrer entre différents importateurs-grossistes ou entre ces derniers et les industriels implantés en métropole, réduisant ainsi la concurrence entre produits d’une même marque, voire entre produits de marques différentes. A titre d’illustration, à La Réunion, un seul grossiste commercialise les produits de deux grands groupes fromagers métropolitains (Lactalis et Bel) détenteurs des marques les plus connues des consommateurs. Plus généralement, du fait ces exclusivités, les distributeurs domiens ne peuvent finalement arbitrer qu’entre un nombre de fournisseurs plus restreint qu’en métropole. Le distributeur échouant ou n’étant pas incité à faire jouer la concurrence entre les importateurs-grossistes, ces derniers parviennent donc à prélever des marges commerciales conséquentes, qui oscillent entre 20 et 60 % pour un nombre élevé de références, voire approchent ou dépassent 100 %.

Les propositions de l’Autorité pour redynamiser la concurrence sur les marchés

Réprimer d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles

A l’occasion de l’examen de la demande d’avis, des pratiques mises en œuvre à différents niveaux de la chaîne importation-distribution et susceptibles de recevoir la qualification d’ententes anticoncurrentielles (telles que prix de revente imposés, ententes horizontales, exclusivités de clientèle et restrictions au commerce parallèle) ont été portées à la connaissance de l’Autorité, qui engagera les enquêtes qu’elle estime nécessaires.

Fluidifier le jeu concurrentiel en supprimant les barrières réglementaires à l’entrée et en améliorant l’information du consommateur

L’Autorité préconise de lever les obstacles réglementaires qui s’opposent à l’arrivée de nouveaux acteurs, condition nécessaire à la pleine mise en œuvre du processus concurrentiel. Outre les réformes déjà mises en œuvre dans le cadre de la loi LME, la suppression du contrôle exercé par les CDAC (2) sur les projets d’implantation de plus de 1000m² et la diminution des seuils de notification pour les opérations de concentration (3) impliquant des grandes surfaces implantées dans les DOM sont de nature à promouvoir une structure du marché de la distribution de détail plus concurrentielle.

Par ailleurs, elle estime que les efforts mis en œuvre pour améliorer l’information des consommateurs sur les prix ou les politiques de prix des grands distributeurs doivent être poursuivis en tenant compte de plusieurs suggestions émises dans l’avis rendu public.

Mutualiser les circuits logistiques

Parallèlement à ces recommandations de nature concurrentielle, l’Autorité estime nécessaire de travailler à l’amélioration des circuits logistiques entre la métropole et les territoires domiens. La segmentation de l’approvisionnement entre différents opérateurs et intermédiaires empêche la réalisation d’économies d’échelle tout en accroissant le cumul des marges à chaque stade de la chaîne d’approvisionnement.

Les collectivités locales et l’Etat doivent donc mettre en place dans chaque DOM une mission d’études avec pour objectif de définir les modalités de création et de fonctionnement de centrales d’approvisionnement et de stockage régionales, qui, par mutualisation des moyens, réduiraient les coûts et permettraient aux distributeurs de mieux faire jouer la concurrence entre fabricants et intermédiaires.

Revoir les dispositifs d’aides aux entreprises locales

Enfin, l’Autorité recommande que soient réexaminés les dispositifs d’aides aux entreprises implantées dans les DOM, qu’il s’agisse de l’octroi de mer ou des exonérations de charges et des subventions versées aux industriels locaux. De telles mesures ne peuvent être justifiées que si leurs coûts à court-terme, en termes de prélèvement ou de renchérissement des prix, sont compensés par le développement, à moyen terme, d’une industrie locale compétitive.

Or, les éléments recueillis tendent à indiquer que ces mesures d’aide sont, dans le contexte actuel, peu incitatives à l’amélioration de la compétitivité des entreprises locales, voire encouragent des prix élevés. Dans le cas des yaourts, du café ou de l’eau de source produits localement, des marges et des prix plus élevés que ceux des produits importés ou vendus en métropole ont été constatés, en dépit des aides et protections dont bénéficient les producteurs locaux.

De tels exemples incitent à envisager une suppression progressive de l’octroi de mer et à instaurer un mécanisme d’évaluation des différentes aides allouées, notamment en termes de compétitivité des entreprises locales.

En tout état de cause, l’Autorité de la concurrence rappelle que la réglementation des prix n’est pas une solution aux problèmes de concurrence identifiés : en raison des risques qu’elle comporte et des difficultés de mise en œuvre, elle doit demeurer une mesure d’exception portant sur des secteurs ou des étapes du circuit d’approvisionnement clairement identifiés sur lesquels le jeu de la concurrence est mis en échec. Or, dans le cas d’espèce, une réglementation des prix pourrait aggraver le déficit de concurrence déjà constaté sans pour autant parvenir à faire diminuer les prix de façon durable.

(1) La finalité de ces relevés effectués par la DGCCRF à la demande de l’Autorité étant d’appréhender, de manière indicative, les différentiels de prix en magasin entre les DOM et la métropole pour des produits importés, les échantillons de produits utilisés ne sont pas représentatifs de la consommation des ménages domiens et n’ont pas vocation à être extrapolés afin de comparer de manière générale les niveaux des prix des produits de grande consommation dans les DOM et en métropole.

