De la posture à l’imposture – Le 74 en question
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Emile Desormeaux
Au sujet du 74, l’économiste Jean Crusol me fait la remarque : « Si la proposition est de s’entendre dans le cadre de l’article 74, alors il faut l’étayer en disant ce qu’apporte le 74 et ce qu’il enlève au 73». Ce à quoi j’ai cordialement répondu : « Mon cher Jean, en faisant ma proposition je n’entend pas entrer dans un débat technicien. Notre cas n’a aucune rationalité. C’est un état d’âme à panser. Dans un tel contexte, on fait donc dans la posture. La posture a gauchi la mentalité. Puisse la posture la redresser.»
La posture est une attitude morale, la façon de regarder les choses. Autant dire que la mentalité se construit autour d’elle. Or, depuis plusieurs siècles, l’orgeuil et la fierté nous accompagnent dans nos actes. Ces premières manifestations sont relatées dans les œuvres des pères Dutertre et Labat. Et quand à la fin du 19ème siècle la Réunion propose à l’Outre –Mer un projet de constitution coloniale on s’y rallie, chacun avec sa posture propre. Aux Antilles le martiniquais Ernest Deproge interpelle alors le représentant de l’état français : « Nous avons la prétention de connaître nos intérêts aussi bien que vous qui venez de débarquer.» Pour dire la même chose les Réunionnais s’exprimaient ainsi :« Le pays a depuis longtemps compris que ses affaires intérieures ne peuvent être ni conduites à distance, ni livrées sans partage au mandataire du pouvoir métropolitain parmi nous .» Propos courtois et mesurés qui exigent une réponse sérieuse. En comparaison , l’apostrophe du martiniquais est celle du matamore campé dans son quant à soi. Attitude chez nous tellement pérenne que ces mêmes propos pourraient aujourd’hui sortir de la bouche du docker nanti et syndiqué qui acceuille le blanc qui débarque. Au reste, le vénérable docteur Aliker les reproduit à l’identique en 2008 en déclarant au président de la République que :“ les spécialistes des affaires martiniquaises sont les martiniquais eux-mêmes.” On en fait trop au nom de la fierté- dignité. La fierté, quand elle est qualité, nous la vivons intérieurement, sans avoir besoin d’en faire l’annonce encore et encore. Aujourd’hui, en nous exprimant comme cela en fier- à – bras, en nous comportant comme cela avec les autres, nous devons mesurer l’impact de cette attitude dans le travail, et particulièrement dans nos activités touristiques où l’acceuil et la façon d’être ensemble donnent les meilleurs atouts. Les économistes étudient généralement les moteurs du développement en considérant surtout le Capital et le Travail, mais cet autre facteur, la culture mentalité, est de loin le plus important.
Parce que dans notre culture nous avons la jactance en partage, parce que chez nos frères africains il en est ainsi, il y a gêne pour le parler vrai et pour se comprendre entre nous .Ici on est catalogué une fois pour toutes. C’est pourquoi la courageuse initiative de rapprochement de Miguel Laventure avec Serge Letchimy pour l’adaptation aux changements institutionels qui s’imposent est acceuilli à gauche avec sarcasmes et cris d’orfraies . Et notre vieux sage d’y aller encore de son ire. C’était d’abord l’occasion d’exprimer une originalité structurante et de montrer qu’on ne singeait pas les luttes claniques de la vie politique française. Or, qu’une pareille démarche puisse se faire et trouver ensemble un chemin d’avenir serait l’heureuse révolution attendue. Dans le même registre, nous voyons un écrivain “ nationaliste” étriper dans la presse un chroniqueur d’içi, connu pourtant pour la modération de ses analyses et son sain respect de l’autre. Traité avec des mots extrêmes ce citoyen modeste est ni plus ni moins assimilé lui, et toute son engeance, aux serpents vénimeux. Ainsi ceux qui exigent de la France le respect de la différence sont-ils les premiers à ne pas la respecter chez les autres et, de plus, en s’enfermant dans un exclusivisme agressif. Quelle imposture ! Si les tenants du 74 devaient être majoritairement ceux-là il est clair que la victoire de ce camp nous donnera des soucis au premier niveau de la vie sociale : la démocratie qui représente l’égalité des citoyens.
Emile Désormeaux
Editeur.


Zaka on janvier 9th, 2010
« Parce que dans notre culture nous avons la jactance en partage, parce que chez nos frères africains il en est ainsi, il y a gêne pour le parler vrai et pour se comprendre entre nous »
Toujours le même argument dans chacun de vos articles. Bizarrement, perrorer, éloquer, la posture du mâle, ne vient pas du tout de nos gênes français, ou italiens. Ni même de notre propre caractère. Mais de nos gênes africains.