Séisme d’Haïti du 12 janvier 2010 Communiqué de presse du Conseil Régional de Martinique Notes Numéro 9, du 25 janvier 2010

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Séisme d’Haïti du 12 janvier 2010

Communiqué de presse du Conseil Régional de Martinique

Notes Numéro 9, du 25 janvier 2010

Rappel : Face à l’ampleur de la catastrophe qui touche la République d’Haïti, le Président du Conseil Régional de Martinique a activé une cellule de crise, le 13 janvier 2010, afin de lui permettre de cadrer l’aide que la collectivité régionale souhaite apporter, au titre de sa solidarité et de la coopération caraïbéenne, au peuple haïtien. Cette cellule se réunit selon un calendrier mentionné dans ses communiqués, jusqu’à ce que des propositions concrètes soient proposées aux instances délibérantes de la Région. Une veille est assurée les autres jours. La cellule de crise qui représente les ressources propres de la Région accueille des partenaires et consultants extérieurs ayant une capacité d’action.

On se réfèrera aux bulletins antérieurs pour le cadre de fonctionnement de la cellule et les objectifs de la Région qui privilégie l’aide sous forme d’investissements pour le recouvrement favorisant les apprentissages et l’activité professionnelle en Haïti.

En raison de l’importance des données à traiter, les communiqués peuvent être émis le lendemain de la réunion de la cellule.

Les questions discutées ce 25 janvier sont les suivantes :

Informations diverses sur la situation en Haïti

Ce lundi, plusieurs professionnels de retour d’Haïti ont témoigné de leurs impressions sur la situation à Port-au-Prince et à Léogâne. En outre, quelques informations reçues par e-mail ont été transmises

- M. Emmanuel Florent, Médecin CICOMSCA (Centre International pour la Coopération Médicale et Sanitaire dans la Caraïbe et les Amériques).Témoignage.

L’échelle de la catastrophe est au-delà des capacités et usages en matière d’aide. L’urgence sanitaire est au-delà de bien des crises passées. De nombreux blessés restent sans soins, en raison du manque de chirurgiens, d’orthopédistes, d’anesthésistes et de soignants.

La phase de crise sanitaire peut durer 6 mois. Une fois passée la première urgence médicale (un mois environ), des complications respiratoires (poussière), des faiblesses fœtales. (Observation de M. Giboyau : la présence d’amiante dans les décombres doit faire redouter des effets à retardement).

Besoins urgents en médicaments : antalgiques (notamment pédiatriques), antibiotiques, anti-inflammatoires et Anti-diarrhéiques (les cas d’enfants touchés par des diarrhées croissent rapidement).

Pour les accouchements, la remise en route des structures encore debout se fait progressivement, malgré le grand nombre de décès parmi les médecins et autres personnels soignants.

Malgré une mobilisation internationale très forte, les besoins sont tels que les effectifs pourraient être multipliés par 3 ou plus. Chaque organisation intervient dans la limite de ses possibilités, très localement, avec ses capacités logistiques, mais on ne peut parler de maîtrise de la situation.

Les maisons non effondrées sont affectées par les répliques. La psychose des répliques laisse dehors ceux dont le domicile n’est pas endommagé. Heureusement il ne pleut pas. La mise à disposition de tentes est une priorité pour les femmes et les enfants, d’autant plus que chaque coup de vent soulève énormément de poussière de décombres. Des problèmes respiratoires, à plus ou moins long terme, doivent être envisagés.

Pour l’envoi sur place de volontaires martiniquais, des problèmes de logistique sont soulevés par la sécurité civile : problématique de l’autonomie et de la sécurité sur place des personnes et de leur matériel d’intervention. Tous les intervenants doivent impérativement avoir leur propre logistique.

- M. Roland Rosillette, ONG PLAC 21 et France-Quebec 21. Témoignage

La situation est inimaginable, les images sont celles de villes bombardées, notamment à Léogâne où presque toutes les écoles sont à terre. Les rassemblements, entre autres sur les stades, soulèvent des problèmes d’hygiène à l’échelle de la catastrophe, d’où un besoin urgent d’organiser des camps avec latrines.

