MARIE-LUCE PENCHARD PARLE DE VIH
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : David Auerbach ChiffrinCommuniqué de presse n°TR10SAN01
Paris, mercredi 27 janvier 2010
Le 1er décembre dernier, XXIIème Journée mondiale de lutte contre le sida ? Non. Les 10 et 11 décembre alors, à l’occasion de son déplacement en Guyane, département français le plus frappé par le VIH et le sida ? Non plus. Marie-Luce PENCHARD, ministre chargée de l’outre-mer, auprès du ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales, a choisi le 27 janvier pour présenter ses vœux et aborder enfin la question en évoquant le rôle «crucial» joué par les femmes en matière de «prévention contre le VIH».
TJENBÉ RÈD salue cette déclaration sobre et dépouillée qui rompt un silence de sept mois, observé par la ministre depuis son entrée au gouvernement le 23 juin. L’association de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida comprenait de moins en moins ce silence, alors que des associations plus nombreuses chaque mois ne cessaient d’appeler avec nous son attention sur la gravité de l’épidémie de VIH et de sida parmi les populations ultramarines :
Entre 2005 et 2008, le taux de découvertes de séropositivité au VIH a augmenté de 40% dans les départements d’outre-mer (Guyane, Guadeloupe, Martinique, La Réunion), Saint-Barthélemy et Saint-Martin compris, alors qu’il augmentait de 16% dans l’Hexagone – où les départements les plus touchés sont ceux où les originaires des outre-mers sont les plus nombreux.
TJENBÉ RÈD espère maintenant un soutien fort, clair et net du ministère chargé de l’outre-mer à l’Appel pour une conférence sur le sida parmi les populations ultramarines en France, lancé le 30 novembre 2009 par 26 organisations et personnalités qualifiées.
Cet appel entend s’inscrire dans la mise en œuvre des mesures annoncées en matière de VIH/sida au terme du CIOM (conseil interministériel de l’outre-mer), le 6 novembre, par le président de la République Nicolas SARKOZY.
Pour TJENBÉ RÈD,
David AUERBACH CHIFFRIN,
président
contact@tjenbered.fr
5 Commentaires
Tjenbé Rèd | Association de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida on janvier 28th, 2010
Cher Thierry,
Permettez-nous d’apporter quelques réponses aux questions légitimes que vous soulevez :
I. Concernant l’augmentation des taux de découvertes de séropositivité ;
II. Concernant la fiabilité des statistiques ;
III. Concernant les ultramarins de l’Hexagone ;
IV. Concernant l’exception martiniquaise.
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I. Concernant l’augmentation des taux de découvertes de séropositivité
Vous pointez à raison un manque de précision de notre communiqué de presse du 27 janvier 2010 puisque nous y comparons l’évolution, entre 2005 et 2008, des taux de découvertes de séropositivité au VIH dans les départements d’outre-mer et dans l’Hexagone, sans indiquer ces taux eux-mêmes.
En 2005, ces taux étaient de 89 en Guyane, 20 en Guadeloupe, 4 à la Réunion et 6 dans l’Hexagone (pour 100.000 habitantEs). En 2008, ces taux sont passés à 127 pour la Guyane (+43%), 28 pour l’ensemble désormais formé par la Guadeloupe, Saint-Barthélemy et Saint-Martin (+41%), 8 pour la Réunion (+114%) et 7 pour l’Hexagone (+16%). Les quatre départements d’outre-mer pris ensemble avec Saint-Barthélemy et Saint-Martin connaissaient en 2005 un taux moyen pondéré de 20 pour 100.000 ; en 2008, de 28 (+40%). La Réunion, qui était en 2005 en-dessous du taux observé dans l’Hexagone (4 contre 6), est désormais au-dessus (8 contre 7). La Guyane, qui connaissait en 2005 un taux 14 fois plus élevé que dans l’Hexagone (89 contre 6), connaît désormais un taux 18 fois plus élevé (127 contre 7) : si ce dernier département continue sur le même rythme (soit 13% de «hausse de la hausse» par an), il aura vu 1% supplémentaire de sa population découvrir sa séropositivité d’ici 2013 ou 2014 ; 5% d’ici 2023 ; 10% d’ici 2027.