(2) Commission départementale d’aménagement commercial

(3) que l’Autorité propose de fixer à 7,5 millions d’euros (contre 15 actuellement) pour des opérations portant sur le commerce de détail outre-mer.

A quand le projet de territoire Guadeloupéen?

Lors de la conférence de presse de rentrée de l’UDE MEDEF Guadeloupe, Willy Angèle a présenté un bilan assez accablant de la situation économique. Chute de la fréquentation touristique, dépôts de bilan, difficultés de trésorerie… Si on en doutait encore, ces faits préfigurent un avenir difficile pour l’économie.
Pour avoir échangé avec des entrepreneurs, employés ou cadres d’entreprises locales, la situation reste tendue au pays. Il y a une véritable disparition de la confiance dans les affaires. Dans un model économique classique, une entreprise peut obtenir d’un fournisseur un délai de paiement pour assurer sa trésorerie. C’est même une condition quasi indispensable au développement d’une activité économique. Aujourd’hui en Guadeloupe les fournisseurs se font payer au « cul du camion», c’est-à-dire dès réception de la marchandise. Ce qui accentue les  problèmes croissants de trésorerie que rencontrent les entreprises locales. Comme pouvait en témoigner une lectrice d’Antilles Politique : « Aujourd’hui c’est la course au cash : soit vous encaissez (saisissez) vos clients avant que vos fournisseurs vous saisissent,
soit vous (et vos salariés) êtes morts…sympa le business en ce moment…
»
Cette disparition de la confiance entre les acteurs économiques révèle un état très dégradé du tissu économique local.

Au-delà de l’urgence économique, l’urgence institutionnelle est en train de poindre. Art 73, Art 74 ? Quelle évolution ? Le débat fait d’ores et déjà rage dans l’île sœur. Mais quelque chose est intriguant. Selon les bords politiques on accorde plus ou moins d’importance d’évoluer vers une identité législative plus aboutie, évolution consistant à obtenir une évolution du statut dans l’art 73 ou obtenir une spécialité  législative en étant des territoires inscrits à l’Art 74 et un statut « à la carte ».

Une évolution de l’administration publique locale est incontournable et ce pas uniquement dans les DOM. L’organisation décentralisée de la République est en pleine mutation. On évoque de plus en plus la disparition des Départements et la réforme de la Taxe professionnelle est imminente… Tout ceci bouleversera la fiscalité locale et les prérogatives  des échelons territoriaux quels qu’ils soient.
Les spécialistes de la décentralisation s’accordent à dire que les meilleurs évolutions de la décentralisation seront celles qui prendront en compte les projets de territoire. Celles qui laisseront la place à la définition de bassins économiques cohérents et générateurs de qualité de vie pour leurs résidents.
Par exemple, le projet des grandes métropoles (nouvel échelon de collectivité territorial envisagé) répond au besoin d’un outil d’administration publique local adapté au développement d’un bassin économique.

La disparition ou la création d’échelons territoriaux  au plan national ou encore le changement de statut pour nos R-DOM ne sont que des moyens et non pas une fin. Des moyens pour la mise en œuvre d’un projet de territoire.
En ce qui concerne la Guadeloupe, force est de constater que les seuls acteurs qui ont eu pour ambition de définir un objectif pour nos territoires et de construire une stratégie adaptée, ce sont les patrons.
Willy Angèle, le dit dans sa conférence de presse du 26 Août « Nous avons pour objectif de faire de la Guadeloupe le Singapour de la caraïbe ». C’est très ambitieux, mais c’est un objectif. Objectif derrière lequel il faut désormais construire une stratégie et définir les moyens permettant d’y parvenir. Ce travail auquel souhaite s’employer le patronat peut vraiment porter ses fruits si certains clivages disparaissent le temps de la définition de ce projet.
Il faudra également construire des secteurs d’activité innovants. Ceci avec des formations adaptées à ces secteurs, afin que le marché du travail réponde présent au besoin du développement économique. Formations, innovations, ces éléments s’imbriquent les uns dans les autres pour donner corps au développement local. Mais il faut faire des choix, prendre des directions car comme le dit Sénèque : «  il n’est de vent porteur pour celui qui ne sait où il va ».

L’évolution statutaire est un moyen, pas une fin. A ce titre, nous devons choisir les outils adaptés au développement local de la Guadeloupe et non pas avoir des outils institutionnels  qui nous contraignent à des constructions non pérennes.

Il ne s’agit pas de dire que les patrons sont en train de proposer LA solution. Mais l’activité économique est la pierre angulaire du développement local. En ce sens leurs idées et leurs comptent énormément dans la définition d’un projet de territoire.
De ce projet de territoire émergera nécessairement un model institutionnel qui permettra à la Guadeloupe un développement créateur non seulement de richesse mais également de bien être pour les citoyens.
C’est une ambition autre que de simplement  vouloir changer le statut de la Guadeloupe ou d’accéder  l’autonomie  qui, au final, ne ressemblera peut être bien qu’à une montagne qui accouche d’une souris.

Ce que propose les patrons sont les prémisses de ce projet de territoire, et avant même de discuter d’évolution statutaire il est indispensable de définir où nous voulons aller et construire ce projet de territoire.

Analyse sur la fixation des prix en Martinique par la CGTM/FSM

L’information parut dans le France Antilles du 10 février 2009 à la page 3, intitulé « Prix : comment sont-ils fixés », permet aux lecteurs de déduire que les grandes surfaces et les grossistes  ne sont pas responsables de la dérive des prix à la Martinique.

