Une collectivité qui s’endette, c’est une collectivité qui investit pour sa population

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par Karl Paolo

Depuis que la campagne électorale pour les régionales a commencé, le principal argument de campagne des élus et candidats du MIM – CNCP – PALIMA est de dire que le Conseil régional n’a pas un centime d’emprunt auprès des banques, qu’il n’a aucune dette ! Ils s’en vantent et s’en félicitent comme si ils avaient découvert la pierre philosophale ou la formule permettant de transformer le plomb en or !

Voila donc des partis politiques qui se proclament « anticolonialistes, anti-impérialistes ,… que sais-je encore, mais qui n’hésitent pas à reprendre à leur compte, sans la moindre réflexion, sans la moindre critique, les positions les plus réactionnaires que les ultra libéraux, partisan du capitalisme pur et dur, ceux des fameux critères de Maastricht et ceux du Fonds Monétaire International n’osent même plus soutenir !!!

Avec de tels arguments aux cotés desquels les ultralibéraux passent pour d’aimables plaisantins, comment classer ces mouvements politiques à gauche alors qu’ils considèrent tout à fait normal de sacrifier le sort d’une population et le développement de son pays à un pseudo dogme de gestion dont ils sont les seuls inventeurs et les seuls promoteurs ?

En effet, quel pays au monde n’est pas endetté ? Du Malawi à la Suisse en passant par le Canada et la Tunisie, presque tous les pays, riches ou pauvres, sont endettés, y compris la France, 31ème au palmarès avec une dette de plus de 1000 milliards d’euros, soit 68,8% des ressources produites chaque année par le pays.

Et bien, ami lecteur sachez que les dirigeants de ces pays sont, pour le MIM – CNCP – PALIMA, d’incorrigibles mauvais gestionnaires ! AUCUN n’a ni lu, ni entendu, ni compris Monsieur Alfred Marie-Jeanne, seul président d’une collectivité territoriale à ne pas avoir le moindre centime de dettes ! M. OBAMA est donc un imbécile aux yeux de M. Marie-Jeanne, lui qui a accru l’endettement des Etats Unis. MM. POUTINE, LULA, CHAVEZ, bref, tous les chefs d’Etat devraient se rendre, non pas au Forum de Davos ou à Doha mais à l’immeuble de Plateau Roy pour venir écouter le nouveau pic de la Mirandole des finances publiques qui dirige notre collectivité régionale depuis 12 ans ! Et nous l’ignorions !!!!

D’abord, l’endettement, même massif de tous ces pays n’est pas si dramatique. En effet, contrairement à un individu, la collectivité a une durée de vie infinie. Ensuite, l’endettement étant la condition sine qua non de l’investissement, on ne peut parler d’endettement sans évoquer en même temps des richesses produites, crées grâce à cet endettement. Enfin, l’endettement est une nécessité vitale et Nicolas Sarkozy lui-même, élu à la présidence de la République en promettant de réduire l’endettement de la France n’a pu que l’accroitre ! Il aurait sans doute du demander des conseils à notre futur prix Nobel d’économie.

Cela prêterait à rire s’il ne s’agissait pas de choses sérieuses aux conséquences extrêmement graves pour des milliers de martiniquais ! Réfléchissons deux secondes, amis lecteurs !

Si l’Etat français et son gouvernement décidait d’appliquer le principe qu’affirme de manière totalement absurde le président du Conseil régional, à savoir « zéro dette », on fermerait immédiatement écoles, collèges, lycées, universités, hôpitaux, services publics, on arrêterait de payer les salaires des agents publics, les retraites et les pensions, les conseils généraux et les conseils généraux n’auraient plus les concours de l’Etat, bref, c’est toute l’économie qui serait par terre ! Que dirions-nous d’une telle situation ? Que diraient les syndicats enseignants si les postes venaient à être supprimés par milliers, les salaires réduits de 30% au motif de réduire l’endettement de la France, si les prestations sociales étaient divisées par 2 afin de réduire le déficit de la Sécurité Sociale ? Un rêve croyez-vous ? C’est exactement la politique prônée sans doute sans le savoir par M. Marie-Jeanne !!!!

Si le théorème Marie-Jeanne, c’est-à-dire celui de « l’endettement zéro » était mis en œuvre par les banques et les organismes financiers et que le robinet du crédit était brutalement coupé en Martinique, l’entreprise pourrait-elle vivre, l’artisan pourrait-il poursuivre son activité, le salarié pourrait-il être payé en fin de mois, le client pourrait-il acheter ? Bien sur que non !

