Pierre-Marie PORY-PAPY
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Pierre-Marie Pory-Papy, maire de Saint-Pierre et député sous la Seconde et la Troisième République.
Pierre-Marie Pory Papy (Saint-Pierre 3 mai 1805- Versailles 27 janvier 1874)
Pierre-Marie Pory Papy naît d’un métis libre surnommé « Pory », surnom qu’il pourra par la suite ajouter à son nom à partir de 1832. Sa mère, Antoinette, esclave affranchie le 24 octobre 1805 dût patienter plus de 11 mois avant de faire baptiser son fils parce que ses titres n’étaient pas en règle. Son père s’engage au côté de Bissette (dont il deviendra le correspondant après que ce dernier fût contraint à l’exil) pour l’amélioration des gens de couleur libres. Marié assez jeune (20 ans), il travaille dans la petite affaire familiale avec l’espoir de passer son bac et de poursuivre ses études (la reconnaissance des diplômes). La ruine de l’entreprise retarde son départ pour la métropole mais a pour effet de renforcer sa détermination.
Il commence en tout cas à s’engager en politique au moment de la chute de Charles X après les Trois Glorieuses et l’avènement sur le trône de Louis-Philippe d’Orléans qui instaure un nouveau régime : la Monarchie de Juillet. C’est il est vrai une période de forte effervescence intellectuelle et porteuse d’espoir après la relative austérité de la Restauration.
Finalement, il se décide à vendre une partie de ses biens et à s’embarquer pour la Métropole. Sa famille le rejoint à Aix-en-Provence où il prépare le Bac qu’il obtient avec succès en 1834. En 1835, il part pour Paris où il obtient sa licence en droit.
De retour en Martinique, il s’inscrit au barreau de Saint-Pierre le 4 novembre 1835 et le 30 mai 1837 il obtient la charge d’avoué de feu Me Le Maistre de Sainte-Isle. Mais à cause du suffrage censitaire en vigueur à l’époque il n’a pas les moyens d’être éligible.
Le destin lui sourit avec l’agitation révolutionnaire de 1848 qui le propulse dans le Conseil Municipal de Saint-Pierre où il est chargé de la Police. A Paris le Gouvernement provisoire abolit l’esclavage. Mais les autorités craignent dans les îles que l’entrée en application du décret ne provoque des émeutes. De nombreux esclaves savent déjà que l’esclavage est déjà aboli à Paris et sont de plus en plus rétifs au travail. Pory Papy refuse tout d’abord l’abolition immédiate car pour lui les conditions optimales ne sont pas encore réunies. Mais il sent rapidement que le vent tourne et qu’il faudrait peut-être réviser son opinion première. C’est dans cette atmosphère de tension que le 22 mai survient un évènement qui va le mettre en lumière.
L’esclave Romain de l’habitation Duchamp est arrêté sur ordre du maire de Saint-Pierre, Husson, pour avoir joué du tambour pendant que les esclaves préparaient le manioc. Les esclaves trouvent cette peine disproportionnée et viennent réclamer sa libération devant la prison. On fait usage de la force pour disperser la foule, mais Pory Papy, chargé de la Police fait libérer le prisonnier sous les acclamations de la foule. Le maire Husson, favorable à l’esclavage convoque devant le Conseil Municipal Pory Papy pour des explications. Ce dernier reçoit le soutien de la foule d’esclaves qui veut le protéger. Le Conseil Municipal, face à cette foule en colère ne peut que désapprouver le maire en place et voter l’abolition. Les rues de Saint Pierre sont aux mains des esclaves toute la nuit. L’agitation se propage dans le Sud et sur la côte atlantique. Le gouverneur Rostolland ne peut que se résoudre à abolir le lendemain l’esclavage. Le 24 mai 1848, le Conseil Municipal le désigne comme nouveau maire de Saint-Pierre jusqu’au 30 août.
La Martinique a trois postes de députés à pourvoir, deux semblent être dévolus à Victor Schœlcher et à Cyrille Bissette, il en reste donc un troisième qui semblerait être réservé au Directeur Provisoire de l’Intérieur. Mais Pory Papy n’a que faire de la Direction de l’Intérieur : ce qu’il veut c’est la députation à l’Assemblée Constituante.
Malgré la campagne de dénigrement menée par les partisans d’Husson qui lui font porter la responsabilité des morts du 22 mai, il est élu triomphalement avec Schœlcher et Bissette.
Lors des travaux préparatoires à la Constitution de la Seconde République, il se rapproche de Schœlcher, ennemi farouche de Bissette qui voit d’ailleurs son élection invalidée pour incapacité personnelle suite à la faillite d’une affaire. Bissette s’allie donc avec un créole, Pécoul pour les prochaines échéances électorales, les législatives. Bissette remporte de manière écrasante les élections face à Schœlcher et Pory Papy.
Comme souvent à cette époque, derrière chaque mouvement politique il faut un organe de presse, Pory Papy fonde donc son journal « la Liberté ». Il défend une politique de conciliation entre anciens maîtres et anciens esclaves, adoptant une posture au dessus des partis. On se souvient de sa déclaration devant la Cour d’Assises de Basse-Terre le 21 juin 1850: « la conciliation aux colonies est une nécessité sociale, mais ce n’est pas dans l’urne du suffrage universel que la conciliation est possible ; c’est dans les travaux des champs et de l’usine, c’est dans les relations commerciales et privées, sans intermédiaire officiel et politique, que la conciliation aura lieu ».Mais rien n’y fait, il est submergé par une vague « bissettiste » aux élections municipales de 1851.
Le Coup d’Etat du 18 Brumaire 1851 voit le président Louis-Napoléon Bonaparte confisquer tous les pouvoirs et recevoir un an plus tard l’onction de la population par plébiscite pour un rétablissement de l’Empire. Le Second Empire plonge Pory Papy dans une longue éclipse, une longue traversée du désert qui ne se terminera qu’avec le désastre de Sedan et l’abdication de celui que Victor Hugo appelait (sûrement à tort) « Napoléon le petit ».
Il faut alors former une nouvelle constitution pour cette IIIème République qui va bientôt naître. Il est de nouveau élu député à l’Assemblée Constituante en 1871 puis député jusqu’en 1874, année de sa mort. Il s’éteint à Versailles le 27 janvier 1874.


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