De plus, il peut déduire que les « frais d’approche » (fret + assurance, octroi de mer + octroi de mer régional, droits de douane + droits de port + taxes diverses, transitaire local + débarquement, transport terrestre + dépotage + TVA) semblent en bonne  partie responsable des prix élevés.

Surtout quand il apprend « …qu’il existe souvent une autre chaine tous aussi compliqué entre le producteur initial et le port français ». Il regrette qu’aucun élément ne lui permet d’apprécier cette affirmation.

La CGTM/FSM après analyse des données publiées relève un certains nombres d’incohérence :

Dans la rubrique « quelques repères » le syndicat de la distribution et des grossistes déclare « …qu’en moyenne le prix de départ des produits alimentaires se trouve multiplié par 1.5 rien qu’avec les frais d’approche ».

Ce 1,5 annoncé ne correspond en aucun cas aux chiffres indiqués dans les graphiques concernant les produits pris en exemple comme l’eau, les tomates cerise et les coquillettes.

Pour les produits pris en exemple par la rédactrice, Cécile Everard,

  • les frais d’approche s’élèvent  pour :
  1. L’eau 59%
  2. Les tomates cerises 47%
  3. Les coquillettes 16%
  • Quand à la marge des magasins et grossistes, elle est respectivement de
  1. 14 %
  2. 33 %
  3. 53%
  • Si l’on applique ces pourcentages au prix de départ indiqué dans les graphiques, en principe le prix de vente aux consommateurs devraient être respectivement de
  1. 0,23 €
  2. 1,44 €
  3. 0,53 €

(Largement arrondi au chiffre supérieur).

Hors France Antilles nous indique :

  1. La bouteille d’eau de 1,5l est vendue à 0,49€
  2. La tomate cerise est vendue à 4,08€

    Les pâtes coquillettes sont vendues à 0,98€

  • Il n’est point besoin d’être économiste chevronné pour constater une différence en plus de :
  1. 0,26 €
  2. 2,64 €
  3. 0,45 €

Sauf erreur de notre part, le consommateur paye cette différence à la caisse du magasin.

On dit : que « les grossistes et les magasins sont les mêmes personnes » – Allez savoir …

France Antilles  indique : « ……une simple bouteille d’eau voit son prix presque triplée entre le port et le magasin. Dans ce cas précis, la grande distribution n’est pas le coupable idéale puisqu’elle ne prend qu’une marge infime sur le produit. »

Pour notre part, nous constatons que  la marge réelle des grossistes et des magasins est respectivement de :

  1. 221 %
  2. 363 %
  3. 199 %

Les graphiques indiquent à la rubrique :  fret et assurance (avion ou bateau)

  1. l’eau 32%
  2. les tomates cerises 33%
  3. les pâtes coquillettes 5%.

Nous pouvons déduire que les tomates qui sont des denrées périssables sont importées par avion, mais comment comprendre que l’eau qui n’est pas périssable soient importée également par avion ?

Il est vrai que ce sont les  con…sommateurs qui paient.

Cela leur apprendra à consommer les produits importés. Preuve aussi que les grossistes et magasins font tout pour baisser les frais d’approche.

A défaut de nous donner des précisions sur les chiffres indiqués dans cette information ou de nous éclairer sur les contradictions qui en résultent. Il semble évident que ce sont les grossistes et les magasins qui sont responsable de l’augmentation abusive entre les prix de départ et les prix de vente.

Dans ces conditions, on peut déduire que les collectivités territoriales n’ont pas fait preuve de vigilance lors des négociations, en accordant une réduction sur l’octroi de mer  qui en réalité augmente les marges des magasins et des grossistes au détriment de l’intérêt général.

Ont-ils été conseillés par des administratifs compétents lors des négociations ?

La grève générale lancée le matin du 5 février par l’inter syndical, est devenue dès l’après-midi , « mouvement sociétal ».

Lequel mouvement sociétal a été pris en main par le « collectif du 5 février ».

Le collectif se composait des :

-       Syndicats des salariés du privé ;

-       Syndicats des salariés du public ;

-       Artisans ;

-       Agriculteurs ;

-       T.P.E. (que l’on dit petits patrons)

C’est un bric à brac de négociateurs que la population acclamait à chaque entrée et sortie des négociations.

Le 14 mars, le collectif et les syndicats, à l’exception de la délégation CGTM/FSM menée par Robert CAYOL, signait l’accord de fin de conflit. Il ne restait plus qu’à ériger un monument pour remercier le collectif, ce qui n’est pas encore fait. Heureusement, le collectif était accompagné par une pléiade d’avocats… d’affaires.

Martinique, « sé ta nou, sé pa ta yo ». Qui inclure dans le « yo » ?

En tout état de cause, il faut féliciter la CGTM FSM qui a soutenu le blocage des marges envers et contre tous, ce qui la conduit à ne pas trahir le mouvement du 05 février 2009 en ne signant pas l’accord de fin de conflit et la prétendue baisse des prix.

A défaut d’une renégociation sur des bases sérieuses, la population devrait  éviter autant que peut se faire de consommer tous les produits importés vendus à la Martinique.

La population devrait s’organiser pour commander par ses propres moyens, les produits dont elle ne peut s’en passer.

