Marius Hurard
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Gilles FRANCOIS DIT CHRISTOPHENé à Saint- Pierre le 14 octobre 1848, mort à Saint- Pierre le 8 mai 1902.
Fils naturel d’un greffier à la Cour d’Appel de Saint- Pierre, il passe sa jeunesse dans cette commune avant de partir poursuivre en Métropole des études de droit qu’il suivra jusqu’à la licence. Il s’inscrit à barreau de Saint-Pierre à son retour avant de se lancer dans le journalisme.
Il est le fondateur du journal « les Colonies » en 1878, organe de la bourgeoisie mulâtre et des idées républicaines qui s’oppose à « la Défense coloniale », porte parole du « Parti de l’Usine » (parti ouvrier). Son journal, grâce à son combat contre les gros négociants de Saint- Pierre se vend bien ce qui lui permet de jouir d’une certaine assise lorsqu’il décide d’entreprendre une carrière politique. Il entre au Conseil Général et soutient la politique de modernisation et de laïcisation de la société de Jules ferry, opposé à l’immixtion de l’Eglise dans la sphère publique.
Hurard, le laïque et l’anticlérical.
Elu président du Conseil Général en 1881 sous la bannière du parti républicain, il souhaite relayer l’œuvre de laïcisation de l’école initiée depuis Paris : les Frères de Ploërmel et les couventines de Saint Joseph de Cluny ont encore un trop grand rôle dans l’enseignement et surtout, ces deux ordres, fort rétrogrades à l’époque, ne cessent d’entretenir la ségrégation au détriment des élèves de couleur. Le parti républicain en Martinique, détient le Conseil général depuis 1874 et avait fait de la laïcisation l’un des chevaux de bataille de son programme d’assimilation totale de la colonie à la « mère patrie ». Son combat pour la laïcité prendra parfois des teintes radicales ouvertement anticléricales. L’ « opium du peuple » comme l’appelle Marx abrutissant selon lui les masses.
Mais le parti religieux possède lui aussi son organe de presse, « le Bien Public ». Aux articles enflammés d’Hurard dans « les Colonies » répondent ceux du Docteur Lota, béké fervent catholique faisant partie du Cercle de l’Hermine, bastion de la résistance des grands békés. Les joutes verbales atteignent leur paroxysme avec l’ »affaire des jeunes filles de la paroisse ».
Leurs répétitions ne cessent de gêner les employés du Palais de Justice. Les deux journaux relayent l’affaire, chacun y allant de son article incendiaire (il y aura même des appels au duel). Hurard est provoqué en duel par Albert Codé, fidèle de Lota, mais il préfère éviter le combat ; il ne doit régler ce problème qu’avec le chef, Lota et non son sous-fifre. Des manifestations ont lieu pendant plusieurs jours sous la fenêtre de Lota qui, excédé, à bout de nerfs descend gifler Hurard. C’était là le casus belli. Les manifestants saccagent la maison de Lota qui échappe de peu au lynchage et se retrouve en prison. Hurard, qui bénéficie en même temps de la complaisance de certains membres des autorités notamment le gouverneur Gaëtan-Vincent Allègre ouvertement favorable au mulâtres, sort quant à lui renforcé de ces évènements. Il est brillamment élu député en 1881.
Il s’implique fortement dans les programmes d’ouverture d’établissements laïques. C’est lui qui fait voter par Conseil Général la création d’un lycée à Saint- Pierre, ce qui remet en cause l’existence du séminaire collège diocésain. C’est lui qui inaugure le Lycée de Saint-Pierre en 1881, un pensionnat de jeunes filles en 1884. Il ira même, face à la défiance des autorités, jusqu’à payer les enseignants qu’il recrute lui-même en France au début. C’est vraiment avec Ernest Deproge le précurseur de l’école laïque en Martinique.
Hurard l’autonomiste ?