De nombreuses victimes, parmi lesquelles l’élite intellectuelle dont le pays a besoin, sont retrouvées dans l’Université de Port-au-Prince en ruine. Des universités françaises se proposent d’accueillir des étudiants.

Les besoins sont criants dans tous les domaines, inclus la logistique de distribution sur le terrain.

- Mme Yaïssa Arnaud-Bolivar, professeur de sciences économiques en Haïti. Rapatriée. Témoignage

Chacun se demande comment le pays va redémarrer une fois l’urgence passée. Quelle vie réinventer ? Un sentiment de « vide absolu » plane en l’absence totale de perspective dans le chaos. Il faut non seulement reconstruire matériellement le pays, mais aussi les structures sociétales et économiques.

A la fin des secousses, tous ceux qui le pouvaient sont sortis des bâtiments. On observait des évanouissements, des personnes hébétées couchées au milieu de la rue, des personnes hurlant.

A la carrière de La Boule, exploitée sans précautions (fait dénoncé depuis des années), un éboulement a enfoui les travailleurs.

Il faut aussi penser aux nombreux « petits » sinistrés isolés dans les campagnes, qui ont seulement perdu leurs biens, et qui ne seront pas prioritaires sur les circuits de l’aide internationale.

- M. Daniel Vigée, Médecin-Pompier de retour d’intervention (en liaison téléphonique). Témoignage

La catastrophe est survenue dans un contexte déjà difficile. Face aux risques d’émeutes, il y a des difficultés à organiser la distribution des rations alimentaires qui sont arrivées sur place.

L’état des centres de santé primaire et des dispensaires est en cours d’évaluation. Il faut développer les formations dans ce domaine et financer les salaires, il faut faciliter l’achat des matériels.

La formation des ingénieurs et des architectes est une priorité absolue. Même les bâtiments neufs financés par des organisations internationales sont tombés en raison à la fois de l’absence de règles de construction parasismique et d’un manque de contrôle des chantiers. Paradoxalement (pour le grand public), les petites cases ont mieux tenu que les bâtiments officiels. Cela est notamment lié au fait que les masses de béton impliquées sont beaucoup plus faibles. La reconstruction des quartiers insalubres doit être l’occasion d’apporter un meilleur environnement aux populations.

La Chargée de mission Risque sismique de la Région a rappelé que des projets de coopération étaient déjà en cours d’instruction au moment du séisme. Il s’agit de formations en construction parasismique mobilisant des experts martiniquais (Cf. projet CASASTABLE du Natural Risk Reduction Strategy du Conseil Régional).

- Docteur Félix Thomas, Président Union Départementale des Sapeurs Pompiers (UDSP) Martinique, médecin chef CASH

Haïtien d’origine, en Martinique depuis 1977, le docteur Thomas a été en charge de la logistique (aller et retour) des volontaires du SDIS en sauvetage-déblaiement qui sont intervenus en Haïti.

Le SDIS envoie depuis des années des détachements sur les urgences caraïbéennes, et cette fois-ci, selon les retours d’information, ce qu’on voit à la télé n’est qu’une infime partie de la réalité.

L’Union Départementale des Sapeurs Pompiers de Martinique, qui mène des actions de coopération, avait formé 11 formateurs haïtiens qui avaient commencé à leur tour à former des secouristes en Haïti. L’UDSP met l’accent sur la nécessité de créer un réseau d’unités de secours (casernes) bien réparti sur le pays. Le peu de moyens qui existaient avant la catastrophe était concentré dans Port-au-Prince. Il faut faire un inventaire des moyens et des besoins et mener une réflexion stratégique. Aider les secours haïtiens à acquérir une méthode et des moyens d’intervention permet d’améliorer leur capacité de réponse immédiate, de réduire la dépendance et, si nécessaire, de faire bénéficier la Caraïbe de la réciprocité en cas de crise.