La CGTM/FSM                                                                                            30/04/2009

Agriculture en Martinique : à qui profite l’argent de l’Europe ?

Lisa David

MARTINIQUE. Fort-de-France. Vendredi 3 juillet 2009. Caribcreole.

Après une longue et remarquable enquête, Lisa David a réussi à identifier le cercle très fermé des pwofitè des subventions agricoles européennes. Ainsi donc, Caribcreole révèle, pour la première fois, le circuit et surtout les montants que l’Europe attribue à ces « agribusinessmen ». Pour la plupart, ce sont des békés, des gwo tyap qui – en Guadeloupe et en Martinique – font, depuis des décennies, la pluie et surtout le «beau temps» dans l’agriculture des dernières colonies. Ils se sucrent allègrement : c’est un véritable scandale ! Un clic sur le site Telepac et la liste des heureux bénéficiaires du Feaga (Fonds européen agricole de garantie) et du Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural) s’affiche. En France, certains observateurs parlent d’ « agribusiness européen » et c’est peu dire. Parmi les plus gros bénéficiaires de la PAC (Politique Agricole Commune) les « gros mordants » remportent …le gros lot. Qui sont-ils ? L’enquête exclusive de caribcreole.

Depuis le 30 avril, en vertu d’une décision de la Commission européenne, les Etats membres doivent publier, chaque année, la liste détaillée de tous les bénéficiaires des subventions agricoles au niveau national. Si de nombreux pays ont joué le jeu, la France a attendu la date limite fixée par le règlement communautaire pour les rendre publics. Dans le monde agricole français, on ne décolère pas, et les syndicats, pour la plupart, sont restés discrets pour ne pas en rajouter. La Coordination Rurale en France s’est distinguée en s’élevant contre cette transparence, craignant un piège pour les agriculteurs qui seraient considérés comme des assistés. Côté assistés, les gros agriculteurs martiniquais sont bien classés.

Les journaux nationaux se sont indignés de constater que la Queen Elizabeth II, pauvre comme on sait, bénéficie des aides européennes avec plus de 5 millions d’euros. Le prince de Monaco, dont la famille est propriétaire d’un domaine de 773 ha, est aidé pour son soutien aux cultures « propres » avec 253 986 € (Le Parisien 28.05.09). Une bagatelle, comparée aux montants qu’empochent les planteurs békés sous les cocotiers.

Gagner plus avec plusieurs sociétés

Qui se cache derrière le nom d’une société ? Une même personne peut avoir des intérêts dans plusieurs exploitations agricoles sans que cela apparaisse. Nous avons voulu en savoir plus et chercher ce que la liste publiée sur Telepac ne dit pas. De surprise en surprise se découvre la générosité faite aux riches.

Si seule Gardel en Guadeloupe figure dans le peloton de tête des plus gros bénéficiaires de la PAC dans les Départements d’Outre Mer avec 10 millions d’euros, suivie de l’habitation guadeloupéenne de Capesterre Belle Eau «Bois Debout», avec plus de 4 millions d’euros, c’est bien faute de savoir qui se cache derrière le nom des sociétés.

En Martinique, avec ses sept millions de fonds européens, Jean-Michel Hayot fait partie de cette catégorie qualifiée d’«Agri-Millionnaires par Farmsubsidy.org une ONG qui s’est battue pour la transparence de l’utilisation de l’argent des contribuables.  L’exploitation agricole « Petit Morne » au Lamentin a été bénéficiaire de la confortable somme de 3 859 391,42 € du Feaga (Fonds européen agricole de garantie) pour la période du 16 octobre 2007 au 15 octobre 2008. Mais ce n’est pas tout puisque cette habitation n’est qu’une de ses nombreuses propriétés. À 53 ans, ce planteur sait comment planter les bananes et récolter les subventions. Un vent de millions d’euros s’abat sur ses «cultures de fruits tropicaux et subtropicaux». «Petite Grenade» obtient du Feaga, 1 079 297,75 euros. «Trianon», toujours au Lamentin, 1 305 234,08 € et sa voisine «Bochet» 1 144 190,04 €. Il y a aussi «Le Lareinty S.A» (90 807,38 €) présidée par Madame Hayot Jean-Michel (comme précisé par les documents d’immatriculation) avec «Monsieur» comme Directeur Général. Au total, plus de sept millions d’euros pour une année (7 478 921,07 €). Jean-Michel Hayot, ancien administrateur de la Sicabam (fondue dans Banamart), a de quoi regarder l’avenir et gérer sereinement sa dizaine d’entreprises, dont certaines tournées vers l’immobilier.
La plaine du Lamentin, où pleuvent les subventions, risque bien de se transformer en montagne d’euros. Avec 871 726,85 € (Feaga et Feager), la « Sarl La Désirade » de Jacques Plissonneau Dusquesnes, créée en 2001, grimpe déjà vers la crête millionnaires.

1218816293Un peu plus loin, Jean Simonet gagne aussi le pactole avec plus de 5 millions d’euros pour ses exploitations «Caféière» (3 518 133,60), «Rivière Lézarde» (1 178 685,46) à Saint Joseph et «Mag Do» (791 549,73) au François. Cette dernière n’est créée qu’en janvier 2005.
Jean Simonet qui est aussi actionnaire de la SPM, (Société Productrice de Banane au Cameroun) peut avoir l’esprit tranquille pour conduire sa quinzaine d’entreprises. Du commerce de gros de parfumerie et de produits de beauté en passant par la fabrication de produits azotés et d’engrais, la location et location-bail de machines et équipements agricoles, ce jeune chef d’entreprises de 45 ans a l’avenir devant lui.