Hurard forme avec Ernest Deproge les deux figures dominantes du parti républicain en Martinique dans les années 1880. Le caractère bouillant du pierrotin s’oppose à la modération de Deproge Tous les deux défendent donc au début l’ambitieux programme assimilationniste des républicains. Les mutations intervenues depuis le début de la deuxième moitié du siècle dans les rapports entre la métropole et la colonie, notamment l’amélioration des transports (le bateau à vapeur) et de la communication (ligne de câble transatlantique) , ont rapproché les deux rives de l’océan et rendu plus prégnante la nécessité de l’assimilation pour beaucoup. Les grands mulâtres qui ont étudié en France, se sont imprégnés de sa culture, de ses valeurs. Ils rêvent donc pour la plupart d’en finir une fois pour toute avec l’influence des békés et ont chez bons nombres de membres du gouvernement des oreilles sensibles.
Deproge souhaite donc poursuivre jusqu’à son terme la politique d’assimilation mais Hurard s’y oppose. Cela va provoquer une scission à l’intérieur du clan républicain en pleine campagne législative. Hurard craint en fait que l’assimilation complète n’entraîne consécutivement à l’application des normes françaises en Martinique une augmentation des coûts financiers (notamment le coût de la main d’œuvre) ce qui aurait pour conséquence de mettre en péril l’économie (les patrons n’arrivant plus à payer leurs employés) et aussi la perte de l’autonomie douanière du Conseil général qu’il contrôlait (que consacrera d’ailleurs une loi de 1892 en pleine période de retour au protectionnisme). ‘
Les grands propriétaires békés, qui avaient peut- être commis l’erreur d’avoir laissé un vide dans l’espace politique y voient l’occasion idéale pour faire leur grand retour aux affaires. Certains s’engagent donc à soutenir Hurard quand il crée son nouveau parti, le Parti Républicain Progressiste ou Parti Nouveau. Ce parti sera ainsi le premier des partis martiniquais à inclure des références à l’autonomie dans son programme. Mais cette autonomie que Marius Hurard appelle de ses vœux n’est en aucun cas le fruit d’une réflexion idéologique nationaliste ou proto- nationaliste, elle n’a pas de visée émancipatrice. Il s’agit pour lui de maintenir une situation qui lui garantit une plus grande marge de manœuvre, plus de pouvoir et une stabilité économique et pour ses soutiens béké d’un moyen de préserver leurs intérêts économiques et d’affaiblir l’influence grandissante des mulâtres.
La fin de carrière politique.
Hurard sera donc réélu trois fois député sans discontinuer. Il jouit d’une grande popularité, son tempérament de feu plaît beaucoup aux foules et ses soutiens sont solides. Mais, ce sont ses activités dans le civil qui causeront sa perte ; il est en même temps négociant et ses affaires périclitent. Suite à une faillite commerciale prononcée en 1895, il est jeté en prison. Son parti, jadis dominateur ressort humilié aux élections cantonales où il ne remporte que 10 sièges sur les 36 que présente l’assemblée départementale. La débâcle se poursuit aux municipales suivantes où le calice est bu jusqu’à la lie avec la perte des deux plus grosses villes, Saint- Pierre et Fort- de-France. Il se retire définitivement de la vie politique et meurt lors l’éruption de la Montagne Pelée en 1902.
3 Commentaires
MB on mars 29th, 2009
Kam,
Les simplifications, analogies, comparaisons, ou rapprochements avec des situations actuelles sont elles les bienvenues ?
Bienvenue sur Antilles Politique en tout cas.
Fais comme chez toi
Si si, vraiment…
GFDC on mars 30th, 2009
Je ne sais pas s’ils l’ont eu à l’usure. Je pense plutôt qu’il y a trouvé son intérêt et que sa vision de l’autonomie était avant tout utilitariste et pragmatique. Et sa logique à ce moment décisif de l’histoire lui a fait rejoindre le camp de ses ennemis d’autres fois. Cela se voit souvent, surtout dans notre beau pays qu’est la France (jacques Chirac, Villepin, même s’il a rapidement repris sa liberté une fois l’élection gagnée).


Kam on mars 28th, 2009
Merci pour cette petit leçon d’histoire.
Confiant parle de lui dans « nuées ardentes » ?
Alors pour résumer, au début il se battait contre les békés et finalement ils l’ont eu à l’usure :p ?