Il faut inverser ou à tout le moins ralentir cette tendance. Pour cela, il faut mettre en place une politique volontariste et suivie ; il faut d’abord réunir la conférence que nous appelons de nos vœux avec 25 organisations et personnalités qualifiées, qui ont étudié ces éléments et sont parvenues aux mêmes conclusions que nous. Vous pouvez consulter cet appel sur notre site Internet : 30 novembre 2009 – «Appel pour une conférence sur le sida parmi les populations ultramarines en France» – Communication conjointe TJENBÉ RÈD | ÉLCS | LDH Cayenne | LDH Saint-Denis de la Réunion | CGT Réunion | Action Sida Martinique | AMVIE | ARPS | Sida – Les liaisons dangereuses | HOMO-SPHÈRE | CollectifDOM | ARCC | CITEDUC | Collectif des États généraux de l’outre-mer dans l’Hexagone | Agwadec | Contact Aquitaine | Maison des diversités | Melting Pomme | STRASS | Jean-Jacob BICEP | André-Max BOULANGER | Daniel ILLEMAY | Patrick JEANNETTE | Jean-Jacques SEYMOUR | Dolorès POURETTE | Dr Estelle CARDE – Communication n°TR09SAN09
http://www.tjenbered.fr/2009/20091130-00.pdf
Pour plus de précisions sur ces données épidémiologiques, nous vous invitons à consulter notre communiqué des 5-8 octobre 2009 : «Le sida explose en Guyane, en Guadeloupe et à la Réunion : les États généraux de l’outre-mer ne peuvent plus faire l’impasse !» – Communiqué de presse n°TR09POL44
http://www.tjenbered.fr/2009/20091005-00.pdf
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II. Concernant la fiabilité des statistiques
Vous pointez ensuite un point faible de notre argumentation : la question de la bonne collecte des données épidémiologiques qui nous alarment. L’InVS (Institut de veille sanitaire) attire régulièrement l’attention du public sur ce point sans proposer pour autant de solution : faudrait-il en quelque sorte croire que tout va bien puisque les chiffres sont préoccupants mais peu fiables ? Un tel raisonnement vaudrait-il s’il s’agissait de l’Hexagone ? De deux choses l’une : soit ces chiffres ne sont pas fiables et il faut sans plus tarder se doter de chiffres fiables, soit ces chiffres sont fiables et qu’attendons-nous ? À nos yeux, les précautions oratoires de l’InVS ressemblent trop au discours suivant : «Bon, on ne sait pas trop si ça va ou pas mais si ça ne va pas, on est couverts puisqu’on vous l’aura dit ; si ça va, ben ça va… et de toute façon on s’en fout, c’est l’outre-mer.» La santé est un élément fondamental de la citoyenneté : ce discours serait pour nous une rupture de l’égalité républicaine.
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III. Concernant les ultramarins de l’Hexagone
Lorsque nous indiquons que les départements les plus touchés dans l’Hexagone sont ceux où les originaires des outre-mers sont les plus nombreux, il est vrai qu’il s’agit d’un constat empirique puisqu’en vérité il n’existe aucune donnée publique sur leur répartition géographique. C’est d’ailleurs pour pallier une telle absence que Tjenbé Rèd et le CollectifDOM ont demandé, lors des États généraux de l’outre-mer, une grande enquête publique sur ces originaires, demande transformée en mesure par le président de la République Nicolas SARKOZY au terme du CIOM (conseil interministériel de l’outre-mer), le 6 novembre 2009 (cf. la fiche VII-9 des mesures transversales : une «étude d’envergure» portera «tout particulièrement sur l’état de santé des ultramarins résidant en métropole»).
Il est également vrai que cela ne démontre en rien que les originaires des outre-mers dans l’Hexagone sont plus touchéEs par le VIH que la population générale de l’Hexagone. Nous ne disons d’ailleurs pas cela. Nous affirmons en revanche que les virus ne s’arrêtent pas aux frontières ou aux aéroports ; qu’une unité culturelle et sociale existe entre les populations qui vivent outre-mers et les originaires des outre-mers qui vivent dans l’Hexagone ; que les taux de découvertes de séropositivité dans les départements d’outre-mers, quatre fois plus élevés que dans l’Hexagone (28 contre 7), ont très probablement une incidence parmi les originaires de ces départements dans l’Hexagone. Nous estimons que notre responsabilité d’acteur de la lutte contre le sida parmi les populations ultramarines est de relever cette forte probabilité et de demander qu’elle soit précisée et qu’elle fasse l’objet d’une politique publique, à tout le moins d’une attention publique.
