Rédige un rapport…. pour un tour du monde t’as plus rien!
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Jean-Sébastien LUBINLa Boudeuse n’est pas le nouveau surnom de la Secrétaire d’Etat aux sports mais le nom du barquentin qui a quitté Fécamp en octobre dernier pour une opération de communication visant la « sensibilisation du grand public aux problèmes environnementaux ». Le trois-mâts est ainsi missionné par le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie et du Développement durable et de la Mer. Le Grenelle de la Mer prévoit une circumnavigation jusqu’à janvier 2012. Comprendre: pour se rappeler qu’il faut préserver Dame nature et que la pollution, c’est pas bien, le contribuable doit payer un Tour du Monde en 487 jours à l’équipage de la Boudeuse.
Vraiment? Non, pas vraiment. Car il y a loin de la coupe aux lèvres. Ainsi le 1er juin, le commandant du voilier Patrice Franceschi s’est vu contraint de dérouter son navire pour … Fort-de-France. Le commandant doit vendre le voilier pour couvrir un endettement de 400.000 €! La mission Terre-Océan est avortée « au vu de l’épuisement définitif de tout financement public ou privé pour la poursuite de la mission ». Oh non, c’est trop bête! Plus de sous! Et M.Borloo d’y aller de son communiqué de presse: « Je regrette sincèrement l’arrêt de cette mission scientifique et d’exploration pour laquelle je me suis personnellement engagé », rajoutant que le ministère a tenu tous ses engagements et qu’ « aucune demande de 500.000€ n’a été demandée aux services de l’Etat ».
Vraiment? Non, pas vraiment. Patrice Franceschi, marin baffoué dans son honneur et dans ses livres comptables tient tête aux flibustiers du Grenelle de la Mer: avant octobre 2009 et sur instruction du cabinet du ministre, une demande de 300.000€ a été faite à l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME), demande restée sans suite. En janvier 2010, le cabinet porte la dotation à 500.000€ et donne instruction à l’ADEME. A nouveau sans effet. Le bateau est donc actuellement en vente chez A&C Yacht Brokers et le capitaine d’en appeler au public en rappelant que son trois-mâts fait partie du patrimoine national et est un des seuls trois-mâts français a encore naviguer sur tous les océans « pour perpétuer l’esprit des grandes expéditions du Siècle des Lumières ».
Vraiment? Non, pas vraiment. La Boudeuse a été construite en 1917 sous le nom de Mari et a servi au transport du hareng à Vlaardingen (ça ne s’invente pas) avant d’être vendu en Suède en 1946. Ce n’est qu’en 2004 qu’une association française le rachète. Si l’on prend en compte les différentes modifications (changements des voilure et moteur, suppression du gréement), il est difficile de voir en quoi la Boudeuse fait plus partie du patrimoine national que nos yoles rondes. Quant à mouiller en Martinique pour parler des grandes expéditions du Siècle des Lumières, à deux semaines près, ça aurait fait mauvais genre… Heureusement nous sommes en juin et cela est seulement ridicule.
Ohé du fiasco! A bâbord un ministre qui commande un tour du monde sans s’assurer du financement de ladite mission. M.Borloo s’est borné à mobiliser la Marine Nationale ( pour l’assistance médicale) et à lui apporter un appui auprès des mécènes (EDF, RATP, etc.). Renseignements pris, les mécénats n’auraient pu être suffisants, le coût total de la mission s’élevant à 2.5 millions d’€.
A tribord, un capitaine pas très malin qui engage navire et équipage sur le seul « engagement moral à arriver à boucler le budget ». La parole (de pirate?) est maintenant contestée et la Boudeuse a quitté la haute-Normandie sans visibilité comptable et les caisses presque à vide. Difficile de ne pas y voir une part de responsabilité. D’autant plus que ce n’est pas avec des arguments pompeux et plus que discutables qu’il vendra son bateau à poissons.
On retiendra de cette histoire trois choses importantes:
- La parole d’un ministre valant moins que zéro, le droit français a inventé les contrats.
- Pour faire partie d’un patrimoine national, c’est plus simple que le bateau soit construit en France et puis tant qu’à faire qu’il ait une importance historique.
- Comme dit Maître Eolas, « Ecrivez moi un rapport vous aurez 9500€ avec voiture, chauffeur et secrétaire, faîtes le tour du monde et vous n’aurez rien ».