Au palmarès des «Agri-Millionnaires», on retrouve un autre membre de la famille. Pour la «culture de fruits tropicaux et subtropicaux», l’exploitation d’Henri Simonet «Citefi» au François (dont les administrateurs sont Jean Simonet et son épouse), reçoit 1 155 122,62 d’euros. Mais ce que les réalisateurs du classement ne savent pas, c’est que le même planteur peut encore compter sur la généreuse PAC avec 901 274,04 € pour son habitation «Grance Trace» et 613 609,77 € pour «Saint Aroman» au François. Henri Simonet bénéficie au total de plus 2 millions et demi d’euros.

Gilles De Reynal de Saint Michel, patron d’une trentaine d’entreprises en Martinique, Guadeloupe et Guyane dont les associés se comptent dans le monde très fermé des békés, remporte le gros lot. Lauréat du classement des fonds de la Pac pour l’exploitation agricole «Bagatelle» au Gros-Morne, avec 2 005 422,86 €, il ne pense pas qu’à la bagatelle. Il fait l’Europe cracher au bassin avec 427 500,22 € pour l’habitation «Perpigna» de Macouba, placée en plan de redressement par jugement du Tribunal Mixte de Commerce le 27 novembre 2008.

La culture de la canne à sucre rapporte 54 007,54 € dans les caisses à l’habitation «Lapalun» à Rivière Salée. Des subventions qui ne semblent pas aider à la bonne santé des plantations de l’ancien patron de la Sicabam puisque «La Richard» à Trinité, qui bénéficie d’un versement de 1 709 206,25 € du Feaga, fait l’objet d’une procédure collective en date du 8 décembre 2008.
Avec 645 568,38 € reçus pour l’habitation «Cheneaux» de Macouba, (placée en redressement judiciaire le 29.05.2007) le gérant du «Musée de l’ananas et des cultures d’antan» a bénéficié de près de 5 millions d’euros de la Politique Agricole Commune, pour la période du 16 octobre 2007 au 15 octobre 2008.

En Martinique l’Europe ne protège pas des poisons

Sous la plume de Patrice Louis, un journaliste qui sème son mépris sur les Martiniquais, on peut lire dans « Le Monde » (05.06.2009) qu’« En Martinique, l’Europe protège aussi du soleil. Les 438 abris d’attente des transports en commun de Fort-de-France et de ses environs ont été édifiés avec les fonds communautaires du Fonds européen de développement régional (Feder) à hauteur de 36 %. Les clients qui attendent leur bus s’en doutent d’autant moins que les indications qui l’attestent ont souvent été décollées. » Aurait-il osé écrire les mêmes mots pour son département français ? Manifestement il y a aussi quelque chose de décollé chez Patrice Louis. Sa curiosité peut-être.Sous les abris bus attendent beaucoup de chômeurs, de mères de famille licenciées, dont certaines ont trimé sous le soleil dans les plantations de cannes ou de bananes. Plantations alimentées au poison chlordécone et aux subventions.
Dans ce même article pointant du doigt les ingrats abstentionnistes martiniquais, Frédéric De Reynal, président du principal groupement de planteurs Banamart, confie que « sans l’Europe, on parlerait de la banane au passé » et rappelle que « les producteurs antillais reçoivent 130 millions d’euros de Bruxelles. »
Pour son « Eden » à Ajoupa Bouillon, Frédéric De Reynal a bénéficié de la main du Dieu Europe avec 837 014,14 €. De quoi suivre les conseils de Jean Crusol, (ancien député européen et départementaliste socialiste), qui déclare dans l’article de Monsieur Louis, au sujet des Martiniquais : « Ils devraient se réveiller tous les matins en disant «vive l’Europe», car l’aide porte sur des sommes considérables ».

La famille De Reynal de Saint Michel peut en témoigner puisque l’exploitation agricole « Sud Est » au Lamentin, figure dans le classement des agri-millionnaires avec 1,083,643 €. Co-gérants Tanguy et Cyrille, du même nom. La « Sarl Union » de Cyrille De Reynal De Saint Michel encaisse 1 803 759,43 €.
Henri De Reynal de Saint Michel remporte pour l’habitation « Gondeau » au Lamentin, le petit montant de 471 734,26 €, auquel viennent s’ajouter 435 661,32 € pour l’habitation « Rivière Monsieur » et 358 294,54 € « Ban-Union » à Sainte Marie. Avec plus d’un million des charités de la Pac, ce planteur devrait se remettre des malheurs d’ Agriconseil , le Groupement d’intérêt économique de Bois Rouge dont il était le président et qui après une liquidation judiciaire en janvier 2006, a été clôturé pour insuffisance d’actif par jugement du 16 janvier 2007.