Pour information, la seule donnée quantitative que nous ayons sur le VIH parmi les populations ultramarines de l’Hexagone est que 1,9% des quelque 100.000 PVVIH (personnes vivant avec le VIH/sida) dans l’Hexagone sont nées outre-mer (enquête VESPA-ANRS, 2003). Leur répartition géographique est la suivante :
34,90% – Paris (75) ;
10,30% – Val-de-Marne (94) ;
7,30% – Hauts-de-Seine (92) ;
7,20% – Yvelines (78) ;
6,50% – Seine-et-Marne (77) ;
6,40% – Seine-Saint-Denis (93) ;
5,80% – Val-d’Oise (95) ;
3,50% – Loiret (45) ;
3,30% – Alpes-Maritimes (06) ;
2,90% – Haute-Garonne (31) ;
2,50% – Loire-Atlantique (44) ;
2,20% – Rhône (69) ;
2,00% – Pyrénées-Orientales (66) ;
1,70% – Aube (10) ;
1,20% – Essonne (91) ;
0,80% – Bouches-du-Rhône (13) ;
0,70% – Moselle (57) ;
0,70% – Tarn-et-Garonne (82).
On peut comparer cette liste avec celle des départements français connaissant les taux de découvertes de séropositivité les plus élevés, notamment, classés par ordre décroissant :
2 – Paris (75) ;
4 – Seine-Saint-Denis (93) ;
6 – Val-de-Marne (94) ;
7 – Hauts-de-Seine (92) ;
8 – Val-d’Oise (95) ;
9 – Alpes-Maritimes (06) ;
10 – Rhône (69) ;
11 – Seine-et-Marne (77) ;
12 – Essonne (91).
Les départements d’outre-mers occupent les rangs suivants dans cette même liste :
1 – Guyane (973) ;
3 – Guadeloupe / Saint-Barthélemy / Saint-Martin (971) ;
5 – Martinique (972) ;
13 – Réunion (974).
Pour plus d’informations sur ces dernières données, consulter : «La situation du VIH/sida dans les départements d’outre-mer au 31 décembre 2008» – Tableau réalisé par Tjenbé Rèd le 3 octobre 2009 à partir de données InVS et INSEE
http://www.tjenbered.fr/2008/20081231-99.xls
Pour plus de détails sur l’enquête VESPA, consulter :
INED – «Comment vit-on en France avec le VIH/sida ?» – France Lert, Yolande Obadia, l’équipe de l’enquête Vespa – Population et sociétés – N°406, novembre 2004
http://www.ined.fr/fr/publications/pop_soc/bdd/publication/157/
http://www.tjenbered.fr/2004/20041130-79.pdf
ANRS – 23 octobre 2004 – COMMUNIQUE DE PRESSE – «La situation des personnes séropositives en Antilles-Guyane»
http://www.anrs.fr/content/download/1390/9338/file/CP%2023%20oct%2004%20-%20La%20situation%20des%20personnes%20s%C3%A9ropositives%20en%20Antilles-Guyane%20(Enqu%C3%AAte%20VESPA).pdf
http://www.tjenbered.fr/2004/20041023-99.pdf
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IV. Concernant l’exception martiniquaise
La Martinique connaissait en 2005 un taux de 19 découvertes de séropositivité au VIH pour 100.000 habitantEs ; en 2008, de 16 (soit une baisse de 17%). Elle va donc à contre-courant du reste des départements d’outre-mer. Est-ce une raison pour la traiter à part alors qu’elle reste à un taux plus de deux fois supérieur au taux hexagonal (16 contre 7) ? Nous ne le croyons pas.
Cordialement,
Tjenbé Rèd | Association de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida
thierry (2) on janvier 28th, 2010
Vous jouez avec des chiffres que vous sélectionnez pour mettre en valeur « des écarts importants » pouvant servir le propos idéologique que vous semblez servir et ne maîtrisez pas.
Un taux de découverte moyen pondéré pour 100000 habitants fait très technique, mais ne veut rien dire, comme tout scientifique vous le dira.
Ce qui importe c’est le nombre de contaminés dans une population à un instant T. Or personne, nulle part ne connaît ce genre de chiffre.
Il ne peut y avoir d’échantillon représentatif comme en statistique. Pour que vos chiffres soient significatifs, il faudrait que sur chaque territoire considéré TOUT LE MONDE SOIT DEPISTE, tout le monde assigné à résidence et dépisté d’année en année.
Votre conférence ne changera pas grand chose.
Au-delà des mesures prises par la France sur ses territoires concernant le sujet, des associations accompagnent les personnes atteintes sur le terrain, c’est plutôt vers cette voie que vous seriez utiles. Appartements thérapeutiques, garde d’enfants, soutien psychologique (par des professionnels) etc. Les Aides financières que pourrait vous faire apporter comme vous dîtes « le président de la République Nicolas SARKOZY » via les instances compétentes serait plus utiles de cette façon.
Bien à vous.
David Auerbach-Chiffrin on janvier 29th, 2010
Cher Thierry,
Merci de votre vigilance.
