Un système bancal mis à plat par la crise.
Cliquer ici pour écrire à l'auteur : Bruno CASALANAuteur: Bruno CASALAN, intervention espace F.M. 21 février 2009
Un système bancal mis à plat par la crise.
La crise économique mondiale frappe de pleins fouets les territoires ultra marins. Cet impact a été un révélateur d’une situation économique très fragile et précaire dans les DOM. Le modèle libéral que nos sociétés occidentales ont
développé trouve un écho particulier sur nos territoires. En effet, ce modèle est totalement biaisé par des dispositifs contribuant à rendre artificielle la compétitivité de nos territoires. Pendant toutes ces années, la structure de la production locale a été maintenue et soutenue alors que cette production n’est pas en mesure de faire face à la concurrence.
De nombreuses mesures visant à protéger le système productif local ont contribué à fragiliser l’économie qu’il doit alimenter. Le mouvement actuel, placé sous le signe d’une crise du pouvoir d’achat, montre combien la production locale n’est pas suffisamment solide pour soutenir le niveau de vie auquel nos îles se sont habituées.
La situation économique outre mer a toujours été compliquée. Voilà des territoires sur lesquels il existe un grand écart entre le fonctionnement d’une économie de marché traditionnelle et sa difficulté à inscrire le développement local dans un fonctionnement pérenne. En effet, l’économie ultra marine est une économie qui actuellement a du mal à s’inscrire dans une compétitivité face aux systèmes économiques similaires. Les sources de revenus de nos territoires sont l’agriculture, le BTP et le tourisme. La structure du PIB locale est la suivante : 30% est issu de la production agricole et du BTP, Le reste étant une production de service.
Cette production de service qui est grande partie composée des services administrés qui représentent 36% de la production totale dans l’ensemble des DOM comparativement à l’hexagone où les services administrés représentent 20% de la production totale.
L’agriculture (essentiellement canne et banane) bénéficie de mesures protectionnistes sans cesse négociées auprès des institutions nationales et européennes pour qu’elles puissent trouver des débouchés sur le marché européen.
D’autre part le BTP est un secteur qui bénéficie fortement des politiques structurelles nationales et européennes visant « à mettre à niveau » les infrastructures des territoires.
Enfin, le tourisme qui ne s’avère pas être compétitif face à d’autres territoires comme la République Dominicaine, Cuba ou d’autres iles de la caraïbe qui se sont appropriées le marché sur lequel s’était positionné Guadeloupe et Martinique.
Les produits que nous exportons ne suffisent pas à couvrir le volume de nos importations. On estime le taux de couverture des importations sur les exportations inférieur à 10%, c’est à dire que nos ports accueillent des bateaux qui repartent que trop vide de nos productions.
Le marché du travail
De plus, nos territoires ont un marché du travail caractérisé par une forte asymétrie entre l’offre et la demande. Cela se manifeste par des taux de chômage bien supérieurs aux moyennes nationales. Le chômage représente pour les Départements Français d’Amérique entre 20 et 22% de la population active et près de 25% dans l’océan Indien.
Le plus alarmant est le taux de chômage de 16-25 ans qui lui avoisine voire dépasse les 50%.
Le nombre de bénéficiaires du RMI est très révélateur de la part trop importante des revenus de transfert dans les revenus des citoyens ultra marins. En Guadeloupe, c’est près de 10% de la population totale qui bénéficie de ce dispositif. Les RMIstes des DOM représentent 14,3% de la population française bénéficiaire du RMI alors que la population des Dom représente à peine 3% de la population totale de la France.
Au regard de ces éléments, on peut ainsi dire que la crise mondiale a fait exploser une économie locale qui vit de manière complètement artificielle depuis bien trop longtemps. Ce modèle économique a pourtant des atouts qu’il ne faut pas négliger et qu’il va falloir valoriser. En effet il existe un véritable dynamisme d’innovations sur nos territoires qu’il s’agira de soutenir et de mettre en valeur à l’avenir.