- Lecture d’un message électronique de Jean-Claude Fignolé, Maire des Abricots reçu par la chargée de mission Risque sismique

Ce « paisible village » de la Grand-Anse (Haïti), comme bien d’autres en province, est confronté à l’arrivée massive de sinistrés dépourvus de tout, de blessés infectés, d’enfants à scolariser, de bébés à allaiter et à soigner, et également à un début de délinquance. Cette petite commune n’a aucun moyen matériel et dépend de l’aide extérieure, qui actuellement est concentrée sur la capitale.

L’Etat haïtien et les organisations incitent les familles à rejoindre leurs régions d’origine ; régions qu’ils avaient auparavant quittées en raison de la grande pauvreté et l’absence d’emploi. Les provinces ne sont pas en mesure de faire face et l’aide matérielle et sanitaire doit être envisagée à l’échelle du pays entier. Des enquêtes sur les besoins des provinces, devant être suivies d’effets concrets, sont urgentes. Il faut ajouter que les commerçants d’une région agricole comme la Grand-Anse qui étaient approvisionnés depuis Port-au-Prince ne reçoivent plus de marchandises.

Suivi de la mobilisation des associations et des sociétés de Martinique

- Association des Soignants Préparés aux Risques Majeurs (ASPRIM)

Malgré les besoins encore importants, la Préfecture continue à faire savoir qu’elle préfère mobiliser l’ASPRIM en Martinique (sans doute par difficultés à garantir les conditions de leur sécurité et de leur logistique). Cependant les médecins en Haïti avec lesquels l’ASPRIM avait déjà travaillé l’an dernier appellent à l’aide. L’ASPRIM a reçu de du Président des établissements de santé privés d’Haïti une demande pressante accompagnée d’une proposition d’hébergement des volontaires de l’ASPRIM chez l’habitant. Il est rappelé qu’en raison de l’effondrement d’hôpitaux et cliniques, Haïti est confronté à une perte importante de personnel médical.

Les membres de cette association rappellent qu’ils sont formés aux interventions d’urgence et regrettent qu’il ne soit envisagé de les mobiliser que pour la seconde phase de soins.

La DSDS demande à l’ASPRIM la mise à disposition de 2 soignants pour accompagner des médecins à l’hôpital de Pétion-ville. Les soignants martiniquais ont l’avantage de la langue créole, avantage très sollicité par les organisations en place (Nations-Unies et international).

Ces partants achemineront les cartons de masques offerts par le CHU. En outre, ils emmèneront le résultat d’une collecte auprès des infirmières martiniquaises.

ASPRIM, en collaboration avec la Région (validation par la CP du 26 janvier) propose de mettre en place un nouveau stage de formation en médecine d’urgence et de catastrophe, particulièrement orienté sur les pathologies et complications post-séisme. Il s’adresse aux nouveaux adhérents, notamment aux volontaires de l’ADHM. Il se déroulera début février.

- Association Des Haïtiens en Martinique (ADHM)

L’ADHM a des contacts quotidiens avec Haïti. Ce week-end, des Associations d’Haïtiens de Martinique, Guadeloupe et Saint-Martin se sont réunies en Guadeloupe. Leur position est que la reconstruction d’Haïti doit passer par les haïtiens et créer des emplois sur place. La suspension des taxes douanières a été décidée par l’Etat haïtien pour favoriser l’entrée de l’aide. Il a été décidé de tisser des liens entre ces associations d’haïtiens expatriés. Un forum se tiendra le 15 mai.

Selon L’ ADHM, il semblerait que 80% du PIB haïtien provient de la diaspora. La régularisation de la situation de ceux qui résident en France, à l’image de ce qui se passe aux Etats-Unis, va favoriser cet afflux monétaire qui contribuera à la reconstruction en Haïti.

L’approche globale de l’action de l’ADHM se dessine. Elle s’articulerait autour de 5 axes. Les 2 premiers à court terme et les 3 autres dans la durée.

- Méthodologie de l’accompagnement de l’accueil des expatriés sanitaires et leurs accompagnants, en attendant un retour possible. (Projet qui sera déposé au Conseil général en charge du social)

- Formation des volontaires. (Jeudi réunion de travail entre ADHM et CRM pour organiser la formation des maçons. Formation des soignants avec ASPRIM en préparation).