Administrateur d’Agriconseil, Axel Assier de Pompignan pour sa « culture de fruits tropicaux et subtropicaux » à l’habitation « Choisy » de Saint Joseph, encaisse 633 684,59 € pour la période du 16 octobre 2007 au 15 octobre 2008. « Choisy » a été placé en redressement judiciaire par décision de justice le 30 septembre 2008.
On l’appelle Sigy. Avec son million (1 029 437,41), placée au palmarès des Agri-millionnaires, cette ’habitation du Vauclin, ne dit pas le nom de sa petite sœur « Château Paille ». Née en 2004, celle-ci se contente de 572 151,66 €. Ces deux exploitations sont gérées et co-gérée par Madame Rimbaud Elisa. Une agricultrice très tournée vers l’immobilier puisqu’on la retrouve à la tête de trois sociétés immobilières en France et en Martinique.

Subvention ka descend la Capote

Les subventions européennes coulent à Basse Pointe. Le Feaga déverse 1 520 174,85 € pour l’habitation « La Capote » de Bertrand Aubery. « Le Verger », immatriculé en 2002, lui vaut un classement parmi les Agri-Millionnaires avec 1 226 177 €. Mais le trésor ne s’arrête pas là. Le gérant de l’habitation « Gradis » à Basse-Pointe (1 287 446,03) peut écouter Jean Crusol et crier « Vive l’Europe » en se réveillant le matin. Son habitation « Moulin l’Etang » profite de 1 446 930,33 € et si pour son « activité de soutien aux cultures », sa société « Mecagri » se contente de 40 520,00 €, le « Jardin Clément », toujours à Basse-Pointe s’en tire avec 1 387 311,97 €. Ancien administrateur de l’usine Socomor (transformation de l’ananas) qui a fermé ses portes, suite à sa mise en liquidation judiciaire en janvier 2007, Bertrand Aubéry remporte le gros lot. Ce planteur de 57 ans règne sur quinzaine d’entreprises dont certaines, comme on le constate, bien arrosées par la Poltique agricole Commune.

Joseph De Laguarigues de Meillac se rapproche du million avec 960 milles euros pour ses exploitations de Basse-Pointe . « Leyritz Senecourt » « culture de légumes ; maraîchage » 637 675,52 €. En 2001 il crée une EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée), « Leyritz Beranger » pour la « culture de melons, de racines et de tubercules ». C’est bien connu, les melons ne poussent pas bien dans le Nord et le tribunal de commerce place en 2005, cette entreprise en plan de continuation. En 2008, arrive du Feaga 322 956,34 €.

« La banane de Guadeloupe et de Martinique, rien ne peut la battre » ! Décidément le slogan publicitaire de l’Union des Groupements de Producteurs de banane de Guadeloupe et de Martinique se vérifie. C’est la « culture de fruits tropicaux et subtropicaux » qui permet à Marie-Joseph Marraud Des Grottes d’entrer dans le top des agri-millionaires avec 1 169 527,84 €, pour l’habitation « Macouba Sarl ».
A Saint-Pierre c’est banane au top. L’exploitation « Parnasse » de Serge Ernoult a eu du Feaga, un versement de 1 134 619,15 €. Toujours dans la ville d’art et d’histoire, Jean-Claude Marraud Des Grottes peut compter sur 1 000 328,77 € pour sa « Société Agricole Perinelle ».
Dans la même famille, mais au Lamentin, Nicolas Marraud Des Grottres propriétaire de l’habitation « Socoban », immatriculée en 2004, ne touche qu’un petit 325 859,01 €.

Des millions pour les Békés

Depuis la colère soulevée dans le pays par les propos racistes d’Alain Huygues Despointes, tenus dans le reportage de Canal Plus, « Les derniers maîtres de la Martinique », le petit monde béké n’a eu de cesse de chercher à prouver qu’il n’est pas maître de l’économie. Difficile de trouver un non béké dans la longue liste des agri-millionaires des fonds de la Pac en Martinique. L’AMIV (Association interprofessionnelle de la viande, du bétail et du lait) fait exception avec 3 891 270,23 €.

Les békés ne pourront plus faire croire que les assistés sont d’un seul coté des populations de Martinique ou Guadeloupe. Désormais les bénéficiaires des aides de la Pac s’étalent en même temps que les licenciements dans l’agriculture. « La route de la Banane » est semée de millions même si les exploitations agricoles martiniquaises sont caractérisées par leur superficie réduite. En 2006, la surface moyenne des exploitations est estimée à 7 ha et 74% d’entres elles ont moins de 5 hectares.

Alain Huygues Despointes, héros du reportage « Les derniers maîtres de la Martinique » (Canal Plus), ne connaît pas que les « bons côtés » de l’esclavage qu’il nous servait en « caresse antillaise » ce soir du 6 février 2009. Il sait lui aussi profiter de la Pac qui se déchaîne pour le bien être des békés. Avec « Denel Confitures et Jus de fruits tropicaux », 369 057,96 € lui sont directement versés par le Fonds européen agricole de garantie (Feaga), auquel viennent s’ajouter 257 217,70 €, pour la «fabrication de lait liquide et de produits frais » de la SNYL (Société Nouvelle des yaourts Littée).

Interrogé par « Le Parisien » Pierre Boulanger, chercheur au groupe d’économie mondiale de Sciences-po et qui conduit un programme de recherches sur la politique agricole commune, constate: « Des montants considérables sont versés dans les DOM (départements d’outre-mer). Au regard de l’actualité de ces derniers mois, il est opportun de se demander si ces sommes créent des emplois et sont redistribuées localement ou si elles ne bénéficient qu’à une minorité de riches familles de békés. »
Dans une interview à « France Antilles » (6.02.09) qui devrait faire son entrée dans le Guiness des records de couillonades, le porte parole de la caste béké, Roger De Jaham (quoi qu’une certaine Mme Depaz expliquait récemment à Madiana, au micro du jeune David Dlys de « MartinikLité » qu’il ne la représente pas), explique sans rire qu’ « Aujourd’hui la majorité des békés est pauvre … il y a des békés smicards. Il y a des békés au chômage. » On est rassuré il n’y a pas de békés qui font la manche !