Nous ne comprenons pas toutes vos remarques mais peut-être n’avons-nous pas été suffisamment clairs.
Par exemple, un taux de découvertes de séropositivité au VIH de 127 pour 100.000 habitantEs en Guyane en 2008, c’est très concret : ça veut dire que pour 100.000 habitantEs, 127 ont fait un test positif au VIH en 2008. Comme la Guyane compte environ 200.000 habitantEs, ça fait environ 254 personnes qui ont découvert leur séropositivité en 2008 en Guyane. Pour elles, c’est très concret !
Et pour le taux moyen pondéré sur les quatre DOM (départements d’outre-mer), Saint-Bart et Saint-Mart compris car ils sont encore comptés avec la Guadeloupe de ce point de vue, c’est simple : c’est la moyenne des taux de chaque département (127 pour la Guadeloupe, 28 pour la Guadeloupe etc.), pondérés selon la population de chaque département, pour recalculer le taux de découvertes de séropositivité sur l’ensemble de la population des DOM. Ce taux est de 28 pour 100.000 en 2008 : si l’on arrondit la population des DOM à 2 millions, cela fait environ 560 personnes ayant découvert leur séropositivité en 2008 dans les DOM, à SB ou à SM.
On voit tout de suite que la Guyane compte environ la moitié du total à elle seule (254 environ sur 560 environ).
Par ailleurs, ces taux sont fiables a priori puisqu’ils sont collectés par l’InVS auprès de l’ensemble des établissements qui pratiquent des tests dans la France départementale (d’où, d’ailleurs, certaines de nos craintes par rapport au 74 car l’InVS n’est a priori pas compétents pour les COM, collectivités d’outre-mers… mais c’est autre chose). Ils portent donc bien sur l’ensemble des personnes ayant découvert leur séropositivité.
Enfin, nous n’opposons nullement le travail de terrain au contact direct des PVVIH (personnes vivant avec le VIH/sida) et le travail de plaidoyer (débats, colloques, lobbying auprès des pouvoirs publics…). Simplement, les deux sont nécessaires. C’est nécessaire d’accompagner les PVVIH mais si leur nombre augmente chaque année à une vitesse croissante, d’une part ils seront moins bien pris en charge chacunE, d’autre part je crois que c’est la société dans son ensemble qui aura perdu.
Cordialement,
Tjenbé Rèd
thierry on janvier 29th, 2010
Pam au lit,
Sur une année(1) 100 personnes font un test, 10 sont séropositives.
En année(2) 50 personnes font un test, 25 sont séropositives.
A partir de là toutes les histoires ou interprétations sont possibles.
Par exemple que 0,127 % de la population Guyanaise dépistée à un momment est séropositive ne dit pas depuis quand elles sont contaminées, etc.
l’INVS faisant autorité, osons dire: a posteriori.
Bonne chance.



thierry on janvier 28th, 2010
Votre association doit justifier d’un besoin d’information pour justifier des subventions, c’est ainsi.
Votre combat contre à la fois les racismes, les homophobies et en plus le sida doit vous être insurmontable.
Vous nous dîtes en gros que les ultramarins sont les plus touchés par le VIH, où qu’ils soient, en Métropole comme aux Antilles.
La vérité c’est que vous ne pouvez l’affirmer raisonnablement à défaut de pouvoir le faire scientifiquement. Vous ne pouvez interpréter sous un angle « dom-tom » les statistiques de l’INVS puisque ces données n’isolent pas les individus par leur lieu de naissance et d’habitation et encore moins leur origine ethnique.
« Les départements les plus touchés sont ceux où les originaires des outremers sont plus nombreux », ne démontre en rien qu’ils sont les plus touchés par le VIH (à moins que vous ayez des chiffres officiels).
Un taux de découverte en augmentation de 40% peut signifier davantage de dépistages. Par exemple davantage en Guyane pendant que moins en Guadeloupe. Un taux de 16% d’augmentation dans l’hexagone ne veut pas dire moins de contaminations ni moins de dépistages, ni davantage de dépistages.
Les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy ne peuvent rien contre le fait que des séropositifs (riches ou pauvres, célèbres ou non) meurent prématurément de maladies sans qu’elles soient attribuées au Sida ou à leur séropositivité.
L’information en outremer est opérée en majorité par Le groupe Canal plus et France Télé (en français). Et il n’y a pas à priori un mode d’expression différent de celui de la « métropole » (ou pas assez c’est vous qui voyez) qui devrait être.
A-t-on isolé toutes les communautés vivant en France, pour les comparer, non! Il apparaît donc que vous vous combattez vous-même, mais on n’a pas dû juger intéressant d’analyser vos chiffres.