- Education

- Agriculture

- Développement

L’association doit se structurer pour faire face à ses nouveaux objectifs et lance un appel à personnes ressources pour accompagner les projets. Elle souhaite fédérer des associations partenaires.

- ADRASSEC (Radioamateurs de Martinique)

L’ADRASSEC met en place une action caraïbéennes pour le développement des radio transmissions.

- Brigitte DOPPIA consultante (EDEA)

EDEA travaille sur le terrain à des projets de coopération dans le domaine agricole (Cayes, Nippes, Léogâne Grand-Goâve…). Les objectifs sont le développement de l’agriculture, de la pêche et de l’aquaculture

Les projets d’EDEA prennent une nouvelle ampleur en raison des migrations actuelles vers les milieux ruraux. Le Ministère de l’agriculture haïtien propose un redéploiement de ces projets s’adressant aux jeunes et favorisant leur insertion au travers des activités agricoles et agro-alimentaires. Des formations pourraient être assurées par des formateurs martiniquais, et des formateurs haïtiens désormais sans emploi car eux-mêmes réfugiés dans les campagnes.

- M. Ange-Eric RANGON, entrepreneur TP

Les entrepreneurs martiniquais souhaitent se mobiliser. Ils sont à la recherche d’informations pour cadrer une offre. A court terme démolition, déblaiement. Leur message est d’éviter un « Katrina bis » par manque de réactivité.

- M. Franck ROBERT, coordonateur projets CE en Haïti (informations diverses suite à des échanges avec ses interlocuteurs en Haïti)

Les ONG qui étaient en Haïti avant la catastrophe ont perdu des moyens logistiques. Les financements arrivent mais les transports pour les acheminer sont insuffisants. En ce moment, les organisations sur le terrain forment des volontaires haïtiens à administrer les soins légers aux blessés.

Bâtiment : l’absence de contrôles techniques reste une menace. Il est impératif de suivre les chantiers financés avec une aide à la reconstruction.

Le contexte de ces dernières années avait permis l’émergence de projets de coopération. La perte des données dans les décombres risque des les retarder alors qu’il faudrait les activer. Il faut favoriser et fédérer les petites actions. Utiliser les contacts existants. En raison de leur proximité culturelle les entreprises en Martinique et en Guadeloupe ont la capacité de faire des offres pertinentes.

- M. Maurice Juston pour Métal Système

Sa société étudie des procédés constructifs appropriés au contexte caraïbéen (climat, séismes, cyclones) à coût réduit. Projet en cours de définition.

Autres informations émanant de la Région Martinique

La région rappelle que les actions proposées doivent créer de l’activité en Haïti.

La Direction des relations internationales et de la coopération finalise le dossier de positionnement de la Région à proposer à la CP du 26 janvier.

La chef de service informe que :

- la Préfecture par le biais du Services des Etrangers a mis en place un dispositif pour faciliter l’accueil et le suivi des haïtiens en Martinique et des Haïtiens rapatriés. Il est prévu des autorisations provisoires de séjour ainsi que des regroupements familiaux, et un suivi médical des rapatriés.

- La piste du Cap Haïtien est en cours d’agrandissement

- une réunion pour finaliser la mise en place d’une collecte de matériel de santé

- le Service social régional reçoit de nombreuses propositions de parrainages (accueil d’enfants pour finir l’année scolaire

- Sir Hillary, Vice Chancellor et principal de UWI Cave Hill a envoyé un message appuyant sur la responsabilité de la France (Haïti ayant du payer à la France une « dette d’Indépendance » jusqu’en 1922) et des Etats Unis d’Amérique dans l’appauvrissement d’Haïti et appelle à une Reconstruction équitable d’Haïti.

Les élus présents concluent en faisant ressortir les principes suivants

-: Etre pratique et développer des actions concrètes.

- Favoriser l’émergence des bureaux de contrôle technique en Haïti.

- Retisser les liens entre Martinique et Haïti.


Prochain communiqué : Mercredi 27 janvier.

Contact presse : Direction des Relations Internationales et de la Coopération

service.cooperation@region-martinique.mq / 0596 59 64 69

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