Si Thierry Hayot n’obtient pour son  Exploitation Agricole « Rivière La Manche » à Ducos, que l’obole de 775 760,00 €, ce n’est pas le cas pour d’autres Hayot comme on le verra plus loin.
Millionnaire de la Pac, Jean-Jacques De Jaham remporte pour la « Bellesperance » (517 776,11 €) et pour une meilleure vue sur l’avenir, 865 591,14 € pour l’habitation « Bellevue Sainte Marie ».
En faisant l’addition, Joseph Gouyer peut lui aussi entrer dans le cercle des agri-millionnaires avec 702 748,67 € du Feaga pour « Ban Hackaert » et 720 715,55 € pour son autre exploitation à Basse-Pointe, « Foma Hackaert ».
L’Europe toujours généreuse verse à Alain Vivies 1 million et demi de subventions du Feaga pour ses habitations au François « Ti Fonds » (831 833,70 €) et « Fond Ban Sas » (728 915,89 €).
À Trinité, l’« Exploitation de bananes du Galion » de Jean-Marie Le Guay, en fait un agri-millionaire avec 1 113 362,28 € pour la « culture de fruits tropicaux et subtropicaux ».
Idem pour son voisin et associé dans l’immobilier, Georges Picot Eric, qui avec la « culture de fruits à pépins et à noyaux » des « Bananes du Malgré Tout » a un versement de 1 093 396,29 €.
Au Lorrain l’habitation « Assier » de Marie-Josephe Genin a aussi son million (1 139 362,00 €).

L’Europe aide plus propre

En 1992, l’Europe avait décidé de baisser les prix agricoles et de verser aux agriculteurs des aides compensatoires pour préserver leur compétitivité. Désormais, la PAC n’a plus pour objectif d’encourager la production. Son objectif est de garantir une agriculture européenne compétitive, respectueuse de l’environnement, capable de maintenir la vitalité du monde rural et de répondre aux exigences des consommateurs en matière de bien-être animal, de qualité et de sécurité des denrées alimentaires.
En matière de sécurité, les Antillais sont servis. Le Président de Banamart affirmait en janvier dernier dans le quotidien local « Il faut savoir que l’épandage aérien est la solution de traitement la moins polluante ! ». Ceci pour justifier une demande de dérogation après que les eurodéputés aient adopté une loi interdisant cette pratique pour limiter les risques d’expansion des pesticides dans les zones habitées.
Concernant le chlordécone, on sait que sa molécule, très stable, peut rester présente dans les sols jusqu’à sept siècles et continuer à transiter vers les produits cultivés. Aux dernières nouvelles, nous apprenons que le chlordécone (qui a bénéficié de deux dérogations d’utilisation, après son interdiction en 1990), serait responsable de la baisse du nombre de spermatozoïdes. On ne sait pas tout puisque le récent rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), relève que la contamination potentielle des poissons et des crustacés a été oubliée dans le plan élaboré en 2008 pour limiter l’exposition de la population antillaise.
Ne soyons pas mauvais joueurs, considérons que nous sommes déjà empoisonnés et qu’il faut oublier. Comme il faut oublier l’esclavage et toutes ces atrocités du passé.

Laurent de Laguarrigue de Meillac connu pour avoir racheté le brevet de la molécule du Chlordécone, pour la revendre sous le nom de « Curlone », est aussi un agrimillionnaire de la Pac. Propriétaire de l’Habitation « Duhaumont  au Marigot où pour la  culture de fruits à pépins et à noyau » le paiment du Feaga est de 1 264 976,41 €, il figure dans le classement de Farmsubsidy.org pour son exploitation « Horti Fruits » du Marigot avec 1 211 677 €.

Souhaitons qu’on ne découvre pas bientôt que le chlordécone a des effets sur la vue et l’ouie. « Je ne dis pas ce qu’il ne faut pas dire, je ne vois ce qu’il ne faut pas voir et je n’entends pas ce qu’il ne faut pas entendre » telle serait notre devise, pour le bonheur de tous ! En attendant l’Europe s’occupe du bonheur des gros planteurs pendant qu’en Martinique on constate qu’entre 2000 et 2007, la Surface Agricole Utilisée (SAU) est passée de 32 041 ha à 25 354 ha, soit une diminution de l’ordre de 20%. La Martinique perd 1000 hectares de terres agricoles par an. (Source chambre d’agriculture).
Loi de défiscalisation aidant, l’immobilier a trouvé toute sa place. Et rare sont les planteurs qui n’ont pas, parmi leurs nombreuses entreprises, une Société Civile Immobilière (SCI). Rappelons pour mémoire que la loi Girardin permet de payer moins d’impôts en achetant un bien immobilier dans les DOM TOM, pour le louer. Les économies d’impôts servant à financer le bien, l’acheteur peut ainsi se constituer un patrimoine immobilier très facilement.