Quel martiniquais pourrait payer au comptant, « cash », sa maison, sa voiture, son téléviseur, ses meubles et sa gazinière ? MM. Marie-Jeanne, Marie-Sainte, Duville, Michalon et consorts, tous propriétaires de leur maison, ne se sont-ils pas endettés pour l’acquérir ?

Ainsi donc, ce qui serait bon pour l’individu Marie-Jeanne, Marie-Sainte, Duville, Michalon serait mauvais pour la collectivité régionale de Martinique dont les investissements servent pourtant l’intérêt général ! Il serait normal que tel élu du MIM connu pour son gout des BMW s’endette pour acquérir un des derniers modèles mais il serait criminel que le Conseil régional s’endette pour financer la remise en état du réseau d’eau potable et d’assainissement et l’augmentation du nombre de réservoirs ? A qui va-t-on faire avaler une pareille baliverne ?

Il faut donc faire preuve d’une totale irresponsabilité quand on se félicite d’un endettement zéro de la région Martinique alors que tant de problèmes se posent aux pays, à ses entreprises et à ses habitants.

Une collectivité qui s’endette, c’est d’abord une collectivité qui investit pour améliorer le cadre et les conditions de vie de sa population et pour permettre, faciliter et impulser le développement de son territoire! En effet, sauf à couvrir des dépenses inutiles ou éphémères, les emprunts ne peuvent financer que les dépenses d’investissements dont le pays et la population ont le plus grand besoin. Ne pas le faire alors qu’on en a les moyens revient à priver la population des services (logements, transport, infrastructures) auxquels elle a droit et à restreindre le niveau d’activité des entreprises et donc celui de l’emploi alors que tout devrait être fait pour le développer.

Une collectivité qui s’endette, c’est aussi une collectivité qui a les moyens de s’endetter c’est-à-dire qui à la capacité de rembourser ses emprunts ! Et dans ce domaine, il n’y a pas de triche possible car les comptes sont publics et subissent un triple contrôle : un contrôle de légalité réalisé par le préfet, un contrôle sur la régularité des dépenses engagées effectué par le comptable public (fonctionnaire du Trésor) et enfin un contrôle de la Chambre régionale des Comptes. De ce point de vue, les 28 millions d’euros d’excédent dégagés par la Région Martinique à la clôture de l’exercice 2008 correspondent à une capacité d’emprunt de quelques 300 millions d’euros.

Si la prudence recommande de conserver des marges de manœuvre, ne pas utiliser le tiers de cette capacité d’emprunt pour obtenir des banques 100 millions d’euros en bénéficiant de la baisse des taux d’intérêt afin de permettre au pays de passer un cap difficile en relançant la commande publique dans des secteurs où cette action pourrait avoir un effet multiplicateur, tant en terme de financement privé qu’en terme d’activité et d’emploi, est totalement incompréhensible et démontre une manque total de vision prospective et une absence d’imagination. Quand on considère que le rendement de la fiscalité est directement lié au développement de l’activité et de création de richesse, on ne peut que conclure que le Conseil régional marche sur la tête en refusant d’être ce qu’il doit être : le pilote du développement économique, social et culturel du pays.

Une collectivité qui s’endette, c’est enfin une question de confiance, confiance des préteurs dans la solidité des projets des élus mais aussi et surtout confiance des élus dans l’avenir du pays qu’ils ont à gérer, confiance des élus dans la capacité d’entreprendre et de créer de ses habitants.

Mais c’est sans doute là que le bas blesse ! Le seul projet du président sortant du Conseil régional était et est toujours d’imposer l’article 74. Il n’y en a pas d’autre puisque lui-même considère, il l’a assez répété lors de la consultation du 10 janvier, qu’on ne peut rien faire dans le cadre actuel de l’article 73, « usé jusqu’à la corde ».

Le peuple martiniquais a répondu massivement « NON » à la volonté qu’il affichait de faire passer en force l’article 74. Qu’il le veuille ou non, en tant que principal chef des 74zistes, M. Marie-Jeanne a reçu une « claque » de la part de 80% des électeurs martiniquais. Il s’agit le 14 mars prochain de traduire dans les faits la volonté exprimée les 10 et 24 janvier en votant massivement pour la liste « Pour une Martinique nouvelle » afin de garantir ce que leur vote a affirmé : « NON au 74 » et « OUI » à la collectivité unique, élue sur la base d’un scrutin mixte respectant la représentation des territoires. Car les martiniquais doivent y prendre garde : pour revenir sur l’article 74, M. Marie-Jeanne et son équipe n’ont d’autre choix que de poursuivre la politique du pire c’est-à-dire, NE RIEN FAIRE pour mettre notre pays en mouvement !!! Et c’est bien pourquoi ils n’ont aucun projet !

Karl PAOLO

3 mars 2010

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