Grandes fortunes et subventions

Classée au 119e rang des plus grandes fortunes de France par le magazine « Challenges », la famille Hayot a vu la sienne passer de 300 millions d’euros en 2007 à 350 millions d’euros en 2008. Le groupe de Bernard Hayot remporte plus de 3 millions d’euros de fonds de la Pac. Pour la « culture de fruits à pépins et à noyaux  de l’ Habitation Pécoul » 1 671 167,38 € et pour « Bamaryl » au Francois, où pousse la précieuse banane, 1 440 266,34 €.
Un des associés de Bernard Hayot au sein du « GIE Rhum Agrimat », le neveu José, a de quoi être ivre de joie. L‘« Habitation Saint Etienne (HSE)» « production de boissons alcooliques distillées», ne lui rapporte que 807 407,56 €, mais la « Distillerie du Simon » , où il est directeur général et associé de son père Yves, reçoit 807 407,56 € du Feaga.

Autre grand groupe à profiter des largesses de la Pac, celui de Jean-Pierre Cayard, classé 136e des plus grandes fortunes de France par le magazine « Challenges », numéro deux français des spiritueux. Pour les « Rhums Martiniquais Saint James » il gagne 1 129 445,81 € du Feaga et deux fois plus pour les « Sucreries et Rhumeries de Marie- Galante » (2 126 827,96 €). Le patron de la « Société des vins et spiritueux La Martiniquaise », est actionnaire de l’Usine sucrière du Gallion, par le biais de la Cofepp (Compagnie Financière Européenne de Prise de Participation).
Si la distillerie de Rivière-Salée « Bellonie et Bourdillons Successeurs » (BBS) du groupe de Xavier Thieblin se contente de 989 437,62 €, il remporte le gros lot à la Réunion pour la « Sucrière de la Réunion » avec 25 millions d’euros qui le classe sur la liste des agri-millionnaires de l’ONG Farmsubsidy.org. Il faut ajouter 58 146,52 € obtenues pour les « Distilleries Agricoles de Sainte-Luce ».

Presque gros mordants et petits mordants

Quelques efforts restent à faire pour la «SCEA Mont Eole» de Thierry Plissonneau Duquesnes, avec ses 600 310,41 €(Feaga et Feager) ou l’exploitation agricole «Preville» de Daniel du même nom avec 689 071,31. Idem pour La «Vallée du Lorrain» de Robert Marcellin qui a eu du Feaga 817 377,90 € pour la culture de fruits à pépins et à noyaux au Marigot. Entre les aides du Feader et du Feaga, l’habitation «Belfort» de Mesdames Govindoorazoo, au Lamentin, remporte 862 712,14€. À Trinité, sainte Europe arrive, guidée par une «Belle Etoile», habitation d’Hugues De Reynal de Saint Michel, à qui revient la modeste somme de 372 381,75 €.

L’Europe n’est pas généreuse pour tout le monde. Exemple, une agricultrice du Lamentin qui a reçu 130 euros, À peine de quoi rembourser ses frais de dossier !

EN GUADELOUPE

En Guadeloupe, les gros bénéficiaires des aides européennes sont moins nombreux qu’en Martinique. Gardel arrive en tête du Palmarès des agri-millionnaires des DFA avec ses 10 millions d’euros. Suivent de nombreux gagnants avec des montants qui ne révèlent pas vraiment la réalité. Exemple à Capesterre Belle Eau où «Bois Debout» entre dans le classement avec plus de 4 millions d’euros (4 225 628,23 €). Mais l’administrateur Marc De Lacaze peut se réjouir de la générosité de l’Europe qui rapporte à ses exploitations plus de 6 millions d’euros (6 815 283,18 €). On peut s’étonner qu’une autre de ses exploitations, «Dumanoir» dont il est le gérant, obtienne du Feaga 1 003 577,27 € pour la période du 16 octobre 2007 au 15 octobre 2008. Par jugement du Tribunal de commerce du 23-08-2007, «Dumanoir» a été placée en liquidation judiciaire. La «Bananeraie Saint Julien» de Capesterre Belle-Eau avec ses 1 586 077,68 €, ne devrait pas connaître le même sort que «Choisy Monbello», ou la «Bananeraie Chabert», deux autres plantations de Marc De Lacaze, mises en liquidation judiciaire en juin et août 2007.
Avec 3 340 289,74 € du Feaga, le PDG des Grands Moulins des Antilles (GMA), Charles Fribourg, peut regarder avec optimisme l’avenir de la meunerie de Baie Mahault.
À quelques bras de mer, la SA des Sucreries et Rhumeries de Marie-Galante reçoit du Feaga 2 126 827,96 €.
La «Société de distribution Philippe Mallenec» de Petit Bourg au titre des paiements directs aux agriculteurs du Feaga obtient, elle, 1 023 593,02 €.

En Martinique comme en Guadeloupe, les largesses de la Politique Agricole Commune n’empêchent ni le rétrécissement des terres agricoles, ni les licenciements qui, depuis le cyclone Dean, se multiplient. Les subventions tombent en même temps que les bras des salariés qui, sous les abris d’attente des transports en commun, espèrent ne pas passer des journées dans les files du désespoir, au Pôle Emploi.

Source caribcreole1
http://www.caribcreole1.com/news/martinique/1,1458,03-07-2009-agriculture-a-qui-profite-l-argent-de-l-europe-.html